Grace Malefoy

Chapitre 3 : Révéler ?

3367 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 29/05/2026 19:14

Je me réveille quand ma grand-mère ouvre les rideaux, prononçant son habituel “Bonjour, Grace”. Je me prépare, comme d’habitude, et descends pour le petit déjeuner. Les adultes parlent entre eux et lèvent à peine les yeux quand j’arrive. Mais aujourd’hui, je m’en fiche. J’avale mon petit déjeuner et retourne dans ma chambre. Là, sur mon bureau, se trouve le livre. J’effleure la couverture. Un frisson me parcourt.  Je redoute de lire ce qui se trouve dans ce livre.  


Mais pourtant, il faut que je le fasse, je dois lire ce passage.  

Alors, doucement, je l’ouvre, puis passe les premières pages, sans m’y attarder. Jusqu’à arriver au 27 août. Aujourd’hui. Il n’y a pas grand-chose d’écrit, tant mieux.  


“Pourquoi les premières années n’ont pas le droit de faire partie de l'équipe de Quidditch ? C’est tellement injuste. J’ai toujours voulu être attrapeur, et maintenant que j’intègre enfin Poudlard, on me dit d’attendre encore une année ! Alors qu’il doit y avoir plein d’élèves plus âgés qui ne savent pas jouer… et peut-être même des sang-de-bourbe. Qui pourront faire du Quidditch !  

J’ai horreur de ne pas avoir ce que je veux.” 


Est-ce que je dois pleurer... ou rire ? C’est ridicule de réagir comme ça ! On se croirait dans un mauvais film, où l’enfant gâté fait des tonnes de caprices.  


Encore une fois, je ne pensais pas mon père comme ça. Je sais si peu de choses sur lui. Cette scène a le mérite de m’avoir réconciliée avec le journal de mon père. Il n’était sûrement pas autant horrible que ce que j’avais pu apercevoir en lisant l’extrait d’hier. Il était juste... trop gâté.  Et probablement insupportable.   

Mais finalement, je ne peux pas rire de ça. Mon père a utilisé le mot “sang-de-bourbe". Un mot effroyable qui correspond malheureusement trop à ce que j’ai lu.  


Il répétait peut-être simplement ce qu’il entendait... mais peut-être qu’il pensait vraiment ça. Je n’ai lu que quelques pages. Si je veux connaître mon père, il faudra que je lise ce livre jusqu’au bout.  

Donc je repose le livre sur mon bureau. Je lirai un passage demain, puis un autre après-demain, et j’emporterai ce journal à Poudlard. Après tout, c’est là-bas que se passe toute l’histoire. Il faudra que je pense à faire mes bagages. On a acheté tout ce qu’il me faudra pour cette année, mais tout est encore rangé dans une pièce du manoir. Je ne sais même pas où...  


Je cherche donc ma grand--mère dans tout le manoir pour le lui demander. Ça m’étonne que je ne sois pas tombée sur mes affaires vu le nombre de pièces que j’ai passé au peigne fin.  Quand j’entre dans la cuisine, je suis frappée par mon reflet dans le miroir. J’y vois une jeune fille aux traits fins, aux cheveux blonds et aux yeux... verts. Vert ? Je n’arriverai jamais à m’habituer à la couleur singulière de mes yeux. Ce problème m’était totalement sorti de la tête. Il faudrait que j’apprenne à prévoir la couleur de mes yeux. Je demanderai à ma grand-mère de m’aider plus tard. Pour l’instant, il faut que je trouve mes affaires pour la rentrée.  


Je trouve finalement ma grand-mère dans le salon. Je suis sûre que quand j’y suis passée la dernière fois elle n’y était pas. Elle est en train de lire le livre sur la métamorphose qu’on avait étudié l’année passée. Elle veut peut-être me faire une révision avant la rentrée ? On verra plus tard. Je lui demande où sont mes affaires et elle me demande de la suivre. On passe dans divers couloirs pour finalement atteindre une pièce dans laquelle je n’étais jamais allée. Là-dedans sont entreposés diverses affaires écoles : celle de mon père et les miennes. Dans un coin de la pièce, je trouve un nimbus 2001, vestige de la carrière d’attrapeur de mon père. Sur les murs, des écharpes aux couleurs de Serpentard, ainsi que quelques photos. 

