La flèche noire de Cupidon

Chapitre 8 : 17 Avril

1623 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 08/09/2026 09:09

Il y a quelque chose d'un peu étrange en ce moment. Je ne vois plus vraiment clair, en dehors de notre activité.

Elle n'est plus vraiment la même. Je parle à Gabrielle de cette inquiétude.

- Elle doit encore avoir quelques soucis, j'imagine.

- Elle m'en parlerait. Elle m'a toujours tout dit.

- C'est peut-être quelque chose que tu ne dois pas savoir.

Je reste muet quelques secondes.

- Tu sais ce que c'est, n'est-ce pas ?

- Elle ne veut pas que je te le dise, pour ton bien.

- Trop tard.

Gabrielle réfléchit et soupire.

- Elle sort avec Daniel.

Je me sens imploser.

- Daniel ? Et depuis quand ?

- Hier. Ils ont mangé ensemble et beaucoup parlé. Et il lui a demandé.

- …Bien.

- Elle ne veut pas que tu sois jaloux.

- Moi non plus.


Dès que je vois Daniel passer dans la cour, je l'aborde.

- Je peux te parler deux minutes ?

- Oui.

- Écoute, je ne veux pas me mêler de votre histoire, je n'ai pas à le faire.

- De quoi tu parles ?

- Je sais pour Claire et toi.

- Oh… Excuse-moi, ce n'était pas prévu que tu le saches comme ça.

- Je sais et je m'en fiche, c'est votre vie, je n'ai rien à dire.

- Mais je sais ce que tu ressens pour elle. Je suis désolé pour toi.

- Elle ne m'aime pas de toutes façons, le problème est réglé.

- Écoute, tu es son meilleur ami. Ce n'est pas rien. C'est même mieux que d’être son petit ami, quelque part, alors, ne pense pas que tout est fini. Elle t'aime beaucoup, mais, si elle était avec toi, elle souffrirait trop si elle te perdait un jour.

- C'est moi qui a peur de la perdre.

- C'est pour ça que ça ne peut pas aller plus loin entre vous. Si la peur est dans vos esprits, vous ne ferez rien de bien ensemble.

- Oui, c'était grotesque de l'aimer.

- Non, je te comprends, c'est une fille merveilleuse. Une fille, comme il en reste peu en ce monde.

- Et une amie unique.

- Courage, vieux, dit-il en me tapotant l'épaule.

Mais à peine part-il que les lames me viennent Gabrielle vient vers moi.

- Qu’y a t-il ?

Je pleure. Une fois de plus, mon cœur est brisé. Les rares morceaux restants ont fondu dans les ténèbres.

- Thomas...

- Je ne peux pas. Je n'y arriverai pas. Je l’aime trop. Je l'aime tellement trop.

- Je suis de ton côté. Daniel ne la mérite pas, c'est un profiteur. Pour lui, l'amour n'est qu'un jeu.

- Si je le vois lui faire du mal, il il le regrettera !

- Elle n'est pas très maline non plus. Elle n'a jamais eu personne, alors, dès qu'un garçon qui lui plaît, lui dit « Je t'aime », elle y croit et dit oui. Mais c'est pas comme ça que ça marche... Elle va le regretter. J'aurais tellement voulu que ce soit toi Tu es un garçon bien et vous êtes fait l''un pour l'autre.

- L’un pour l’autre.

- Oui.

- Mais l’amour ne peut remplacer l'amitié sans sacrifice, et celui que je devais faire pour elle est bien trop grand

- C'est à elle de décider, quand elle ne sera plus aveuglée.


Un peu plus tard, je vais rejoindre Claire à son casier. Elle est seule.

- Claire...

Elle se retourne et sourit.

- Salut, ça va ?

- Je dois te parler.

- Pourquoi ?

- Je sais pour vous deux. Il ne te l'a pas dit ?

- Oh non... Thomas, je...

- Ça va aller. Je sais que tu as cru bien agir. Je suis content pour toi et que j'espère que tu trouveras ce que tu cherches avec lui.

- Je suis contente que tu le prennes comme ça.

- Les épreuves de la vie m'ont changé. J'ai trouvé le bon raisonnement. Tu sais, il y a beaucoup de confusion en moi, mais je crois que Daniel a réglé le problème. Il faut combattre le mal par le le mal, c'est ce qu'on dit.

- Thomas, tu auras toujours mon amitié.

- Comme tu auras toujours la mienne.

Elle hoche la tête. Daniel arrive au loin.

- Excuse-moi, dit-elle.

- Je vous laisse.


- Dans cette scène, tu dois montrer ta peur. Tu dois montrer que tu sais que tu es piégé et que...

La porte de la salle s'ouvre. Claire entre, suivie par Daniel.

- Désolé.

- C'est pas grave. Installez-vous. Nous... Nous répétons.

- D'accord.

Ils s'assoient côte à côte sur une table. Je continue.

