L'Ochimizu
— Hijikata-san ?
Aucune réponse.
Chizuru fit doucement coulisser le panneau de la chambre.
La pièce était vide.
Elle resta un instant sur le seuil, le petit bol de médicament entre les mains, puis entra.
Tout était calme.
Elle posa le bol sur le bureau.
Plusieurs feuilles étaient éparpillées devant l'encrier. Chizuru s'en approcha.
Ce n'étaient pas des rapports.
Quelques vers courts occupaient le haut des feuillets. Sur l'un d'eux, l'encre avait séché autour d'un caractère repris plusieurs fois.
...insecte attiré par la flamme.
Des haïkus.
Chizuru savait que Hijikata en écrivait. Elle en avait déjà entendu parler au Shinsengumi. Sōji s'en était même moqué plus d'une fois.
Mais elle ne les avait encore jamais vus.
Elle n'aurait probablement pas dû regarder. Pourtant, elle resta encore quelques secondes devant les feuilles.
Elle ne savait pas s'il avait écrit ceux-là avant ou après la nouvelle.
Lorsqu'Ōtori était venu lui annoncer la mort de Kondō, quelques jours plus tôt, Hijikata était resté assis.
Il n'avait pas demandé comment cela s'était passé.
Il n'avait pas juré.
Il n'avait même pas baissé les yeux.
Ōtori avait terminé de parler et, après quelques secondes de silence, Hijikata lui avait demandé combien d'hommes avaient déjà rejoint Aizu.
Comme s'il venait simplement de recevoir un nouveau rapport militaire.
Chizuru avait attendu.
Une heure.
Puis le lendemain.
Puis encore le jour suivant.
Hijikata n'avait jamais reparlé de Kondō.
Pas une seule fois.
Son regard revint vers les feuilles.
Une voix s'éleva soudain dans le couloir.
— ...et il ose encore me dire, avec ses gants blancs impeccables, que je ne suis pas en état de reprendre le commandement.
Chizuru releva brusquement la tête.
Elle reconnut aussitôt la voix de Hijikata.
— Hijikata-san ?
Elle se dirigea vers la porte.
Hijikata avançait lentement dans la galerie.
Une main glissait le long de la cloison de bois pour lui servir d'appui. Il avait passé sa veste occidentale noire, laissée ouverte sur ses bandages.
Son visage semblait fatigué, mais surtout contrarié.
— Ōtori peut bien diriger une armée, poursuivit-il lorsqu'il la vit. Je ne suis même pas sûr qu'il sache tenir un sabre correctement.
Chizuru le regarda approcher et fronça les sourcils.
— Vous ne devriez pas marcher seul.
— Je peux encore traverser un couloir.
— En vous tenant au mur.
— Pendant que je suis coincé ici, Saitō est obligé de gérer nos hommes à Aizu.
Chizuru s'approcha.
— Saitō-san sait ce qu'il fait. Vous pouvez lui faire confiance.
— Je lui fais confiance.
Il reprit sa marche.
— Ce n'est pas la question.
Chizuru retint un soupir.
Elle passa son bras sous le sien.
Hijikata s'arrêta.
— Qu'est-ce que tu fais ?
— Je vous aide.
Il lui lança un regard.
Chizuru ne retira pas son bras.
Après une seconde, Hijikata abandonna. Il laissa une partie de son poids reposer contre elle et ils reprirent lentement leur chemin.
Chizuru perçut presque aussitôt une odeur inhabituelle.
Elle fronça légèrement le nez, puis leva les yeux vers lui.
— Vous avez bu ?
Hijikata continua de regarder devant lui.
— J'ai dîné avec Shimada.
Chizuru attendit.
Il n'ajouta rien.
Cela voulait manifestement dire oui.
— Votre médecin vous a dit d'éviter l'alcool.
— Si j'écoutais ce médecin, je resterais couché toute la journée à ne rien faire.
— Peut-être parce que vous avez été grièvement blessé.
Hijikata eut un léger grognement.
Chizuru l'aida à franchir les derniers pas jusqu'à sa chambre. Elle referma le panneau derrière eux, puis l'accompagna jusqu'au futon.
Hijikata commença à s'allonger avec précaution. Son visage se crispa brièvement lorsque son épaule bougea.
Chizuru le remarqua aussitôt.
Elle s'agenouilla près de lui et se pencha pour l'aider à descendre sans solliciter davantage sa blessure.
Une main vint alors se poser derrière sa nuque.
Chizuru s'immobilisa.
Hijikata ne l'avait pas attirée brutalement. Ses doigts reposaient simplement contre son cou, sous ses cheveux.
Mais il ne la lâchait pas.
Elle releva les yeux.
Son visage n'était plus qu'à quelques centimètres du sien.
— Hijikata-san ?
Il la regarda.
— Tu rougis.
La chaleur monta aussitôt davantage aux joues de Chizuru.
— Vous avez trop bu.
Un très léger sourire passa sur ses lèvres.
Il paraissait fatigué. Beaucoup plus que quelques minutes auparavant, dans le couloir. Mais son regard restait clair.
Il demeura silencieux quelques secondes.
Puis :
— Allonge-toi.
Chizuru cligna des yeux.
