Les fantômes au fond de tes beaux yeux

Chapitre 36 : Mots doux

3341 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 30/10/2026 11:55

Chapitre 36 : Mots doux


Nous nous savonnons avec application sous ma douche et il se met à rire.

-         J’ai l’impression d’être un putain de raton-laveur à force…

-         Quoi ?! glousse-je.

-         Je n’avais jamais pris de douche avec une meuf et je me retrouve à te frotter sous l’eau toutes les deux minutes !

-         Mais quel est le rapport avec un raton-laveur ?!

-         Je lave mon bonbon avant de le bouffer ! se marre-t-il.

Je ris avec lui en continuant ma besogne sur son corps et il affiche un sourire heureux en me voyant faire.

-         J’aime bien, commente-t-il.

-         Je sais, tu me l’as déjà dit, souris-je en me levant sur la pointe des pieds pour l’embrasser.

-         J’aime vraiment bien être avec toi, Julia. Ma vie est moins pourrie depuis que je t’ai rencontré, elle est même franchement pas dégueulasse…, continue-t-il pensivement.

-         Ça me touche… si ta vie n’est « franchement pas dégueulasse » grâce à moi, quelle chanceuse ! raille-je.

-         Oh arrête de m’emmerder, tu sais bien ce que je veux dire.

-         Non je ne sais pas, l’embête-je pour le pousser à s’ouvrir.

-         Tu me soules, réplique-t-il en souriant et en écrasant sa main sur mon visage.

Nous finissons notre douche en nous battant gentiment. Il me souffle sur le visage, je lui envoie une bulle de savon dans l’œil, j’essaie de lui mettre une pichenette sur le nez, il attrape mes poignets pour me noyer sous le jet d’eau…

Nous rions aux éclats, comme toujours. 

Lorsque nous regagnons ma chambre, il se plante au milieu pendant que je cherche un pyjama, puis il me démontre sa classe inégalable :

-         Je peux dormir à poil ?

-         Qu’est-ce que tu es séduisant, Kai ! ricane-je.

-         Oh la ferme bébé, je n’ai rien à me foutre ! rit-il. Je ne vais pas remettre mon caleçon alors qu’on sort de la douche ! J’ai horreur de ça, de remettre mes habits sales, c’est un truc que je ne supporte pas.

-         Mais oui, je t’embête, crétin ! m’amuse-je.

-         Dors à poil aussi, on sera trop bien.

-         Je peux savoir en quoi un pyjama nous empêcherait-il d’être bien ? le taquine-je avec un regard malicieux.

Il attrape la petite boule de tissu dans ma main pour la fourrer dans le tiroir et le refermer aussi sec.

-         Je veux qu’on dorme à poil, c’est tout. J’ai envie de te sentir contre moi.

-         J’ai le choix ? demande-je en haussant un sourcil.

-         Tu fais bien de demander, parce que non.

J’abandonne ma serviette pour lui faire plaisir et il m’attrape dans ses bras pour m’embrasser sous toutes les coutures, visiblement ravi.

-         Allez emmerdeuse, installe-toi ! conclut-il en me souriant.

Je grimpe dans mon lit pendant qu’il attrape la couette et l’oreiller d’Hestia, puis je l’observe recréer le petit nid dans lequel nous avions dormi tous les deux.

Quand il se glisse avec moi et que je me cale contre son torse, je savoure la chaleur qui se dégage de nos peaux nues après une douche chaude.

-         Putain on est trop bien, soupire-t-il en passant un bras dans mon dos.

-         Oui, je le reconnais, ronronne-je. 

Il est très, très tard, mais il est d’humeur loquace :

-         T’as passé une bonne soirée au bar ?

-         Très, et toi ?

-         Ouai… T’as vu… j’ai essayé de faire attention à toi et de ne pas trop parler à Alma…, commente-t-il d’une voix presque timide.

Je relève le nez de son épaule avec des yeux choqués :

-         Tu as fait exprès ?!

-         Bah ouai… Tu m’avais tapé un genre de crise de jalousie… Je sais pas… je voulais pas que ça recommence… Alors j’ai fait attention à pas te laisser de côté comme la dernière fois… Je sais pas pourquoi j’avais fait ça, je pense que j’étais trop perturbé par les deux intrus… C’était nul à chier de ma part de plus parler avec cette meuf dont je me fous qu’avec toi.

-         Je suis bien d’accord. Et je te préviens, si tu me refais ce coup-là, je te jette mon verre à la figure !

Il rit doucement en vrillant ses beaux yeux sur moi :

-         T’as vraiment un caractère de merde, Julia… je l’adore. Putain, je me fais jamais chier avec toi, jamais… Je ne sais même pas ce que je ferais de ma vie si tu te barrais… qui j’irais voir, avec qui je me taperais des barres, avec qui je me prendrais la tête…

-         Hestia, souligne-je en retenant le petit grincement de dent qui vient avec.

