Les fantômes au fond de tes beaux yeux

Chapitre 26 : La manipulatrice

3811 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 13/10/2026 11:33

Chapitre 26 : La manipulatrice


Après notre douche, je suis en serviette devant le miroir de la salle de bain, en train de mettre du baume à lèvres. Kai est appuyé contre le mur derrière moi, il m’observe les bras croisés.

-         Pourquoi tu mets ça ? demande-t-il.

-         Parce que j’ai les lèvres complétement gercées après t’avoir embrassé pendant vingt-quatre heures sans m’arrêter ! ris-je.

-         Sérieux ?! demande-t-il en riant.

Il approche de mon dos pour venir regarder mes lèvres de plus près dans le miroir, les yeux hilares.

-         Putain c’est de ma faute ! rit-il en constatant les dégâts.

-         N’en sois pas fier ! siffle-je avec humour.

-         Tu déconnes ? Je suis carrément fier d’avoir gercé les lèvres d’une aussi jolie fille que toi, je n’avais jamais fait un truc pareil.

Il attrape ma mâchoire d’une main pour me mordre subitement la joue et je couine un peu sous la surprise.

-         Foutu bonbon va, grogne-t-il avant d’embrasser ma joue.

-         Foutu gourmand, réplique-je.

Nous nous sourions et j’ai un pincement au cœur terrible à l’idée de le laisser ici tout seul.

-         Tu es sûr que ça va aller ? Je suis un peu inquiète.

-         Mais oui ! Je ne vais pas merder Julia, je te le promets. C’était un trop plein, mais putain, ça va mieux entre nous… Il n’y aucun risque que je merde alors que nous avons calmé les choses, tu peux me faire confiance. Va donc rejoindre ton groupe de dindes cheloues qui veulent des photos de mon engin, répond-il en haussant un sourcil.

-         Je me foutais de toi, et puis c’est Hestia que je vais voir.

-         Hestia ? Pourquoi ?

-         Peut-être parce que je l’ai complétement plantée à sa fête de fiançailles quinze minutes après mon arrivé, réplique-je en fronçant les sourcils.

-         Quoi… ? Sérieux ?!

-         Bah, oui. C’est comme ça que j’ai su que tu avais appris la nouvelle. Ils nous ont annoncé leur fiançailles en surprise, j’ai dit que j’étais soulagée que tu ne sois pas là pour te prendre l’information en pleine tête… et ils m’ont dit qu’ils t’avaient appelé…, soupire-je en levant les yeux au ciel.

-         Et ? me presse-t-il.

-         Et ça m’a scié… je me suis demandé ce qui ne tournait pas rond chez eux pour t’avoir appris un truc pareil alors que tu es amoureux d’elle et en plein combat contre la drogue… ça m’a… Wouah. Je n’étais déjà plus avec eux, je leur ai dit qu’il fallait que je me sauve, et je suis partie en courant pour te rejoindre.

Il m’observe avec une tête indéchiffrable dans le miroir, les sourcils froncés mais les yeux traversés par plein d’émotions que je n’ai pas le temps de comprendre.

Et d’un coup, il agit. Il m’attrape dans ses grands bras de prisonniers avant de glisser ses lèvres contre ma gorge pour me dévorer avec sensualité… et bon sang, pour la première fois, j’ai la scène devant moi dans le miroir.

Mes yeux sont fixés sur sa bouche, sur ses dents qui me mangent, sur sa langue qui me savoure, sur ses yeux brûlants fixés sur ma peau, sur sa beauté surréaliste… Malgré notre nuit, mon corps s’enflamme en crevant des plafonds, ma tête se décale doucement, mes yeux papillonnent, ma bouche s’entrouvre pour laisser passer mon souffle fou…

Mais j’ai déjà planté Hestia hier soir… je veux bien la planter encore pour une urgence mais sûrement pas pour une partie de jambes en l’air, peu importe à quel point j’en ai envie.

-         Kai… je dois… je vais devoir y aller…, articule-je.

-         Ouai, bah princesse Hestia va devoir attendre que je baise la mienne avant.

La phrase est crue mais le sous-entendu est doux.

Il me séduit même un peu plus fort et je ferme les yeux en attrapant ses bras pour les serrer contre moi, en train de m’envoler très loin malgré mes impératifs.