— Quoi ?
Chizuru le fixa, incapable de savoir s’il était sérieux. Il retira finalement sa main de sa nuque.
— Je ne vais rien faire.
— Ce n’est pas...
Chizuru pinça légèrement les lèvres.
Elle aurait pu se relever. Lui dire de dormir. Aller chercher de l'eau et revenir plus tard.
À la place, avant de pouvoir changer d'avis, elle s'allongea à côté de lui.
Elle prit soin de conserver une certaine distance.
Hijikata passa un bras autour de sa taille et la rapprocha.
Chizuru se retrouva presque contre lui, tournée dans sa direction.
Sa main vint se poser d'elle-même contre son torse.
Son visage devint brûlant.
Il la regarda.
Il n'essaya pas de l'embrasser.
Il ne chercha pas davantage à la rapprocher.
Chizuru sentit pourtant son cœur battre si fort qu'elle se demanda s'il pouvait le sentir lui aussi.
— Tu peux partir si tu préfères.
Son bras se desserra et la libéra.
Chizuru baissa les yeux.
Elle pouvait effectivement s'écarter.
Il ne la retenait plus.
Quelques secondes passèrent.
Elle ne bougea pas.
Puis elle sentit le bras de Hijikata revenir doucement autour d'elle.
Chizuru releva les yeux.
Il avait déjà refermé les paupières.
Le silence revint dans la chambre.
Elle entendait sa respiration.
Ce n'était pas encore celle du sommeil, mais elle était déjà plus lente.
Chizuru baissa les yeux vers la main qu'elle avait posée contre son torse.
— Hijikata-san ?
— Hm ?
Il ne dormait pas encore.
— Rien.
Sa main se resserra légèrement autour de sa taille.
Pas assez pour l'attirer davantage. Seulement assez pour qu'elle sache qu'il l'avait entendue.
Chizuru ferma les yeux à son tour.
Peu à peu, elle sentit le corps de Hijikata se relâcher contre le sien.
Il s'endormait.
Quelque chose se serra dans la poitrine de Chizuru.
Elle pensa à Kondō.
À ces derniers jours.
À cette chambre dans laquelle Hijikata avait passé tant de temps inconscient.
Puis à la manière dont il lui avait parlé de Tsune.
J'aurais dû garder mes distances.
Elle ne savait pas exactement pourquoi il avait choisi de lui parler d'elle.
Et elle savait encore moins ce que cette nuit signifiait pour eux.
Peut-être rien.
Peut-être davantage qu'elle n'osait l'espérer.
Chizuru resta ainsi.
Peu à peu, sa propre respiration se calma.
Elle ne sut pas exactement à quel moment elle s'endormit à son tour.
---
Hijikata se réveilla lentement.
La première chose qu'il sentit fut son épaule.
La seconde, une chaleur contre lui.
Il ouvrit les yeux.
Il était allongé sur le dos.
Chizuru dormait, la tête appuyée contre son torse.
Hijikata resta parfaitement immobile.
Quelques mèches brunes s’étaient échappées autour de son visage et reposaient contre sa veste. Une de ses mains reposait près de ses côtes.
Son propre bras entourait toujours sa taille.
Une chaleur très différente de celle du saké lui monta au visage.
Il fixa Chizuru quelques secondes.
Puis le plafond.
Il referma les yeux.
Bon sang.
Les souvenirs ne mirent pas longtemps à revenir.
Le repas avec Shimada.
Le saké.
Chizuru.
Hijikata pinça légèrement l'arête de son nez de sa main libre.
Il ne lui avait rien fait.
Il en était certain.
Il rouvrit les yeux et contempla le plafond.
Il n'aurait pas dû boire autant.
Non.
Ce n'était pas vraiment le problème.
Le saké n'avait pas inventé cette envie de la garder près de lui.
C'était justement ce qui l'agaçait.
Il savait depuis longtemps que Chizuru comptait pour lui.
Il baissa les yeux vers elle.
Une autre chambre lui revint brusquement en mémoire.
Un autre visage.
Tsune, nue, contre lui.
Sa voix dans l'obscurité.
Tu regrettes ?
Et sa propre réponse, après un silence.
Non.
Et c'est bien ce qui complique les choses.
Hijikata ferma les yeux.
Ce n'était vraiment pas le moment de s'attarder sur tout ça.
Une voix d'homme appella soudain à travers la cloison.
— Hijikata-san ?
Il ouvrit les yeux.
— Quoi ?
— Ōtori-san demande à vous voir. Un messager vient d'arriver d'Aizu.
Hijikata regarda le plafond une seconde.
— Un instant.
À côté de lui, Chizuru remua.
Elle ouvrit lentement les yeux.
Pendant quelques secondes, elle sembla ne pas comprendre où elle se trouvait. Puis son regard rencontra les yeux violets de Hijikata.
Elle se redressa trop vite, les joues rougis.
— Je... pardon. Je me suis endormie.
— Ne t’excuse pas.
Hijikata retira son bras de sa taille.
— C’est moi qui t’ai demandé de rester.
Elle baissa les yeux sans répondre.
De l’autre côté de la porte, l’homme attendait toujours.
— Hijikata-san ?
— J’arrive.