Les enfants de la guerre

Chapitre 3 : Chapitre troisième

7596 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 13/04/2023 14:33

Chapitre troisième :

« C'est avec la surprise qu'on trompe la vigilance. » - Le-Balaise.


« Vous avez encore besoin de soins. Laissez-nous faire notre travail !

Sablina McOssick était rude et bourrue, et c'était là quasiment ses seules qualités. Sa fonction de médicomage en chef lui donnait tous les droits dans son hôpital et elle ne se privait jamais de le signaler à quiconque croisait son chemin. Dans le fond, elle n'était pas mauvaise, mais ce qu'elle détestait par-dessus tout, au-delà du fait qu'on ose lui dire non, c'était que quelqu'un, qui plus est un patient, se permette de remettre en question ses qualités de soignante. Et c'était exactement ce que faisait Hermione Granger en ce moment même.

- Je m'en fous ! 6 mois ! Ça fait 6 mois que vous me retenez pour vos stupides soins. Et que vous ne trouvez rien. Je veux partir loin de cet hôpital ! Je veux qu'on me laisse tranquille. C'est clair ?

- Nos stupides soins, comme vous dites, vous sauvent la vie ! Dois-je vous rappeler que sans nous, vous seriez morte après ce que vous a…

- LA FERME ! Hurla Hermione, s'attirant au passage les regards des quelques personnes dans le couloir. Je sais très bien ce que j'ai subi. Je vous interdis d'en parler. Je vous interdis de m'approcher ! Allez au diable ! »

Elle tourna les talons, direction sa chambre, laissant derrière elle une médicomage en chef pantoise et vexée. Elle claqua la porte, furieuse, faisant sursauter le hibou qui l'attendait au pied de son lit : un grand-duc aux yeux orange tenant une lettre dans son bec. Hermione la lui prit sans ménagement. Mécontent, le hibou ébouriffa ses plumes et s'en alla par la fenêtre ouverte, outré par le comportement de la sorcière. Hermione reconnu le sceau du ministère et, sans même ouvrir l'énième lettre du Premier Ministre, la déchira avant de la jeter par terre.

XXXXX

Depuis qu'elle avait repris connaissance à l'hôpital, chaque nuit, elle faisait des cauchemars où elle voyait Bellatrix Lestrange la torturer encore et encore. Le jour, les soins magiques la faisaient hurler de douleur allant jusqu'aux malaises, parfois jusqu'aux convulsions. Plusieurs sorciers, savants et guérisseurs étaient venus des quatre coins du monde magique pour apporter leur aide et leur expertise. Ils firent rapidement le même constat que Kingsley : le contact avec la magie provoquait le calvaire de la jeune femme. Après de nombreuses observations et analyses, tous s'étaient mis d'accord : la marque sur la hanche d'Hermione n'était pas une flétrissure au nom de la mangemort, comme certains l'avait évoqué au départ. Mais une rune, « Berkano », symbole de la régénération et de la naissance, associée par de la magie noire à un puissant Endoloris. Personne ne savait quoi faire. Alors, en attendant de trouver une meilleure solution, ils avaient conclu leurs recherches par : « interdiction formelle de faire usage de la magie sur et autour de Miss Granger. »

Les semaines s'étaient écoulées, et même si ses blessures physiques cicatrisaient, les expositions prolongées au sortilège impardonnable avait sérieusement entamé son mental. Plusieurs fois elle avait tenté de mettre fin à ses jours ; il lui arrivait, dans des accès de rage, de briser tout ce qui se trouvait autour d'elle, obligeant les médicomages à prendre des mesures drastiques pour la protéger. Les visites étaient formellement interdites, tous les objets dangereux lui avaient été retirés, les autres patients de la chambre avaient été déplacés et une équipe réduite s'occupait du soin de ses blessures à la manière des moldus – entendez par là des pansements qui grattent, de la pommade qui sent mauvais et des repas douteux.

Après plusieurs mois, elle avait repris un semblant de contrôle d'elle-même, laissant le désir de vengeance prendre le pas sur son désespoir. Et elle n'avait plus qu'un seul objectif : tuer Bellatrix Lestrange.

XXXXX

Bien décidée à sortir de cet endroit maudit, elle arracha le drap de son lit et jeta ses affaires dedans : vêtements, brosse à dent, dentifrice, le savon de l'hôpital et quelques autres effets personnels. Elle ouvrit le tiroir de sa table de chevet pour en sortir les lettres de Ron, elle hésita un moment, puis les glissa entre deux pulls. Il ne restait que sa baguette magique. Elle ne l'avait pas touchée depuis la bataille finale. En approchant sa main à quelques millimètres à peine, elle sentit des picotements dans sa hanche. Elle soupira et l'emballa dans un vêtement qu'elle flanqua avec le reste. Après avoir refermé son sac de fortune, elle attacha ses cheveux rapidement et enfila chaussures et blouson.

Elle prit une grande inspiration avant de sortir dans le couloir. Ne voyant personne, elle en profita pour filer en direction des escaliers. Elle arrivait au deuxième étage lorsqu'elle entendit la voix de la médicomage en chef, quelques marches plus bas. Elle poussa la porte du service des virus et microbes magiques et courut à l'autre bout du couloir sans s'arrêter. Une porte s'ouvrit et, prise de panique, elle s'engouffra dans la première chambre face à elle. Sur les quatre lits de la pièce, seul celui du fond était occupé par un enfant.

« T'es qui ? lui demanda le petit garçon d'un air surpris.

- Je… euh…

- Moi, j'ai 6 ans et demi. Et comme je suis malade, je dois rester ici. C'est nul ici ! Toi aussi t'es malade ?

- Non, enfin oui, enfin pas vraiment. Tu es tout seul dans cette chambre ?

