Roi des dragons
Chapitre 11 :
Bienvenu
Après avoir réalisé pourquoi il ne parvenait probablement pas à reprendre sa forme primordiale, Nefrea passa son temps à réfléchir, à cogiter. Il était angoissé comme cela n’avait pas été depuis longtemps. Cela était-il possible ? Est-ce qu’il allait avoir des petits ? La chose était choquante à ses yeux. Non pas qu’il ne voulait pas d’enfants avec Smaug, au contraire, mais il peinait à s’imaginer parent, lui qui avait abandonné l’idée de pouvoir avoir une famille depuis bien longtemps. Ce fait était tellement ancré en lui qu’il n’avait même plus envisagé la possibilité. Elle n’existait pas pour lui. Non ? Il savait que c’était possible biologiquement, seulement, sa vie avait fait de cela une route si invraisemblable qu’elle s’était totalement effacée de son esprit. Et brusquement, elle était là lorsqu’il s’y attendait le moins. Il s’était attendu à de petits dragonneaux issus de la Terre, des dragonneaux des autres dragons mais certainement pas à ses propres petits dragonneaux. Contraint et forcé, il avait abandonné son désir d’enfants dés sa première vie.
Il ne cessa donc de retourner la chose dans sa tête, essayant avant tout d’envisager réellement la chose tout en continuant à se dire que ce n’était peut-être pas ça et qu’il se trompait. Peut-être que son subconscient faisait resurgir un ancien phantasme depuis qu’il avait créé le Berceau et attendu de voir venir des bébés ? Peut-être n’était-ce pas cela du tout ? Inconsciemment, il s’était réfugié contre Smaug, se sentant fragile et perdu, plein d’incertitude et de questions. Et il y avait cet espoir fulgurant né avec cette éventualité. Un espoir qui lui prouvait qu’il n’avait pas perdu ce désir d’enfant et de famille même s’il avait cru l’avoir totalement écrasé en lui, pour ne pas en souffrir. Alors très vite, son obsession fut d’avoir la réponse, pour être sûr et pouvoir vraiment penser à la chose, ne pas se faire de faux espoirs.
Il resta caché contre Smaug sans pouvoir se rendormir, attendant quelque chose, attendant cette preuve. Son compagnon s’était fait infiniment rassurant et doux, le gardant contre lui. Habituellement, c’était totalement l’inverse. Nefrea était l’élément de calme, d’apaisement, celui qui rassurait et tranquillisait. Cette fois, ce fut Smaug qui fut là pour l’apaiser. Il le gardait contre lui et le cajolait. Ils restèrent là, ensemble, Smaug tentant de l’occuper et de le détendre. Nefrea ne vit pas le temps passer, perdu qu’il était dans ses réflexions. Aussi, il ne réalisa pas immédiatement lorsque Smaug parla à ce moment là :
- C’est sûr maintenant drakian. Nous allons avoir des petits dragonneaux.
- Quoi ?
- Tu en as largement l’odeur, s’amusa-t-il. Nous allons avoir des petits.
- Tu es sûr ? questionna-t-il en relevant la tête.
- Absolument. Impossible de me tromper avec cet envoûtant parfum, fit-il en frottant son nez contre lui. Tout les dragons le comprendront en le sentant.
- Nous allons avoir un bébé, remarqua-t-il rêveusement.
- Un, deux ou trois, ajouta son compagnon léger.
- Nous allons avoir un bébé, répéta-t-il en le faisant ricaner. Jamais je n’aurai cru que ce serait possible.
- Veux-tu que je t’explique comment c’est possible ? taquina son compagnon en l’amusant et en le sortant enfin de son choc. Es-tu heureux ?
- C’est comme un rêve qui se réalise. Et toi ?
- Ravi.
- Nous allons avoir un bébé, dit-il bien plus joyeusement.
- Nous allons avoir un bébé, confirma-t-il.
Confirmation reçue, il fallut tout de même encore un peu de temps à Nefrea pour réaliser et se faire à l’idée. Pourtant, il était heureux et ne manqua de la remercier Elle pour ce miracle. Encore une fois, elle lui permettait de réaliser ses rêves et d’avoir sa vie parfaite. Il resta blotti contre son compagnon, tout deux savourant ce revirement. Smaug s’amusait à constater que lui et la terre s’étaient coordonnés. Dés lors, le roi se fit encore plus protecteur, possessif et attentionné, assurant qu’il se chargeait de tout et que lui ne devait que rester en sécurité dans leur nid à se reposer. Nefrea y consentit sans même y penser, plus focalisé sur l’idée qu’un petit bébé grandissait en lui en ce moment, sur l’idée qu’il allait être parent.
Très vite, tout un tas de questions arrivèrent en commençant par comment cela allait se passer. Smaug lui avait déjà parlé de la biologie des dragons, de comment ils fonctionnaient mais le vivre était autre chose. Il fallait à peu près un mois pour former le ou les œufs, puis une année de couvaison avant la naissance. Ce n’était pas tant le processus physique qui l’interrogeait mais sa capacité à être parent. Lui qui n’avait jamais eu le moindre modèle du genre et qui ignorait totalement comment faire doutait fortement de ses capacités. Son enfant naîtrait dragon, dragnir comme lui et Smaug et il partirait de zéro, alors ne pas avoir de repère semblait logique. Ils étaient les premiers. Seulement, il ignorait totalement s’il serait à la hauteur. Un enfant, c’était une immense responsabilité et pour rien au monde il ne voulait le décevoir. Il voulait que son enfant soit heureux, se sente en sécurité, aimé, choyé… Il voulait préserver son innocence, son sourire, sa joie… Il voulait faire tout ce qu’il aurait voulu que l’on fasse pour lui. Et il se demandait s’il saurait faire, un peu paniqué à cette idée. Smaug était certain qu’il serait parfait, qu’il n’y avait pas à s’en faire. Nefrea avait pourtant du mal à se dire qu’il serait bien dans ce rôle. Il savait faire beaucoup de chose mais il ne s’était jamais occupé d’un enfant.
Il ne cessait de se questionner, tournant en rond dans leur nid, tendu et agité. Smaug n’en paraissait pas surpris. Parfois, il le regardait simplement faire en restant tranquille et parfois, il venait le chercher pour le ramener avec lui et le calmer, le pousser dormir. Smaug était beaucoup moins stressé que lui par l’évènement, ne doutant pas de ses capacités comme toujours. Et il ne doutait pas non plus de son compagnon, serein et enthousiaste. Pour essayer de détendre et de changer un peu les idées de Nefrea, Smaug l’avait emmené avec lui au Berceau pour voir l’œuf. Un œuf qui n’y était alors plus, déjà transféré à la Couveuse. Ils s’étaient néanmoins arrêtés pour saluer le dragon qui restait monter la garde au Berceau, tous encore plus attentifs maintenant qu’il y avait eu un œuf. Le gardien du jour, Arathach, un dragon froid, s’était figé dés leur entrée, humant l’air avec intérêt. Il avait incliné la tête vers eux avant de les féliciter, l’air très heureux et respectueux. Comme Smaug l’avait dit, il avait compris sur le champs.