-         Bon sang, mais tu n’étais pas hors-service après cette nuit ?! C’est invraisemblable.

-         Bien sûr que si, mais il y a mille façons de te baiser autrement qu’avec « mon engin » comme tu dis, rit-il contre ma peau.

Ouf, voilà qui arrange mes affaires.

-         Alors arrête, décide-je en rouvrant les yeux.

-         Pourquoi ? ronchonne-t-il en détachant ses lèvres de mon cou.

-         Parce que je ne voulais déjà pas la planter pour coucher avec toi, mais il est hors de question de la planter pour que tu ne t’occupes que de moi. Laisse-moi me préparer.

Il lève les yeux au ciel en affichant une moue de gamin frustré qui me fait rire, puis je finis de me préparer rapidement et je suis dans les temps pour rejoindre Hestia à qui j’invente une excuse en béton armée.

*

En fin de journée ce lundi, je sors de mon dernier cours en prenant sur moi, puisque Fabio ne me lâche pas d’une semelle. Il me farcit la tête, comme toujours, en me vantant sa vie comme s’il était la personne la plus intéressante du monde.

-         Je t’ennuie ou quoi ? demande-t-il en voyant que je ne l’écoute pas.

-         Pas du tout, réplique-je d’une voix monocorde.

-         Tu ferais bien d’écouter ma douce, je te parle tout de même de ta future maison secondaire aux caraïbes ! ricane-t-il.

-         Bien sûr Fabio, celle dans laquelle nous nous marierons… tu vois j’ai suivi, marmonne-je.

Nous descendons les grands escaliers qui mènent au hall d’entrée et il continue son cirque :

-         Je ne sais pas pourquoi tu joues les filles inaccessibles comme ça… c’est perdu d’avance beauté… nous savons tous les deux que tu finiras dans mes bras ! rit-il en me lançant un regard presque possessif.

-         Tu ne veux pas jeter ton dévolu sur une des filles de notre promo ? Elles sont toutes folles de toi…, soupire-je.

-         Et non… tu vois, c’est toi que je veux… j’ai toujours été un foutu sale gosse Julia… je veux toujours ce que je ne peux pas avoir, mais je l’obtiens à chaque fois… vous serez toutes journalistes, mais aucune n’est aussi jolie que toi pour faire potiche à côté de moi.

-         Charmant, grince-je entre mes dents.

Je me répète en boucle de ne pas répondre, de ne pas m’énerver, de rester calme…

Bon sang, ce n’est pas facile ! Ma mère en a de bonnes ! Au diable mes relations futures, ce crétin mérite que je le remette à sa place !

Je m’arrête net, prête à lui lancer dans les dents tout ce que je pense de lui, mais au moment où je tourne la tête vers lui pour l’assassiner du regard, mes yeux repèrent une mustang garée devant le bâtiment.

Instantanément, Fabio disparait de mon esprit, ma colère fond, tout s’évapore, il n’y a plus que lui. Lui qui est appuyé sur son capot, les bras croisés et l’air foutrement en colère… mais pourquoi donc ?

Mes yeux dézooment et je réalise qu’il est face à deux policiers, qui n’ont pas l’air agréables avec lui et qui sont visiblement en train de lui monter les nerfs vu la vitesse à laquelle son visage s’assombrit.

-         Oula…, chuchote-je avec inquiétude.

-         Oula ? Mais que… Bordel mais qu’est-ce que c’est que ce type… qu’est-ce qu’il fout devant notre école… ? souffle Fabio en repérant Kai.

Je réagis enfin et je pars à toute vitesse pour courir ventre à terre en direction de Kai qui est déjà en train de se redresser de son capot pour se planter devant les flics avec ses yeux aussi énervés qu’impolis.

 J’accélère la cadence, parce que je ne vois pas comment les choses pourraient bien se terminer, et effectivement, dès que leur conversation me parvient, c’est une catastrophe.

-         Vous ne pouvez pas m’arrêter putain ! Je n’ai rien fait, je suis juste appuyé sur ma bagnole, bordel de merde ! s’énerve déjà Kai.

-         Oh ! Parlez-nous un peu mieux que ça ! tonne le premier flic.

-         On ne vous arrête pas encore, on vous dit de répondre à nos questions et plus vite que ça si vous ne voulez pas vous faire arrêter ! tonne le deuxième.