- Voilà pourquoi tu ne peux pas sourire. Tu es piégé, tu es perdu. Comment retrouver la lumière si tu te trouves au centre de tant de ténèbres ? Là où plus rien n’a de sens, là où tout ce que nous aimons nous est arraché ?

Ils sont main dans la main.

- Excusez-moi.

Je respire et me retourne. Les larmes me reviennent aux yeux.

Gabrielle viens. Je tends la main.

- Ça va aller.

Je respire et me retourne. Je les regarde et sourit.

- Bien. Si nous tournions ? Claire, tu veux refaire ton dialogue avec Maëlle et Jessica ?

- Oui, pourquoi pas.

- Alors c'est parti.

Je l'accepte.


- Tu l'as revu ?

- Non, il est parti ce matin.

- Il a tenu sa promesse alors ?

- Oui, il ne reviendra pas.

- C'est pour toi qu'il a fait ça. Il ne pouvait plus supporter d'être toujours séparé en deux. Il souffrait trop.

- C'est ce que tu crois ?

- Je vais te dire ce que je crois : Tu es une sorcière, tu l'as envoûté, et maintenant, il ne peut plus redevenir ce qu'il était. Il attendait de toi l'antidote que jamais tu ne lui donneras.

- Mais je ne l'aime pas !

- Menteuse !

Elle ne répond pas.

- Où est-il parti ?

- Pour l'instant, il est chez lui. Après... Qui sait ?

Elle reste immobile.

- Tu n'iras pas le rejoindre ? Tu n'iras pas lui parler ?

- Il faut nous oublier. Notre amitié est réelle. Notre amour est... Grotesque.

- Coupez !

Nous vérifions.

- Elle est bonne.

Voilà. C'était la dernière prise.


Je me mets au devant de tous.

- S'il vous plaît... J'ai quelque chose à dire... Pour une fois.

Tout le monde éclate de rire.

- Travailler avec vous a probablement été... Qu'est-ce que je dis... EST la meilleure expérience de ma vie. Vous avez tous été formidables. Vous avez tous joué de manière exceptionnelle, avec une motivation incroyable. Vous avez été courageux. Moi je gagne un film, je gagne du savoir-faire pour mon avenir. Mais vous, vous gagnez de la confiance en vous et, encore une fois, tout ce courage pour surmonter les épreuves. C'est cela dont je suis fier. Pas de notre film, de son histoire et tout le reste, mais de l'expérience que nous avons vécue et de tout ce qu'elle nous a apporté émotionnellement et humainement. Voilà.

Les applaudissements fusent.

- Merci. Mais vous savez, il y a la suite à faire !

- Oui, mais il y aura un léger problème, dit Claire.

- Tu ne seras plus là.

- Oui.

- Je trouverai bien une remplaçante.

- Je l'espère pour toi.

- Qui sait de quoi demain sera fait ?

- Moi je sais que tu seras heureux.

- Bon, allez ! Interrompt Gabrielle en fouillant son sac. Maintenant, assez parlé, il est temps de se mettre à la fête !

Tout le monde sort gâteaux et boissons.

- Ah ça, vous n'avez pas oublié !

- Eh non ! Fait Claire.

Les verres se remplissent de coca et jus d'orange. Je lève mon verre.

- Au cinéma !

- Au cinéma !

Nous buvons.

- On peut mettre de la musique ? Demande Sandra.

- C'est une salle de classe, pas une discothèque !

- S'il te plaît...

- Non.

Je fouille mon sac.

- Tenez, voici le film ! Un DVD pour le film et un autre pour les bonus, comme en magasin ! - Waouh ! T'as pas fait les choses en petit !

- Pas vraiment, non.

- C'est génial !

- C'est votre œuvre, pas la mienne. La mienne est devant moi : Vous voir tous si heureux.


Quelques minutes plus tard, je vais voir Daniel et Claire.

- Ça va, vous ?

- Oui. Alors c'est fini. Je n'arrive pas à y croire, dit Daniel.

- Oh non, ce n'est qu'un commencement. Il faut le voir comme ça.

- N'hésite pas à montrer ton film au festivals de la région. C'est là que tu as le plus de chances.

- Oui, mon avenir est entre mes mains, désormais. Dans ce DVD.

- Tu as réalisé ton rêve, dit Claire.

- Oui, en partie.

- En partie ?

- J'espérais... Non, rien, oublie.

- Dis, allez.

- C'est pour toi que j'ai créé cette activité. Pour que tu sois heureuse et cesse de broyer du noir. J'ai créé cette bulle pour, qu'une fois encore, tu puisses t'échapper de ce monde si noir et trouver en toi des valeurs que tu ne pensais jamais avoir.

- Tu as réussi alors.

Elle m'embrasse sur la joue.

- Merci.

- Continue ce que tu fais, dit-elle. N’abandonne jamais.

Ils s'en vont tous les deux. Gabrielle me rejoint.

- Et maintenant, tu vas faire quoi ?

- Revivre.  


Laisser un commentaire ?