-         Oh putain, oui ! Oh la vache, qu’est-ce que je m’éclaterais avec Hestia et Hunter ! s’exclame-t-il.

Il me fait rire, alors il continue son cirque :

-         Ils sont les gens les plus funs que je connaisse ! Je suis sûr que j’aurais la chance de rire une ou deux fois par mois, putain ! Je pourrais passer des heures avec eux, à regarder ce débile pendu au téléphone et me faire emmerder par Hestia parce que je fume une clope ou que je bois un verre !

-         Arrête ! pouffe-je.

-         Non vraiment, quelle éclate totale. Aller dans un putain de bar pour rester assis à regarder les autres danser… Jouer à un jeu débile où il faut deviner des mots ! Putain, c’est vraiment le pied !

-         Hé ! J’adore ce jeu ! me vexe-je en prenant une voix boudeuse.

-         Ça va, je déconne bébé… j’avais aimé jouer avec toi, tempère-t-il tout de suite.

-         Tu vois, tu t’amuserais sans moi.

-         Non, je joue pas à ce jeu sans toi. La seule chose qui fait que j’ai aimé jouer est que tu as trouvé ce que je te faisais deviner… alors que je disais vraiment des trucs de merde… Des fois, j’ai l’impression qu’il n’y a que toi qui me comprennes, tu vois ?

-         Je vois, confirme-je.

Mon cœur fond. J’adore quand il fait ça. Il me demande toujours si « je vois » lorsqu’il se sent ridicule de me dire quelque chose.

-         Tu vois toujours t’façon. C’est pour ça que t’es mon binôme bébé et je ne change pas.

Folle amoureuse, je roule un peu pour m’allonger le long de son corps, où je me redresse pour m’assoir sur son bassin, les mains sur ses beaux bras.

La couette tombe évidemment de mon dos, révélant mon corps nu, et ses yeux s’allument :

-         Mh… c’est dangereux ça…, souligne-t-il d’une voix sombre.

-         Je voulais admirer ton torse, explique-je en caressant ses pectoraux.

-         Une envie soudaine ?

-         Oui, je voulais voir tes tatouages en fait… Notre discussion m’a rappelé quand tu m’avais fait deviner le temps grâce à ton horloge… J’avais juste envie de les voir…

Je passe mes doigts sur son cou entièrement tatoué, les yeux brillants d’admiration face aux gribouillis qui le recouvrent.

-         Je croyais que mes tatouages étaient « horribles », dit-il en imitant ma voix.

-         Je les trouvais horribles au début, réponds-je avec honnêteté. J’avais l’habitude des beaux tatouages bien réalisés, des belles pièces… Ton corps m’apparaissait sincèrement comme un cahier de brouillon… Ils sont tous mal faits, mal dessinés, sans aucun lien les uns avec les autres, avec des lignes tordues…

-         Merci…, grommèle-t-il.

-         C’est vrai Kai, tu ne peux pas le nier. On voit bien que ce sont des tatouages de taulard. Pourtant, je les trouve magnifiques maintenant, je n’en changerais pas un seul, je ne modifierais pas une ligne tremblante, pas une obscénité inscrite sur ton corps…

Et pourtant, mes doigts passent à ce moment-là sur l’imposant « Hestia » qui couvre l’intérieur de son avant-bras. Je perds mon sourire, mes yeux s’attristent et il retourne immédiatement son bras pour me cacher le prénom, comme s’il en avait honte.

Je pose mes yeux dans les siens, nous ne nous disons rien, mais j’ai pourtant l’impression que nous comprenons aussi bien l’un que l’autre que ce qu’il vient de se passer est étrange.

Il nous sauve de ce moment de flottement :

-         J’ai encore de la place sur le torse… j’en rajouterais bien… Je pourrais en faire des beaux maintenant que je suis sorti de taule…, dit-il en passant sa main sur ses pectoraux.

-         Hors de question que tu me mettes des tatouages de qualité là au milieu ! me hérisse-je tout de suite.

-         Pourquoi ?! Tu ne voudras plus me baiser si je le fais ?! rit-il.

-         Sûrement pas, ça gâcherait tout… ou alors des symboles aussi improbables que le reste. Mais pas une grosse pièce bien faite, c’est hors de question.

-         Je pourrais mettre un petit « J » là…, dit-il en caressant la zone qu’il me désigne sur son pec gauche.

Je trouve l’emplacement carrément connoté et je manque de m’en étrangler.

-         Oh putain non je sais !! hurle-t-il d’un coup.

-         Quoi ?! m’affole-je.

-         Je veux que tu me dessines un tatouage, Julia ! Putain, c’est ça que je veux ! Tu dessines trop bien !!

-         Non mais ça ne va pas ?!

-         Je veux ta panthère !! Sur ma cuisse ! beugle-t-il avec une excitation rarement atteinte.

