Beauxbâtons - 1917

Chapitre 3 : Sortilège 3 : le disCours théâtral

4801 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 08/10/2026 10:43

À l’issue du questionnement par le Sondeur, Hercule n’avait reçu aucune affectation à l’un des trois ordres de Beauxbâtons. Elvira de Bazincourt, professeure de Maléfices, Envoûtements, Sortilèges, Legilimancie, Occlumancie, animatrice du club de duel, chargée de la formation en CHASSE-Magus, référente d’Urtica, avait ensorcelé le foulard et l’uniforme du garçon pour le rattacher à sa maison.

Nanti d’une ortie jaune, le petit brun avait été pris de court par la stupéfiante sorcière aux yeux irréels. Elle n’avait justifié son geste insensé que par une seule explication :

— J’ai foi en toi.

Cette attitude de l’enseignante n’avait pas de sens. La confiance ne pouvait pas être accordée d’emblée, sans preuves irréfutables, sans piliers, sans expériences venues étayer ce contrat moral. Pire, Elvira avait foi en lui ! La Foi dépassait les frontières de la simple confiance et, n’en déplaise aux cohortes de Moldus adeptes de multiples religions, elle ne reposait sur aucune logique. Elvira était irrationnelle.

C’est la démarche peu assurée, titubante, qu’il entra enfin dans le réfectoire, tel que c’était indiqué en lettres de feu au-dessus de sa tête. Lorsqu’il franchit les portes battantes, son histoire d’affectation rocambolesque s’évanouit. Il s’offusqua :

— Comment peuvent-ils nommer cette pièce… un réfectoire ?

Il n’avait jamais rien vu de tel, ni de plus bel endroit de sa vie. Pourtant, il se passionnait pour les châteaux, les lieux chargés d’histoire et en avait visités, une longue liste, très prestigieuse. La modeste salle, au sol couvert d’une moquette vermillon épaisse, devenait immense grâce à d’innombrables jeux de miroir. Elle baignait dans la lumière avec l’aide de lustres en cristal où des flammes sans feu brûlaient ou scintillaient. Des tables rondes de dix couverts occupaient le moindre espace. Les élèves s’y asseyaient, sans distinction d’ordre, d’âge, de race, de nationalité ou de sexe. Au centre du restaurant, une table ovoïde de plus grande capacité accueillait le personnel et les enseignants de l’Académie.

Le petit nouveau avança avec lenteur, écrasé par le luxe et la beauté.

Des portraits de sorciers, célèbres pour leur contribution à la magie culinaire, comblaient les murs entre les fenêtres. L’un d’eux avait son visage dans les livres d’histoire pour de sombres et tragiques motifs : Luc Millefeuille, pâtissier, célèbre empoisonneur de Moldus. C’était l’unique tableau où le sorcier gigotait, ad mortem æternam, au bout d’une corde, sur une potence, au-dessus d’un brasier de piques enflammées.

Hercule avisa une tablée où six élèves âgés de quinze ou seize ans avaient déjà pris place. Deux filles, à l’emblème d’ortie jaune, et quatre garçons frappés de la verveine.

— Bonjour, le nouveau, fit l’une des filles. Bienvenue ! Moi, c’est Bianca et elle, ma copine Charlotte.

— Enchanté.

— Le blond, c’est Karl. Le grand avec une bouche à enfourner des bœufs entiers, c’est Félix. Ensuite, Hubert. Et lui, c’est… Marcello.

— Pas facile, hein ? intervint Karl, avec une pointe d’accent traînant qu’Hercule attribua au canton suisse du Valais.

— Je vous demande pardon ?

— D’arriver en première année, découvrir l’école. Être loin de sa famille.

Le garçonnet s’émerveilla devant la table dressée avec goût et nota les innombrables couverts en argent poinçonné, l’authentique porcelaine de Limoges, les verres en cristal de Baccarat, les plats où des mets parfumés n’attendaient plus que leur dégustation.

Il s’amusa de sa réplique :

— Il y a d’appétissantes compensations.