- Ma maman est partie manger en bas. Elle m'a dit que si j'étais sage, elle me rapporterait du gâteau au chocolat.

- Merde !

- Haan, t'as dit un gros mot, c'est pas bien.

- Chut… S'il te plait. J'essaye de réfléchir.

- Tu aimes le gâteau au chocolat toi ? Poursuivit le petit garçon sans tenir compte d'Hermione.

- Mmh…

Son regard se posa sur la fenêtre et elle se demanda si elle s'ouvrait. Soulagée de découvrir qu'elle n'était pas verrouillée, elle l'ouvrit en grand et passa la tête pour regarder autour d'elle et en bas. Le petit garçon, affolé, cria :

- Fais pas ça ! Tu vas tomber !

- Chut, tu veux bien te taire, gronda Hermione plus sèchement qu'elle ne le souhaitait, j'essaye de… De trouver une cachette ! Ajouta-t-elle en faisant un clin d'œil au petit garçon.

Il écarquilla des yeux brillants de malice.

- Tu joues à cache-cache ?

- Oui, il y a une vilaine médicomage qui veut me faire boire une horrible potion, alors je me cache pour lui faire une blague !

Elle referma la fenêtre après avoir trouvé ce qu'elle cherchait : l'escalier de secours, deux chambres plus loin.

- Je peux me cacher avec toi ? Moi aussi, ils veulent me donner une potion. Hier, ils m'ont fait croire que c'était du jus de citrouille. Mais le jus de citrouille c'est pas violet ! S'indigna le petit garçon en croisant les bras sur sa poitrine, un air boudeur sur le visage.

- Ecoute, je peux pas me cacher avec toi. S'il nous trouve tous les deux, on aura perdu tous les deux. Toi, tu peux te cacher sous ta couverture. Et moi je vais trouver une autre cachette, ailleurs. Et si je me fais attraper, je te promets que je leur dirai jamais où tu t'es caché !

- Promis ?

- Promis.

- Promis promis ? Insista le petit garçon qui avait retrouvé sa bouille enfantine.

- Promis, promis ! Maintenant caches toi sous ta couette. Je vais aller me cacher aussi.

Il plongea sous les couvertures en gloussant pendant qu'elle tournait les talons. Elle s'apprêtait à partir quand le petit garçon se dépêtra de sa couette pour en sortir la tête et ajouta avec un air conspirateur :

- Au fait, je m'appelle Gabby. Et toi ?

- Hermione… Mais c'est un secret ! » Chuchota-t-elle accompagné d'un nouveau clin d'œil. Il disparut à nouveau et elle sortit de la chambre.

Elle se dirigea rapidement vers la chambre à l'escalier de secours. Plus prudente cette fois, elle entrouvrit d'abord doucement la porte pour regarder à l'intérieur : vide. Elle ne put s'empêcher de soupirer avant d'entrer dans la pièce. Elle parcourut les quelques mètres qui la séparait de la fenêtre, l'ouvrit en grand et descendit les quelques marches jusque dans la rue.

XXXXX

« Et maintenant ?

Le chaudron baveur ? C'est risqué...

Mais bon, en même temps je vais pas dormir dans la rue !...

C'est pas comme si j'avais l'embarras du choix…

Bon, ok, pour cette nuit, ça ira.

Il faudra que je trouve une meilleure solution.»

Elle ferma son blouson, remonta son sol et mis sa capuche, se battant avec sa tignasse pour les faire rentrer. Au-delà de vouloir se protéger de la fraicheur automnale, elle souhaitait par-dessus tout éviter d'être reconnue. La guerre et son kidnapping l'avait rendue célèbre. Il ne manquait plus qu'elle se fasse attraper à peine un orteil posé dans le chaudron baveur. Pendant le trajet, elle se retourna régulièrement pour vérifier que personne ne la suivait. Quand enfin elle aperçut la devanture, son cœur tambourina dans sa poitrine. Elle ferma les yeux quelques secondes et respira profondément pour retrouver son courage.

« Juste pour cette nuit. Fais-toi discrète. Respire ma vieille. C'est juste pour cette nuit. »

Elle rouvrit les yeux et, d'un pas décidé, franchit le seuil du Chaudron baveur. Pour une fois, elle avait un peu de chance : il n'y avait personne en dehors de l'aubergiste à son comptoir, trop occupé à nettoyer des verres pour la remarquer. Elle se dirigea droit sur lui, inspira profondément et articula :

« J'ai besoin d'une chambre pour cette nuit.

- Bien sûr. – Il leva le visage vers elle - Quelle chambre vous ffff… - Il écarquilla les yeux en la reconnaissant - Par le caleçon de Merlin !

- Chut ! Personne ne doit savoir que je suis là !

Les yeux ronds comme des billes, il acquiesça en silence, la bouche encore grande ouverte. A Ste Mangouste, sa célébrité l'avait plutôt laissée tranquille, mais ici, tout le monde, du moins côté sorcier, la connaissait. Et cela n'allait clairement pas lui faciliter la vie.

La fatigue s'empara d'elle soudainement et elle se massa les tempes.

- Je n'ai pas besoin d'une suite, juste d'un lit où dormir. Je… Je n'ai malheureusement pas d'argent pour payer cette chambre aujourd'hui. Mais je vous promets de revenir vous payer dès que je le pourrai. Je veux juste dormir. J'ai des…

- Miss, l'interrompit l'aubergiste. Après c'que vous et vos amis avez fait, vous pourriez tous dormir ici toute vot' vie que je vous f'rai pas payer une seule noise ! Tenez, la chambre au fond du couloir. Je vous fais monter un r'pas chaud ? Vous avez une tite mine, tombez pas malade. Ajouta-t-il en lui tendant une petite clef cuivrée, verdie par l'oxydation.

