La flèche noire de Cupidon

Chapitre 9 : 27 Mai

1477 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 09/09/2026 09:26

Nous y voilà.

Le dernier jour de l'année où nous sommes tous réunis.

Après, nous serons séparés. Chacun ira de de son côté. Un autre temps commencera.

Mais, pour l'instant, je reste au présent.

Et ce dernier jour commence plutôt mal. Claire passe son BEP, ce qui signifie que je ne la verrai que ce midi et à la fin de la journée. Mon temps est volé. Mais il faut bien que le destin de chacun se mette en place. Je passe donc ma dernière récréation matinale avec Gabrielle.

- Je n'ai pas vraiment envie de partir en vacances, dit-elle.

- Vraiment ?

Oui. D'accord, il n'y aura pas cours, mais je ne vous verrai plus Claire et toi.

- On s’appellera.

- Ce sera quand même dur.

- Tu dis ça maintenant, mais tu te rendras vite compte que tu n'as pas besoin de nous pour rire et t’amuser.

- Mais ça me manquera de ne plus régler vos engueulades.

- A ce point-là ?


À midi, nous attendons devant l'immense salle d'études.

Elle sort enfin, deux minutes après la sonnerie.

- Alors ? Demande Gabrielle.

- J'ai tout raté !

- Mais non, arrête de dire ça ! C'était quoi ?

- Maths...

- Ah oui...

- Tout le monde rate les maths, faut être un intello pour y arriver, et heureusement que t'en es pas une !

- Je suis nulle, c'est ça ?

- Non, je disais juste que...

- Je rigole !

- Bon, après, c'est quoi ?

- Histoire géo.

- Je vais me rétamer sur le paragraphe argumenté.

- Parle des pirates ! Raconte comment Darrow a trouvé la fontaine de vieillesse.

Elle rit.

- Ça devrait passionner le correcteur, j'en suis sûr !.

- Moi aussi, mais je ne crois pas qu'il notera ça en chef-d'œuvre !

- Tu y arriveras, Claire. Je le sais. Je te connais.

- Je suis exactement du même avis, dit Gabrielle.

- Merci.


Dernier passage au self.

Dernière contrainte envers cette « nourriture » infâme. Claire et Gabrielle mangent avec moi.

- Je propose de lever nos verres à notre amitié. Puisse-t-elle toujours perdurer par-delà toutes les épreuves de la vie.

Elles lèvent leurs verres.

À notre amitié !

Nous trinquons.

Je bois et repose mon verre en réfléchissant. Je ris.

- Pourquoi tu rigoles ? Me demande Gabrielle.

- Je repense à tout ce qu'on a vécu cette année. Tout. Maintenant, je peux en rire. Quand je vois tout ce que je suis devenu, tout ce qui a changé en moi... Je me dis que ça valait la peine de souffrir. Il y a eu tellement d'imprévus, tellement de colère, tellement de larmes. Mais, ce que je vois aujourd'hui, c'est que nous sommes toujours là. Et ça, c'est beau.

- C'est clair, dit Gabrielle.

- Je ne sais pas ce qui changera demain. Ce qui nous arrivera. Mais, tout ce que je souhaite, c'est de ne plus jamais être seul.

- Tu ne le seras plus, dit Gabrielle. Sois-en sûr. Tu ne le seras jamais plus.


Juste après manger, je distribue à chacun des participants de mon activité cinéma, le double DVD de notre film. Et, bien entendu, ils arrivent à me convaincre de leur montrer sur mon ordinateur portable. Nous nous réunissons alors dans une salle.

43 minutes plus tard, les critiques tombent.

- C'est bien.

- C'est cool.

- On aurait pu faire mieux, mais c'est bien quand même.

- Au moins on l'a fait. Félicitations à tous ! Vous avez vraiment bien joué et je suis partant à 200% pour faire la suite l'an prochain.

- D'accord !

- Quand tu veux.

- Mais, hélas, certains manqueront à l’appel...

Je regarde Claire.

.- ...Mais ils resteront dans nos cœurs.

Les autres ont deviné. Ils la regardent.

- C'était une super expérience, merci à tous.

Je me lève. Gabrielle applaudit, les autres suivent, Claire y compris. Je suis très ému.

- Merci.


La sonnerie retentit. Chacun rejoint sa salle. Moi, je finis de vider mon casier. Madame Audrain, la responsable du lycée, m'interpelle.

- Thomas, j'ai besoin de te voir dans mon bureau.

J'y vais et m'assois face à elle.

- J'ai eu des échos sur ton film. De très bons échos.

- Merci.

- Et j'ai reçu des appels te concernant.

- Ah bon ?