— C’est bien vrai ! affirma Félix, le type costaud. Tu ne feras pas de meilleurs repas dans la région. Nos elfes sont d’excellents cuisiniers et, d’après la rumeur, un sorcier acariâtre mais génial dirige la cuisine.

— Vraiment ? Un sorcier ?

— Il serait parent avec le grand Escoffier. Tu vois un peu, hein ?

— Oh oh ! se réjouit le gourmet belge.

Le garçon suivit du regard cinq élèves qui se dirigeaient vers un miroir. Ils le traversèrent comme du mercure liquide et s’installèrent dans le reflet. Un sortilège d’extension très élégant pour accueillir un peu moins de huit cents étudiants par service.

Une jeune fille choisit de s’asseoir avec eux. Le cou cerné d’un foulard bleu, un chèvrefeuille de la même couleur sur sa poitrine, la petite brune aux yeux noirs pétillants, émerveillée, appartenait à l’ordre Lonicera depuis quelques minutes.

Hercule se leva pour la saluer d’un hochement de tête, esquissa une légère flexion et écarta avec galanterie la chaise de la jeune fille pour qu’elle puisse prendre place. Elle lui adressa un sourire d’une blancheur éclatante, enjoué, parfait, souligné par son teint mat et ses lèvres purpurines. Sa beauté était frappante.

— Merci infiniment.

— Hercule Van Betavende, à votre service.

— Umbelina Belmira Isaura Josefina Mascarenhas de Laranjeira. Mais tout le monde m’appelle Umbeijo. Enchantée, Hercule, répondit-elle avec un enthousiasme mesuré.

Elle tendit sa main, il en fit autant et elle la serra avec une poigne insoupçonnable. Les carpes du Belge restèrent muets de stupéfaction.

— Enchanté de faire votre connaissance, mademoiselle Umbelina Belmira Isaura Josefina Mascarenhas de Laranjeira.

— Tu es la première personne à mémoriser toute mon identité du premier coup ! Je n’ai jamais vu ça ! Tu utilises une formule ?

— Pas du tout. J’ai juste une bonne mémoire.

— C’est très pratique ! J’adorerais avoir une mémoire infaillible ! Cela me servirait, chez Lonicera.

Elle se pencha vers lui et murmura :

— Il paraît que c’est l’ordre des intellectuels. Je suis mal engagée.

Elle gloussa, avec un petit rire similaire au cri d’une souris, léger et perché dans les notes aiguës.

— Je viens d’être envoyé chez Urtica. J’avoue être perplexe, voire dubitatif.

— Mais quand tu es sorti, tout à l’heure…

Elle patientait lorsqu’il avait abandonné son isoloir.

— Le Sondeur aura raté la teinture de mon écharpe. Ou alors, Orby, notre elfe de maison en Belgique, aura trop amidonné l’accessoire et l’uniforme.

Une autre jeune fille s’installa aux côtés d’Hercule. Elle tira sa chaise sans précaution, s’affala et ronchonna :

— Ça me casse les pieds ! Quel bazar ! J’en ai déjà marre !

Puis, elle se jeta sur la nourriture et se servit des œufs brouillés, des toasts, du saumon fumé, des légumes cuits et refroidis en salade – à la méchouia –. Elle remplit son verre à ras bord de jus de pomme et le vida d’un trait.

Elle s’empara de sa fourchette sans doigté, à pleine main et entama son assiette lorsqu’un raclement de gorge, amplifié par un Sonorus puissant, s’échappa du coin des professeurs. Un homme aux cheveux ras, noirs comme la nuit, aux yeux durs couleur acier, la fusilla avec tant d’insistance que, de rage, elle jeta sa fourchette dans son assiette.

— Eh bien alors, Eugénie, fit Karl. Tu as trouvé un nouveau moyen d’énerver ton père ?

Elle secoua sa tignasse auburn frisée, fulmina et croisa les bras en signe de protestation.

— Hercule, Umbeijo, poursuivit l’adolescent, nous vous présentons Eugénie Beauxbâtons.

— Beauxbâtons ? sourcilla Hercule.