- Pas de repas, ça ira. Merci infiniment.

Elle attrapa la clef et se détourna rapidement pour grimper les escaliers. Arrivée au fond du couloir, elle entra dans une chambre modeste avec un grand lit à baldaquin usé par ses années de service, une table avec fauteuil au velours élimé et une commode baroque au verni écaillé. Un hibou grand-duc aux yeux orange l'attendait sur le rebord du lit avec une lettre dans son bec.

- Bordel ! Déjà au courant. C'est pas possible ! Pesta Hermione en direction du hibou. Donne-moi ça toi et file de là !

Elle lui arracha le courrier du bec. Mécontent, il hulula d'agacement en ébouriffant ses plumes. Pour autant, il ne bougea pas d'un iota et resta parfaitement immobile perché au pied du lit.

Elle ne prit même pas la peine d'ouvrir la lettre. Après l'avoir déchirée, elle la jeta en l'air sous le regard réprobateur du hibou qui, s'il l'avait pu, aurait levé les yeux au ciel avec un air hautain.

- Quoi ? Un problème le sac de plumes ?

Décidément, cette sorcière était d'un irrespect ! Le hibou ne se laissa pas impressionner et fixa de ses grands yeux les morceaux de papier éparpillés par terre. En suivant son regard, Hermione découvrit avec stupéfaction que la lettre se réparait toute seule. La rune picota sa hanche, et elle recula d'un pas en marmonnant.

- Qu'est-ce que… ?

Puis, prudemment, elle la ramassa. La rune ne broncha plus. Elle l'empoigna plus fermement et tira sur les bords jusqu'à faire craquer le papier. A nouveau la rune s'anima sur sa peau et elle lâcha la lettre. Une fois encore, elle se rassembla et se recolla.

De colère, elle froissa le courrier dans tous les sens, le déchiqueta en dizaines de petits bouts qu'elle déchiqueta eux-mêmes en autres dizaines de petits bouts. Pour achever son œuvre, elle les balança en l'air avec force, les disséminant aux quatre coins de la chambre.

Le hibou dodelinait passivement de la tête, très amusé par la situation. Hermione lui lança un regard noir avant de sentir la rune s'agiter dans sa chair. Chaque fragment de la lettre se mit à vibrer dans un bruit sourd. Soudain, dans un nuage de poussière, ils se regroupèrent et s'imbriquèrent les uns aux autres comme les pièces d'un puzzle cherchant leur place. La lettre du Premier Ministre, revenue à son état d'origine, voleta doucement et se posa aux pieds de la jeune femme avec la légèreté d'une plume.

- Ça va ! Ça va, j'ai compris… Je vais te lire, maudit premier ministre !


Miss Granger,

Je ne peux pas dire que j'ai été surpris lorsque Miss McOssick m'a informé de votre départ précipité de Sainte Mangouste un peu plus tôt dans la soirée. Je dois dire que je suis plutôt étonné que vous soyez restée si longtemps.

Néanmoins, aucune véritable solution n'ayant été trouvée pour vous soigner du mal dont vous souffrez, je vous prie de ne rien faire de dangereux et de prendre grand soin de vous.

Sachez que le ministère vous soutiendra toujours et que pour vous aider à reprendre la vie quotidienne, une somme de 600 gallions vous attendra chaque mois dans votre coffre à Gringotts. A vous d'en faire usage comme il vous plaira.

Il me semble plus qu'évident que vous avez besoin de repos. Cependant, souvenez-vous que vous avez des amis qui tiennent à vous.

La guerre est finie, Miss Granger, je vous souhaite à présent de trouver la paix.

Chaleureusement,

Kingsley Shacklebolt


- Tissu de conneries ! Il a pas autre chose à faire ? Genre s'occuper du pays ou des mangemorts en fuite au lieu de se mêler de ce que je fais de ma vie ! Et toi, l'emplumé ! Si tu te casses pas c'est parce qu'il veut une réponse j'imagine !

Le hibou sursauta, croyant que cette sorcière malpolie allait s'en prendre à lui.

- Très bien, il va l'avoir ! »

Sur un morceau de parchemin mis à sa disposition, elle griffonna sa réponse :


Monsieur le premier ministre,

Je n'ai pas besoin de votre argent.

Faites votre travail au lieu de vous occuper de la vie des autres.

H. Granger


Une fois terminée, elle l'accrocha à la pâte du hibou. Content de partir de la chambre loin de cette effrontée, il ne se fit pas prier et sortit par la fenêtre sans demander son reste. Hermione ferma derrière lui, tira les rideaux d'un coup sec et se laissa tomber sur le lit en soupirant. Il ne lui fallut que quelques minutes pour s'endormir.

XXXXX

« Service d'étage !

Réveillée en sursaut, Hermione regarda le réveil les yeux à moitié ouvert : 10h30. D'un pas lent, elle se dirigea vers la porte et l'ouvrit sur une femme maigrichonne d'une quarantaine d'année, les cheveux grisonnants tirés en une queue de cheval trop serrée.

- Mmh… ?

- Je vous apporte votre petit déjeuner.

Sans attendre d'y être invitée, la femme de chambre la bouscula pour entrer, déposa le plateau avec fracas sur la table et ouvrit les rideaux en grand. Elle ressortit aussitôt de la pièce en claquant la porte.

- Non mais… Quel toupet !

L'odeur alléchante des toasts grillés lui fit rapidement oublier l'intrusion de la femme de chambre. Son estomac gargouillait. Hermione s'assit et se servit une grande tasse de thé. Elle dévora en quelques minutes la moitié de ses œufs brouillés et savoura le reste avec la fin de la théière encore fumante.