 J’y vois mon père, plus jeune, entouré de ses amis. Il semble confiant, heureux... et populaire, à en croire la dizaine d'élèves qui l’entourent comme s’il était leur chef. Je ne sais pas si ces gens sont encore vivants aujourd’hui et si mon père est toujours en contact avec eux. Depuis ma naissance, il n’y a jamais eu personne d’autre au manoir que ma famille.  


Sur des étagères, des livres de cours presque neufs, semblables à ceux que j’ai dû acheter, et au sol, quelques chaudrons remplis de différents nécessaires à potion. Mes affaires à moi sont dans un coin, à côté d’une section qui détonne un peu avec le reste de la pièce. Une bannière de Gryffondor et d’énormes piles de livres qui n’ont rien à voir avec le programme scolaire. Gryffondor ? Qu’est-ce que ça fait là ? Je regarde plu précisément ce coin. Il y a aussi des photos, deux photos pour être exacte. Quand ma grand-mère s’aperçoit de ce que je regarde, elle attrape les images, ne me laissant le temps de ne voir que trois sorciers, dont je ne reconnais pas les visages.  

Pourquoi me cache-t-elle ça ? J'hésite à le lui demander. Elle ne me répondrait sûrement pas. Les lèvres pincées, elle me montre mes affaires d’un geste du bras. Je les ramasse et sors de la pièce, non sans un dernier regard pour cet endroit mystérieux. Une fois dans le salon, ma grand-mère me demande d’attendre et revient quelques minutes plus tard avec mon père et une énorme valise. Mon père ? Qu'est-ce qu’il vient faire ici ? Je jette un regard surpris à ma grand-mère qui prend le soin de l’éviter. Mon père, quant à lui me lance un sourire timide.  


  • Je me suis dit que je pouvais t’aider à préparer tes affaires... 

Il hésite.  


  • Enfin... si tu veux.  

Je suis un peu mal à l’aise de me retrouver avec lui, surtout après ce que j’ai lu. Mais il doit être au courant de ce qu’il avait écrit. Il comprendra donc si je suis sur la défensive, non ? Je ne sais vraiment plus quoi penser. Un moment avec mon père ne peut pas me faire de mal, surtout qu’ils sont rares, mais...  

Je ne sais pas. Quelque chose, comme une voix dans ma tête, me dit de refuser, de ne pas rester avec lui. Même s’il me manque. Je n’ai déjà pas de mère pour veiller sur moi, j’ai besoin de quelqu'un à mes côtés. Ma grand-mère, malgré tous ces efforts ne remplacera jamais le rôle de ma mère. Personne ne peut le faire, sauf peut-être mon père. Passer un instant avec lui, même si c’est pour préparer mes bagages est important, alors pourquoi cette voix dans ma tête n’arrête pas de me dire de refuser ? Je me rends soudain compte que ça fait trop longtemps que je réfléchi et que ça a donné lieu à un moment gênant. Mon père ne sait plus où se mettre, guettant ma réponse. Je le regarde un moment. Il parait vulnérable et faible, rien à voir avec les photos que j’ai vu tout à l’heure.  


Je décide finalement d’accepter. C’est mon père. Que peut-il m’arriver de mal en sa compagnie ? Je m’apprête à lui donner ma réponse quand il me devance :  

  • Ne t’inquiète pas... fais ça avec ta grand-mère. Je n’aurai pas... 

Je le coupe.  


  • Non ! Papa, je veux le faire avec toi.  

Ça me fait bizarre de prononcer ce mot : Papa. Je crois que j’étais petite, la dernière fois que je l’ai dit. Lui non plus ne s’y attendait pas. Il me regarde, surpris, et aucun de nous deux ne sait quoi faire. C'est ce moment que ma grand-mère choisit pour entrer dans la pièce, un carnet à la main.  

  • Drago, tu t’occupes de Grace ? Parfait. Vous me préviendrez quand vous aurez fini.  

Et elle sort, me laissant seule avec mon père. Cette fois, c’est à lui de gérer la situation maintenant. Je vois qu’il n’est pas très sûr de lui. Il semble chercher ses mots. Il s’éclairci la voix, puis se ravise, se tord les mains... c’est finalement moi qui prends le relais.  


  • Je commence par quoi ?  

Ses épaules se détendent et il esquisse un sourire.  

  • Trie tes affaires, c’est toujours ce que je faisais. Tu verras ce sera plus simple.  