— Ouais, répondit l’intéressée. La fille à papa Alfred, le prof de médicomagie et médecin scolaire. Empêcheur de tourner en rond professionnel.

Les garçons d’Aloysia éclatèrent de rire. Le blondinet surenchérit :

— Eugénie vit ici depuis sa naissance. Elle adore faire tourner son père en Abraxan. Il va t’avoir à l’œil, 24 heures sur 24, ton paternel. Tu ne pourras plus te cacher de lui. Tu peux être assurée que les autres professeurs auront reçu des consignes.

— M’en parle pas ! J’vais vomir ! fit-elle en se penchant en avant, les doigts dans la bouche, investie dans son simulacre.

Hercule s’éloigna d’elle, jugeant son attitude dangereuse pour la propreté de ses effets personnels.

— Eh oh ! C’est une expression, hein ! ajouta-t-elle, face à sa répulsion.

— Alors, heureuse d’être chez Aloysia ? poursuivit son coreligionnaire.

— Non ! J’voulais aller chez Urtica ! J’voulais pas me retrouver avec l’autre crétin de référent ! Je préfère apprendre avec Elvira. Des sorts noirs, bien horribles !

— Pour donner du travail à ton père ? plaisanta Charlotte.

— Carrément ! fit-elle, triomphante. Bon ! La bonne nouvelle, c’est que je ne suis pas chez Lonicera.

— Pourquoi est-ce une bonne nouvelle ? s’offusqua Umbeijo.

— Ne le prends pas mal mais Lonicera, c’est pour les grosses têtes, les travailleurs acharnés et moi, ce n’est pas ma tasse de thé !

— Peut-on connaître votre passion, mademoiselle Eugénie ?

Elle faillit chuter de la chaise sur laquelle elle se balançait plus que de raison.

— Hein ? Pourquoi tu me vouvoies, toi ? Tu es tombé sur la tête ? J’suis pas une prof.

— Je vouvoie tout le monde, ma chère. Il n’existe pas d’exception.

— Ah bon ? T’es bizarre ! Tiens ! Pourquoi t’es pas en bleu ? Tu veux échanger ta place avec la mienne ?

— Échanger ma place avec la vôtre ? À table ? Ma foi, comme vous le souhaitez.

Il fit mine de se lever, mais elle l’arrêta d’un geste. Il put remarquer une longue cicatrice sur son avant-bras droit. En vérité, la jeune fille présentait une kyrielle de stigmates, d’hématomes, de vestiges de coups et d’accidents variés, répartis sur le temps.

— Mais non ! T’es bête ! Échanger nos ordres ! Toi, chez Aloysia, moi chez Urtica.

— Oh… je n’avais pas compris.

— Mais d’où tu sors ?

— De Bruges, en Belgique. Hercule Van Betavende.

— Belge ? D’accord. Pas français. Pas pareil. Mais j’aime bien. Les Belges ont un roi. Savent ce que c’est, la classe. Ça se voit tout de suite que tu as de l’éducation. Et toi, tu es qui ? dit-elle à la voisine d’Hercule.

— Umbeijo, de Lisbonne.

— Lisbonne. Chouette ville. J’y suis allée deux fois avec mon père. Et donc toi, tu es une bonne élève.

— Absolument pas.

— Ah bon ? Tu veux faire quoi ?

— Apprendre à voler. Jouer au Quidditch. Il paraît que c’est génial.

— Oh là là ! Mais qu’est-ce que tu fiches, là-bas ? Tu veux pas échanger ta place ?

Cette Eugénie ne semblerait satisfaite que lorsqu’elle aurait obtenu un changement d’affectation, remarqua Hercule avec justesse. C’était une bavarde incorrigible, dispersée, énergivore. Il était à deux doigts de suffoquer en sa présence.

Le restaurant était presque au complet. La table des enseignants accueillit son dernier hôte en la personne d’Elvira. Le blondinet en face d’Hercule émit une réflexion intrigante :

— Les choses ne changent pas, à Beauxbâtons.

— Lesquelles ? se renseigna le jeune Belge.

