Les fantômes au fond de tes beaux yeux

Chapitre 27 : Une jolie visite surprise

4138 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 14/10/2026 11:40

Chapitre 27 : Une jolie visite surprise

Après ce drôle de lundi, je ne m’attendais pas à ce que tout change pour moi.

 Je n’avais pas anticipé la chose, mais Fabio me voyant courir ventre à terre dans les bras d’un type n’a pas amélioré nos rapports. Il devient mauvais comme la pluie dès le mardi, il casse du sucre sur Kai sans interruption, à tel point que le « connard de racaille » devient le sujet en vogue de l’école. Fabio crie sur tous les toits qu’il appellera les flics s’il le revoit un jour et qu’il ne serait pas étonné qu’il ait les poches pleine de cocaïne. Je ne commente pas, je laisse couler mais je réalise rapidement que j’aime curieusement ce qu’il se passe. 

J’aime tout, j’aime les yeux exorbités qu’on me lance, les rumeurs que j’entends circuler sur lui, la peur qu’il inspire chez mes camarades, les bruits de couloir des gens qui se demandent ce que je peux bien trouver à Kai et ce qu’il peut bien me trouver en retour. J’adore l’improbabilité de notre association, j’adore les filles qui me posent timidement des questions sur lui… et j’adore leurs foutues têtes lorsque je leur réponds la vérité.

Il n’y a rien que je savoure plus que le moment où Fabio découvre par une fille de notre classe que Kai a fait de la prison pour violence. Après quelques jours horribles à me faire embêter par sa personne à toute heure, il disparait comme par miracle de mon espace personnel et j’ai enfin la paix.

Ce jeudi, pour la première fois depuis ma rentrée, les choses s’améliorent enfin, Fabio me fiche la paix et mon « couple » crée une telle fascination chez mes camarades que tous me reparlent et m’intègrent dans leur cercle d’amis. Le vendredi, tout est acté et je trouve enfin ma place grâce à Kai.

Nous sommes décidément bons l’un pour l’autre, un vrai cercle vertueux.

Malheureusement pour moi, le vendredi soir, les choses se dégradent un peu puisque dès que je rentre des cours, je suis terrassée par mes règles qui se déclenchent. Je souffre toujours le premier jour, rien d’alarmant mais très embêtant malgré tout et mon humeur tombe en chute libre malgré ma fin de semaine positive.

Je m’enroule dans mon plaid le plus doux et je me tortille dans mon lit comme une petite chenille, pour affronter les crampes en maudissant à chaque seconde la vie et l’univers tout entier.

Evidemment, avec les règles vient mon envie folle de sucre et je dois donc me faire violence pour aller faire les cookies de ma grand-mère – ou plutôt la recette de son chef étoilé – en pestant toujours plus et en me trémoussant pour rester debout sans trop souffrir. Dès qu’ils sont au four, je retourne m’allonger dans mon lit comme un ours rejoindrait sa grotte, en ronchonnant et en relevant mon plaid jusqu’au-dessus de ma tête pour hiberner.

Il est dix heures du soir lorsqu’on toque à ma porte et je plisse les yeux de colère en me demandant lequel des fichus étudiants de ce bâtiment peut bien me déranger. Je me lève de mon lit en pestant intérieurement, toujours enroulée dans mon plaid, et dès que j’arrive près de ma porte, une jolie voix grave que je connais s’annonce :

-         Je me doute que tu flippes pas terreur, mais ce n’est que moi.

J’ouvre le battant, très surprise :

-         Kai ? Mais qu’est-ce que tu fais là ?

-         Je viens de sortir du taff, je passais à côté et j’avais envie de voir ton appartement maintenant que tu as emménagé tes trucs… C’était pas fermé à clé ? J’ai pas entendu de clé ?

-         Euh… non, et donc… ? demande-je en fronçant les sourcils.

-         Ferme ta porte à clé putain, on ne sait pas quel genre de malade peut débarquer ici…, ronchonne-t-il.

-         Tu es le seul malade qui débarque chez moi, ne t’inquiètes pas ! l’embête-je.

Il lève les yeux au ciel et je me décale pour le laisser visiter, mais ses yeux tombent immédiatement sur la grosse peinture au-dessus de mon lit, ma panthère, ce qui est logique puisqu’on ne voit que cette merveille qui trône. 

-         Putain ! C’est pour ça que tu m’as appelé comme ça ? Je me demandais d’où ça sortait, mais tu as un foutu poster de cet animal au-dessus de ton lit… je comprends mieux.

-         Ce n’est pas un poster, c’est une toile que j’ai peinte, précise-je en riant. 