Je commence donc à faire des piles avec mes affaires. Les livres d’un côté, les robes de sorcières de l’autre... je fais ça vite et en silence. Quand je prends mon balai, mon père sourit, puis me dit :  

  • Tu rentres en quatrième année, pas vrai ? C’est peu habituel. Quand je suis entré à Poudlard, en première année, bien sûr, je n’avais pas le droit d’emmener un balai. Ça m’avait énervé sur le coup... 

Je me souviens de ce passage, dans le journal. C’est là qu’il a utilisé le terme “sang-de-bourbe". Ça me dérange un peu qu’il le prenne avec autant de légèreté. Le souvenir du journal s’impose entre nous, créant une barrière que je suis la seule à voir.  


  • J’ai vu, oui.  

Ma réaction jette un froid sur la pièce. Les maigres liens qui s’étaient tissés entre moi et mon père semblent s’être brisés en un fragment de seconde. Il regarde à présent le sol, honteux. Je pense que se souvenir de ce qu’il a écrit ne le rend pas vraiment heureux. Il me lance un regard implorant, comme s’il voulait que je le pardonne. Je crois qu’il se rend compte de ce qu’il a écrit, et qu’il sait que je vais savoir qui il était. Cette pensée doit lui être douloureuse, mais ce n’est pas lui qui m’a donné le journal ? 

Je pose le balai, et je cherche son regard. Il l’évite, fixant maintenant un point derrière moi.  Il est encore plus vulnérable qu’avant. Le silence entre nous est assourdissant. J’attends qu’il réagisse, mais il ne le fait pas. Il reste immobile, perdu dans un monde où je ne suis pas admise.  


Je continue donc de trier mes affaires. Au bout de cinq minutes de cette situation, il se déplace de quelques mètres jusqu’au fauteuil le plus proche. Alors que j’attrape un miroir pour le placer dans ma valise, j’aperçois mes yeux, noirs comme de l’encre. Je suis si surprise que je lâche le miroir, qui vient s’écraser à mes pieds. Cette maladresse a le mérite de faire réagir mon père. Il s’approche de moi, manifestement inquiet.  


  • Grace, ça va ? Tu ne t’es pas fait mal ?  

Je ne réponds pas et il s’active à ramasser le verre cassé. Quand il sort de la pièce, sans un mot, pour aller jeter les morceaux de miroir, je sais qu’il ne reviendra pas m’aider.  

.... 


 

Une fois ma valise remplie, je me dirige vers une de mes pièces préférées. C’est un ancien salon que ma grand-mère a accepté de transformer en studio de danse quand je lui ai dit que je voulais en faire. Elle a d’abord été surprise de mon choix, une activité peu banale dans le monde des sorciers. Mais elle a ensuite décidé de me donner elle-même des cours de danse, jusqu’à ce je que sois assez grande et douée pour m’entraîner seule.   


Je prends mon justaucorps et mes pointes. Contrairement aux affaires des autres filles de mon âge, les miennes sont noires, avec des broderies vertes et argentées. Un serpent est représenté sur le justaucorps et sur chacune de mes pointes. Ma grand-mère a ainsi trouvé une façon de relier ma passion à mes origines.  


Une fois habillée, je lance la musique et la laisse m’emporter. J’enchaîne les jetés et les entrechats, réalisant chaque mouvement à la perfection, résultat d’années d’entraînements. La tête haute, les doigts ouverts gracieusement, je me laisse porter par la mélodie familière que j’entends. Quand je regarde l’horloge, je m’inquiète. Ai-je vraiment passé une heure à danser ?  

Mon souffle épuisé et les battements rapides de mon cœur confirment ce que je peine à croire. Perdue dans la musique, j’ai fait plus d’efforts que je ne l’imaginais. Je quitte la pièce après avoir éteint la musique, puis je me dépêche de retourner me changer. Le repas commence dans vingt minutes, et je n’ai pas intérêt à être en retard. Une fois arrivée dans ma chambre, j’avise le journal posé sur mon bureau. Son existence, comme celle du temps, a disparu de mon esprit, et tant mieux. Je contemple sa couverture une minute de trop, ce qui m’oblige à me dépêcher de me préparer pour le repas, servi à heure fixe. Une fois habillée et coiffée, baguette dans la poche, je descends les escaliers. Je jette un œil dans la cuisine. Ma grand-mère est en train de se disputer avec mon père. Les éclats de voix, ainsi que certains mots attirent mon attention et me poussent à me cacher derrière le montant de la porte.  