-         Je ne vous donnerai pas mon nom, putain ! Ça ne vous regarde pas ! rétorque Kai.

-         Papiers ! Dépêchez-vous ! s’énerve le premier.

-         Kai ! crie-je comme si j’étais ravie de le voir.

Les trois se tournent vers moi avec des yeux surpris, et je m’enfile sous son bras de force :

-         Bonjour messieurs ! rayonne-je. Il y a un soucis avec mon petit-ami ? J’espère qu’il n’a pas été trop ronchon… Que se passe-t-il ?

J’affiche des yeux inquiets en battant des cils, des yeux auxquels je sais que personne ne résister, surtout pas les quarantenaires un peu trop axés sur les jeunettes qui leur offrent.

-         Votre petit-ami ? s’étonne-t-il.

-         Ouai…, répond Kai lentement. Ouai… son petit-ami ouai… Je sors avec cette jolie petite étudiante en journalisme ouai… dans sa jolie petite école prestigieuse… Voilà ce que je foutais, j’attendais ma jolie petite amie…

Il affiche un air d’une insolence folle en serrant son bras autour de ma nuque, un sourire fier jusqu’aux oreilles face aux têtes médusées des deux flics qui ne peuvent pas croire à l’information qu’ils viennent d’apprendre.

-         Alors ? Mon petit-ami vous a causé des problèmes ? Oh zut… oh non… oh j’espère que cette histoire ne va pas me mettre en retard à mon cours de yoga…Susanne devait m’apprendre à améliorer mon grand écart…, geins-je.

Je lance un regard de chien battu théâtral à Kai, qui m’observe avec des yeux ronds.

-         Euh…, commence-t-il.

-         Je t’avais bien dit de te garer sur le parking ! Tu ne dois pas avoir le droit de stationner ici… Oh mon dieu, je vais devoir prendre le bus, je dois partir tout de suite si je veux arriver avec le moins de retard possible…

Des larmes envahissent mes yeux, Kai est interloqué et les policiers se calment, évidemment.

-         Mais non Mademoiselle, allez-y… Ça ira pour cette fois, marmonne l’un d’eux d’un ton bourru.

-         Mais oui, confirme le deuxième. Déguerpissez vite…

-         Oh merci messieurs les agents ! Vous êtes les sauveurs de ma souplesse ! m’écrie-je d’une voix aiguë.

Ils affichent des airs aussi séduits qu’agacés en observant Kai, mais ils s’éloignent et je file m’assoir dans la voiture de ma panthère.

Dès qu’il monte et que nous ne sommes plus en vue des policiers, j’abats le classeur que je tenais dans mes mains sur son épaule avec violence :

-         Mais quel emmerdeur !! vocifère-je.

-         Wah ! Mais calme-toi, terreur ! crie-t-il en riant à moitié et en se protégeant du deuxième coup que je lui inflige.

-         Non mais je rêve ! Tu ne peux pas avoir un peu moins un regard de tueur quand des flics débarquent ?! Et leur parler plus convenablement ! Non mais ils allaient t’embarquer ! Je n’y crois pas ! Ce n’est pas possible Kai ! le rabroue-je.

-         Bordel moi aussi je suis content de te voir ! La petite fille bien comme il faut a vite foutu le camp ! rit-il.

-         Oh allez, roule ! Tu m’agaces !

-         Non mais c’était quoi ce numéro ?! s’amuse-t-il en s’insérant dans la circulation. Qu’est-ce qu’il t’a pris ? Je te reconnaissais à peine ?! Et il faut que je t’emmène à ton cours de yoga… ? Putain, je capte rien.

-         Elémentaire Kai… je voyais bien qu’ils allaient te chercher des problèmes vu ton comportement d’idiot… Alors j’ai joué la petite fille bien comme il faut pour les rassurer. Après tout, tu n’es sans doute pas un si gros dur que ça si tu sors avec une gentille fille d’une école prestigieuse… J’ai effectivement un cours de yoga, mais je l’aurais dit quoi qu’il arrive, c’est la base.

-         La base de quoi ?

-         Leur mettre une image plaisante en tête, m’imaginer en train de faire le grand écart dans une petite tenue de sport moulante… Il est très facile de retourner le cerveau de l’homme moyen… Imaginer qu’à cause d’eux, la jeune fille innocente sous leur nez ne pourra pas améliorer son grand écart avec Susanne… mais quelle tragédie, ricane-je.