Sans savoir encore où aller, elle savait qu'elle ne pouvait pas rester ici. C'était trop exposé et surtout trop dangereux. N'importe qui pouvait utiliser la magie à n'importe quel comment. Son baluchon sur l'épaule, elle descendit l'escalier et déposa la clef sur le comptoir.

- Vous partez d'jà miss ?

- Oui, c'était juste pour cette nuit, encore merci, dit-elle avant de se retourner pour partir.

- Bon, première étape : me trouver un toit. Où est-ce que je pourrais aller ?

L'aubergiste l'interrompit :

- Si vous cherchez un endroit où crécher, r'gardez sur le tableau là-bas. On l'a mis en place à la fin de la guerre, pour les gens qui cherchent leur famille ou simplement un endroit où tout r'commencer à zéro. Vous y trouverez p't être vot' bonheur. »

Hermione suivit du regard le doigt de l'aubergiste et s'approcha du panneau d'affichage pour y lire les petites annonces. Les rares logements proposés étaient tout bonnement hors de prix. Une seule annonce, en bas du panneau, attira son attention :


19 Leinster Garden

Appartement 7, quatrième étage

40 gallions par mois

Cherche colocataire calme et discret


Elle arracha le parchemin qu'elle fourra dans sa poche et quitta le Chaudron Baveur. Une fois dehors, rassurée de ne toujours pas être repérée ou suivie, elle regarda à nouveau l'adresse. Elle consulta un plan de la ville et se rendit à pied à Leinster Garden.

Moins de quinze minutes plus tard, elle était devant l'immeuble et monta directement au quatrième étage. Elle frappa de longues minutes à la porte sans que personne ne vienne lui ouvrir. Elle s'adossa contre le mur et se laissa glisser jusqu'au sol en râlant. Même si elle avait impérativement besoin d'un logement, elle n'allait quand même pas poireauter ici toute la journée alors qu'elle avait mieux à faire ! De son sac improvisé, elle attrapa parchemins, encre et plume qu'elle avait ''empruntés'' un peu plus tôt à l'auberge.


Madame, Monsieur,

Je suis calme et discrète. Je cherche juste un toit. Vos conditions seront les miennes.

Michelle Fairley


Elle avait jugé plus judicieux de signer du nom de jeune fille de sa mère, par soucis, encore une fois, de ne pas attirer l'attention sur elle. Elle plia et glissa son mot sous la porte.

A peine eut elle le temps de descendre les escaliers, qu'un papier s'écrasa et se coinça dans ses cheveux.


La porte est ouverte, un double des clefs vous attend sur la table de la cuisine.

Je travaille de nuit du mercredi au dimanche de 20h à 3h.

J'ai été assez dérangé par le précédent colocataire, merci d'être calme.


« Bonjour… » Dit-elle doucement en entrant dans l'appartement.

Ne voyant personne, elle s'approcha de la table et vit un jeu de clefs ainsi qu'une note de son nouveau colocataire. Il expliquait en détail le partage du logement. Elle avait la chambre de gauche au fond du couloir, la moitié gauche du placard sous le lavabo de la salle de bain, la moitié supérieure de l'étagère dans la salle de bain et la moitié gauche du buffet dans l'entrée.

« Au moins, il est précis. » Ne put s'empêcher de penser Hermione, avant de poursuivre sa lecture.

Le vaisselier et les meubles de cuisine étaient, quand à eux, entièrement à sa disposition.

En relevant la tête, elle regarda en détail l'endroit où elle allait vivre pour les prochaines semaines. Elle se trouvait dans une grande pièce à vivre divisée en cuisine ouverte et salon. Elle était meublée simplement mais avec élégance, respectant le style victorien de l'appartement. Un grand canapé en cuir était posé devant la cheminée en pierre lui rappelant la salle commune de Gryffondor. Elle se figea en apercevant les tisonniers. Des sueurs froides lui parcoururent l'échine et elle se força à se détourner rapidement pour poursuivre sa visite.

Elle passa la porte de la cuisine donnant sur le couloir. Elle jeta un rapide coup d'œil à la salle de bain, une grande baignoire ne demandait qu'à être remplie pour y plonger. Elle trouva l'étagère mentionnée dans la note et se dit qu'elle reviendrait déposer ses maigres affaires plus tard.

En face de la salle de bain, elle découvrit avec stupeur un splendide bureau dont les deux tiers était occupé de bibliothèques allant jusqu'au plafond, absolument pleine à craquer de livres en tout genre. Livres de potion, Histoire de la magie et même romans et recueils de poésies garnissaient chaque étagère. Un fauteuil au dossier immense dans l'un des coins lui donna l'envie immédiate de s'y affaler pour passer le reste de sa vie à lire chaque ouvrage qui se présenterait à elle.

Au bout de ce qui sembla être une interminable contemplation, elle parvint à détacher ses yeux de la pièce et entra dans celle destinée à être sa chambre. Étonnamment, celle-ci était déjà meublée. La surprise passée, elle était contente de ne pas avoir à acheter elle-même de mobilier. Voilà une économie plus que bienvenue.

Elle déballa ses affaires qu'elle rangea soigneusement. Il lui fallut moins de dix minutes pour tout organiser à son goût : les vêtements avaient trouvé leur place dans la commode et sa baguette gisait au fond du tiroir de la table de chevet au côté des lettres de Ron.

Il n'était pas encore midi qu'elle s'affairait déjà sur son plan d'action.

