Grace Malefoy
Le lendemain, je me réveille de bonne humeur avant le passage de ma grand-mère. Je vais sortir aujourd’hui ! J’ai envie de sortir de mon lit et de courir partout, mais je pense qu’il faut que je reste au lit au moins jusqu’à ce que ma grand-mère vienne. Lorsqu’elle arrive, je saute sur mes pieds et je me dépêche, plus que d’habitude, de me préparer. J’avale mon petit déjeuner en vitesse, et je demande à mon père :
- Je pars quand ?
Sur le coup, j’ai peur qu’il me dise que je n’irai nulle part. Mais il m’annonce :
- Dans dix minutes, vous passez par la cheminée.
Dans dix minutes. Dans dix minutes, le monde n’aura plus de secrets pour moi. Enfin, il n’en demeurera qu’un : qui est ma mère ? Je n’en ai trop pas parlé, mais je pense que vous avez remarqué que je n’ai pas de mère. Elle est partie quand j’étais bébé, pour se protéger, selon elle... Elle m’a laissée ici, je ne sais pas pourquoi. Les bons jours, je me dis qu’elle ne m’a pas prise avec pour faire plaisir à mon père. Les jours moins bons, je m’imagine que c’est parce qu’elle ne m’aimait tout simplement pas. C’est douloureux de penser ça, mais je ne vois pas d’autres raisons pour lesquelles une femme abandonnerait son enfant. J’ai appris à ne jamais parler d’elle, et on fait comme si elle n’avait jamais existé. Mais j’aimerai quand même savoir qui c’est...
Ma grand-mère me prend par la main et m’amène devant la cheminée. Elle sort une poignée de poudre verte d’un pot et la lance dans la cheminée en disant “chemin de traverse”, et nous voilà propulsés dans un tourbillon. Au bout de quelques secondes, nous sommes arrivées. Je contemple la rue autour de moi : Des magasins vendent toutes sortes de choses, la banque est resplendissante, les passants affluent dans la rue... C’est magique. Je suis ma grand-mère, et nous nous dirigeons vers la banque. Lorsque nous entrons, mon regard se tourne immédiatement vers les gobelins qui travaillent ici. Ils sont vraiment petits ! Ma grand-mère en aborde un et lui demande l’autorisation de récupérer de l’argent dans notre coffre. Il nous y conduit, et le voyage en wagon est vertigineux. Je crois vraiment que moins j’emprunterais ce chemin, mieux je me porterais. Lorsque je demande à ma grand-mère si c’est toujours comme ça, elle rit un peu avant de me dire que personne n’aime vraiment ces wagons, mais qu’il faudra que je m’y fasse.
Une fois l’argent récupéré, nous nous dirigeons vers une librairie, pour acheter mes manuels scolaires. Quand nous nous installons dans la file d’attente, je remarque la famille devant nous. Ils ont l’air d’êtres habitués, et discutent entre eux. La mère à les cheveux roux, et sa fille aussi, tandis que le père et les deux garçons ont les cheveux noirs. Je pense qu’ils vont tous aller à Poudlard cette année, et le plus jeune des deux garçons semble avoir mon âge. Ma grand-mère les remarque peu après, et leur lance un regard méprisant. Je crois qu’elle ne les apprécie pas trop, ce qui n’est pas le cas du libraire et de tous les autres clients...
Elle les salue d’un signe de tête lorsque le père nous dit bonjour, puis les ignore et se concentre sur un ouvrage de magie noire. Une fois qu’ils sont sortis du magasin, nous payons nos achats (des tonnes de livres de cours) et sortons à notre tour. Lorsque nous sommes sorties et loin des oreilles indiscrètes, je demande à ma grand-mère qui sont ces gens.
- Les Potter. Harry Potter, Ginny Weasley et leurs horribles rejetons. Je crois qu’ils ont des noms idiots. James, Albus et Lily. S’il te plaît ma chérie, quand tu seras là-bas, fait moi le plaisir de les ignorer, me demande-t-elle.
Je me demande ce que ces gens ont fait. Ils ont pourtant l’air respectés...