— Elvira et Mysterio.

Il jeta un œil vers l’assemblée professorale. Les positions des uns et des autres avaient changé. En fait, leur table effectuait une rotation sur elle-même en une minute ; ainsi, chaque enseignant pouvait apercevoir toute l’assistance. Le garçonnet nota un détail.

— La professeure de Bazincourt est dans l’incapacité d’avoir son collègue dans son espace visuel.

— Exact, mon gars ! Il lui court après et elle le déteste à un point inimaginable.

— Je vois… une relation sentimentale à sens unique.

— C’est joliment dit, félicita Bianca. En gros, oui. Ça fait des années qu’il aimerait bien la conquérir et disons qu’elle le repousse par tous les moyens.

— Cette inimitié trouve-t-elle sa source dans un événement passé précis ?

— Pas la moindre idée ! C’est une vraie énigme.

Hercule réprima un petit rictus de satisfaction. Un mystère. Il les adorait.


L’ultime place faillit être ravie par un grand dadais, rustre et mal embouché. L’élève, assez grand et moustachu pour être en dernière année de CHASSE, le niveau supérieur d’étude dans l’Académie, se prit les pieds dans la moquette et s’étala de tout son long.

Alertés par le bruit, tous les élèves tournèrent la tête dans sa direction. Tous sauf Hercule dont le regard traîna du côté des professeurs. Il nota un mouvement de main discret sous la nappe. Il jurerait avoir vu Elvira l’agiter puis ranger sa baguette tordue dans la manche de sa cape noire. De là à imaginer qu’elle était responsable de cette chute inopinée, il n’y avait qu’un pas. L’air de surprise et d’amusement de la femme ne fit qu’accroître le doute.

L’élève adulte évita le pire grâce à l’épaisseur du revêtement de sol. Entre-temps, une fillette maigrichonne, avec des cheveux filasses, raides, oscillant entre châtain et gris, une frange couvrant ses yeux noirs, s’empara du siège. Hercule, chevaleresque, se leva, lui sourit et reprit son manège : courbette, salutations, tirage de chaise, placement de la demoiselle et repoussage de l’assise. Ses traits tristes, quelconques, fatigués à outrance pour une enfant aussi jeune, s’égayèrent.

— Hercule Van Betavende, de Belgique.

— Sigrid Vlaamel, répliqua-t-elle avec un accent nordique indéfinissable. Bonsoir à toutes et à tous, lança-t-elle à la cantonade.

— Je vous présente Umbeijo. Et Eugénie.

— Bonsoir, fit la lumineuse Portugaise.

— Salut à toi, sœur de galère, envoya la fille du médicomage. Tu as échoué chez Aloysia ? Tu es intellectuelle, passionnée, généreuse, enflammée ? Tu as l’esprit de groupe ?

— Euh… déglutit Sigrid.

— D’accord ! Le Sondeur a complètement déraillé ! Je ne te propose pas d’échanger nos places, pas besoin de te faire un dessin ! Purée de mandragore ! Ça me casse les arpions ! Eh les gars ! Vous voulez pas m’apprendre des sorts utiles ? Exploser des trucs, ramollir des cervelles, transformer des crétins en blaireaux ? proposa-t-elle aux adolescents.

— Des crétins en blaireaux… voilà qui est très cocasse, admit Hercule.

Tout bien réfléchi, même si elle était rustre, mal élevée, embouchée, impolie, Eugénie apportait un vent de folie novateur, bouleversant, distrayant. Il se prit à regretter qu’elle n’ait pas arraché une affectation chez Urtica.

Armand Fontebrune se leva à la table des professeurs et un silence respectueux s’abattit sur le restaurant.


Le directeur de l’Académie n’eut pas besoin d’amplifier le son de sa voix pour s’exprimer. Toutefois, il plongea sa main ridée dans l’intérieur de son veston et en tira une baguette argentée, ouvragée, assortie à son élégance naturelle. Détail incongru : l’objet mesurait à peine vingt-cinq centimètres, ce qui paraissait ridicule entre les mains de l’homme au double mètre.