Vers la fin de la journée, il devenait clair pour elle que sans la magie, son plan allait se complexifier significativement et qu'il allait lui falloir beaucoup plus de temps qu'elle ne le croyait. Accéder à Azkaban, et donc à Bellatrix, ne serait pas une mince affaire. Et ce qui aurait dû être sa deuxième étape, la vengeance, fut reléguer à la fin d'une liste longue comme un jour sans jus de citrouille. La deuxième étape devenait donc : trouver un job.

Pour aujourd'hui, elle préféra arrêter de s'arracher les cheveux. Poudlard ne s'était pas fait en un jour, elle devait se montrer patiente. Elle s'enferma dans la salle de bain et fit couler l'eau le temps de se déshabiller. Plongée dessous, elle profita de la chaleur et de la vapeur pour fermer les yeux et se détendre.

La porte d'entrée se ferma dans un bruit rendu presque sourd par celui de la douche ; sans doute le colocataire qui partait au travail.

Elle se prélassa encore un moment avant de se sécher et de s'habiller. Dans sa chambre, elle récupéra sa tasse préférée ainsi que de quoi écrire. Arrivée dans la cuisine, elle repéra la bouilloire et se prépara un thé. Elle le sirota tranquillement en écrivant sur un morceau de parchemin.


Merci infiniment pour les clefs.

Je n'ai pas encore de travail mais je vais tout faire pour en trouver un rapidement et payer mon loyer en temps et en heure.


Elle laissa le mot sur la table et partit se coucher.

XXXXX

Réveillée dès l'aube, elle appréhendait la discussion et surtout les questions qui l'attendaient. Elle espérait simplement que son colocataire accepte de se montrer discret. Elle s'habilla, prit une grande respiration et rejoignit la cuisine, la boule au ventre.

Vide. La cuisine, le salon étaient vide.

Elle soupira de soulagement.

« Il est sorti… »

En attendant que la bouilloire chauffe, elle fixa, sur le bord de l'évier, un grand vase. Aucune fleur ne l'ornait, seules quelques gravures élégantes décoraient son verre. Ses yeux tombèrent alors sur un petit parchemin discrètement posé en dessous. Elle s'en saisit et le lut en finissant de préparer son thé.


Ne vous en faites pas. Si vous ne pouvez pas me payer ce mois-ci, vous pourrez tout payer le mois prochain.

J'ai oublié de vous préciser que, si vous aimez lire, vous pouvez profiter de la bibliothèque.

Cela ne me dérange pas.


Tasse en main, elle s'assit à la table de la cuisine et retourna le parchemin pour y griffonner sa réponse.


J'avoue avoir été fascinée par le nombre de livres que vous possédez ! Je me ferai un plaisir d'en lire à l'occasion.

Sachez que je compte trouver un travail rapidement. Je ne voudrais pas commencer notre cohabitation avec un loyer de retard.


Elle le coinça sous le vase, à moitié dessous, à moitié sorti. Par terre, trainait un manteau qu'elle plia et déposa sur l'accoudoir du canapé et une paire de chaussures qu'elle rangea près de la porte d'entrée. Elle regarda autour d'elle une sensation de vide enserrant sa poitrine. Cet appartement, cette lumière… Cette pseudo vie lui apparaissaient tout à fait étrangers. Pourtant, il y avait quelque chose ici qui la poussait à vouloir y rester. Au moins le temps d'arriver à ses fins. Et pour cela, elle devait trouver un travail. Elle se secoua et enfila son blouson et ses propres chaussures. Elle sortit après avoir vérifié trois fois qu'elle avait bien ses clefs.

XXXXX

Toute la journée, elle écuma les commerces les uns et après les autres. Rien ne lui correspondait. Tous proposait trop d'heures, bien plus qu'elle n'en avait besoin. Il lui fallait un job qui lui permette de payer le loyer et de manger mais surtout qu'il lui laisse le temps de faire ses recherches, d'élaborer son plan et qui, le moment venu, pourra être quitté sans aucun regret.

Bien plus exténuée qu'elle ne le pensait, elle ne prit même pas la peine de se déshabiller et s'enfonça sous les couvertures pour la nuit. Elle se réveilla en sursaut et en nage, à cause d'un cauchemar. Il lui fallut un long moment pour se rappeler où elle était et pourquoi, les images du sourire sadique de Bellatrix la hantant encore. Après ça, elle ne parviendrait plus à se rendormir, elle le savait. Elle regarda l'heure sur l'horloge au mur : 5h du matin. Alors elle se traina jusqu'à la cuisine pour se faire une tisane. Elle avait vu de la verveine dans l'un des placards. Incapable de rester assise, elle s'appuya sur le plan de travail, sa tasse à la main, encore secouée par son rêve. Instinctivement, elle regarda le vase. Un petit bout de papier blanc en dépassait. Elle le tira doucement.


Pourriez-vous allumer la cheminée dans la journée ? Nous sommes bientôt en hiver.


Elle releva la tête et son regard se posa sur le serviteur de cheminée : la pointe rougeoyante du tisonnier avec, au bout, sa tortionnaire se fraya un chemin dans son esprit. Son souffle se coinça dans sa gorge, son cœur ne parvenait plus à battre efficacement et n'envoyait plus assez d'oxygène dans son corps. Elle suffoquait. Elle serra le papier à s'en blanchir les phalanges. Elle courut vers l'entrée, lâcha le parchemin par terre en enfilant son blouson. Elle devait sortir de là au plus vite. Elle ouvrit la porte et la claqua sans ménagement en sortant.

Réveillé par le bruit, le colocataire sortit de sa chambre en trombe, bien décidé à demander le silence. Il ouvrit la porte d'entrée et vérifia dans le couloir, personne en vue. Il la referma et, en retournant se coucher, il marcha sur le parchemin à moitié froissé. Il le ramassa et s'en servit comme allume-feu.

