DC Comics/Univers : Pendragon.
Chapitre 1 : Le secret enfoui de Stonehenge.
4154 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 17/10/2026 14:31
Chapitre I : Le secret enfoui de Stonehenge.
Le jour se levait à peine sur la campagne du Wiltshire lorsque le bus universitaire quitta la route principale pour emprunter un chemin bordé de prairies encore humides de rosée. Derrière les vitres, les collines anglaises s'étendaient sous un ciel gris perle, tandis qu'une brume légère flottait au-dessus des champs. À mesure que le véhicule avançait, les conversations des étudiants se mêlaient au ronronnement du moteur, aux plaisanteries échangées entre deux rangées de sièges et au froissement des sacs contenant carnets, appareils photographiques et matériel de relevé.
Caleb Whinterford, installé près d'une fenêtre, observait le paysage avec une attention presque distraite. À vingt-cinq ans, cet étudiant en archéologie avait déjà développé une certaine réputation auprès de ses camarades : il pouvait passer des heures à étudier une inscription effacée ou à comparer des fragments de poterie, mais il lui arrivait également de s'absorber dans ses réflexions au point d'oublier ce qui se déroulait autour de lui.
Ce matin-là, pourtant, il n'avait aucune intention de laisser son esprit vagabonder. La destination du groupe suffisait à retenir toute son attention.
Stonehenge.
Le nom seul évoquait des siècles de questions sans réponse, des théories contradictoires et des légendes qui avaient survécu aux civilisations les ayant fait naître. Qui avait ordonné l'édification de ces gigantesques pierres ? À quelles cérémonies avaient-elles servi ? Et pourquoi ce cercle de mégalithes continuait-il d'exercer une telle fascination sur les historiens, les astronomes et les amateurs de mystères ?
Caleb avait lu des dizaines d'ouvrages consacrés au monument. Il connaissait les principales étapes de sa construction, les hypothèses concernant son orientation astronomique et les débats entourant sa fonction originelle. Pourtant, aucune lecture ne pouvait remplacer l'expérience de se tenir devant ces pierres dont certaines avaient traversé plusieurs millénaires.
Étudiant : Tu comptes vraiment passer toute la matinée à regarder par la fenêtre ? « Demanda une voix derrière lui. »
Caleb se retourna vers son camarade, un jeune homme aux cheveux blonds qui tentait de réveiller son téléphone d'un geste énergique.
Caleb Whinterford : Je profite du paysage, « Répondit-il avec un sourire. » Tu devrais essayer. Ça change de regarder un écran toutes les trente secondes.
Étudiant : Très drôle. Personnellement, je préfère profiter de la vie en dormant pendant le trajet.
Caleb Whinterford : Dans ce cas, tu aurais dû choisir une excursion moins historique.
Étudiant : Et rater l'occasion de te voir expliquer à notre professeur pourquoi une pierre vieille de cinq mille ans est plus intéressante que le reste du monde ? Jamais.
Whinterford laissa échapper un rire avant de reporter son attention vers les collines. Son camarade reprit sa bataille contre son téléphone, tandis qu'à l'avant du bus, le professeur responsable de l'excursion se levait pour réclamer le silence.
Le docteur Harrington enseignait l'archéologie préhistorique depuis près de vingt ans. C'était un homme d'une soixantaine d'années, au visage marqué par les longues journées de fouilles, dont les cheveux gris soigneusement coiffés ne parvenaient pas à dissimuler l'habitude de passer ses nuits à consulter des archives. Exigeant sans être injuste, il avait la réputation de ne tolérer ni le manque de préparation ni les conclusions hâtives.
Prof. Harrington : Je vous conseille de ranger vos téléphones quelques minutes et de m'accorder votre attention. « Annonça-t-il en ajustant ses lunettes. » Nous arrivons à Stonehenge, et j'aimerais que cette journée vous apporte davantage qu'une série de photographies destinées à vos réseaux sociaux.
Quelques rires parcoururent le bus.
Prof. Harrigton : Notre objectif est d'étudier l'organisation du site, les relations entre les différentes formations de pierres et les caractéristiques du terrain environnant. Vous travaillerez avec les documents que je vous ai distribués la semaine dernière. Je veux des observations précises, des croquis lisibles et des hypothèses argumentées. Si vous ignorez quelque chose, vous le noterez au lieu d'inventer une réponse. L'archéologie est une discipline fondée sur les preuves, pas sur votre imagination.