-         Tu te fous de ma gueule ? C’est toi qui as fait ça ? demande-t-il avec des yeux ronds comme des soucoupes.

-         Oui, je peins tout le temps.

-         Mais non… ? marmonne-t-il comme si je me fichais de lui.

Il traverse évidemment ma chambre dans la seconde pour aller voir ça de plus près, et je le rejoins en levant les yeux au ciel, amusée par sa réaction.

Plus il observe ma toile, plus il a l’air médusé par l’information :

-         C’est toi qui peins comme ça ?! C’est toi qui as fait ça avec tes mains ?! s’exclame-t-il.

-         Mais oui, Kai ! ris-je. 

-         Putain… on dirait un vrai… enfin c’est débile de dire ça, mais on dirait le tableau d’un peintre quoi… putain je n’en reviens pas… Tu es trop douée…

-         Merci ! réponds-je joyeusement.

Il reste planté devant quelques minutes, il glisse ses beaux yeux glacés sur ma toile avec un air impressionné qui me fait sourire, voire qui m’attendrit un peu.

-         Alors tu as peint cette panthère… Incroyable sérieux… Je comprends mieux que tu m’aies appelé comme ça après avoir fait une peinture pareille…

-         Mais non ! ris-je. J’ai fait cette panthère après t’avoir rencontré, c’est toi, j’ai peint cette toile en pensant à toi chez mes parents cet été… Tu ne reconnais pas tes yeux ? J’ai essayé d’être la plus fidèle possible dans la reproduction des nuances de ton gris… et ce rugissement, tu ne peux pas dire que tu n’y vois pas ton visage de tueur…

Je lui désigne la toile en même temps que je parle, pour illustrer mes propos, mais il ne la regarde plus, il a ses yeux les plus choqués posés sur moi.

-         Quoi ? demande-je.

-         Rien je… je peux pas croire ce que tu es en train de me dire là… je sais même pas quoi dire… je…

Je ris un peu plus de le voir comme ça, aussi hésitant et perturbé, aussi peu lui finalement.

-         Il est rare que tu sois sans voix, espèce de pie ! le taquine-je.

-         Arrête ! réplique-t-il en réprimant son rire. Tu m’as peint putain ! Moi ! J’ai le droit d’être sans voix ! Et regarde ta peinture ! Sans déconner !! Tu en as d’autres ?

Je lui pointe d’un doigt mes toiles, rangées entre le lit d’Hestia et son bureau, et il s’y précipite pratiquement pour toutes les attraper. A force d’être debout, mes douleurs s’intensifient et je faiblis, alors je me laisse tomber sur mon lit pour m’assoir, où il me rejoint. Il pose mes toiles à côté de lui, puis il les prend une par une pour les regarder longuement et commenter chacune d’entre elles.

Alors qu’il commente mes peintures, j’ai soudain un recul sur la situation. Je le vois assis là, les sourcils froncés, les yeux concentrés, me dire tout ce qu’il a envie de me dire sur mes toiles avec sérieux et intérêt… On dirait un enfant qui lit un livre d’image, qui commente à sa mère tout ce qui lui passe par la tête, ce que ça lui évoque, les couleurs qu’il préfère…

Ça me bouleverse des pieds à la tête, d’un coup, sans crier gare. C’est comme une apparition, un flash, un coup d’électricité… un moment qui se grave dans ma tête et qui restera un de mes plus beaux souvenirs, j’en suis convaincue. 

Il a actuellement ma peinture de soleil couchant dans les mains.

-         Ma préférée est la panthère, c’est évident, elle démonte et c’est moi… mais je crois que c’est ma deuxième préférée, reprend-il de sa voix pensive.

-         Ah bon ?

-         Ouai… ça me rappelle le jour où on a regardé le soleil se lever au motel… Bon ça n’avait rien à voir, il se levait, tout n’était pas orange comme sur cette peinture mais c’est quand même à ça que ça me fait penser… Et j’adore les trucs là avec les rayons et les ombres…

-         Les clairs obscurs, les jeux de lumières…, précise-je. C’est ce que je préfère faire… Ils offrent une intensité à la toile, quelque chose qui me parle, de très duel, très intense… et l’orangé du soleil rend la chose tellement onirique… Je pourrais me perdre des heures dedans, à admirer toutes les nuances…

Je remarque qu’il m’observe, et lorsque je lève le nez pour croiser ses yeux, il me sourit.

-         Quoi ? demande-je.

-         Rien, je te trouve intelligente… j’aime bien que tu me parles de tes trucs.

Je ne sais pas trop quoi répondre à ça, je suis tentée de rire comme s’il se fichait de moi alors que je vois bien que ce n’est pas le cas.

