Résister

Chapitre 5

1333 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 22/06/2026 10:23

Une dizaine de minutes s’écoulent entre le départ de Michel et son arrivée à l’appartement. Il ne sait pas quelle excuse il va pouvoir dire à Marie pour justifier sa présence à une heure pareille.

Il ouvre doucement la porte et entre à pas feutrés, il referme la porte et avance vers le salon, grimaçant à chaque pas en entendant le son des lattes grinçantes.

La lumière s’allume alors, l’aveuglant. Marie se tient devant lui en robe de chambre, le regard négatif.

- Que fais-tu ici ?

- Il y a eu un problème.

- Un problème ou un mort ?

- C’est Plantier.

- Tu vois ce qui arrive !

- Nous allons le venger, demain sûrement.

- Encore mieux ! va défier Hitler tant que tu y es ! Michel, tu ne te rends pas compte ! tu es en train de tout détruire ! tu n’es plus à la maison, je m’inquiète à chaque seconde qui passe, nous n’avons même plus de quoi vivre.

- Et les provisions que je te ramène alors ?

- C’est illégal, je ne peux pas les garder.

- Tu ne les a quand même pas jetées ?

- J’ai trop peur.

- Oh Marie ! Je risque ma peau pour vous faire vivre toi et le bébé !

- Tu risque nos vies, n’oublie pas que si tu es pris, nous y passerons tous.

- Ça n’arrivera pas.

- Oh arrête de te croire tout puissant.

- Je ne le suis pas.

- Tu a peur toi aussi, avoue-le.

Il hoche la tête.


Un gazouillis de rossignol s’élève au dehors, le soleil est levé, il fait frais. Un matin comme les autres en apparence.

Mais seulement en apparence.

Des bruits de bottes résonnent, des voix vocifèrent des ordres. Michel va à la fenêtre.

- Bon Dieu, Ils fouillent les baraques !

- Vite, cache-toi !

Marie retire trois lattes du plancher, Michel s’allonge, elle remet les planches et cache le tout avec un tapis. Le camouflage est parfait.

Les pas se rapprochent, Michel entend la porte d’entrée s’ouvrir à la volée.

- Nous procédons à une fouille du quartier pour retrouver des fugitifs, veuillez rester où vous êtes jusqu’à ce que nous ayons tout inspecté.

- Je suis seule.

- Selon le registre vous êtes mariée, où est votre époux ?

- Il est parti.

- Où ?

- Non, vous ne comprenez pas, il est parti, depuis trois jours maintenant, une mauvaise maladie.

- Ah.

Les soldats reviennent des différentes pièces bredouilles.

- Wir haben nicht gesehen obtsturmfuhrer.

- Gut. Pardon de vous avoir dérangée.

- Ce n’est rien.

Le téléphone sonne. Michel décroche.

- Oui ?

- C’est François, ils ont pris 32 personnes ce matin, des innocents, juste pour se venger d’hier. Il n’est pas question de les laisser agir, il faut leur montrer qu’ils ne sont pas les maîtres ici.

- Que suggère tu ?

- Nous avons toujours une vengeance à accomplir, nous ferons d’une pierre deux coups. Retrouvons nous à la Kommandantur cette nuit à deux heures.

- La Kommandantur ? mais pourquoi là-bas ?

- Plantier voulait venger sa femme et sa fille tuées là-bas, nous allons exécuter sa dernière volonté.

- Comment ?

- En faisant tout sauter, et en tuant Hambrecht à la GESTAPO.

- C’est de la folie !

- Il faut ce qu’il faut. Sera tu des nôtres Michel ?

Il tourne la tête et voit Marie tenant sa fille dans ses bras.

- Oui.

- 2h cette nuit.

François raccroche, Michel pose le combiné.

- Où va tu ce soir ? demande Marie en souriant pour cacher sa colère apparente.

- Nulle part.

- Ne me mens pas j’ai horreur de ça.