Ceux qui se trouvaient dans la Couveuse avaient aussi compris immédiatement, les saluant pareillement. Nefrea avait pu les rassurer, expliquant que c’était son état qui l’empêchait de se transformer. La Couveuse contenait autant de dragons qu’elle le pouvait, tous voulant veiller sur l’œuf. Il était assez grand, haut de deux ou trois mètres, couleur de roche et tout aussi dur. Il avait été soigneusement installé dans un nid de pierres que l’on gardait chaud, les dragons capables de cela y crachant leurs flammes, s’enroulant autour pour le garder en sécurité, lui transmettre leur énergie. Ils se relayaient tous, chacun voulant veiller et cela ferait que le petit serait d’office relié à tous comme une gigantesque famille et c’était une bonne chose. Venir voir l’œuf apaisa Nefrea qui s’en approcha, tout ses instincts de dragon lui disant s’il allait bien ou non. Il allait parfaitement bien, tous déterminés à prendre le plus grand soin du tout premier enfant libre de leur mère la terre.
Ce fut plus calme que Nefrea retourna à son propre nid avec Smaug, se logeant contre lui pour dormir. La nouvelle que leur roi et leur istar auraient bientôt leur propre petit fut une joie pour leur peuple, tous très heureux de l’apprendre. En revanche, que cela soit pour le couple formé ou l’enfant de la terre, jamais cela ne fut dit à d’autres, le secret jalousement gardé. Si Glorfindel passait tout son temps avec eux, d’autres venant de plus en plus régulièrement, ils n’entendirent pas un murmure à ce sujet, les dragons surprotecteurs avec les futurs petits. Des nouveaux dragons, il n’y en n’avait pas eu depuis des siècles et encore moins des dragonneaux libres sans influence néfaste de Morgoth. L’évènement était historique pour leur peuple. C’était un nouveau départ pour eux et enfin, ils pourraient vivre et exister comme cela aurait toujours dû être le cas. Cette nouvelle, cette confirmation que le recommencement de leur peuple était bien ancré, avait décidé certains dragons à faire des projets.
Ce fut pour cela que ce jour là, trois dragons avaient demandé audience à leur roi. Depuis que Smaug et Nefrea avaient découvert qu’ils allaient être parents, ils passaient leur temps enfermés dans leur nid, ce qui était tout à fait normal. Smaug avait pourtant accepté de sortir et de gagner la salle du trône pour les recevoir, de mauvaise humeur et agacé d’avoir à le faire. Arathach, Duandor, et Irazole s’étaient excusés de le déranger alors qu’il veillait sur son compagnon attendant leurs petits mais ils expliquèrent qu’ils préféraient le déranger maintenant plutôt que durant la couvaison où cela serait encore plus inapproprié. Smaug concéda que cela était mieux ainsi puisqu’il serait concentré sur sa couvée lorsqu’elle serait là. Les trois dragons exprimèrent leur souhait de partir en voyage un peu partout pour porter la nouvelle de ce qu’il se passait ici aux autres dragons vivant encore seuls bien loin de là. Tous désiraient rassembler leur peuple et le trio voulait aller parler à ceux qui n’avaient pas osé venir ou qui n’avaient pas entendu l’appel du roi.
Smaug considéra l’idée un moment avant de se dire que cela pouvait être intéressant. Il n’y avait pas tant de dragons que cela de par le monde et probablement moins d’une centaine en tout et seule une moitié était déjà ici. Tous ses rassembler ici était une bonne idée. Il y avait bien assez de place et avec l’arrivée des nouveaux enfants de leur mère, tout ceux qui seraient disponibles pour les éduquer et les protéger seraient bienvenus. Il accepta donc leur requête, spécifiant pourtant de garder pour eux toutes les informations sur Nefrea, sur le Berceau, les dragonneaux, et les secrets de la vallée tant que les nouveaux arrivants n’auraient pas prêté allégeance devant lui. Ils pouvaient faire quelques allusions, dire qu’un istar les avait rejoins et se tenait à leur côté mais ils avaient interdiction d’en dire trop au cas où. Le trio le remercia et ce fut quelques jours plus tard qu’ils prirent la route par les airs, après avoir rassemblé les informations que tous avaient sur la localisation de leurs congénères.
Nefrea avait été ravi d’apprendre cela lorsque son compagnon était revenu dans leur nid et lui avait expliqué. L’attention du couple revint pourtant bien vite sur leurs futurs enfants. Il n’avait pas fallu très longtemps pour que Nefrea, toujours dans sa forme de dragon, ne commence à s’agiter en tout sens, son stress ne retombant pas. Smaug l’avait regardé se mettre à parcourir leur nid, leur trésor, en long, en large, et en travers, semblant chercher quel que chose. Et il savait parfaitement ce qu’il cherchait. Nefrea se trouvait un coin, remuait le trésor en tout sens avant de s’agacer, de changer d’endroit, et de recommencer, grommelant et râlant sur le fait que ce n’était jamais assez bien à ses yeux. Le roi était légèrement amusé de voir son compagnon d’ordinaire si calme, patient, tolérant, simple, tranquille, et peu exigeant, devenir l’inverse complet à cette période. Rien n’était jamais assez bien, il était impatient et tatillon, ronchon et maniaque. Mais il savait que c’était naturel et il savait ce que son compagnon cherchait avec tant d’énergie. Il avait d’ailleurs fait cela toute là journée jusqu’à ce que Smaug le ramène d’autorité contre lui, le coinçant sous son aile en se mettant à le cajoler pour le calmer, le poussant à prendre un peu de repos et à se détendre.
- Je ne trouve pas, gémit-il avec défaite en se blottissant contre Smaug.
- Tu vas trouver drakian, ne t’en fait pas, répondit-il doucement.
- Est-ce que tu peux m’aider ?
- J’aimerai bien mais je ne peux pas, s’amusa-t-il. Les critères qui feront qu’un endroit ou un autre te conviendra pour faire ton lit de ponte n’ont rien de rationnels et fixes. C’est toi et ton instinct qui devez trouver. Je ne saurais comment faire pour le trouver pour toi. Tu dois juste te détendre et trouver l’endroit où tu te sens bien et à l’aise.
- Et si je ne trouve pas à temps ? Il ne reste plus beaucoup de temps, s’angoissa-t-il.
- Tu vas trouver ne t’inquiète pas. Ce qu’il se passe est tout à fait naturel. C’est normal que tu sois inquiet et que tu aies du mal à trouver. C’est ton état qui provoque cela. Mais tout ira bien. En réalité, notre nid tout entier convient. Il faut juste que tu trouves l’endroit qui te va parfaitement à toi.
- Je ne suis vraiment bien que quand je suis là avec toi, soupira-t-il doucement en se collant contre lui.
- Alors en cherchant, n’oublie pas que je serai à tes côtés lorsque notre couvée arrivera. Je serai avec toi et je ne m’éloignerai pas une seule seconde.
- D’accord.
Le lendemain, en se réveillant Nefrea se remit à chercher l’endroit idéal pour ses œufs mais il y avait toujours quel que chose qui lui déplaisait. C’était bien souvent des choses totalement insignifiantes : pas assez de pierres précieuses, trop de pierres précieuses, trop haut, trop bas, trop près de l’entrée, creux trop petit, trop grand, trop profond, pas assez profond… Il n’arrivait pas à obtenir ce qu’il voulait. Il voulait l’endroit parfait pour ses œufs, pour ses petits, pour qu’ils soient bien, en sécurité. Après quelques jours de plus, sous ses suppliques, Smaug était venu chercher avec lui. Ou plutôt, il le collait de près pendant qu’il cherchait, l’apaisant et lui permettant de se concentrer un peu.