  • Pourquoi tu l’as laissée entrer ? Cette pièce lui était inconnue et c’était très bien comme ça !  

C’est la première fois que j’entends mon père hurler sur ma grand-mère. Celle-ci se défend directement après :  

  • Tu penses que c’est en cachant toutes ces choses à ta fille que tu vas l’aider ? Elle ne sait même pas qui elle est, et ça m'étonnerait qu’elle apprécie cette situation.  

Elle a raison, et c’est peut-être le pire, mais ce n’est pas une raison pour hurler sur son fils. Le problème doit venir de ce que mon père me cache. Une autre phrase de mon père me sort de mes pensées.  

  • Tu n’as pas à me dire comment je dois éduquer Grace ! C’est ma fille.  

Les disputes sont rares au manoir, et celle-ci est particulièrement violente. Je sens les murs vibrer à chacun de leurs cris, et je me sens coupable de rester là, cachée, et d’écouter leur dispute. Surtout qu’elle parle de moi.  


  • Éduquer ? Tu appelles ça éduquer ? Tu ne la vois presque jamais, et tu n’en sais pas plus sur elle qu'elle en sait sur toi, lance froidement ma grand-mère.  

Elle parle calmement, et je sais que c’est pire que les cris. Mon père reste muet quelques secondes avant d’essayer de se défendre.  

  • J’en sais beaucoup plus sur elle que tu ne le penses !  

Il n’a pas l’air de connaître la technique de la froideur distante de ma grand-mère. À moins qu’il ne soit trop en colère pour ça. La dispute s’envenime de plus en plus, et je devrais partir. Mais quelque chose que je ne pourrais pas expliquer me retient sur place. Je ne peux pas m’éloigner d’un mètre, et suis donc condamnée à rester spectatrice du triste spectacle que m’offre ma famille.  


Des pas derrière moi me font sursauter. Je suis d’abord étonnée de pouvoir bouger, puis déroutée de voir mon grand-père avancer dans le couloir. Il n’a pas l’air heureux, et voir Lucius Malefoy en colère n’est certainement pas la chose la plus rassurante du monde. Je pense soudain à l’image que je lui donne : une jeune fille, qui écoute aux portes, et responsable de la destruction imminente de sa famille. Sa colère n’est quand-même pas dirigée contre moi ?  

Il passe devant moi, non sans me jeter un regard dédaigneux, puis entre dans la cuisine. Les cris cessent immédiatement. Puis reprennent.  


Mon grand-père est cette fois mêlé au conflit. Mon père lui reproche d’avoir toujours été dur avec lui, de ne jamais l’avoir soutenu et de ne jamais avoir aimé sa fille, c’est à dire, moi. Ma grand-mère se tait. Mon grand-père reprend la parole. Mon père le coupe. Ils crient. Ils sortent leurs baguettes. Puis... 


  • Et comment veux-tu que j’apprécie ta fille ? Elle est une honte pour la famille. Et toi aussi. Tout ça à cause... d’elle.  De cette sang-de-bourbe ! Qu’est-ce qui t’est passé par la tête ? 

Je reste un instant les bras ballants. J’avais certes déjà vu le mot sang-de-bourbe écrit, mais jamais je n’avais entendu quelqu’un le prononcer. Et ils parlent de qui ? De ma mère ? De moi ? Non, ça ne peut pas être moi. Alors c’est d’elle qu'ils parlent. Celle qui m’a abandonnée. 

Le visage de mon père se tord de colère, et le temps de reprendre mon souffle, mon grand-père est déjà plaqué contre le mur. Du bout de sa baguette, mon père le tient à distance. Personne n’a rien vu venir. Ma grand-mère retient un cri, la main plaquée sur la bouche, tandis que mon grand-père tente de se défaire de l’emprise de son fils.  


Happée par le moment, je ne remarque pas le léger mouvement que mon grand-père fait de la main. Un mouvement qui entraîne une détonation importante. Qui fait trembler les murs. Et qui projette mon père contre ceux-ci.  

J’étouffe un cri, partagée entre deux options : Je pourrais entrer dans la pièce, défendre mon père, affronter mon grand-père...  


Ou rester ici, cachée, et éviter d’empirer la situation.  


Je jette un coup d’œil à la scène. Le sang perle sur le front de mon père, mon grand-père reprend son souffle après s’être délivré, et ma grand-mère cache son visage de ses mains. Son corps est secoué de tremblements... elle pleure ?  

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