Son regard s'attarda un instant sur Caleb, qui lui adressa un sourire innocent.
Prof. Harrington : Oui, monsieur Whinterford, cela vous concerne également.
Caleb Whinterford : Je n'ai encore rien dit, professeur.
Prof. Harrington : C'est justement ce qui m'inquiète.
Les étudiants rirent de nouveau, et Harrington retourna à son siège en secouant la tête avec une expression qui trahissait davantage d'amusement que d'agacement.
Angleterre dans le Wiltshire.
Quelques minutes plus tard, le bus s'immobilisa sur l'aire réservée aux visiteurs. Dès que les portes s'ouvrirent, l'air frais du matin s'engouffra dans l'habitacle. Les étudiants descendirent les uns après les autres, chargés de leurs sacs, tandis que le docteur Harrington rassemblait ses documents et vérifiait la liste de son groupe.
Au-delà des barrières et des chemins aménagés, les pierres de Stonehenge se dressaient dans la brume comme les vestiges d'un monde oublié. Certaines formaient encore leurs imposants linteaux, tandis que d'autres semblaient s'être inclinées sous le poids des siècles. Leur silhouette sombre contrastait avec la pâleur du ciel, donnant au monument une apparence presque irréelle.
Caleb s'arrêta quelques secondes pour contempler le cercle.
Il avait imaginé cet instant des dizaines de fois, mais la réalité lui inspira un sentiment inattendu. Il ne s'agissait pas seulement d'admiration. Quelque chose dans le silence du lieu lui donnait l'impression d'être arrivé à un endroit où le temps obéissait à des règles différentes.
Il chassa cette pensée, jugeant qu'elle était le produit de son enthousiasme, puis rejoignit le reste du groupe.
Le docteur Harrington rassembla les étudiants près d'un point d'observation et commença ses explications. Il évoqua les phases successives de construction, le transport des pierres sur de longues distances et les difficultés auxquelles les bâtisseurs avaient dû faire face en l'absence de machines modernes. Il leur montra ensuite plusieurs zones du terrain qui méritaient une attention particulière pour leur exercice.
Prof. Harrington : Vous travaillerez par groupes de deux, poursuivit-il. Chaque équipe devra relever les caractéristiques d'une zone définie, noter les irrégularités du terrain et comparer ses observations aux plans que je vous ai fournis. Je ne vous demande pas de découvrir une nouvelle théorie sur Stonehenge avant midi. Je vous demande de regarder ce qui se trouve réellement devant vous.
Il distribua les dernières consignes, puis consulta ses notes.
Prof. Harrington : Whinterford, vous allez examiner la formation rocheuse située à l'écart de la zone principale, du côté de la petite dépression que nous avons repérée sur les relevés. J'aimerais que vous compariez sa disposition avec les mesures figurant sur le plan topographique. Prenez des notes et photographiez les éléments intéressants, mais ne touchez à rien sans autorisation.
Caleb Whinterford : Compris, professeur.
Prof. Harrington : Et restez dans le secteur indiqué. Je ne tiens pas à organiser une seconde excursion pour vous retrouver.
Caleb Whinterford : Je ferai de mon mieux pour vous éviter cette peine.
Prof. Harrington : Faites mieux que de votre mieux.
Le jeune homme récupéra son carnet, son appareil photographique et son matériel de mesure, puis s'éloigna du groupe. Il n'était pas véritablement inquiet à l'idée de travailler seul. Au contraire, il appréciait ces moments où il pouvait observer un site sans être interrompu toutes les deux minutes par une question ou une plaisanterie.
Le vent soufflait doucement sur les plaines, faisant onduler l'herbe autour du sentier. Au loin, les voix des autres étudiants se mêlaient aux explications du professeur, mais elles s'estompèrent progressivement à mesure que Caleb rejoignait la zone qui lui avait été assignée.
Il consulta son plan, vérifia sa position et commença à relever les caractéristiques du terrain. La formation rocheuse qu'il devait examiner ne présentait rien de particulièrement remarquable au premier regard. Plusieurs pierres affleuraient à la surface, disposées de manière irrégulière, et des touffes d'herbe poussaient entre les creux du sol.