-         Tu peins souvent alors ? Qu’est-ce que tu peins en ce moment ? demande-t-il en cherchant autour de nous.

-         Constamment, mais j’ai terminé la dernière il y a quelques jours et je n’ai pas encore eu le temps d’en commencer une nouvelle, je le ferai sans doute demain.

-         Tu voudras bien m’en faire une ?

-         Sérieusement ? m’étonne-je.

-         Ouai, j’aimerais carrément avoir une de tes peintures… Elles sont trop belles… et puis ça rendrait ma chambre moins glauque…

-         Euh… si tu veux… Qu’est-ce que tu voudrais que je te fasse ?

-         J’en sais rien…, répond-il en fronçant les sourcils. 

-         Il y a des choses que tu aimes ? Que tu trouves jolies ? Des endroits, des animaux… je ne sais pas, je peux pratiquement tout faire Kai… Quelque chose qui t’apaise, qui te fait du bien… ? Hestia m’avait demandé l’océan par exemple…

-         Tu pourrais te peindre toi ? me surprend-il.

-         Moi ?! m’exclame-je en ouvrant des yeux ronds.

-         Ouai… J’aimerais bien avoir une peinture de toi… Ouai c’est ça que je veux.

-         Euh…

-         Je ne suis pas chiant… Avec ta chemise blanche… un sein apparent et des yeux excités… un truc simple, plaisante-t-il.

Il me fait évidemment rire :

-         Je vais voir ce que je peux faire, mais pour le sein, c’est non !

-         En soutif alors ! Sois pas prude Julia ! Ça te va pas ! se marre-t-il.

-         Crétin !

-         Bonbon ! réplique-t-il en se penchant pour croquer ma joue. 

Je ris un peu plus et il laisse ses lèvres contre ma peau :

-         Ah ouai putain… je négocierais bien un petit sein sur ma peinture…, ricane-t-il.

Il glisse ses lèvres jusqu’aux miennes et il m’embrasse dans la foulée avec température. Je me laisse charmer, je me plonge dans notre baiser en oubliant que je ne suis pas disponible, et il me bascule sur le matelas pour m’embrasser plus intensément.

 Au bout d’une petite minute, il détache à peine ses lèvres des miennes pour me dévorer de son regard sombre : 

-         Maintenant que je suis là… tu aurais envie de… ou pas… ? murmure-t-il.

-         Je ne peux pas, mes règles ont débarqué, je suis désolée que tu sois venu pour rien…, réponds-je à contre-cœur. Tu aurais dû m’envoyer un message, je te l’aurais dit…

Il hoche la tête avant de poser un petit baiser sage sur mes lèvres :

-         Je ne suis pas venu pour rien, j’ai vu tes peintures et ton appart…

-         Ça n’équivaut sans doute pas à ce dont tu avais envie à la base.

-         Ah ça… C’est pas grave, tu me feras un emploi du temps avec les périodes où il ne sert à rien de t’approcher… ça m’économisera du temps et de l’essence… Putain j’ai complimenté tes peintures pour rien… Pfff…

Je fronce le nez de colère en lui mettant une tape plutôt violente sur l’épaule, vexée jusqu’au trognon.

-         Je me fous de toi Julia ! rit-il. Je déconne ! Putain mais tu le sais très bien, arrête !

-         Non je ne sais pas ! Je suis susceptible quand j’ai mes règles ok ?! Alors garde ton humour de merde pour toi ! siffle-je.

-         Oulala… Mademoiselle est ronchonne et susceptible aujourd’hui, se marre-t-il d’une voix moqueuse.

-         Oui, alors arrête de m’emmerder !

Il me souffle sur le visage, parce qu’il sait que j’ai « horreur » de ça, et une petite lutte démarre où je me bats avec véhémence tandis qu’il retient mes coups facilement en riant.

Mais cette petite lutte ne convient évidemment pas à mon utérus et quelques crampes douloureuses me percutent. Je lâche immédiatement ses poignets pour me recroqueviller en position fœtale en grimaçant.

-         Ça ne va pas ?! s’inquiète-t-il.

-         Non… c’est douloureux…, geins-je en me tortillant sur mon matelas le temps que le pic de douleur se calme. Ça me fait comme des grosses crampes dans le dos et dans le ventre…

-         Tes règles te font mal ?? s’affole-t-il. 

-         Oui… mais que le premier jour pour moi heureusement… J’ai pris un cachet mais ça calme seulement, ça n’enlève pas mes douleurs.

Je ferme les yeux en fronçant les sourcils et je suis surprise de sentir sa grande main se poser dans mon dos une seconde après. Il le frotte en mouvement circulaire et le soulagement est immédiat, à en relâcher un peu la tension dans mes muscles.

