Résister

Chapitre 4

1431 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 21/06/2026 09:57

Le lendemain, Michel se rend à l’école comme à l’accoutumée, sauf que cette fois, les grilles de l’établissement sont closes.

- Saint Joseph est fermé jusqu’à nouvel ordre par arrêté de Hambrecht.

Michel se retourne et voit un grand homme maigre d’une trentaine d’années, il a de courts cheveux noirs, un manteau noir et fume une pipe. C’est Plantier, l’un des résistants de la planque.

- Alors me voilà au chômage.

- On dirait bien. Suivez-moi, nous devons parler.

- A quel sujet ?

- J’aimerais vous connaître davantage, venez, nous allons chez moi.


Plantier habite un appartement non-loin de la Kommandantur.

- Ça doit être gai de vivre ici.

- Je n’ai jamais eu de problèmes, c’est même un avantage d’habiter près de la kommandantur.

- Ah oui ? pourquoi ?

- Je suis tellement près qu’ils ne me remarquent pas, de plus ils pensent qu’il faudrait être fou pour habiter près de la kommandantur.

- Et vous l’êtes ?

- Bien sûr ! Comme tous les résistants, lance t’il en riant.

- Dans ce cas je le suis aussi.

- Alors bienvenue dans l’unité Aurore !


Une fois rentrés dans le petit salon, Plantier s’installe sur une chaise et prend un raisin parmi tant d’autres réunis dans une coupole.

- Prends je t‘en en prie.

- Comment les as tu eu ?

- Ils viennent de chez nous, tu ne pense tout de même pas que tout va aux Bosches !

- Du marché noir.

- Du marché honnête ! maintenant dis-moi pourquoi tu nous a rejoint.

- Pour permettre à ma petite fille d’avoir un avenir paisible et heureux, et pour que ma femme et moi puissions mourir en paix.

- C’est noble tout ça.

- Et toi pourquoi t’es-tu engagé ?

- Pour une vengeance. Il y aura 11 mois le 26, cette nuit de novembre les Bosches ont fouillé ma maison, ils ont trouvé des plans des installations allemandes de la ville ainsi que la lettre du Général. J’ai été arrêté.

Il s’arrête, l’émotion le gagne.

- Ma femme, et ma fille de 4 ans, ont été exécutés sous mes yeux.

Il cache son visage dans sa main gauche.

- François m’a libéré avec d’autres, il m’a juré que nous leur ferions payer cela. J’y veillerai.


Michel pousse la porte d’entrée avec son pied, Marie apparaît.

- Que fais-tu ici à cette heure ?

- L’école a fermée.

- Fermée ?

- Oui, ainsi vont les choses.

- Que rapporte tu ?

- Des provisions.

Il pose sa petite caissette sur la table et l’ouvre. Marie ne peut retenir un soupir de surprise en voyant la multitude de fruits et légumes disposés à l’intérieur.

- Mon Dieu mais où a tu trouvé tout ça ?

- Plantier, un collègue.

- De la résistance ?

- Bien sûr.

- Mais c’est illégal, si les allemands voient ça ils…

- Calme-toi, ils ne le verront pas.

- Et pourquoi ?

- Parce que nous aurons tout mangé.

- Ça ne me fait pas rire.

- Ne t’inquiète pas, je m’occupe de tout.

- Tu n’aurais du me parler de rien.

- Bien sûr, pour vivre dans le mensonge en permanence, tu sais que je ne suis pas comme ça.

Il pose ses mains contre ses joues.

- Tu le sais.

- Je ne veux pas te perdre.

- Je te promets que si je dois finir refroidi, ce sera avec toi à mes côtés, dans notre lit, à l’âge de 130 ans.

Elle rit. Il l’embrasse.

- Je dois sortir cette nuit.

- Où ?

- En ville, nous allons faire de l’anti-propagande, coller quelques affiches compromettantes pour le maréchal et ses amis. Rien de bien méchant.

- Sauf si tu es pris.

- Je ne serais pas pris, arrête de t’inquiéter !

- Tu a peur toi aussi, avoue-le.

- Bien sûr que j’ai peur.

- Tu n’es pas obligé d’y aller.

- Il le faut.