Caleb s'accroupit près d'une pierre dont la surface était partiellement dissimulée par la terre.
Il remarqua alors une ligne sombre courant le long de son bord.
Il dégagea délicatement quelques brins d'herbe et découvrit une marque qui ressemblait à une rainure naturelle. Pourtant, sa régularité lui parut étrange. Il sortit son appareil photographique, prit plusieurs clichés et nota ses observations dans son carnet.
La marque se prolongeait sous la terre.
Caleb Whinterford : Curieux. « Murmura-t-il. »
Il suivit la ligne du regard jusqu'à une seconde pierre, puis à une troisième, avant de se relever pour examiner l'ensemble. Les éléments semblaient former une sorte d'arc incomplet, presque imperceptible depuis le sentier. Caleb consulta de nouveau son plan, mais aucune structure semblable n'y était indiquée.
Cela ne signifiait pas nécessairement qu'il avait découvert quelque chose d'exceptionnel. Les cartes archéologiques n'étaient jamais exhaustives, et les formations naturelles pouvaient produire des motifs trompeurs. Malgré tout, il ressentit le besoin de s'approcher davantage.
Il contourna la première pierre et s'avança vers une légère dépression dissimulée par les hautes herbes. Le sol y paraissait plus sombre, comme si la terre avait conservé davantage d'humidité. Caleb s'accroupit une nouvelle fois pour prendre une photographie.
C'est alors qu'il entendit un craquement.
Le bruit fut si discret qu'il crut d'abord avoir marché sur une branche. Il posa une main contre la pierre la plus proche et se redressa lentement, mais un second craquement retentit sous ses pieds. Cette fois, le son était plus profond, accompagné d'une vibration qui remonta le long de ses jambes.
Caleb Wintherford : « Se figea. » Qu'est-ce que…
Le sol s'affaissa brutalement.
Il eut à peine le temps de reculer avant que la terre ne s'ouvre sous lui. Une partie entière du terrain s'effondra dans un fracas assourdissant, emportant l'herbe, les pierres et les mottes de terre dans une obscurité béante. Caleb tenta de s'agripper au bord, mais la terre friable se déroba sous ses doigts.
Son cri se perdit dans le gouffre.
Il chuta dans le vide, heurtant une paroi rocheuse avant de basculer de nouveau. Son sac lui échappa, son appareil photographique rebondit contre la pierre et disparut dans les ténèbres. Il essaya de protéger sa tête avec ses bras, mais un choc violent lui arracha le souffle.
Puis le monde s'éteignit.
Lorsqu'il reprit connaissance, Caleb eut d'abord l'impression de s'être réveillé au milieu d'un rêve dont il ne parvenait pas à comprendre les règles.
Il était allongé sur une surface froide et rugueuse. Une douleur sourde lui traversait l'épaule, et sa tête lui semblait trop lourde pour qu'il puisse la soulever. Il resta immobile quelques secondes, les yeux fermés, en essayant de se rappeler ce qui s'était passé.
Le terrain.
Le craquement.
La chute.
Il ouvrit brusquement les yeux.
Caleb Whinterford : Merde…
Sa voix résonna, suivie d'un écho qui sembla se propager très loin avant de disparaître. Caleb se redressa avec difficulté et porta une main à son front. Ses doigts rencontrèrent une petite plaie, mais il ne sentit rien qui puisse laisser penser qu'il avait subi une blessure grave.
Il était vivant.
Cette constatation aurait dû le rassurer, mais le silence qui l'entourait rendait cette certitude presque inquiétante.
Il chercha son téléphone dans ses poches et l'alluma. L'écran s'éclaira faiblement, révélant plusieurs fissures qui traversaient le verre. La batterie affichait encore une charge suffisante, mais aucun réseau n'était disponible. Caleb essaya d'appeler le professeur Harrington, puis un camarade, sans obtenir autre chose qu'un message d'erreur.
Caleb Whinterford : Allez, réponds-moi…
Il recommença, cette fois en activant la lampe de son téléphone.
Un faisceau étroit fendit les ténèbres et révéla une cavité rocheuse dont le sol était couvert de gravats. Des pierres s'étaient détachées du plafond, et une pente abrupte remontait sur plusieurs mètres avant de disparaître derrière un amas de terre.