- Oui grand-mère, bien sûre.
Il ne manquerait plus qu’elle m'interdise d’aller à Poudlard, parce que je n’ai pas été d’accord d’ignorer trois collégiens.
Nous faisons le tour des magasins, récoltant quelques mauvais regards. Moins que la dernière fois, bine sûre. C’est peut-être dû à l’absence de mon père et de mon grand-père, ou alors, j’ai exagéré. Je suis émerveillée de voir autant de gens, autant de magie, autant de couleurs, autant de différence et de ressemblance, moi qui aie été élevée dans un sinistre manoir gris. Quand nous passons vers une animalerie, je supplie ma grand-mère de m’acheter un hibou. Chose que je n’aie pas à faire très longtemps. Elle accepte presque immédiatement, et je choisis le hibou le plus noir de l’animalerie. Il est incroyable, majestueux, et sombre. Ma grand-mère approuve mon choix, et elle paye l’oiseau. Nous entrons ensuite dans un magasin qui vend des robes de sorcier. Ma grand-mère m’en fait tailler quelques-unes sur mesure. Prendre mes mesures prend du temps, et, alors qu’on a presque fini, les Potter entrent dans le magasin. Ma grand-mère plisse les lèvres, et je crois qu’elle prend sur elle, mais qu’elle a terriblement envie de s’en aller. Elle chuchote entre ses dents quelque chose qui ressemble à : “Des gens comme ça n’ont rien à faire ici.” mais je suis la seule à l’entendre. Harry Potter, en revanche, est moins discret.
- Madame Malefoy et la fille de Drago. Quel honneur d’avoir ces deux-là dans ce magasin. Dit-il à Ginny Weasley.
Même si je ne côtoie personne d’autre que ma famille, et que mes connaissances en matière de discussion sont très faibles, je perçois la moquerie dans sa voix. Apparemment, il connaît mon père. Je pense qu’il a à peu près le même âge que lui. Ils se sont peut-être rencontrés à Poudlard ? Je laisse la couturière finir de prendre mes mesures, puis je demande à ma grand-mère si on peut partir. Ces personnes me mettent mal à l’aise. Nous sortons, non sans avoir priée de respecter les délais et remercié la couturière. Dans la rue, ma grand- mère injurie à voix basse Harry Potter. Nous terminons nos achats, et rentrons à la maison.
Une fois arrivées, nous rangeons nos paquets, puis je vais lire un des livres que nous avons achetés. Le reste de ma famille est sûrement en train de parler de notre voyage sur le chemin de traverse. Ils discutent très longtemps. J’ai eu le temps de lire entièrement trois des livres que j’ai acheté cet après-midi. J’ai déjà lu les autres livres que nous avons achetés. Ils n’ont pas changé depuis l’époque où mon père était à l’école, ce qui m’a permis de les lires à l’avance. Ma grand-mère se servait de ces livres pour me faire cours à la maison. Une fois, j’ai même fait un peu de Quidditch avec mon père. Je n’étais pas très douée, et je pense que je n’attendrais pas le niveau des autres quatrièmes, mais j’essaierais.
C’est mon père qui vient me chercher pour aller manger. Il me demande si la matinée s’est bien passée, et s’excuse de ne pas être passé plus tôt. Je lui réponds que tout s’est bien passé, et lui demande des informations sur les Potter. Il me répond que je trouverais tout ce que je cherche dans un livre qu’i déposera dans ma chambre après le repas.
Nous mangeons, puis ma grand-mère annonce à mon père qu’elle m’a acheté un hibou. Il me demande son nom, et je me rends compte que je ne sais absolument pas comment il s’appelle. Ma grand-mère m’apprend qu’il s’appelle Drake. J'aime bien ce prénom, il me rappelle un peu celui de mon père. Nous terminons de manger, puis je vais dans ma chambre. J’y trouve un vieux livre, tout usé, intitulé “Poudlard en guerre”. Ce n’est pas un livre publié, plutôt une sorte de journal intime. Un journal ayant appartenu à mon père, apparemment. Je l’ouvre, impatiente de lire ce qu’il contient. Les trois premières pages sont vides, ce qui me déçoit. Mais je suis rassurée quand je vois que la quatrième page comporte une phrase :
“ J’ai l’intention de m’imposer à Poudlard, comme me l’a demandé mon père. Serpentard tient son nouvel héritier.”