Il trouva finalement, s’apercevant que la présence de Smaug près de lui rendait la recherche plus simple. Parce qu’au fond, tout ce dont-il avait vraiment besoin était l’assurance que son amour serait avec lui pour veiller et les protéger. Il opta pour un colossal mont d’or et de pierres précieuses au fond de leur nid. Il avait lui même créé un creux à son sommet, s’assurant que les parois n’étaient pas trop hautes pour qu’elles ne s’effondrent pas sur ses œufs, le trésor glissant facilement. Le cratère était assez grand pour qu’il puisse y être avec Smaug. Il était bien protégé, entouré de toutes leurs richesses. C’était le bon endroit. Une fois trouvé, il se détendit, s’enroulant là avec Smaug pour se reposer et attendre l’arrivée de ses œufs. Il s’était alors endormi sous la surveillance de son compagnon heureux et protecteur.
Nefrea ne s’était réveillé que lorsque le moment était venu. Smaug lui avait bien entendu expliqué comment se passait la ponte mais il s’était senti incroyablement anxieux quand les contractions avaient commencé. Smaug avait été là, grondant bas et profondément, produisant un son apaisant qui faisait presque vibrer leur nid tout entier. Cela avait été douloureux, vraiment douloureux mais ce n’était pas surprenant. Toutefois, cela avait été relativement rapide et comparé à sa taille de dragon, les œufs n’étaient pas si grands. Nefrea s’était senti plus ému que jamais à la vue des deux œufs parfaitement ronds qui étaient désormais bien là. Ils étaient incroyablement beaux, semblant entièrement fait de mithril tels de gros joyaux. Il sentait la vie pure et éclatante, la magie chaude et douce, fragile et délicate qui les habitaient. Et il percevait les deux petites âmes innocentes, celles de ses enfants. Son amour pour eux, déjà bien présent, avait littéralement explosé à leur vue, comme son désir de les protéger et de tout faire pour qu’ils aillent bien.
Immédiatement, il s’était instinctivement enroulé autour d’eux, étroitement, son feu faisant chauffer son corps pile à la bonne température. Il les avait couvert de son aile, ronronnant presque malgré un épuisement total. Comme Smaug l’avait prédis, l’opération lui avait pris toutes ses forces et il ne voulait que dormir. Il n’y parvint pourtant pas, jusqu’à ce que Smaug vienne s’enrouler autour de lui à son tour, le couvrant lui et leurs œufs de son aile avec une titanesque intention protectrice.
- Dort mon drakian, poussa le roi. Tu as besoin de te reposer.
Il était venu chercher un peu de tendresse auprès de son compagnon, frottant son museau contre le sien puis il avait pu s’endormir, très heureux. Lorsqu’il s’était réveillé bien plus tard, il s’était senti absolument éreinté et affamé. Seulement, sa seule inquiétude avait été pour ses deux petits dont les œufs reposaient contre son ventre, bien au chaud. Il alla les effleurer du bout du nez, Smaug se redressant près de lui sans remarque, passant sa tête au dessus de son corps pour en faire de même. Et tout deux se détendirent en sentant parfaitement que leurs petits allaient parfaitement bien, venant se câliner l’un l’autre avec bonheur.
- Tu devrais reprendre ta forme primordiale et faire un bon repas drakian, remarqua Smaug. La ponte est déjà épuisante pour un dragon, il faut que tu manges et que tu te reposes et tu ne peux certainement pas aller chasser.
- Je… je…, hésita-t-il en regardant ses œufs avec inquiétude.
- Ne t’en fait pas. Je vais m’en charger le temps que tu reprennes des forces, que tu passes un peu de temps en forme primordiale. Tout ira bien. Fais moi confiance.
Nefrea hésita encore un peu mais il savait qu’il devait revenir un peu dans sa forme primordiale pour son bien et qu’il devait manger. Cela faisait déjà un moment qu’il ne s’était pas transformé et s’il avait passé de plus longues périodes en dragons avec Smaug pour dormir, ce qu’il s’était passé cette fois engendrait assurément une bien plus grande perte de magie, d’énergie, et quel que chose de bien plus éprouvant pour son corps. Smaug avait raison, il devait s’occuper un peu de lui. Si cela ne fut pas facile pour lui, il s’écarta de sa couvée, tendu et inquiet. Immédiatement, Smaug vint prendre sa place pour s’enrouler autour d’eux, les cachant de son aile et cette vision l’apaisa totalement. Il était sûr, absolument certain qu’il ne leur arriverait rien avec son compagnon. Il se relaxa et vint offrir un petit câlin à Smaug. Il reprit ensuite sa forme primordiale et il se sentit vaciller, le regard trouble. L’immense tête du roi vint le soutenir avec délicatesse. Il se laissa guider pour venir s’asseoir sous son aile près de leurs œufs. Ce fut sous l’insistance de son amour qu’il fit apparaître de la nourriture et de l’eau, mangeant sous ses encouragement doux. Puis il s’effondra pour s’endormir, blotti contre la peau écailleuse chaude, ses petits adorés dans son champs de vision.
Il fallut bien des jours à l’istar pour parvenir à réellement reprendre ses esprits. Jusque là, il ne s’était réveillé que très partiellement, écoutant Smaug qui le poussait à manger et boire avant de se rendormir. Et à chaque fois, il lui assurait que leur couvée allait parfaitement bien, le rassurant efficacement. Lorsqu’il se réveilla véritablement, sa première préoccupation fut pour ses petits. Il se leva lourdement pour aller voir leurs œufs bien plus grands que lui dans cette forme. De sa magie, il les ausculta avec minutie, s’assurant que tout était en ordre. Tout allait parfaitement bien et il se détendit en souriant, baignant ses petits de son pouvoir en se mettant à leur parler doucement, attendrissant Smaug qui veillait sur eux. Nefrea ne pouvait être qu’infiniment ému, impatient et plein de tendresse en regardant ses œufs. Il lui tardait déjà qu’ils éclosent pour les chouchouter, voir à quoi ils ressembleraient. Il faudrait un an de couvaison avant qu’ils ne pointent le bout de leur nez, onze mois et demi maintenant. Il revint se blottir contre Smaug qui l’incita une fois de plus à manger et boire.
Se reposer et veiller sur leurs œufs fut tout ce qu’ils firent durant les temps qui suivirent. Dés qu’il le put, se sentant de nouveau équilibré et bien, Nefrea reprit sa forme de dragon et Smaug lui céda la place sans protester pour qu’il puisse s’enrouler autour de leurs œufs pour les garder bien au chaud et à l’abri. Il fallut un peu de temps pour que l’un comme l’autre se sente bien avec cela mais Smaug finit par quitter leur nid, laissant sa petite famille bien à l’abri derrière les portes enchantées de la gigantesque salle du trésor. Il alla s’assurer que tout allait bien dans la vallée, que tout était en ordre et qu’il n’y avait pas eu de problème. Histoire de jeter lui même un coup d’œil et de se montrer à leurs voisins, pour leur rappeler sa présence et sa puissance, il alla voler au dessus de son territoire verdoyant en ce début d’été. Il passa également par la couveuse sous la Montagne pour aller voir l’œuf de la Terre. Lui aussi allait parfaitement bien, toujours attentivement veillé et soigné par les autres. Il donna des nouvelles succinctes de son compagnon et de leur couvée, tous absolument ravis d’apprendre que tout se passait bien pour eux aussi.