Caleb leva la tête.
Au-dessus de lui, aucune ouverture ne laissait filtrer la lumière du jour. La roche formait une voûte continue, traversée de fissures si étroites qu'il aurait été impossible d'y glisser la main.
Il se releva avec précaution et inspecta les environs. Il ne pouvait pas déterminer la profondeur de sa chute, mais il savait qu'il se trouvait désormais sous terre, probablement dans une cavité naturelle qui avait été fragilisée par l'érosion. Le problème était de savoir si elle communiquait avec la surface.
Il s'approcha de la pente par laquelle il pensait être tombé. En levant sa lampe, il aperçut des fragments de terre fraîchement détachés, des pierres brisées et une paroi qui semblait s'être effondrée sur elle-même.
Il tenta de gravir les premiers mètres, mais les prises cédaient sous ses mains. À deux reprises, il glissa et retomba sur le sol, se faisant mal aux genoux et à l'épaule. Après une dernière tentative infructueuse, il dut se rendre à l'évidence : il ne pourrait pas remonter par là.
Caleb Whinterford : Très bien, Caleb. Respire, réfléchis et ne panique pas, se dit-il à voix basse.
Il avait étudié suffisamment de récits d'expéditions pour savoir qu'une panique incontrôlée pouvait être aussi dangereuse que l'environnement lui-même. Il devait économiser la batterie de son téléphone, évaluer ses réserves d'eau et trouver un passage susceptible de le ramener à la surface.
Il vida son sac, qui avait miraculeusement survécu à la chute, et vérifia son contenu. Sa gourde était bosselée, mais encore utilisable. Son carnet avait pris l'humidité, quelques feuilles étaient déchirées, et la petite lampe de secours qu'il emportait pour les travaux de terrain fonctionnait toujours.
Ce n'était pas grand-chose, mais c'était mieux que rien.
Caleb alluma sa lampe de secours et commença à avancer dans la seule galerie accessible.
Au début, il ne remarqua que les irrégularités de la roche, les racines qui pendaient du plafond et les petites flaques d'eau stagnante qui reflétaient la lumière. Puis, après quelques dizaines de mètres, il aperçut une marque sur la paroi.
Il s'arrêta.
La pierre portait une gravure circulaire composée de lignes entrecroisées, dont certaines rappelaient les motifs celtiques qu'il avait étudiés au cours de ses recherches. Les traits étaient profondément incisés dans la roche et semblaient avoir été réalisés avec une précision remarquable.
Il approcha sa lampe.
D'autres symboles apparaissaient autour du premier. Certains évoquaient des spirales, d'autres des figures géométriques qu'il ne parvenait pas à identifier. Plus étrange encore, une inscription avait été gravée en latin sous les motifs.
Caleb sortit son carnet et recopia les caractères visibles, en prenant soin de conserver leur disposition.
Caleb Whinterford : Ce n'est pas possible…
Il connaissait suffisamment la langue pour reconnaître plusieurs mots, mais l'inscription était partiellement effacée. Il pouvait distinguer les termes rex, gladius et custodire, sans parvenir à reconstituer une phrase cohérente.
Un passage naturel aurait pu servir de refuge à des hommes au cours des siècles, et des inscriptions anciennes n'étaient pas impossibles à trouver dans une grotte. Pourtant, la combinaison des symboles et du latin lui semblait anormale, comme si plusieurs traditions historiques avaient été réunies dans un même lieu.
Il poursuivit son exploration.
La galerie s'élargissait progressivement, et les marques gravées devenaient plus nombreuses. Caleb découvrit des silhouettes humaines, des cavaliers armés de longues lances et des personnages agenouillés devant une figure couronnée. Certaines représentations étaient si anciennes que leurs contours s'étaient confondus avec les irrégularités de la pierre.
Puis il atteignit une fresque qui le força à s'arrêter.
Elle représentait un homme portant une armure, une longue cape et une couronne dont les pointes semblaient rayonner autour de sa tête. Dans sa main droite, il tenait une épée dirigée vers le ciel. À ses pieds se trouvaient plusieurs silhouettes agenouillées, tandis qu'en face de lui s'avançait une armée de créatures monstrueuses.
Caleb approcha lentement.