Kai tourne des yeux effarés sur moi :

-         Putain t’es sérieuse ? Mais en plus ça a marché… bien sûr que ça a marché… même moi j’ai cru à ton numéro de fille en détresse à un moment.

-         Evidemment, c’est la base de la manipulation douce que les femmes peuvent avoir sur les hommes, réponds-je en haussant les épaules. Je te donne une raison d’être là, une utilité capitale même… Je bats des cils, je me tortille, je leur sers mes yeux les plus inquiets, je leur balance des images de moi en train de faire des choses que ces porcs adoreraient voir, et le tour est joué, j’obtiens ce que je veux.

-         Tu seras une putain d’enquêtrice Julia… une putain d’enquêtrice…, chuchote-t-il en hochant la tête, scotché.

-         Merci ! réponds-je joyeusement.

-         Alors… je dois te déposer où ?

-         Au gymnase de l’université… qu’est-ce que tu faisais là au fait ?

-         Je venais te voir, je voulais encore te remercier pour samedi soir… Pis j’avais bien envie de voir ton école aussi… pis toi… Je sais pas, j’avais envie et comme je bosse de nuit exceptionnellement ce soir, j’avais le temps de te ramener chez toi.

-         C’est gentil de ta part, et ne me remercie pas, c’est normal.

Nous discutons un peu de mon école, il me décrit les étudiants qui en sont sortis avant moi, il les critique bien entendu, et il me fait bien rire, comme d’habitude.

Une fois garés à destination, notre conversation continue, il me pose des centaines de questions futiles, sur la cantine, mes salles de classes, mes professeurs… Il essaie même de m’aider à trouver des sujets pour mon projet journalistique et je passe un super moment, heureuse qu’il ait simplement eu envie de discuter avec moi de mon école, sans autre motivation.

Lorsqu’un petit blanc tombe, il détaille mes vêtements, ma chemise blanche rentrée dans ma jupe courte noire.

-         Tu es trop belle comme ça, j’adore…, commente-t-il en caressant ma cuisse.

-         Vraiment ?

-         Ça t’étonne ? demande-t-il.

-         Un peu… je m’habille toujours comme ça à l’école… parce que ça fait sérieux, élégant, tout en restant confortable…

Il tire un peu sur le tissu élastique de ma jupe en hochant la tête :

-         Effectivement… une jupe élastique, des converses… tu es prête à partir en roulade pour éviter des balles… mais la chemise donne à ce look le côté sérieux qu’on attend de toi… C’est une tenue très « Julia » …, commente-t-il avec sérieux.

Je ris en secouant la tête, hallucinée qu’il retienne tout ce que je lui raconte.

-         En tout cas, j’adore, conclut-il.

-         Arrête… je ne vais plus te reconnaitre sans un gros mot dans chacune de tes phrases ! réplique-je pour cacher ma petite gêne face à ses compliments.

-         Cette jupe te fait un putain de cul que je boufferais. C’est mieux ?

Et nous éclatons évidemment de rire.

Lorsque je me calme, il est malheureusement largement l’heure pour moi de décamper pour arriver à temps à mon cours.

-         Bon cours, travaille bien ton grand écart avec Susanne, plaisante-t-il.

-         J’y vais de ce pas ! ris-je en ouvrant ma portière.

-         Pas besoin de le travailler tant que ça, tu m’as déjà montré deux ou trois fois que tu maitrisais largement la chose ! m’embête-t-il avec un sourire de diable.

Je lui file encore un coup de classeur qui nous fait rire et au moment où je passe une jambe hors de la voiture, je lui lance un regard :

-         Alors… À un de ces quatre, bon courage pour le boulot cette nuit, dis-je en lui souriant.

-         Ça va, je serai encore mieux payé c’est cool, répond-il en haussant les épaules.

-         Charbonne alors !

Il me sourit et je sors de la voiture, carrément déçue de ne pas l’avoir embrassé, mais je suppose que ça aurait été bizarre puisqu’il n’était pas question de nos rendez-vous habituels.

En tout cas, sa petite visite inattendue me donne au moins le sentiment de ne plus être son « plan d’un soir », mais plutôt son « amie avec bénéfice », ce qui me convient drôlement plus.

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