-         Ça fait du bien…, marmonne-je en me roulant plus en boule pour lui laisser l’accès.

-         C’est pour ça que t’es enroulée dans un plaid… je croyais que t’avais froid…, réalise-t-il.

-         Oui, je cherche le confort…, ronchonne-je en me tortillant encore un peu.

-         Oh bébé… je t’ai jamais vu comme ça, chuchote-t-il tristement.

 La sonnerie du four attire son attention et je sens le mouvement vif qu’il fait en cherchant la source du bruit, sans pour autant arrêter de me soulager de sa main.

-         C’est rien… cookies…, bougonne-je simplement entre mes dents serrées.

Il se lève et si j’en avais eu la force, je suis sûre que je l’aurais engueulé d’avoir arrêté ses massages qui me faisaient un bien fou. Je l’entends qui farfouille dans ma cuisine, et une petite minute plus tard, il se rassoit vers moi pour reprendre ses frottements contre mon dos. Je sens une bien douce odeur, et lorsque j’ouvre les yeux, il tient un cookie devant mes lèvres

-         Ouvre la bouche, ordonne-t-il.

-         Quoi… ?

Il le fourre déjà entre mes lèvres et je m’étrangle un peu en riant.

-         C’est ce qu’il faut faire ! Il faut nourrir les meufs pour pas qu’elles deviennent des foutus gremlins !

-         Tu vas m’étouffer plus que me nourrir ! ris-je, la bouche pleine.

-         Mais non, réplique-t-il en levant les yeux au ciel et en essayant de me faire gober un deuxième.

Je ris encore plus en recrachant à moitié et il est plié en deux à se moquer de moi, mais puisqu’il continue de caresser mon dos, difficile de lui en vouloir. Il me fait de toute façon rire et ça me distrait alors c’est très bien.

Lorsque je termine de grignoter mes deux cookies et qu’il en a englouti quatre, les douleurs s’apaisent enfin après ce pic désagréable et je m’étire un peu.

-         Ça va mieux ? demande-t-il.

-         Un peu… le gros de cette vague de douleur est passée, il faut juste que je m’installe un peu plus confortablement, ronchonne-je.

Sous mes yeux étonnés, il se relève pour se diriger vers le lit d’Hestia où il attrape l’oreiller et la couette, avant de revenir les mettre dans mon lit pour me faire un petit nid douillet.

-         T’es en pyjama sous ton plaid ? demande-t-il.

-         Euh… oui pourquoi ?

Une seconde après, j’hallucine lorsqu’il me perche dans ses bras avec douceur le temps d’ouvrir ma couette pour me coucher. Il me dépose délicatement et je me retrouve lovée entre les deux oreillers et les deux couettes, tellement mieux qu’il y a une minute que j’en soupire de contentement en le remerciant.

Il allume ensuite la lampe à lave de ma table de nuit et éteint la lumière de ma cuisine, me plongeant dans un véritable cocon en un claquement de doigts.

-         Je vais te laisser dormir, annonce-t-il.

Qui ne tente rien n’a rien après tout, alors j’en appelle à mon culot naturel.

-         Ça… ça te dérangerait de me frotter encore un peu le dos avant de partir ? Ça me fait vraiment du bien…, ose-je.

-         Pas du tout.

J’ouvre la couette pour le laisser venir et la seconde suivante, je suis recroquevillée contre son torse, l’un de ses bras sous ma tête et le deuxième faisant des miracles sur mes reins.

Je suis tellement bien que je m’apaise enfin des pieds à la tête et c’est un bonheur de sentir mes muscles se détendre après des heures aussi crispée. Je frotte doucement mon visage contre son tee-shirt pour me caler au mieux, complétement envoûtée par son odeur.

Kai sent toujours si bon, c’est un véritable bonheur, je n’ai jamais rencontré quelqu’un comme ça. Peu importe l’heure du jour ou de la nuit, il sent le propre et le savon, même si l’odeur de la cigarette s’y mêle parfois. On dirait presque qu’il passe son temps à mettre des habits propres et se frotter aux « minéraux et bois de cèdre ».

Je profite aussi de la chaleur de son corps qui réchauffe mon petit nid, de sa main ferme qui efface ma douleur sans faiblir, de l’ambiance chaleureuse et tamisée donnée par ma lampe à lave…

-         Ça y est, je suis trop bien…, murmure-je faiblement.

-         Tant mieux, répond-il en embrassant mon front.

-         Ah non, là je suis trop bien, me corrige-je en souriant malgré mes yeux fermés.

Il rit doucement en posant un deuxième baiser sur mon front, plus long, et je me tortille de bien être cette fois.

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