Les créatures ne ressemblaient à aucun animal connu. Certaines avaient des membres trop longs, d'autres portaient des cornes ou des ailes disproportionnées. Au-dessus de l'armée, des formes noires semblaient ramper le long d'un ciel représenté par des lignes ondulées.
Il éclaira la scène suivante.
Le roi combattait désormais au milieu d'un champ de bataille. Des hommes tombaient autour de lui, des bâtiments brûlaient à l'arrière-plan et une immense silhouette se dressait au-dessus des combattants. Pourtant, l'homme à l'épée ne semblait pas reculer. Il faisait face à l'ennemi comme s'il était le dernier rempart séparant le monde des hommes d'une destruction certaine.
Caleb sentit un frisson lui parcourir le dos.
Il avait déjà vu des représentations du roi Arthur, des enluminures médiévales et des illustrations modernes de Camelot. Mais cette fresque ne ressemblait à aucune des versions qu'il connaissait. Son style était différent, presque impossible à dater, et certaines figures semblaient avoir été ajoutées bien après les premières gravures.
Plus troublant encore, le roi tenait une épée dont la silhouette lui rappelait quelque chose.
Une longue lame droite, une garde particulière et un pommeau orné d'un motif circulaire.
Excalibur.
Le nom traversa son esprit avant qu'il ait eu le temps de se demander pourquoi.
Caleb Whinterford : « Il recula d'un pas et secoua la tête. » Ce n'est qu'une légende, murmura-t-il, comme s'il cherchait à se convaincre lui-même.
Pourtant, une partie de lui savait que ces images ne pouvaient pas être ignorées. Même si elles n'étaient que le produit d'une tradition oubliée, elles constituaient une découverte archéologique extraordinaire. Il devait absolument les documenter, trouver un moyen de sortir et revenir avec une équipe capable d'examiner les lieux.
Il reprit sa marche, tout en photographiant les gravures avec son téléphone lorsque la batterie le lui permettait. La galerie descendait désormais selon une pente régulière, et l'air devenait plus froid. Un étrange bourdonnement semblait parfois vibrer sous ses pieds, si faible qu'il le prenait d'abord pour le bruit de son propre sang dans ses oreilles.
Puis le passage s'élargit.
Caleb franchit une dernière ouverture rocheuse et s'immobilisa.
Devant lui s'étendait une salle gigantesque.
Il lui fallut plusieurs secondes pour comprendre ce qu'il avait sous les yeux. La cavité était si vaste que le faisceau de sa lampe ne parvenait pas à en atteindre les limites. Des colonnes naturelles s'élevaient du sol jusqu'à une voûte perdue dans les ténèbres, tandis que des formations minérales pendaient du plafond comme les pointes d'une couronne de pierre. Des veines de cristal traversaient les parois et réfléchissaient faiblement la lumière, donnant à l'ensemble une apparence presque surnaturelle.
Mais ce n'était pas la taille de la salle qui retint son attention.
C'était son organisation.
Le sol, contrairement aux galeries qu'il venait de traverser, était presque parfaitement plat. Des dalles sombres formaient des cercles concentriques autour d'une plateforme centrale. Sur les murs, d'immenses fresques représentaient des batailles, des serments et des silhouettes vêtues d'armures anciennes. Des inscriptions couraient le long des colonnes, et plusieurs niches taillées dans la pierre semblaient avoir été conçues pour accueillir des objets rituels.
Caleb avança lentement, incapable de détacher ses yeux de cette architecture impossible.
Il n'avait aucune explication rationnelle à ce qu'il découvrait. Une structure aussi vaste aurait nécessité des travaux considérables, et pourtant rien ne laissait penser qu'un tel sanctuaire existait sous Stonehenge. Il ne pouvait pas déterminer son âge, encore moins comprendre comment ses bâtisseurs avaient pu réaliser un ouvrage aussi complexe sans laisser de traces connues à la surface.
Au centre de la salle se dressait un socle de pierre noire.
Il était plus haut que les dalles environnantes et entouré d'un cercle de symboles profondément gravés. Des marques argentées couraient sur sa surface, formant des motifs qui semblaient se rejoindre au niveau de sa base. À première vue, la pierre paraissait polie, mais Caleb remarqua qu'elle ne reflétait pas sa lampe comme les autres minéraux. Elle absorbait la lumière, comme si sa surface dissimulait une profondeur que ses yeux ne pouvaient pas saisir.