Il allait retourner auprès de sa famille lorsqu’il fut interrompu par ce petit elfe blond qui avait élu domicile ici depuis plusieurs années déjà. Il devait admettre que cette petite créature mettait de la bonne volonté, beaucoup de patience et de curiosité à apprendre à les connaître. Jamais il n’aurait cru voir cela de la part de l’un de ces petits insectes stupides. Quel était son nom déjà ? Il dut faire un effort pour se rappeler. Glorfindel, Seigneur de la Maison de la Fleur d’Or d’Imladris. L’elfe vint vers lui alors qu’il avait repris le chemin de la grande porte après un tour dans la vallée.
- Votre majesté ? interpella-t-il de cette voix douce et chante agaçante typique de son peuple. Veuillez m’excuser de vous déranger. J’aurais une question à vous poser.
- Que veux-tu ? répondit-il sèchement sans lui jeter un regard.
- Je m’étonne de ne plus voir le seigneur Nefrea. Cela fait plus de deux mois que je ne l’ai vu et qu’il n’y a pas eu un mot sur lui. Cela commence à m’inquiéter.
- Te crois tu en droit de poser ce genre de question ou de pouvoir exiger des nouvelles de Nefrea ? gronda-t-il.
- Non, bien entendu, répondit-il désormais parfaitement capable de rester calme et composé face aux dragons. Seulement, j’ai de l’affection et beaucoup d’estime pour lui. Alors ne plus entendre un murmure et ne plus voir une parcelle de son ombre m’inquiète. J’aimerai juste savoir si tout va bien. Je n’ai guère besoin de plus.
Soupirant lourdement en se disant que son compagnon aimerait que l’elfe soit rassuré, Smaug se décida à lui répondre :
- Nefrea va très bien. Il est actuellement concentré sur une affaire qui lui tient très à cœur et qui lui prend tout son temps. Une affaire qui fait son bonheur.
- Très bien, sourit-il. Merci majesté, cela me rassure énormément.
Smaug le jaugea du regard un instant, toujours surpris par ce personnage. Le blond semblait prêt à se contenter de cette réponse sans poser plus de questions, discret et contenant sa curiosité. Une chose rare pour ces choses minuscules d’après lui. Nefrea disait qu’il était un ami de leur peuple désormais et c’était grâce à lui que d’autres venaient de plus en plus régulièrement pour faire leur connaissance. Et il devait avouer que cet elfe en particulier y mettait du cœur et de la sincérité. Il savait que son peuple commençait à vraiment l’aimer et que certains le considéraient comme un ami. Nefrea en faisait parti. Il savait qui était cet elfe très ancien, réputé sage, droit, juste. Il avait combattu Morgoth et les dragons qu’il avait asservis dans les grandes guerres. Il faisait assurément parti des êtres les plus savants et érudits marchant sur cette terre dont-il connaissait assurément l’histoire. Mais il ne pouvait connaître celle des dragons. Seul les Valar, Nefrea et les dragons savaient. Morgoth aussi mais Morgoth n’était plus. Malgré les souffrances qu’il avait subi directement venant des dragons, Glorfindel était là, à vouloir faire leur connaissance, à vouloir connaître la vérité, leur donnant une chance. En lui même, Smaug devait avouer qu’il méritait d’en savoir plus et, si cela le laissait toujours surpris, qu’il était franc et vrai, honnête et respectueux. Il prit donc une décision, se disant qu’il le faisait pour Nefrea à qui cela plairait sans aucun doute.
- Cela fait presque trois ans que tu vis ici n’est-ce pas ? remarqua-t-il.
- En effet, approuva Glorfindel. Et je vous remercie de l’avoir permis. J’ai énormément appris depuis que je suis ici.
- Qu’as-tu appris ?
- Que votre peuple n’était pas du tout ce que j’imaginai. Qu’il est riche, cultivé, plein d’esprit, et de principes, d’honneur, de savoir, d’intelligence, de sagesse…
- Et cela te surprend n’est-ce pas ? susurra-t-il.
- Ce serait mentir que de dire l’inverse et je dois dire que cela me trouble plus encore.
- Pourquoi ?
- Je sais que votre peuple déteste les autres communautés de la Terre du Milieu. J’ignore toujours pourquoi d’ailleurs. Je n’arrive pas à comprendre pour quelle raison vous avez combattu avec Morgoth. Il m’apparaît évident, même si je ne peux l’expliquer, que vous ne serez pas de grands amis avec les autres peuples avant longtemps. Mais je vous connais désormais assez pour savoir que, quel que soit votre raison, elle est fondée et parfaitement valable. Je sais aussi que vous êtes guerrier, protecteur des vôtres et de ce qui vous appartient, de la nature et de la magie, mais vous n’êtes certainement pas assoiffés de sang et de combat. Rien que le fait que vous avez une telle connaissance de la régulation des espèces que vous chassez, que vous ne chassez jamais plus qu’il ne faut et que vous veillez à l’harmonie des populations animales en le faisant est révélateur du soin que vous pouvez avoir pour la vie et son équilibre. Alors je me demande d’autant plus pourquoi tout cela s’est produit. Avant que vous n’apparaissiez avec Morgoth, nous ne vous avions jamais vu. Je peux me tromper bien sûr mais je doute que nous ayons pu vous blesser ou vous faire offense de manière assez grave pour que vous entriez en guerre contre nous. Il m’est donc difficile de comprendre.
- Parce qu’il te manque encore les pièces principales de tout ceci. Vient, ordonna-t-il en se remettant en marche.
Glorfindel le suivit, la grande porte s’ouvrant devant le Roi sous la Montagne, l’elfe courant avec légèreté pour le suivre.
- Tu ignores encore tellement petit elfe, fit Smaug. Tu es induis en erreur par ce que tu penses être vrai sans avoir jamais eu confirmation que cela était vrai. Pour commencer, détrompe toi. Vos misérables peuples avides et cupides ont largement eu le temps de faire suffisamment offense à notre peuple, de lui faire du mal, de bafouer ce qui nous est cher avec assez de gravité pour que nous voulions vous réduire en cendre et que cela soit légitime, dit-il en le surprenant.
- Que voulez-vous dire ?
Smaug ne répondit pas et l’emmena jusqu’à la galerie aux tapisseries. Il s’arrêta au centre, laissant l’elfe regarder alors qu’il venait ici pour la première fois.
- Nefrea est l’istar de Mandos, reprit le roi. Mais il est également très proche de l’épouse du juge des morts, Vaïre, la tisserande. Ces tapisseries sont des copies parfaites de celles que Vaïre a tissé pour raconter l’histoire des dragons.
Glorfindel lui jeta un regard surpris et interloqué, très intéressé, se postant devant les premières tapisseries pour y découvrir l’histoire illustrée des dragons.
- En dehors des dragons et de Nefrea, seuls les Valar le savent mais contrairement à ce que vous croyez tous, gronda-t-il, ce n’est pas Morgoth qui nous a créé. Si Ilùvatar a créé cette Terre, il l’a créé comme un être véritable avec une âme, un esprit, un corps… Et c’est sur cette Terre bien vivante que vous vivez tous. Elle vous permets de vivre et vous nourrit. C’est elle qui nous a donné naissance.