-         Quoi ?! Non ! Je ne prends pas cette responsabilité ! Imagine qu’elle ne te plaise plus un jour ?! Tu es dingue !

-         Elle me plaira toujours ! C’est toi qui l’as faite ! Pour moi, en plus ! Je suis sûr que c’est ce que je veux !

-         Je ne l’ai pas faite pour toi, je l’ai faite pour moi ! ris-je.

-         On s’en fou. Tu l’as faite en pensant à moi, je la veux sur ma cuisse, s’obstine-t-il.

Il me vire de son bassin pour me basculer dans le lit, où je m’écroule en riant alors qu’il redresse sa jambe pour me montrer sa cuisse.

Il m’explique comment il la voudra, comme si la chose était déjà actée dans sa tête et j’essaie de l’en empêcher.

-         Je m’en tape, je la prendrai en photo quand tu ne regarderas pas et j’irai me la faire tatouer, décide-t-il.

-         Cette panthère est bien trop jolie pour coller à tes tatouages… ou alors il faudrait que tu retournes en prison pour te la faire tatouer, l’embête-je en me réinstallant sur son torse pour l’embrasser.

-         Je vais peut-être bien y retourner ! se marre-t-il.

Dès que je réalise que c’est vrai avec cette sombre histoire de mule, je perds mon sourire.

-         Je déconne bébé, c’était con de ma part de dire ça, pardon.

-         C’est pourtant vrai… Tu pourrais bien te retrouver derrière les barreaux dans très peu de temps… Qu’est-ce que je ferais sans toi… ? demande-je tristement.

-         Tu viendras me voir. Les visites conjugales existent… Si tu veux bien te marier avec moi, je serais ravi de coucher avec toi une fois par semaine, plaisante-t-il timidement.

Il m’amuse sincèrement malgré ma tristesse et je lui offre donc un petit gloussement.

-         Hors de question que je vienne me taper un taulard… Je ne donne que dans les anciens prisonniers ! réplique-je en caressant ses lèvres.

-         Merde alors… je vais avoir besoin de ma chance légendaire… Impossible de me passer de toi, Julia.

-         Ne te fais pas attraper, mon lapin, et tout ira bien…, minaude-je d’une voix séductrice.

Il m’observe une seconde ou deux, les sourcils un peu froncés.

-         « Mon lapin » ? Mh… J’aime curieusement bien ça…, dit-il pensivement.

-         Vraiment ? m’amuse-je.

-         Ouai… ça me donne l’impression d’être un débile comme Hunter… J’aime bien, répond-il en souriant comme un idiot.

-         Quoi ?!

-         Hunter et Hestia… avec leurs « mon cœur » et leurs « mon amour » … Ils sont ridicules putain ! s’esclaffe-t-il.

-         N’importe quoi !

-         Mais si ! beugle-t-il en riant. Tu n’as pas remarqué ?! Ils se donnent toujours des petits noms dégoulinants d’affection ! Ils ne peuvent jamais s’appeler par leur prénoms, putain ! C’est pratiquement un trouble !

A ce stade, je suis déjà pliée en deux, mais il en rajoute une couche en prenant une voix haut perchée ridicule pour se moquer d’eux :

-         Ça va mon cœur ? Oui et toi mon amour ? Bien sûr mon cœur, tu as besoin de quelque chose mon cœur ? Non merci mon amour, tes billets de banque par centaines me comblent mon amour !

Il met tellement d’énergie pour les imiter que je n’arrive plus à m’arrêter de rire.

-         Tu es simplement jaloux ! m’exclame-je d’une voix amusée.

-         Ouai peut-être bien. J’avoue, j’ai toujours rêvé qu’on m’appelle « mon amour » ! rit-il en me reprenant dans ses bras.

-         Arrête tes bêtises mon amour, le taquine-je tout de suite.

-         Oh arrête Julia, je t’en prie ! reprend-il de sa voix rieuse haut perchée en jouant les gênés. J’ai toujours rêvé qu’on m’appelle « mon amour » ! Tu vas me faire rougiiir !

Il serre ses bras autour de ma nuque en riant et je glousse à n’en plus pouvoir de le voir plaisanter comme ça.

-         Embrasse-moi, mon amour ! pouffe-je.

-         Oh bordel. Je suis foutu, j’adore ça, réplique-t-il en fondant sur mes lèvres avec un immense sourire.

Nous nous embrassons en essayant de calmer nos rires, mais nous gigotons en gloussant jusqu’à ce que nos baisers nos absorbent peu à peu.

-         Tu es aussi cucu qu’eux, mon amour…, chuchote-je.

-         Et j’assume putain…

Nos baisers s’intensifient, il me grimpe dessus, et malgré le jour qui va bientôt se lever, je sais que nous sommes perdus lorsque je le sens prêt.

 

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