Je n’imaginais pas mon père exagérer comme ça. On dirait qu’il se croit nettement supérieur aux autres. Il paraît presque insolent, ce qui contraste avec sa personnalité actuelle. Je tourne la page. Celle-ci est plus remplie. Je la lis avec attention :
“ Je comprends parfaitement pourquoi mon père déteste les Weasley. Ces gens, traitres à leur sang n’ont rien à faire dans une école comme Poudlard. Nous les avons croisés sur le chemin de traverse, ils cherchaient désespérément une pièce pour s’acheter des fournitures : minable. Leur plus jeune fils, Ronald, semble être un idiot fini. J’espère franchement ne pas avoir à le côtoyer lorsque je serai à Poudlard. J’entrerai là-bas le 1er septembre, dans quelques semaines. Les journaux parlent énormément de cette rentrée des classes à cause d’Harry Potter. Le “survivant” fait sa rentrée à Poudlard ! Incroyable ! Il faut ABSOLUMENT en faire les gros titres ! Les gens sont complètement débiles. Cet imbécile a détruit le seigneur des ténèbres. Nous sommes à présent obligés de nier avoir appartenu au clan mangemort. Je n’étais qu’un bébé quand c’est arrivé, mais cet évènement nous a fait perdre une grande partie de notre notoriété. Il n’était rien et ne méritait même pas de l’attention, mais il est devenu le chouchou du monde des sorciers en tuant le seul qui aurait pu diriger le monde de la bonne façon. Si le seigneur des ténèbres avait survécu, il aurait libéré le monde des nés moldus. Mais un enfant d’un an a tout ruiné. C’est pourquoi il est important que nous trouvions un moyen de ressusciter le seigneur des ténèbres. Et nous y arriverons.”
J’arrête de lire. Je suis écœurée par ce que mon père a écrit. Ses pensées étaient horribles. Et le seigneur des ténèbres... Il en parle comme s'il était un dieu alors que ce monstre a causé la mort de centaines de personnes.
Il était sûrement jeune. Il ne devait pas avoir plus de onze ans, donc devait être très influencé par ses proches, mais ça n’excuse pas tout. Ces paroles horribles visant une famille tout simplement plus pauvre, cette impression d’être mieux que tout le monde... Il était vraiment quelqu’un d’horrible.
Je repose le livre sur mon bureau, le cœur lourd. Après avoir lu ce que j’ai lu je n’ai envie que de rester dans mon lit. J’ai la tête qui tourne, une boule au ventre, et je manque de faire tomber le livre tant je tremble. Je m’assieds, et je repasse ce que j’ai lu dans ma tête.
“pour savoir où on va, il faut savoir d’où on vient”
Je sais à présent d’où je viens, au moins un peu. Et ça ne me plaît pas. J’en ai appris plus en lisant ces quelques lignes que durant toute ma vie, et j’ai l’impression qu’on m’a caché la vérité. Peut-être que c’est pour ça que ma mère est partie. A cause du mal qui règne ici. Je passe ma main sur ma joue et me rend compte qu’elle est baignée de larmes. Je ne sais plus quoi penser. Je suis perdue.
Je ferme les yeux et je respire. Les pensées semblent s’aligner dans ma tête, les larmes sèchent peu à peu et le nœud dans mon ventre se défait. Je retrouve le contrôle de mon esprit. Je sais ce qu’il me reste à faire. La solution s’impose à moi. Je dois lire ce livre.
Je ne demanderai pas d’explications à ma famille. Je me contenterai de lire chaque jour ce que mon père pensait, il y a des années. Peut-être que j’y trouverai les réponses aux questions que je me pose.
Après un dernier regard au livre, au fond de la pièce, je ferme les yeux et me laisse emporter par mes rêves.
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