- La Terre ? voulut-il confirmer.
- Oui. La Terre est notre mère. Mais nous ne sommes pas nés pour les même raisons que les autres peuples. Nous sommes nés parce que notre mère avait besoin d’être défendue. Elle avait besoin d’une voix. Vous tous qui marchaient sur elle, vous l’exploitez, vous la creusez et la sculptez pour la tordre selon vos envies. Vous lui prenez ses minerais, ses joyaux, ses métaux, ses pierres, ses éléments… Vous la forcez à produire ce que vous voulez où vous le voulez. Et ce faisant, vous la torturez et lui faîte énormément de mal.
- Comment ça ?
- Ce que vous lui faîte serait comparable au fait de voler le sang d’un être comme toi, de lui arracher la peau, de lui tordre les organes, de lui pomper son énergie, de l’enchaîner, de graver sa chaire… C’est une torture qui fait souffrir la Terre, la dégrade peu à peu. Si les dragons sont attirés par les richesses, ce n’est pas pour rien. Les éléments précieux comme l’or, le mithril, l’argent, le platine, les joyaux… Tout cela constitue les éléments, les organes, les plus importants de la Terre, de sa magie, de sa force. En pillant tout cela comme vous le faîtes, vous la blessez et la tuez à petit feu.
Il observa gravement l’elfe qui scrutait les tapisseries illustrant cela, choqué et très attentif.
- Alors la Terre nous a créé pour que nous la défendions, reprit le roi. Les dragons sont attirés par les trésors avec puissance parce que pour nous, les récupérer, c’est récupérer ce qui appartient à notre mère. Nous couvons nos richesses pour que notre magie les imprègne. Peu à peu, cela permet de restaurer le lien de ces éléments avec la Terre et de la soigner, de rétablir sa magie et sa santé. Nos trésors sont maudits parce que notre pouvoir fait en sorte de punir tout ceux qui voudraient à nouveau torturer notre mère et voler ce qui ne leur appartiens pas. Si je suis venu ici et que je défend cette Montagne, c’est parce qu’elle est le cœur de ma Mère en Terre du Milieu et que ce qu’on fait les nains ici a fait énormément de mal et menaçait la vie de ma Mère. Les dragons ne sont pas cupides, ils s’efforcent de récupérer ce qui appartient à notre Mère et de la soigner de leur magie, de la défendre de leur puissance.
Il marqua une pause, arrivant avec lui devant la tapisserie montrant Morgoth au dessus du premier nid de naissance des dragons.
- Malheureusement, nous n’avons pas pu venir au monde comme cela aurait dû. Morgoth a trouvé le berceau de notre naissance avant que nous ne soyons en mesure de nous défendre. Il a usé de sa magie pervertie pour nous forcer à plier à sa volonté. Nous n’avons pas eu le choix même si pour nous, Morgoth était un ennemi de notre Mère au même titre que vous tous. Ce n’est pas de notre volonté que nous sommes entrés en guerre et que nous avons gardé le silence. Nous étions enchaînés, prisonniers, asservis, cracha-t-il avec haine. C’est cela la vérité. Heureusement, Morgoth avait bien trop peur de voir l’un de ses sbires nous retourner contre lui alors il a gardé ce secret pour lui et il a gardé le contrôle sur nous pour sa seule personne. Aussi, lorsqu’il fut détruit, nous avons retrouvé la majeure partie de notre liberté même si un noyau de sa magie viciée perdurait en nous. Elle n’avait aucune influence sur nous mais elle était là et seul Morgoth en personne aurait pu s’en servir. C’est pourquoi nous ne servirons plus jamais ses partisans, plutôt mourir. Ils sont nos ennemis premiers.
- Est-ce que… est-ce que Nefrea savait cela en arrivant en Terre du Milieu ? Les Valar lui avaient dit ? Est-ce pour cela qu’il est venu ici ?
- Non. Nefrea ignorait tout de cette histoire lorsqu’il est arrivé en ces terres. Les Valar n’ont découvert la vérité que très tard, après la chute de Morgoth. Ils l’ont appris lorsque Vaïre a enfin eu le temps de concentrer son pouvoir sur l’histoire des dragons et de l’illustrer, de la révéler avec ces tapisseries. Cela n’a été fait que très tard parce que nous n’étions pas légitime à leurs yeux, contre nature. Vaïre l’a fait parce que les Valar avaient tout de même noté des choses étranges, qu’ils avaient des questions sur nous et qu’ils voulaient découvrir la vérité. Nefrea n’en savait rien. Personne ne lui avait rien dit sur nous. Il est venu parce qu’il était curieux de faire ma connaissance. Il est venu, il a été poli, ne s’est pas imposé, s’est montré patient. Il a discuté avec moi sans être indiscret, en apprenant à me connaître et en me laissant apprendre à le connaître. Il a été sincère, droit, sans jugement, sans prétention, ouvert, attentif et compréhensif. La confiance est née. Il a posé ses questions avec simplicité, je lui ai répondu, il a accepté les réponses.
- Je vois, sourit-il.
- De part ce qu’il est, de part sa puissante magie, sa justesse et sa tolérance, Nefrea a eu de la tendresse, de la sympathie et de la compassion pour nous. Il nous a accepté sans rechigner, sans discuter quoi que ce soit. Il est devenu notre ami et notre frère et il a décidé de marcher à nos côtés, dit-il en observant les tapisseries racontant cela. Il s’est servi de sa magie pour détruire définitivement la magie corrompue de Morgoth en nous. J’ai été le premier puis tout ceux qui sont venus ici et m’ont juré allégeance ont eu droit à cette purification. Nefrea a ajouté sa magie à la mienne pour soigner cette région. Pour vous, ma présence a tué la Montagne et son domaine. Mais il n’en n’était rien. Elle s’était simplement endormie pour se reposer et guérir sous ma magie. Cela aurait dû me prendre beaucoup plus de temps mais Nefrea m’a aidé. Nous en avons eu terminé au moment de la bataille pour la Montagne. C’est pour cela qu’elle a pu enfin se réveiller ensuite, plus vivante, pure et en santé que jamais. Plus puissante et forte que jamais.
Il continua à observer ces tapisseries sur lesquelles Glorfindel était concentré à cet instant. Elles racontaient presque tout mais elles ne parlaient pas de sa véritable relation avec Nefrea, elles ne parlaient pas de tout ce que Nefrea avait fait pour la région ou de sa nature véritable. Elles ne parlaient pas du nouveau Berceau et des dragonneaux à venir et elles ne parlaient pas de leurs enfants à naître non plus. Elles n’étaient pas complètes parce que cette galerie était destinée à apprendre à d’autres peuples, préservant leurs secrets. Après la naissance du Berceau, Nefrea avait créé une nouvelle galerie semblable dans les tunnels des dragons. On y retrouvait les mêmes tapisseries mais on pouvait y découvrir celles qui manquaient et qui racontaient plus de secrets, plus de détails. La seule chose qui n’y était pas était la nature profonde de Nefrea, son lien avec la Mort, ce fait devant rester secret. L’istar l’avait créé en vue d’enseigner aux jeunes dragons qui arriveraient. Mais celle-ci n’était accessible qu’aux dragons loyaux envers Smaug, leur peuple. Cela n’empêchait pas Glorfindel de pouvoir apprendre tout ce qu’il fallait dans la galerie où il se trouvait avec le roi.