Hermione arpenta les rues de Londres pendant près de deux heures pour pouvoir retrouver son calme. Progressivement, la panique et la colère avaient laissé la place au froid et à la fatigue. Elle était retournée à ce qui maintenant était chez elle, fourbue et fiévreuse. Dans un état second, elle avait rejoint son lit sans même voir les braises crépitées dans l'âtre ou le jour se lever à la fenêtre de la cuisine.

XXXXX

Toujours fébrile le lendemain, elle préféra rester à l'abri du monde extérieur, enfouie sous une montagne de couettes et de plaids. Peu après midi, elle trouva assez de courage et de force pour se faire couler un bain. Une migraine carabinée continuait de lui marteler la tête et elle dormit jusqu'au soir.

Des pas et une porte l'extirpèrent de son sommeil. Elle regarda l'heure, les yeux encore endormis :

« 19h30… Il est réglé comme un coucou suisse ! »

A défaut de pouvoir manger quelque chose de solide, elle s'obligea au moins à boire. Assise dans le canapé près du feu aussi loin que possible des tisonniers, qu'elle faisait tout pour éviter, elle dégustait un earl grey avec une grosse cuillère de miel. Elle ferma les yeux quelques minutes, réconfortée par la chaleur du thé et de la cheminée.

Le cliquetis de la serrure la fit bondir sur ses pieds. De peur, elle en lâcha sa tasse qui se brisa par terre en dizaines de morceaux.

« Merde ! » jura Hermione en courant s'enfermer dans sa chambre.

Elle entendait son cœur marteler dans sa poitrine. Le souffle court, elle tendit l'oreille, à l'affut. Des pas résonnèrent dans le couloir et la porte de la salle de bain se ferma à peine quelques minutes après sa fuite. Elle se tapa la tête sur la porte en continuant de s'injurier.

« Mais quelle gourde ! Il va falloir être plus prudente ma fille ! »

Elle attendit là, que son colocataire rejoigne sa propre chambre pour oser sortir ramasser les débris de sa tasse. Tasse qu'elle retrouva intacte posée sur la table, un petit papier enroulé dans sa hanse.


Je ne voulais pas vous effrayer, désolé. Je me suis permis de réparer votre tasse.


Les larmes aux yeux, elle serra sa tasse contre elle et saisit un parchemin.


Je vous remercie du fond du cœur. Cette tasse appartenait à ma mère, j'y tiens énormément !

Excusez ma fuite soudaine, je ne voulais pas que vous me découvriez en pyjama.


En voyant manteau et chaussures par terre, elle les ramassa en se faisant la réflexion que si elle continuait comme ça, il allait finir par s'habituer à ce qu'elle le fasse.

Elle vérifia si elle avait bien ses clefs et sortit. Elle rentra quelques heures plus tard, dépitée de ne toujours pas avoir trouvé le travail idéal et s'enferma dans sa chambre.

XXXXX

Chaque jour, elle trouvait un peu plus ses marques. Un rituel s'installa presque naturellement : une douche, un thé brûlant et la correspondance avec son colocataire.


Je vous en prie.

Avez-vous trouvé du travail ?


Elle termina sa tasse en deux gorgées et gribouilla, honteuse.


Je vous promets que je paierai le loyer de ce mois-ci sans une seule journée de retard.


En voyant le bazar trainé encore par terre, elle leva les yeux au ciel et le ramassa rapidement. Puis elle prit ses clefs pour sortir.

Elle rentra tôt, en milieu d'après-midi, en sifflotant, un air presque radieux sur le visage. Elle venait de décrocher un poste à temps partiel absolument parfait pour elle. Deux jours par semaine, elle serait au rayon fruits et légumes du Waitrose près de l'appartement pour un salaire de 330£ par mois, soit environ 65 gallions. Elle allait pouvoir payer son loyer et manger.

Le cœur un peu plus léger, elle s'attarda dans la bibliothèque et s'autorisa à feuilleter un recueil de poésies qui retint toute son attention. Après plusieurs heures de lecture, elle prit finalement un parchemin et une plume sur le bureau.

XXXXX

Le soir venu, le colocataire esquissa un sourire en lisant le poème sur la table de la cuisine. Il sourit plus franchement en découvrant la petite note en bas de page.


« Oh ! de l'air ! des parfums ! des fleurs pour me nourrir !

Il semble que les fleurs alimentent ma vie ;

Mais elles vont mourir... Ah ! je leur porte envie :

Mourir jeune, au soleil, Dieu ! que c'est bien mourir !

Pour éteindre une fleur il faut moins qu'un orage :

Moi, je sais qu'une larme effeuille le bonheur.

À la fleur qu'on va fuir qu'importe un long courage ?

Heureuse, elle succombe à son premier malheur !

Roseaux moins fortunés, les vents, dans leur furie,

Vous outragent longtemps sans briser votre sort ;

Ainsi, roseau qui marche en sa gloire flétrie,

L'homme achète longtemps le bienfait de la mort !

Et moi, je veux des fleurs pour appuyer ma vie ;

A leurs frêles parfums j'ai de quoi me nourrir :

Mais elles vont mourir... Ah ! je leur porte envie ;

Mourir jeune, au soleil, Dieu ! que c'est bien mourir !

(Marceline Desbordes-Valmore) »

PS : j'ai trouvé du travail !


Avant de partir travailler, il rédigea sa réponse qu'il laissa en vue sur la table.

XXXXX

Hermione se réveilla de bien meilleure humeur que ces six derniers mois confondus. Ce qui, certes, n'était pas difficile à faire mais elle le remarqua suffisamment pour se faire la réflexion. Après son, devenu habituel, rituel du matin, elle déplia le billet laissé à son attention.


Toutes mes félicitations pour votre travail. J'espère qu'il vous comblera.