- Oui, dont un de ta commune.

- Vraiment ? Qui ?

- La Maire.

- Vraiment ?

- Oui, oui. Il voudrait te rencontrer pour parler de la création d'une activité cinéma par chez toi. Cela impliquerait la Communauté de communes. Enfin, il t'expliquera tout ça mieux que moi. Voici son numéro.

- C'est incroyable !

- Tu le rappelles dès que tu peux et puis voilà.

- D'accord, merci beaucoup !

- Ce n'est pas moi qu'il faut remercier.

- Mais si, c'est grâce à vous. Sans votre accord au début de l’année, tout ça n’aurait jamais pu être.


L'ultime sonnerie retentit.

Je suis dehors. J'attends depuis, une dizaine de minutes, l'arrivée de Claire, préparant, dans mon esprit, toutes les formules possibles.

Et la voilà qui arrive, souriante, heureuse.

- Eh bien voilà, fait-elle.

- Oui voilà.

- Ça ne va pas ?

- Eh bien, en fait, il y a eu quelque chose.

- Quoi ?

- Le maire de ma commune veut voir avec moi pour lancer une activité ciné dans les environs.

- Mais c'est génial !

- Oui !

- Ton rêve se réalise, c'est merveilleux, je suis trop contente pour toi !

- Je n'y serai jamais arrivé sans vous tous. Je ne vous remercierai jamais assez.

- Et nous alors ? Tu crois qu'on ne te doit rien ?

Je me contente de sourire.

- C'était une super année.

- Oui, absolument.


Elle déverrouille son casier et le vide des dernières affaires restantes.

- Je te raconte pas l'histoire pour ramener tout ça à la maison !

- Tu devrais t'organiser, moi ça fait un mois que j'ai commencé à ramener des trucs.

- Oui, mais, je ne suis pas toi, Thomas !

- Je sais. Tu es très bien comme tu es.

Elle sourit.

- Tu vas me manquer.

- Et toi alors !

- Tu as changé. 

- Nous avons tous changé. Contre notre volonté, la plupart du temps, mais, le fait est là. Je n'ai pas à me plaindre.

- Moi non plus.

- Pourtant, si j'ai une chose à te dire, c'est que tu n'as pas beaucoup poussée en un an... Ça te fait quoi ? 1M57 ?

- La ferme !

- Je rigole !

- Je sais bien.

Gabrielle arrive, en même temps que l'heure des adieux provisoires.


Gabrielle est partie. Claire et moi descendons dans la rue principale, pour rejoindre l'arrêt de bus qui mènera Claire chez elle. Sur le chemin, nous faisons le bilan de cette année.

- Oh oui, c'est sûr, les profs étaient bien, mais l'emploi du temps était horrible. J'espère vraiment qu'ils géreront mieux l'an prochain.

- Tu verras bien, dit-elle.

Cette phrase me fait comme une petite coupure au cœur. Dans quelques mètres, tout est fini.

- Tu fais quoi pendant les vacances ? Demande-t-elle.

- Je vais sûrement retourner chez mes grands-parents.

- Oh non !

- Je n'ai pas vraiment le choix. Toi, tu vas travailler, j'imagine ?

- Je n'ai pas vraiment le choix non plus, vu tout ce que je dois payer.

- Ah là là, on a vraiment pas de chance !

Elle réfléchit.

- Je ne sais pas si tu peux encore dire ça. On a fait notre film. On l'a réussi. C'est une sacrée chance ! - Oui, c'est vrai.

- Tu parles toujours trop vite !


Et nous y voilà.

L'arrêt de bus.

La fin.

- Bon, je… Je ne sais pas quand je te reverrai, dit-elle.

- J'essaierai de passer te voir.

- Pas de soucis.

Nous nous regardons.

Et nous nous serrons l'un dans l'autre. Les larmes me viennent.

- Tu vas tellement me manquer.

Je l'embrasse sur la joue.

- Je ne t'oublierai jamais. Je serai toujours là pour toi.

Elle hoche la tête. Elle, aussi, a les larmes aux yeux.

J'entends le ronronnement d'un moteur derrière.

Je ferme les yeux.

- Bien, je… Je dois y aller.

- Eh bien, va.

- Au revoir.

Elle me fait la bise et monte dans le bus. Je la suis du regard jusqu'à ce qu'elle s'installe.

Les portes se referment.

Départ.

Nos regards se croisent, une ultime fois.

Et tout part.

J'aurais voulu courir après le bus, jusqu'à ce que mon cœur se décroche.

J'aurais voulu hurler « Je t'aime ! »

J'aurais voulu.

Mais je n'ai pas voulu.


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