- Si j’ai pu revenir des Salles de Mandos, c’est parce que je suis le premier dragon à passer par la mort sans l’influence néfaste de Morgoth en moi. Cela a rétabli le véritable chemin de nos âmes jusqu’aux salles des morts avec pour choix, comme vous, de revenir ou de voir notre âme retourner dans le giron de notre mère la Terre pour qu’elle fasse de nous ce qui lui plaît que cela soit pour renaître dans une nouvelle vie, être autre chose, ou rester auprès d’elle. Il en sera désormais ainsi pour tout les dragons d’ici qui ont reçu la purification de Nefrea. La Terre fut l’une des premières âmes à être créée par Ilùvatar, à prendre vie. Les dragons sont ses enfants comme vous êtes les descendants de vos ancêtres. Notre peuple est aussi légitime, naturel, et en droit de vivre que le tiens. Les Valar l’ont reconnu et c’est pour cela qu’ils ont approuvé le choix de Nefrea de marcher avec nous.
- Que ferez vous dorénavant ?
- Nous reconstruire, vivre libres, servir notre Mère, répondre à ses appels de détresse et accomplir notre devoir. Nous vivrons enfin véritablement et nous ferons ce que l’essence même de notre nature nous dicte. Maintenant tu sais petite créature. Cela te permet-il de comprendre ?
- Oui. Je vous remercie et je suis sincèrement désolé, dit-il.
Smaug renifla et ricana, percevant pourtant la sincérité de l’elfe touché par l’histoire.
- J’ai à faire, fit le roi en se détournant. Lorsque tu auras vu ici tout ce que tu veux voir, ressors de la Montagne, sans détour. Les autres répondront à tes questions.
- Puis-je parler de ceci à d’autres ? À mon peuple ? demanda Glorfindel.
- Si tu le veux. De toute façon, je doute que l’on te croit. La majorité a déjà son avis bien forgé sur nous et ce que nous sommes. Reconnaître ce que nous sommes réellement ne sera pas plaisant alors ils préféreront dénier.
- J’aimerai essayer.
- À ta guise mais veille à ne pas nous causer de problème ou tu finiras entre mes crocs, assura-t-il en s’en allant définitivement.
Glorfindel le salua sans en demander plus, se retournant ensuite vers les tapisseries pour observer plus en détail. Cela changeait tout, expliquait tout et cela le retournait, renversant beaucoup de croyances ancrées en lui. Maugréant sur le pourquoi il avait bien pu faire cela, Smaug retourna auprès de son compagnon et de leur petits, s’enroulant autour d’eux avec joie, se détendant au contact de sa moitié qui gronda de plaisir, lui demandant doucement si tout allait bien dehors. Il lui donna donc des nouvelles avant de lui raconter ce qu’il avait dit à Glorfindel. Nefrea ne fit aucune remarque mais il irradiait d’une telle satisfaction qu’il n’était pas difficile de savoir ce qu’il en pensait.
Ce fut bien des heures durant que Glorfindel resta dans la galerie à analyser les tapisseries. Il resta là à tout assimiler, à tenter de comprendre l’ampleur de ce que cela signifiait. Puis il ressortit et gagna sa tente pour réfléchir et méditer un peu. Dans les temps qui suivirent, le seigneur elfe discuta de tout ceci avec les autres dragons, posant ses questions, voulant en savoir davantage. Et après que leur roi ait fait le premier pas, donnant ainsi son autorisation, les autres suivirent pour l’éclairer, lui raconter même si certaines choses, les mêmes qui étaient absentes des tapisseries de la galerie, restèrent secrètes. Ils lui parlèrent et Glorfindel fut le premier, en dehors de l’istar noir, des dragons et des Valar, à pouvoir apprendre la véritable histoire des dragons, à pouvoir découvrir leur véritable nature, leur fonctionnement, leurs sentiments, leur raison d’être… Cela prit des mois.
Lorsqu’il eut répondu à tout ses questionnements et mit de l’ordre dans ses idées, Glorfindel attendit de voir le roi sous la Montagne sortir de son antre. Il n’avait toujours pas revu Nefrea mais la chose semblait aller de soit pour tous ici. Les dragons disaient qu’il était occupé à faire quel que chose qui lui tenait personnellement à cœur, qu’il allait bien, et il les croyait. Tous ici adoraient l’istar noir et il aurait fallu être d’une mauvaise foi ou d’un aveuglement sans nom pour ne pas s’en apercevoir. Il ne voyait plus Nefrea depuis un bon moment, il ne voyait plus le dragon de mithril, mais de temps en temps, Smaug sortait, vérifiait que tout allait bien, allait parfois chasser en revenant avec une grosse proie supplémentaire et disparaissait à nouveau dans sa montagne. Il avait profité d’une de ces sorties pour l’interpeller doucement et poliment. Smaug s’était arrêté, agacé, l’enjoignant à parler rapidement. Il l’avait alors salué respectueusement et lui avait annoncé qu’il repartait pour parler à son peuple de ce qu’il avait appris. Il le remerciait pour son hospitalité et pour son enseignement, demandait à ce que son amitié soit transmise à Nefrea. Il promit qu’il reviendrait, en demandant l’autorisation d’avance. Il l’obtint puis il lui fit ses salutations avant de s’en aller, bien décidé à transmettre ce qu’il avait appris.
Lorsque Smaug l’avait dit à Nefrea, une fois encore, celui-ci avait été ravi. Le couple quant à lui, n’était préoccupé que par ses œufs. Nefrea avait beaucoup de mal à s’en détacher. Il le faisait lorsqu’il devait retourner un moment dans sa forme primordiale pour sa santé. Il en profitait pour boire et manger. Il avait aussi été forcé de sortir de nuit pour aller absorber la lumière des astres nocturnes, gagnant sa terrasse haut sur la montagne pour cela. Mais il devait se contraindre à le faire, rechignant à quitter ses petits des yeux même en sachant que Smaug était là. Son compagnon disait que c’était tout à fait normal comme comportement, qu’un dragon médian ordinaire n’aurait pas quitté ses œufs une seule seconde, incapable de le faire. Lui y était forcé de par les exigences de son corps et de sa magie mais Smaug disait qu’il ne devait pas se sentir mal d’avoir de la peine avec cela. C’était naturel. Normalement, seul l’ascendant quittait le nid durant la couvaison. C’était l’ascendant qui veillait à leur sécurité, à amener de la nourriture et de l’eau si nécessaire. Le médian ne faisait que couver, se reposer, et veiller à la santé des petits.
Aussi, Nefrea ne s’éloignait que lorsque c’était nécessaire et il ne quittait le nid que lorsque le besoin de lumière astrale se faisait ressentir. Il assurait le reste de ses besoins grâce à sa magie et à ses réserves, restant auprès de ses petits lorsqu’il était dans sa forme primordiale, en profitant pour s’assurer de leur santé et de leur bien être de sa magie. Il n’était concentré que sur eux et son compagnon, caressant souvent ses œufs avec le sourire, leur parlant doucement, leur disant déjà souvent qu’il les aimait. Smaug veillait sur eux et lorsqu’il sortait chasser, il lui ramenait du gibier qu’il pouvait manger en tant que dragon pour lui permettre de rester un peu plus dans cette forme. Tout deux rayonnaient, très heureux, plus proches que jamais ainsi concentrés sur leur progéniture. Incontestablement, Nefrea était le plus impatient des deux, comptant les jours et presque les heures qui le séparaient de l’éclosion.