Il contorsionna son poignet comme s’il était fait de caoutchouc et s’abstint d’énoncer son sortilège à voix haute. Le résultat stupéfia Hercule. Le nom du plus haut personnage de l’école ainsi que ses innombrables titres de gloire s’inscrivirent en lettres de feu bleu au-dessus de sa chevelure immaculée. Il prit enfin la parole :

— Mes chers enfants ! Je vous souhaite la bienvenue pour cette nouvelle rentrée scolaire. Une période très particulière pour moi, car je vais prendre ma retraite à la fin de l’année…

Une vague de « Oh » parcourut l’assistance.

— … 1960, ajouta-t-il, comme notre chère professeure d’Arts Divinatoires l’a prévu depuis… cinq siècles, je crois.

La stupéfaction fit place aux rires.

— Je tiens à rassurer les élèves de première année qui découvrent notre magnifique établissement. Nous ferons de notre mieux pour que votre intégration se déroule dans les meilleures conditions. Vous trouverez des conseils, du réconfort et même une affection certaine parmi nous tous, y compris chez vos camarades plus âgés qui ont vécu le même calvaire… pardon… le même parcours initiatique que vous !

Hercule, captivé, se retourna vers les adolescents de la table et leur adressa un sourire amical auquel ils répondirent par des clins d’œil, des hochements de tête ou des joues rougissantes.

— Je sais que certains d’entre vous sont inquiets. La guerre mondiale qui ravage les Moldus depuis trois longues années, impacte notre monde magique, peu ou prou. Soyez sûrs que Beauxbâtons sera toujours votre maison inexpugnable !

Il fit une pause, but un peu d’eau et reprit :

— J’informe les étudiants de troisième année, désireux d’intervertir leurs options majeures et mineures, qu’ils ne peuvent plus le faire avant l’année prochaine. En ce qui concerne nos petits nouveaux, vous avez été répartis dans trois ordres par le Sondeur…

Mysterio Flamingo se racla la gorge.

— … et ils le resteront jusqu’à la fin de votre scolarité obligatoire, jusqu’à l’épreuve du B.A.N.Q.U.E.T. Vos bagages sont entreposés dans les pavillons rouges, bleus et jaunes. Vous êtes affectés dans vos dortoirs par groupes de quatre et non, messieurs, les chambres ne sont toujours pas mixtes. Que Merlin nous préserve de cette abomination !

Rires contenus dans le restaurant, d’une tonalité grave en moyenne.

— Vos emplois du temps vous attendent sur vos lits. Ne vous en séparez jamais ! Sinon, le malheur s’abattra sur votre famille durant treize générations ! Non, en fait, vous serez très ennuyés pour trouver vos salles.

Il observa une nouvelle halte dans son discours, avala un trait de jus de fruits et poursuivit sur sa lancée :

— Chaque Ordre verra ses effectifs dédoublés en deux classes de quinze élèves sauf pour les leçons de balai, facultatives. Je sais que parmi vous, certains ignorent tout du monde sorcier, car ils sont nés de Moldus. Un cours spécial vous aidera à appréhender nos us et coutumes. À l’inverse, un enseignement sur les Moldus sera dispensé aux autres, baignant dans la sorcellerie depuis leur tendre enfance. De manière plus générale et pour tous, je rappelle les points suivants. D’abord, chacun est responsable de son animal de compagnie et des dégâts, des saletés qu’il peut engendrer. Dans cette optique, je vous conseille de maîtriser sans délai les sorts de nettoyage et de réparation. Ensuite, comme tous les ans passés et à venir, il est formellement interdit de mettre un seul orteil dans la Rivière Enchantée. Toute baignade serait sanctionnée par, au mieux, un renvoi immédiat, au pire, une mort dans d’atroces souffrances.

La consternation déferla surtout chez les petits nouveaux du cru.

