Défilé de défis
Défi d'origine : "Si les animaux pouvaient parler"
– Oh ! Maman, regarde ! Le gros monsieur vient de nous lancer notre déjeuner !
– Ce n’est pas notre déjeuner, Ploumi. C’est un gros morceau de pain. Du pain blanc, qui plus est. Mauvais, ça, très mauvais. Si encore il était fait à base de céréales complètes...
– Mais…
– Je t’ai déjà expliqué que le pain gonfle dans notre estomac, répliqua sévèrement la mère. Après, on a l’impression de n’avoir plus faim alors que ce n’est absolument pas nourrissant.
– Mais, maman…
Pendant que la mère et la fille s’affrontaient sur le régime alimentaire qu’il convenait d’adopter, le petit frère s’approcha du morceau de pain tentateur et l’avala tout rond.
– Nébulo ! Recrache ça tout de suite !
Mais le petit, le plus désobéissant de la fratrie, s’enfuyait déjà dans de grands cris.
– Tu vas devenir obèse !
Il ne s’en souciait guère.
– Tu auras des problèmes hépatiques ! Digestifs ! Que sais-je encore ?
Pendant qu’elle s’égosillait, le jeune Toufrel, le cerveau de la famille, se rapprocha d’elle et s’enquit :
– Mais alors, maman, quels sont les aliments qu’il nous faut privilégier ? (oui car tout jeune qu’il fût, Toufrel était déjà passionné de sciences et de littérature, et s’exprimait comme un livre).
– Les légumes, fiston, les légumes. Salade, épinards, concombre, carottes, petits pois…
Entendant les mots magiques, la petite Kwaky s’écria :
– Des petits pois ? Où ça, maman, où ça ? J’adore les petits pois ! J’en veux !
La maman lui adressa un regard bienveillant :
– Oh je sais bien, jeune gourmande ! Et tu as bien raison ! C’est ce qu’il y a de meilleur !
Alors, à défaut de petits pois, ils plongèrent tous ensemble la tête sous l’eau, à la recherche d’algues ou de lentilles d’eau.
Ils s’ébrouaient après être remontés à la surface, quand Kwaky s’écria à brûle-pourpoint :
– Le pain, c’est dégueulasse !
Et tous en chœur de reprendre, hilares :
– C’est dégueulasse ! C’est dégueulasse !
Affolée, la maman tenta de calmer sa marmaille :
– Chut, voyons ! Les autres canards pourraient vous entendre !
– Mais maman, on n’a pas d’oreille ! intervint Toufrel.
– Détrompe-toi, petit ignorant ! Tu as encore beaucoup à apprendre, mon mignon ! Les canards ont des oreilles, même si elle ne ressemblent pas à celles du gros monsieur lanceur de pain, là-bas sur son banc, l’ambassadeur d’Azerbaïdjan.
🦆 🦆 🦆
Ainsi devisaient les canards de St James’s Park, par un beau matin de printemps, devant l’endroit où se rencontraient d’habitude, incognito, les ambassadeurs à Londres de tous les coin(coin)s du monde.