Je vois que vous avez fait usage de la bibliothèque. Pourquoi ce poème en particulier ?


Elle déposa sa réponse et râla en voyant – encore – les chaussures et le manteau de son colocataire trainés.

« Il est peut être toujours à l'heure. Mais bon sang, qu'est-ce qu'il est bordélique ! »

Les affaires à leur place, elle s'enferma dans le bureau jusqu'au soir.

XXXXX

Le réveil de son colocataire la sortit de son sommeil en sursautant.

« 19h… Définitivement un coucou suisse. »

Elle aurait pu aller à sa rencontre et avoir enfin cette conversation qui n'avait que trop été retardée. Mais l'appréhension prit le dessus, et, comme une lâche, se réfugia dans la salle de bain. Au moment où elle ferma la porte, celle de son colocataire s'ouvrit.

Il tendit l'oreille dans le couloir, entendit l'eau de la douche couler et se dirigea dans la cuisine. Les présentations n'étaient pas encore pour aujourd'hui. Il trouva le parchemin sur la table et le lut rapidement.


Tous les matins je bois mon thé en fixant ce pauvre vase vide.

Je suis tombée par hasard sur ce poème et il m'y a fait penser, tout simplement.

Bientôt, je pourrai acheter des fleurs pour l'orner.


Il fronça les sourcils en regardant le vase.

« Elle ne sait pas lancer un Orchideus ou quoi ? »

Il posa les yeux sur sa montre et se dépêcha d'enfiler ses chaussures et son manteau. Un jour, il faudra qu'il lui dise que ça ne sert à rien de ranger derrière lui, il se moquait du bazar. Et il quitta l'appartement.

XXXXX

Bien au chaud sous sa grosse couverture, elle pensait à sa première journée de travail. En apprenant qu'elle était une sorcière, jamais elle n'avait pensé qu'elle travaillerait dans un supermarché moldu un jour. Ni qu'elle serait en colocation. Elle n'aurait d'ailleurs jamais pu prédire la tournure qu'avait prise sa vie. Elle chassa ses pensées de sa tête et sauta de son lit. Elle resta enfermer dans la bibliothèque toute la journée, se noyant sous une pile de livres pour se changer les idées et ne pas penser à demain. Elle refusait de désespérer, elle se montrerait forte et courageuse, pour elle, pour ses amis. Elle se coucha tôt et put compter sur sa mémoire pour réciter ses poèmes préférés jusqu'à trouver le sommeil.

XXXXX

Levée aux aurores, elle passa plus de temps qu'elle ne l'aurait souhaité à tenter de dompter ses cheveux fous. Un jour, elle finirait par se raser la tête ! Elle manqua de s'entraver dans un pied de chaise en découvrant l'énorme bouquet de poinsettias posé joliment dans le vase. Le rouge flamboyant des fleurs illuminait la pièce de sa belle couleur. Elle s'approcha pour l'admirer de plus près et vit, en équilibre sur un des pétales, un minuscule parchemin enroulé sur lui-même. Elle le saisit délicatement et le déroula soigneusement. Un sourire doux se dessina sur ses lèvres.


Pour nourrir votre journée et vous souhaiter une bonne première journée de travail.


« Elles sont vraiment sublimes ! Murmura-t-elle en caressant une fleur du bout des doigts. Bon, par contre, il ne sait toujours pas ranger ses affaires. » Ajouta-t-elle en se retournant. Elle prit une tasse de thé qu'elle but en contemplant le bouquet puis fila, direction Waitrose.

En rentrant en fin de journée, elle était prête à rencontrer son colocataire mystère et avoir enfin cette conversation tant redoutée. Sa première journée de travail lui avait donné une nouvelle forme d'énergie. Elle était prête ! Elle déchanta rapidement en entendant l'eau de la douche couler. Bon, ce n'était pas encore pour aujourd'hui alors. Allaient-ils finir par réussir à se voir et se parler ? Finalement, est-ce que ce n'était pas mieux ainsi ? Cela ne semblait pas le déranger et, si elle était honnête avec elle-même, cela l'arrangeait. Pas de rencontre, pas de discussion. Pas de discussion, pas de questions indiscrètes.

Elle prit tout de même soin de griffonner un remerciement sur un morceau de parchemin avant de disparaître dans sa chambre.

Il découvrit le petit mot en sortant de la douche ; un sourire fendit son visage. Il ne travaillait pas cette nuit, aussi il se pelotonna dans le canapé avec un bon livre pour la soirée.


Les fleurs sont absolument superbes ! Mon thé de ce matin n'en a été que meilleur.

Je vous souhaite une bonne « journée ».

Faites attention, il pleut à verse.

XXXXX

Depuis toute petite, Hermione aimait la pluie, son odeur sur les routes, sa musique sur les toits des maisons. Elle se réveilla lentement, bercée par le clapotis tranquille des gouttes. Elle accueillit avec joie le ciel anglais chargé de gros nuages gris. Un rideau de pluie fine caressait l'ardoise des toits londoniens et elle se laissa hypnotiser par l'eau ruisselant le long de sa vitre. Son regard balaya l'horizon pendant un long moment avant qu'elle ne décide de se lever.

Restée en pyjama, elle pensait à voix haute, émerveillée par la météo comme l'enfant qu'elle restait encore parfois.

« Ça me donne envie d'aller courir dans les flaques ! Dommage que j'ai pas de bottes… »

La bouilloire se mit à siffler sur la gazinière et elle sortit, presque à regret, de sa rêverie. Elle réchauffa ses mains glacées sur sa tasse bouillante en admirant le bouquet. Sa couleur chatoyante ressortait encore plus aujourd'hui. Elle termina son thé et déplia le long parchemin que son colocataire lui avait laissé sur la table. En place et lieu des bavardages habituels, elle fut plus qu'étonnée de lire un poème.