- François veut faire sauter la Kommandantur et Hambrecht.

- Mais c’est insensé !

- Je sais, mais si ça marche, te rends tu compte que…

- Tu es fou ! crois en tout mais pas à ça ! c’est du suicide !

- Il y a trop à gagner pour laisser passer ça, je dois y aller.

Marie tourne la tête, des larmes affluent sur ses joues. Il lui retourne.

- Je te reviendrai, promis.

Il l’embrasse, elle se détache.

- Tu ne tiens jamais tes promesses.

Il brandit un collier de perles.

- J’ai changé.

Il l’embrasse encore.

- Je t’aime, dit-il.


L’heure fatidique approche, bien trop vite. Michel a une affreuse impression de déjà-vu.

La rue de la comédie ne porte plus vraiment son nom : le théâtre est fermé depuis le début de l’occupation et le marché ne plante plus ses chapiteaux. Un désert.

Michel se cache dans une ruelle, très étroite. C’est un cul-de-sac, sans rien ni personne.

- Toujours à l’heure, dit une voix dans son dos.

Il se retourne mais ne voit personne.

- En haut.

Il lève la tête et voit François sur le toit.

- Monte, dit-il en dépliant l’échelle de métal.

Michel le rejoint. La vue sur la ville est exceptionnelle.

- Nous sommes juste à côté de l’immeuble de la GESTAPO.

- Où sont les autres ?

- En bas.

- Comment vont il faire pour poser les charges ?

François lui répond d’un sourire puis porte ses mains à sa bouche pour produire un son imitant à la perfection le hululement d’une chouette.

Un coup de feu éclate alors, puis un cri d’homme. Les soldats postés devant la GESTAPO se ruent vers l’origine de cette étrange esbroufe .

D’autres hommes surgissent de l’ombre pour déposer deux charges explosives des côtés gauche et droite du bâtiment, ils vont ensuite dans la ruelle.

- C’est bon, dit l’un à François.

- Beau travail.

Il porte à nouveau ses mains à sa bouche pour pousser un second hululement puis il dit :

- Ouvrez grand vos yeux les enfants, le spectacle va commencer !

Les soldats reviennent devant l’immeuble, ils ne sont pas en colère mais paraissent visiblement contrariés. L’un d’eux éclate de rire et sort une bouteille de vin.

- Ich habe ein Bordeaux ! Prost !

Une explosion se produit alors, envoyant les soldats carbonisés voler sur plusieurs mètres. Le souffle brûlant et dévastateur ravage tout tel un éclair d’apocalypse.

De l’immeuble de la GESTAPO il ne reste plus rien tandis que les flammes de la résistance naissante s’élèvent en silence. Le soldat qui tenait sa bouteille de vin se relève complètement endolori, il va vers ses camarades blessés, certains sont mutilés, leurs membres arrachés par la violence du choc.

Lentement il s’avance vers les décombres, la chaleur lui lape le visage. Il s’immobilise.

Comme il regrette de se trouver là.


- Seigneur !

- C’était bien fait !

- Ils vont nous avoir !

- Ne panique pas Michel ils sont encore plus angoissé que toi, c’est la première fois qu’ils voient une explosion contre eux. Maintenant ils vont connaître la peur eux aussi.

Une nouvelle explosion éclate plus loin.

- Et voilà pour l’État-major de liaison de la Wermacht.

François se tourne vers ses camarades.

- N’oubliez jamais cette nuit mes amis. Maintenant nous sommes devenus des libérateurs.

Des voix allemandes hurlent.

- Tirons nous !

Ils passent par delà un mur, une voiture arrive, Neuvy au volant.

- Montez vite !

- Ça a marché George, dit François à Neuvy une fois monté dans le véhicule.

Neuvy sourit.

- Enfin !

La voiture s’éloigne dans le silence, éclairée par la lueur rougeoyante de la liberté et de la justice.


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