Les fantômes au fond de tes beaux yeux
Chapitre 9 : Un loup dans la bergerie
Je danse avec Gia, je ris, je m’amuse.
J’oublie mes problèmes, je me laisse porter par la musique, par les éclats de rires, par l’alcool… Par mon sentiment de liberté, de jeunesse éternelle, de lâcher-prise et de toutes ces conneries qu’on ressent quand on a trop bu et que la musique est trop forte.
J’entends du tapage en fond, des haussements de voix, des vociférations, une bagarre sans doute à deux doigts d’éclater mais je m’en moque. Je danse comme une folle, je sautille en rythme avec la musique, en riant les yeux fermés. Ce n’est que lorsqu’un de mes amis menace d’appeler la police que je daigne tourner la tête vers la porte et j’observe un bras tatoué que je ne connais que trop bien virer d’un grand geste l’hôte de la soirée pour le dégager de son passage :
- Putain mais casse-toi connard ! s’agace Kai.
La seconde suivante, il est dans le salon, les yeux noirs de colère et les sourcils froncés à en déformer ses jolis traits alors qu’il parcourt la pièce avec un regard déterminé. Tout le monde a les yeux rivés sur lui, mes camarades frémissent de peur en l’observant, je vois plusieurs personnes sauter sur leur téléphone et tous s’écartent de son chemin pour se terrer au quatre coin du salon ou carrément sortir de la pièce. Décidément, je n’invente pas son allure dangereuse, elle rend littéralement mes camarades blancs comme des linges alors que Kai ne fait rien, il scrute simplement les lieux.
J’ai les yeux exorbités, je le dévisage sans comprendre ce qu’il fiche là, je me demande bêtement qui il connait à cette soirée de « coincés » et je me perds déjà complétement dans la luxure en retrouvant son aura sombre.
- Bon sang Julia, je te jure que si c’est ce type…, siffle Gia avec colère à côté de moi.
Elle obtient vite sa réponse, au moment où les yeux de Kai se posent sur moi et que son visage se transforme. Il s’illumine même, le faisant passer d’un tueur en série à un gentil nounours, comme si un sort venait de percuter le diable pour l’exorciser.
Il me fonce dessus avec son petit sourire coquin, les yeux rivés sur moi, complétement hermétique à la peur panique qu’il est en train de faire s’abattre sur la fête. Chaque pas qui le rapproche augmente le sourire qui nait sur mes lèvres et lorsqu’il se retrouve planté devant moi, il attrape mes deux joues pour me lever la tête, me faisant le regarder dans les yeux alors que son visage est déjà suspendu au-dessus du mien.
- Je n’ai pas l’habitude qu’on m’insulte comme ça, terreur…, me menace-t-il avec son sourire en coin qui me retourne.
- Mais qu’est-ce que tu fais là ? demande-je bêtement.
Il fond sur mes lèvres dans la seconde, pour m’embrasser avec ardeur, et je jette mes bras autour de sa nuque en gloussant comme une idiote jusqu’à ce que ses bras migrent de mes joues à mon dos pour me serrer contre lui.
Son baiser est bouillant, intéressé, aliénant… Il se fout de tout, il se fout de m’embrasser comme ça au milieu d’une salle bondée qui se remet à peine de ses émotions, il se fout d’avoir débarqué au milieu d’un tas de gens qu’il ne connait pas et qui ont tous appelé la police… Il est dingue, c’est Kai.
Il rompt finalement notre baiser, les yeux déjà à moitié fermés :
- Ce que je fous là ? Putain tu viens de me dire que t’avais envie de moi… si tu penses que j’allais rater ma chance de te sauter… c’est que tu es stupide… emmerdeuse, chuchote-t-il en me souriant.
Je glousse comme une idiote et c’est lorsque je réalise que oui, j’aurai ma nuit de rêve, que je me permets de retomber dans nos petites taquineries.
- Mais qu’est-ce qui te dit que je vais te suivre ? le défie-je.
- Rien… Mais ça valait carrément le coup de venir essayer de te convaincre, quitte à repartir sans toi, réplique-t-il.
Ses mots m’envoutent en un tour de main, me flattent, me séduisent complétement et je tire brusquement sur sa nuque pour le réattirer avec force contre mes lèvres, complétement conquise par ce dingue.
C’est le signal positif qu’il attendait. Il m’attrape d’un bras sous les fesses pour me porter en direction de la sortie sans détacher ses lèvres des miennes, comme s’il avait fait irruption à cette soirée simplement pour venir chercher son dû et repartir avec aussi sec... ce qu’il vient de faire finalement.
Je n’imagine même pas l’ahurissement général autour de nous, de mes camarades qui me voient me faire emmener par le bandit qui vient de leur donner la peur de leur vie, par Gia qui a désormais un visuel sur le type qu’elle m’interdisait pratiquement de fréquenter il y a quelques heures…
Je savoure ce qu’ils doivent voir, mon petit être frêle, sage, dans les bras de mon criminel… Bon sang, je n’ai jamais pu résister à cette image et je me laisse consumer par mon désir qui explose si fort dans mon corps que je geins presque en l’embrassant avec toute ma férocité.
Il m’entraine dans la rue à grandes enjambées sans diminuer la température de ses baisers, il me plaque même contre la portière de sa mustang noire pour m’y embrasser encore plus chaudement, comme s’il était à deux doigts d’envisager de le faire contre sa voiture, et ça fait sauter tous mes neurones.
Nous grimpons finalement à bord et il démarre au quart de tour pour filer dans les rues. Nous ne sommes qu’à quelques minutes de son motel et c’est tant mieux, parce que je suis complétement tournée vers lui pour le regarder en mordant ma lèvre, impatiente. Tout est trop bon, j’ai rêvé de ses baisers depuis une semaine, de ses mains, de son corps, de son odeur, de son regard… Je ne peux plus détacher mes yeux de lui, j’observe ses tatouages sur ses bras, ses mains, sa gorge, jusqu’en haut de sa nuque…
Je le veux, si vite, tout de suite…
- Me regarde pas comme ça putain ! s’exclame-t-il en riant.
- Pourquoi… ? roucoule-je d’une voix séductrice.
- Parce que je risque de m’arrêter sur le bas-côté pour te baiser dans ma caisse !
Quelle douce idée…
J’ai décidément beaucoup trop bu, parce que je détache ma ceinture dans la seconde pour tenter de lui grimper dessus, ce qui fait éclater son grand rire qui me manquait, celui qui résonne sans l’habitacle et me donne le sourire aux lèvres.
J’attrape sa nuque en me trémoussant pour essayer d’embrasser sa gorge, mais il a de bons réflexes quand il s’agit de plaisir, parce que moins d’une minute après, il est arrêté dans une ruelle et il attrape mes fesses pour me tirer lui-même sur ses cuisses en se jetant sur mes lèvres avec férocité.