— Enfin, pour terminer sur les modalités administratives de notre école, j’ai noté que certains écoliers n’avaient pas de hibou postal pour leur correspondance, l’envoi ou la réception de menus colis. L’école dispose d’un service postal situé près de la Cabane Enchantée, par là même où nous allons et venons avec le Tunnel de Transportation. Pour envoyer du courrier, c’est très simple : on dépose d’abord mille Gallions, on fait trois fois le tour du domaine en courant en moins d’une minute, on récite le livre des « Sorts et enchantements, tome 1 » à l’envers et on observe un jeûne d’une semaine. À l’issue de cette série d’épreuves, un hibou apparaît et prend en charge votre pli.

Les premières années se décomposèrent. Hercule imagina les 90 prochains jours sans la possibilité d’écrire à Père et Mère, ce qui les plongerait, Père surtout, dans une noire colère.

— Je plaisante, bien sûr ! Humour à la française ! Vous déposez juste cinq Noises et votre courrier dans le casier à votre nom. Dans l’heure, un hibou effectue l’enlèvement. S’il n’y a pas grève, bien sûr ! Ce qui arrive tout le temps !

Ce directeur faisait montre d’un solide sens de la plaisanterie. Il reprit son souffle et termina de façon théâtrale.

— Maintenant, veuillez applaudir nos professeurs adorés ! En partant de ma gauche et dans l’ordre qu’il me plaira ! Dans le rôle de la mémoire de notre monde, professeur d’Histoire de la Magie, chargé des élèves né-moldus, faites un triomphe à Edmond Perlenjoie !

Un petit homme jovial de 25-30 ans, avec une barbichette brune, des lunettes argentées, un chapeau cloche noir, un air du peintre moldu Toulouse-Lautrec, se montra. Il s’auréola de son patronyme et de la matière enseignée. Il fut très applaudi.

— 192 centimètres, 115 kg à la pesée, surnommé le taureau de l’arène, le matador de l’impossible, l’hidalgo au bronzage éternel, le Madrilène tombeur, j’ai nommé Mysterio Flamingo, professeur de Métamorphose et de Transformation, référent de l’ordre Aloysia. Merci pour lui !

L’applaudimètre connut une nouvelle envolée, sans l’aide d’Elvira, les bras croisés. L’Espagnol disposait d’un grand nombre d’aficionados, tous ordres confondus. Son pedigree flamboyait d’un rouge sanguin.

— On dit de lui qu’il a inventé les Runes Anciennes. C’est une légende entretenue par son âge vénérable. Directeur-adjoint, professeur de Runes et référent de l’ordre Lonicera, mon éternel ami Abraham Piedargile.

Comparé au bellâtre ibère, le professeur Piedargile, maigre, chauve, tremblant, sillonné de rides, paraissait invisible. Cependant, son acclamation fut plus longue et unanime. Un élève de la table chuchota :

— Ne vous fiez pas à son allure. Lui, avec une baguette en main et un ennemi à combattre, c’est un démon lâché sur la Terre pour annoncer l’Apocalypse.

Hercule mémorisa cet avertissement : ne jamais se fier à la dégaine d’un adversaire.

— Ambroisine Fordecafé. Tout a été dit sur elle : elle ne se contente pas d’enseigner les potions, elle crée, elle innove, au péril de sa vie et pour le bien-être de tous, pour le progrès.

Une créature, autrefois femme, se redressa de son mieux. Tordue, défigurée, boiteuse, elle paraissait avoir tenu le front de guerre mondiale à elle seule. Elle reçut une salve de félicitations et s’assit sur sa chaise avec un bruit spongieux.

Avant même d’avoir été annoncé, un homme de 40 ans, athlétique, vraie gravure de mode, se leva, grimpa sur la table, effectua une série de saltos arrière et se fit acclamer, bras levés en l’air comme une vedette, par les filles et les garçons déchaînés. Son nom et sa fonction s’imprimèrent en lettres filantes : Wilfried Laflèche, le spécialiste des balais, du Quidditch et arbitre des matchs. La folie furieuse dura jusqu’à ce qu’il se rasseye.