Le couple se posait aussi énormément de questions sur leurs petits. Ils seraient Dragnir comme eux, avec deux apparences comme eux. Vu les œufs, ils naîtraient dragons. Des œufs un peu différents de ceux des dragons de feu d’origines. Celui qui était dans la couveuse en ce moment, de part sa taille et sa forme ovale, la chaleur qu’il réclamait pour se développer, était assurément un œuf de dragon de feu. Mais leurs œufs, aussi grands, parfaitement ronds et semblant couvert de mithril étaient différents. Tout deux se disaient que cela était dû à leur nature particulière.
Ils se demandaient si leurs dragonneaux auraient la capacité de se transformer immédiatement, si cela serait naturel ou devrait être appris, s’ils pourraient les nourrir de viande comme des dragonneaux ordinaires… Si Nefrea était un peu inquiet sur sa capacité personnelle à s’occuper d’eux au mieux, Smaug était toujours certain qu’ils y arriveraient sans mal même s’il faudrait découvrir comment fonctionneraient leurs petits. En un sens, qu’ils naissent dragons était une bonne chose. Contrairement aux bébés humanoïdes, ils pourraient vite marcher, gambader et jouer. Il faudrait du temps pour que leurs ailes terminent leur développement et qu’ils puissent apprendre à voler mais ils seraient capables de bouger par eux même en dragon. Comme pour tout les petits, il leur faudrait une éducation, un apprentissage de la parole. Les dragonneaux pouvaient manger comme leurs parents même si, comme leurs parents, ils n’avaient pas besoin de grand-chose et absorbaient beaucoup de magie naturelle. Les futurs parents se demandaient cependant s’ils n’auraient pas besoin de se nourrir comme Nefrea, de passer du temps dans leur forme primordiale comme Nefrea. Ils verraient avec le temps et apprendraient au fur et à mesure.
Pour le moment, leur seul soucis était de permettre à leurs petits de bien grandir dans leurs œufs, entourés de leurs chaleurs, de leurs magies et de leurs présence, de leurs voix, de leur protection et de leur amour pour eux. C’était avec émotion qu’ils avaient perçu l’énergie de la Montagne, la magie de la Terre, venir caresser leurs petits comme pour veiller elles aussi, faire leur connaissance et les couvrir de tendresse. Si cela parût durer une éternité pour Nefrea toujours plus excité et impatient, les semaines coulèrent inexorablement. Onze mois s’étaient écoulés lorsque soudainement, la magie de Nefrea l’alerta. Enroulé autour de ses œufs, Smaug près de lui, il releva la tête pour se concentrer, son compagnon se redressant devant sa réaction.
- Drakian ? interrogea-t-il en effleurant son museau du sien.
- Il faut que tu ailles à la couveuse pour nous deux, dit-il le ton joyeux. Le premier dragon libre de la Terre est en train d’éclore.
- Vraiment ? questionna-t-il.
- Oui. Est-ce que tu veux bien y aller pour voir si tout va bien ? Je vais suivre de loin avec ma magie.
- J’y vais. Veille bien sur nos petits, pria-t-il.
Nefrea approuva, grondant de contentement au petit câlin que son compagnon lui offrit avant de se relever. Il releva son aile pour laisser Smaug venir inspecter leurs œufs de son nez. Puis le roi s’éloigna et les laissa pour aller à la rencontre du premier petit libre de leur peuple, heureux et joyeux. Il quitta son nid pour aller directement à la couveuse où tous accouraient et s’entassaient en ayant détecté les premiers signes de l’éclosion. L’excitation régnait dans la vaste caverne chaude, les murmures couvrant le silence, chacun voulant voir. Et le roi s’amusa une seconde du spectacle un peu enfantin que donnaient ses congénères entassés là à se chamailler comme des dragonneaux pour avoir une meilleure place. Mais il comprenait. Avant que Nefrea n’entre dans sa vie, dans leur vie, jamais aucun d’entre eux n’aurait cru cela possible. Aucun d’entre eux n’aurait pu croire qu’ils seraient libérés de l’emprise de Morgoth et que leur Mère pourrait donner naissance à de nouveaux petits, épuisée qu’elle était par tout ce qui l’avait atteinte au fil des guerres et des exploitations. Mais Nefrea était arrivé et avait réalisé des miracles, les avait aimé comme aucun, en dehors de leur propre peuple, ne les avait aimé. Grâce à lui, leur espèce mourante commençait à renaître.
Malgré le monde déjà présent, on laissa le roi passer sans rechigner et il fut celui qui se tint au plus près de l’œuf qui tremblait un peu et sur lequel une fissure était déjà bien marquée. Tout ses instincts hurlaient que c’était le bon moment, que le petit arrivait, qu’il allait bien, qu’il était fort et prêt à sortir de sa coquille. Il s’installa là avec les autres, sentant la magie de son compagnon baigner l’endroit, lui permettant de suivre de loin lui aussi. Une éclosion prenant environ vingt quatre heure, tous observèrent avec patience, savourant chaque instant de cet évènement historique pour eux. Après un moment, sous les efforts du petit, un morceau de coquille sauta. Tous se redressèrent en entendant quelques couinement et roucoulement légers s’élever en provenance de l’œuf. Smaug approcha alors son nez, grondant bas à son tour, faisant savoir au petit qu’ils étaient là. Tous le firent doucement, encourageant pour le dragonneau vivant la première grande épreuve de sa vie. Ils furent avec lui, lui répondant lorsqu’il émettait ses petits bruits distinctifs, le laissant faire des pauses et aller à son rythme pour sortir de là, le laissant faire. La nature savait ce qu’elle faisait.
Peu à peu, la coquille tomba en miette, l’œuf roulant un peu pour tomber sur son côté dans le nid de pierres chaudes où il se trouvait. Et peu à peu, ils purent découvrir leur nouveau petit frère. La première chose notable était assurément sa couleur. Il était d’un mauve sombre incroyable et reluisant tel la plus belle des améthystes. Lorsqu’il sortit un peu plus de là, on remarqua qu’il était comme Smaug, bipède avec deux grandes ailes agiles dotées de griffes. Il avait toutes les caractéristiques d’un dragon de feu mais il manquait une chose. Une chose qui se montra lorsqu’il fut à moitié sorti de sa coquille, son cou déroulé et sa tête posée sur une pierre alors qu’il se reposait un peu, l’effort intense pour lui. Il eut un petit hoquet et une minuscule flammèche sortie de sa gueule, terminant de prouver qu’il était bien un dragon de feu. Ce petit hoquet adorable, fit presque fondre l’assemblée toute entière. Smaug roula des yeux devant les airs et les attitudes totalement niaises et mièvres des siens autour de lui, tous roucoulant complètement attendris par le dragonneau. Celui-ci clignait lourdement des yeux pour regarder autour de lui, ses iris d’améthystes splendides et rutilantes.