- Tu a le choix.

Il réfléchit.

- Il est fait. Ne m’attends pas pour dîner.

- Où va tu encore ?

- Chercher du pain.

- Nous en avons encore !

- Mieux vaut en avoir plus que pas assez.

- Oui, pour qu’il soit plus rassis.

- Je te ramènerai une surprise.

- Arrête avec ton marché noir !

- Non ce n’est pas ça.

- Alors quoi ?

- Tu verra.

Deux heures. L’horloge de la cathédrale sonne.

Un son spectral résonne dans les ténèbres funestes.

Michel longe les murs, se retournant souvent bien que sachant que c’est une très mauvaise chose à faire mais il ne peut s’en empêcher à cause du doute, et non de la peur.

Il arrive au lieu du rendez-vous, la fontaine du centre-ville, décorée d’anges blancs, symbole d’une liberté oubliée. Il n’y a personne cependant. « bien sûr » pense Michel.

Il entend alors un « pssst » venant d’une petite ruelle sans issue. Il s’y engage. Toujours personne.

- Tu es ponctuel.

Il se retourne et voit François.

- Je déteste être en retard.

- Ça n’a aucune importance ici, du moment que tu vienne.

- Où sont les autres ?

- Nous ne serons que trois ce soir.

Plantier apparaît derrière une poubelle.

- Autant faire ça tranquillement tant que cela se peut.

- Tu es prêt ? Demande Plantier.

- Bien sûr.

- Alors tiens ! Dit-il en lui lançant un pot de peinture rouge.

 Ils courent le long des maisons à l’ombre de la lumière pour s’arrêter une centaine de mètres plus loin devant un mur.

- Tu vois Michel, l’avantage de venir si tard, c’est que les Bosches, autant que tout le monde ronflent profondément sans risque d’être réveillé par autre chose qu’une alarme. Nous sommes donc plus ou moins en sûreté.

- Plus ou moins.

- Bon il ne faut pas perdre de temps, tu vois ces affiches ?

Michel voit plusieurs affiches montrant Pétain, des soldats allemands et Hitler avec des légendes héroïques.

- Voici la mission de cette nuit mes amis.

François prend son pinceau, le trempe dans la peinture rouge et écris sur les affiches très lisiblement :

VIVE DE GAULLE !!!

- Vous avez compris ?

- C’est d’un art incommensurable ! dit Plantier.

- Combien de temps avons-nous ?

- Nous agirons sur cent mètres alentour. 45 minutes maximum.

- Très bien, que la fête commence ! dit Plantier.


Ils approchent une autres série d’affiches : « Travail, famille, patrie ».

- A vous l’honneur professeur, dit Plantier.

Michel trempe son pinceau, réfléchit un instant puis trace un grand V sur le mur.

- Avec ça la victoire ne pourra que se rapprocher ! allons continuons !

Ils vont encore à un autre mur, cette fois pour coller des tracts de l’appel du Général De Gaulle.

- C’est amusant non ? dit François.

- Plutôt oui.

- Plutôt ? pourquoi plutôt ?

- Sans le danger ce serait vraiment amusant.

- Ne t’occupe pas de cela, profite ! nous avons tous stressé aussi la première fois mais tu t’y fera petit.

- Petit ?

- Oui, pour l’instant.

Michel soupire.


Des pas cadencés se font entendre.

- Merde !

Le groupe fuit à toutes jambes, Michel ramasse le pot de peinture rouge.

- Oublie ça ! Dit Plantier en l’agrippant par l’épaule.

Ils courent, Plantier se retourne brusquement pour faire feu d’une mitraillette cachée dans son manteau.

- Georges, qu’est ce que tu fous ? hurle François.

- Barrez vous !

Il continue de faire feu.

- Crevez enfoirés ! Crevez !!!

Mais il est très rapidement abattu à son tour.

Ses derniers mots furent :

- J’arrive mes amours.

Et la nuit redevient silencieuse. Michel et François sont cachés.

- Sales fils de pute, ils le paieront ! dit Michel.

- Ne cherche pas la vengeance, dit François. C’est ce qui l’a perdu.

Michel reste muet.

- Rentre chez toi, je te contacterai.










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