Et, plantée au sommet du socle, se trouvait une épée.
Caleb cessa de respirer pendant quelques secondes.
La lame était droite et élégante, avec des reflets argentés qui semblaient subsister malgré l'absence de toute source lumineuse visible. Sa garde, finement travaillée, représentait deux ailes déployées autour d'un pommeau circulaire. Des caractères inconnus étaient gravés le long de l'acier, mais ils ne présentaient aucune trace de rouille ni d'usure apparente.
L'arme paraissait intacte.
Comme si personne ne l'avait touchée depuis quelques années plutôt que depuis des siècles.
Caleb s'approcha, oubliant momentanément sa peur, son téléphone endommagé et l'impossibilité de retrouver la surface. Il avait consacré une grande partie de sa vie à l'étude des civilisations anciennes, mais jamais il n'avait contemplé un objet qui lui donnait aussi nettement l'impression d'avoir traversé le temps sans lui appartenir.
Il s'arrêta devant le socle.
Une inscription entourait sa base, composée de caractères latins mêlés à d'autres symboles. Il s'accroupit pour l'examiner et commença à déchiffrer les mots qu'il reconnaissait.
Rex. Gladius. Iuramentum.
Le roi. L'épée. Le serment.
Caleb fronça les sourcils. Il tenta de reconstituer la phrase, mais une partie de l'inscription était dissimulée par une couche sombre qu'il ne parvenait pas à identifier. Il passa sa lampe sur les caractères restants et découvrit une ligne supplémentaire, plus petite que les autres.
Cette fois, il comprit les mots.
Non sanguine, sed animo eligitur.
On ne choisit pas par le sang, mais par l'esprit.
Il resta silencieux, relisant la phrase plusieurs fois.
Caleb Whinterford : Qu'est-ce que vous êtes ? « Murmura-t-il à l'intention de l'épée. »
Sa voix se répercuta dans l'immense salle, puis s'éteignit dans les hauteurs.
Pendant un instant, rien ne se produisit.
Caleb se redressa, un peu honteux d'avoir parlé à un objet inanimé. Il aurait dû examiner le socle, relever les inscriptions et chercher un autre passage vers la surface. Pourtant, il éprouvait une fascination qu'il ne parvenait pas à expliquer, comme si l'épée attirait son attention bien plus fortement que n'importe quelle découverte archéologique.
Il fit un pas de plus.
Alors, au plus profond du sanctuaire, quelque chose répondit.
Ce ne fut ni un bruit ni une voix. Plutôt une vibration discrète, presque imperceptible, qui traversa le sol et remonta le long des jambes de Caleb. Les symboles gravés autour du socle s'illuminèrent d'une lueur argentée, puis s'éteignirent avant qu'il puisse en comprendre la nature.
Il se figea.
Son téléphone grésilla dans sa main, et l'écran s'éteignit brusquement. La lampe de secours vacilla à son tour, projetant des ombres mouvantes sur les colonnes.
Caleb Whinterford : « Recula, le cœur battant. » Non, non, non… Pas maintenant !!
Il tapa sur le boîtier de la lampe, qui se ralluma après quelques secondes. Lorsqu'il dirigea de nouveau le faisceau vers le socle, les symboles avaient disparu dans l'obscurité.
Mais l'épée, elle, semblait désormais plus lumineuse qu'auparavant.
Caleb demeura immobile, partagé entre la peur et une curiosité presque douloureuse. Une partie de lui voulait fuir, retrouver la galerie et chercher une issue avant que la situation ne dégénère davantage. Une autre lui soufflait qu'il se trouvait devant une découverte susceptible de bouleverser tout ce qu'il croyait savoir sur l'histoire britannique.
Il leva les yeux vers la lame.
Il ignorait encore que, bien au-dessus de lui, le vent continuait de souffler sur les plaines du Wiltshire et que les étudiants commençaient à s'inquiéter de son absence. Il ignorait également que la terre s'était refermée derrière lui sans laisser la moindre fissure.
Pour l'instant, Caleb Whinterford ne voyait qu'une épée ancienne, plantée dans un socle au cœur d'un sanctuaire oublié.
Fin du chapitre I : Le secret enfoui de Stonehenge.