« Allez, je prends la plume, il faut bien que j'écrive...

Mais à une inconnue ! Comment faire ? De quels mots ?

Quel esprit saugrenu ? Animateur cabot,

A donné l'amertume à ma plume en dérive ?

Si j'ai pris la coutume aux yeux que je captive,

D'ouvrir mon âme à nue pour déverser le flot,

De mes vers contenus sur votre bel îlot,

Faisant fuir l'amertume à mon âme oisive,

C'est pour laisser mon cœur parler comme jadis,

Pas pour me demander sous quel sombre ex libris,

Ma versification va être présentée ?

Mais je suis magnanime ! J'aime tant l'écriture,

Malgré l'aberration à ma lyre proposée,

Je ferai que ma rime soit de votre aventure.

Merci

D'avoir donné à mon cœur,

L'occasion de laisser ma plume,

Vous composer ce sonnet ! »

(A une inconnue - Gérard Sandifort)


Elle s'apprêtait à lui répondre par un trait d'esprit, une boutade légère quand ses yeux se posèrent, à nouveau, sur ses affaires qui trainaient encore une fois par terre. Elle les ramassa et les rangea à leur place avant de prendre la plume. Se sentant inspirée, elle composa ses propres vers. Ensuite, elle se dépêcha pour ne pas être en retard.

Le colocataire émergea quelques minutes à peine après son départ. Il lui arrivait, à lui aussi, de faire de mauvais rêves. L'eau était encore chaude et il en profita pour se faire un litre de thé dans un grand thermos. En bon britannique, il n'y avait que le thé pour calmer les pensées parasites et les cauchemars. Soigneusement enroulé sur la table, le parchemin laissé par sa colocataire l'intriguait. Il s'installa confortablement pour le lire.


Ravie que mon statut d'inconnue

Vous apporte cette inspiration

Et, en un sens, une forme d'acceptation

Et non une certaine déconvenue.

Car partager son propre toit

Avec quelqu'un que l'on ne connaît pas

N'est sans doute pas chose aisée

En cette période troublée.

Mais puis-je oser demander, cher colocataire,

D'enfin soulager mes fins de journée

Que la guerre n'a fait que compliquer

En ramassant vos affaires laissées par terre ?


Il éclata de rire en manquant d'avaler de travers. Alors comme ça, elle était maniaque ? C'était déjà une première que quelqu'un lui écrive un poème, mais alors un poème pour se plaindre de ses chaussures mal rangées, ça c'était vraiment peu commun. Sans attendre plus longtemps, il retourna le pli et commença sa réponse.

Ces petits échanges entre Hermione et son colocataire durèrent ainsi toute la semaine. Poésies et mots du quotidien s'entremêlaient dans cette correspondance unique en son genre.

Hermione devait bien reconnaître que vivre ici lui apportait une paix insoupçonnée. Et même si elle ne perdait pas de vue ses objectifs, elle en arrivait parfois à oublier ce pourquoi elle était là. Ses indénombrables cauchemars se faisaient toujours une joie malsaine de lui rappeler ce qu'elle avait vécu, quand ce n'était pas son propre cerveau qui la trahissait en lui balançant, au moment le plus inopportun, des souvenirs douloureux.

Et même si son corps avait guéri en surface, elle gardait dans sa chair les stigmates de cette sombre magie. Par moment, elle en devenait incapable de bouger ou de respirer.

Alors, dans l'ombre de ses journées de travail, elle continuait laborieusement de préparer sa vengeance, se jurant d'emporter dans la tombe Bellatrix Lestrange quoi qu'il lui en coûte.

XXXXX

Elle ne dut pas attendre longtemps pour voir sa maigre paix voler en éclat. Quelques jours, tout au plus.

S'il n'y avait eu que le cauchemar cette nuit-là, elle aurait pu le gérer. Elle commençait à prendre l'habitude. Malheureusement pour elle, il fut accompagné d'une forte fièvre soudaine et de violentes quintes de toux. Et malgré la petite voix dans sa tête qui lui hurlait de rester couchée, elle partit au travail.

Son chef, qui avait une fille presque du même âge qu'elle, lui ordonna de rentrer chez elle et de se soigner. Elle avait bien essayé de rétorquer qu'elle avait un loyer à payer mais il n'avait rien voulu entendre.

Elle se retrouva donc en pyjama au fond de son lit au beau milieu de l'après-midi.

Elle avait été tellement discrète à son retour que son colocataire lui-même ignorait tout de sa présence et il commença sa journée comme il en avait l'habitude, à savoir se prélasser dans le canapé en lisant et buvant des litres de thé.

En fin de journée, elle parvint à se lever avec pour idée de se faire une tisane bien chaude puis de retourner comater sous sa couette. Elle mit ce qui lui apparut comme une éternité à traverser le couloir pour atteindre la cuisine. Les yeux mi ouverts, elle était en quête de la bouilloire qui, comme d'habitude, n'avait pas été remise sur la gazinière.

« Pfff… Range jamais rien !

Elle la chercha des yeux, et finit par la trouver, là, sur la table, posée bien en évidence juste sous son nez. Elle posa sa main dessus, et, du coin de l'œil, une silhouette se dessina près du canapé. Ses doigts se refermèrent sur la hanse et la silhouette devint un homme grand et mince. Elle souleva la bouilloire et l'homme fut coiffé d'une chevelure blonde presque blanche. Dans son cerveau un ''ting'' sonore retentit au moment où son ampoule mentale s'alluma. Elle écarquilla les yeux et bégaya :

- Male… Foy ? »

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