D’ordinaire, seuls les deux parents assistaient à l’éclosion et approchaient les petits dans le début de leur vie. Personne d’autres n’était toléré et les dragonneaux étaient naturellement programmés pour fuir et se cacher de n’importe quel autre. Mais ici, c’était différent. C’était différent parce que l’œuf avait été formé et couvé sous la Montagne du roi en un lieu plein de sa magie ainsi que de celle de son compagnon, Nefrea. C’était différent parce que chaque membre du peuple avait pu venir le couver et veiller sur lui. En conséquence, le lien qui se formait avec le dragonneau pendant la couvaison avait été formé avec chacun d’entre eux. Chacun d’entre eux tenait le rôle de parent pour lui et pourrait s’occuper de lui. Le petit ne se montra donc pas du tout effrayé de tous les trouver autour de lui, regardant de ses grands yeux innocents, couinant un peu en recevant de légers grondement en réponse.
Encore quelques heures et le petit était bien sortit de son œuf, totalement épuisé et somnolent. Smaug s’approcha doucement, attrapant ce qu’il restait de coquille avec délicatesse pour le retirer du nid. Puis il se mit à souffler son souffle chaud avec délicatesse sur le dragonneau. Les débris de coquilles s’envolèrent plus loin et le bébé fut séché avec douceur, roulant un peu avec un gémissement de bien être sous ce traitement, attendrissant un peu plus tout ceux qui regardaient. Smaug sécha le petit et son nid avec soin avant de venir l’effleurer du bout du nez en grondant. Le dragonneau poussa un petit cri joyeux avant de bailler largement, se décrochant la mâchoire et une fois encore, Smauf aurait pu rire d’entendre certains gémir d’attendrissement dans une attitude qui brisait totalement l’image sauvage et brutale des dragons. Le petit cligna des yeux, dodelinant de la tête, fatigué. Une petite poussée du gigantesque museau de Smaug l’incita à se coucher et il se roula en boule pour rapidement s’endormir, le sommeil de rigueur après tout ceci. Smaug, comme tous, couva un instant du regard cette petite merveille splendide, se redressant pour prendre la parole à voix basse :
- Skarniss. Il se nomme Skarniss désormais, annonça-t-il. Veillez bien sur lui et appelez moi s’il y a quoi que ce soit. Je reviendrai le voir rapidement.
Tous approuvèrent et après avoir effleuré le bébé du bout du nez une dernière fois, lui souhaitant la bienvenue parmi eux, Smaug se détourna pour retourner vers son nid, certain que tous s’occuperaient avec grand soin du petit. Et ce fut en effet le cas. Comme cela fut pour la couvaison, tous s’organisèrent pour s’occuper du petit. Très délicatement, un dragon quadrupède l’avait pris entre ses serres antérieures pour le déposer sur le dos de l’un de ses congénères. Celui-ci avait pris le chemin de la nurserie et ce fut avec tout autant de précautions que Skarniss avait été installé dans un nid plus adapté, propre et chaud. La nurserie créée par Nefrea était une très vaste salle où il y avait bien sûr des nids, chacun ayant la place nécessaire pour que le plus grand d’entre eux puis s’enrouler autour pour veiller le petit qui s’y trouverait. Mais à l’image de son jardin intérieur, l’istar y avait ajouté de l’eau, des plantes, des lumières reproduisant celle du soleil et de la lune, des jeux d’air reproduisant le vent… Il en avait fait un écrin où les dragonneaux pourraient débuter leur vie en toute sécurité tout en pouvant découvrir déjà beaucoup.
En temps normal, les dragonneaux ne sortaient jamais du nid de leurs parents. Ils ne le faisaient que lorsque leurs ailes étaient parfaitement formées, prêtes et qu’il était temps d’apprendre à voler. L’apprentissage du vol se faisait aux abords directs du nid et ce n’était que lorsque les petits pouvaient voler à peu près correctement que les parents se permettaient d’aller plus loin avec eux. Ainsi, les dragonneaux pouvaient assez facilement s’enfuir et revenir au nid en cas de problème, s’échapper par le ciel. Quand à ceux qui n’avaient pas d’ailes, ils sortaient à peu près au même âge et sur le même rythme, le principe étant d’attendre que le jeune soit en mesure de s’enfuir et de se mettre en sécurité rapidement au besoin, qu’il soit assez fort pour endurer de plus longs trajets. Avec cette nurserie bien protégée, les dragonneaux pourraient jouer et expérimenter sans sortir et peut-être même commencer à se dégourdir les ailes tranquillement en toute sécurité. Cela rassurait tout le monde étant donné que, de manière indéniable, ces nouveaux petits étaient le trésor du peuple et que pas un dragon n’était prêt à faire moins que l’impossible pour leur sécurité et leur bien être.
Ce fut donc avec attention que Skarniss fut installé, que le premier s’enroula autour de lui et qu’ils se mirent à veiller, le dragonneau ayant grand besoin de sommeil maintenant. Le roi retourna auprès de son compagnon, désormais aussi impatient que lui de voir leurs propres dragonneaux pointer le bout de leur nez. Il retrouva un Nefrea aux anges et très attendrit qui avait suivi de loin, visiblement très ému après cette naissance miraculeuse. Ils se mirent à veiller sur leurs propres petits, heureux.
Dans les jours qui suivirent, Smaug rendit visite au petit dragon d’améthyste. Il s’était réveillé et il semblait déjà très occupé à faire fondre totalement ceux qui le gardaient. Bien sûr, à cet âge, il ne parlait pas encore. Il aurait besoin de plusieurs années pour apprendre à parler correctement et pour le moment, il ne faisait que gémir, couiner, roucouler, et émettre de petits cris assez aiguë. Il gesticulait déjà beaucoup, plein de vie et d’énergie, gambadant autour de son nid, grimpant sur ses gardiens qui se pliaient volontiers à jouer avec lui, irradiant de bonheur et de bien-être dans cette tâche. Tous se relayaient, chacun avait son tour et Skarniss prouvait qu’il avait tissé des liens avec chacun en les acceptant totalement sans aucune peur ni réticence.
Lorsque Smaug venait, immanquablement, le petit courrait vers lui, instinctivement conscient de la hiérarchie, sachant qu’il était en sécurité avec le roi. Un roi qui, s’il ne le laissait pas paraître était très attendri et plein d’affection pour le bébé. Mais cela, seul Nefrea le voyait parfaitement bien que tous s’en doutent. Si Nefrea avait été triste de ne pas pouvoir lui rendre visite, incapable de se séparer de ses œufs aussi proche de l’éclosion, il envoyait sa magie vers le dragonneau qui roucoulait en la sentant, plus joyeux à chaque fois. Rapidement, l’istar avait usé de son pouvoir pour faire apparaître quelques vif d’or lumineux dans la nursery et depuis, Skarniss s’amusait énormément à tenter de les attraper, courant et sautant en tous sens à travers la salle, amusant tout le monde. Bien vite, le petit fatiguait et retournait à son nid où il y avait toujours l’un de ses protecteurs, et plus souvent plusieurs, qui l’accueillait pour dormir contre lui en sécurité et au chaud.
Cet évènement historique et incroyable pour les dragons amena une ambiance de paradis encore plus parfait sur leur domaine. Cela fut encore élevé lorsque, quelques jours plus tard, on vit deux nouveaux œufs se former dans le Berceau, promettant plus encore.