— Vous pensiez qu’à l’instar des autres écoles réparties dans le monde, vous n’étudieriez que des matières liées à la magie ? Regrettable erreur, car notre Académie est unique. Ici, vous apprendrez à vous exprimer correctement avec mademoiselle Agathe Bonnelangue, notre professeure de français, enchanteresse des mots, créatrice de sortilèges. Vous compterez avec monsieur Jean Racine, jusqu’à ce que les baignoires ensorcelées, remplies par des Aguamenti, n’aient plus de secrets pour vous. Madame Alinéa Sidonia vous dira tout sur les Moldus, la politique, la diplomatie et le droit qui seront, soyez-en sûrs, de retour dès la fin de la guerre. Vous reconnaîtrez n’importe quelle plante ou créature avec notre adorable Suissesse Ursula Waldmeister qui vous récompensera avec ses fabuleuses sucreries en cas de bonne note. Vous ne couperez pas à cette langue étrange, hélas de plus en plus indispensable au monde, qui se nomme l’anglais. C’est Sean Mc Flurry, un ancien élève de Poudlard, qui tentera de faire de vous de bons anglophones. Et des anglophiles, je l’espère.

Les matières classiques furent plébiscitées, surtout par Hercule qui battit très fort des mains, convaincu qu’il ne brillerait que dans ces disciplines.

— Notre Académie prendra soin de vous, de votre santé, de vos besoins, de vos lectures indispensables. Alfred Beauxbâtons, descendant de l’illustre famille, médicomage, enseignant et notre infirmière madame Rose Cacheton vous maintiendront en bonne santé, vous remettront sur pieds après le Quidditch, ressouderont vos os après les duels et seront, peut-être, en mesure de vous ressusciter si vous tentez d’introduire le moindre spectre dans le château.

Karl se pencha en avant et commenta :

— Le directeur déteste les fantômes par-dessus tout. Il entre dans une furie incontrôlable à chaque apparition d’esprit d’outre-tombe.

Le quatuor promit de ne pas jouer les trublions mais l’éclair de malice passé dans les yeux d’Eugénie, n’augura rien de bon.

— Monsieur Sébastien Grossel, notre nouveau concierge, nous rejoint cette année. Il prendra ses marques à l’aide de Théophile Amand, notre bibliothécaire, habitué du château, mémoire vivante des lieux.

Applaudissements polis.

— Enfin, je terminerai par un duo de charme féminin au talent inouï. La professeure Claire Obscur vous initiera à la Divination qui deviendra une option à partir de la troisième année.

Une belle femme rousse de 50 ans, aux yeux noisette et au sourire énigmatique de la Joconde moldue, se leva et sonda le monde dans un silence absolu. Aucun bravo, aucun murmure, n’interrompit son manège. Personne, parmi les effectifs les plus jeunes, n’osa défier l’attitude des aînés.

Le jeune Belge frissonna lorsqu’elle tomba en arrêt sur lui. Elle le dévisagea plusieurs secondes, ce qui n’échappa ni à la tablée, ni à l’assemblée, ni à Elvira.

— Enfin, voici la référente d’Urtica, professeure de Maléfices, Envoûtements, Sortilèges, Legilimancie, Occlumancie, animatrice des duels, arrêtez-la elle va nous prendre notre travail à tous ! Mademoiselle Elvira de Bazincourt.

Le blondinet exhiba sa baguette magique qui étincela de la pointe jusqu’à la garde.

— Record battu ! s’amusa-t-il. Fontebrune a fait fort, cette année.

Il mesurait la popularité des enseignants à l’aide d’un sortilège et, à ce jeu-là, Elvira et Wilfried luttaient pour le podium, les autres pour les accessits. Hercule observa la femme brune aux yeux lavande, au charme irrésistible, sans oublier qu’elle pouvait être féroce avec ses concurrents. Cela en faisait une personne encore plus admirable.

L’intitulé doré de la femme s’agita comme un cobra royal frappant une proie, par saccades.

— Bon appétit, mes enfants ! conclut Armand.

Eugénie prit le signal au pied de la lettre et se jeta sur son assiette comme une ogresse sous les yeux effarés d’Hercule, Sigrid et Umbeijo.

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