D-Day
Ils avançaient à travers les hautes herbes dans un calme absolu, il n’y avait pas un piaillement d’oiseau, pas un bruissement de feuilles d’arbres, rien. Seulement le silence.
Un silence de mort.
C’est alors qu’ils se retrouvèrent devant un écran de mouches virevoltant autour de 5 cadavres criblés d’impacts, Stauton, le médecin du groupe, palpa le cou de l’un d’eux.
- Il ne sont pas morts depuis longtemps, quelques minutes tout au plus.
- Ce sont eux que ces salauds ont abattu tout à l’heure !
- Ce n’était pas des soldats, juste des médecins, ils n‘étaient pas armés.
- Voilà pourquoi ils ne pouvaient pas nous aider.
- Enterrons-les.
- Nous n’avons pas le temps.
- Mais quand l’aurons nous bon dieu ?
- Quand nous serons morts à notre tour.
Ils reprirent leur route et arrivèrent à un campement allié dix minutes plus tard, ils virent une trentaine de soldats blessés couchés par terre, l’un d’eux se releva pour venir vers James.
- Capitaine je suis le lieutenant Devin du 99éme escadron de transport de troupes, 327éme division aéroportée.
- Qui sont tous ces hommes ? Dit James en désignant les blessés.
- Ce sont mes gars, on s’est fait bombarder cette nuit en passant au-dessus de Sainte-mère l’église, on a dû sauter plus tôt que prévu, on attend les ordres depuis mais personne ne répond, certains n’ont pas pû attendre, ils sont partis foutre la merde à ces salauds. Et vous, que venez vous faire par ici ?
- On recherche un groupe anti-panzers qui aurait atterri près de Valognes.
- Vous savez Capitaine y’a un tas de gens qui vont et viennent…
- Allons, faites un effort, c’est très important.
- …j’ai vu un groupe passer ce matin oui, vers Valognes, il s’agissait de la 101éme, compagnie Baker. Si je me rappelle bien, leur capitaine se nomme Harris.
- Vous êtes sûr ?
- Absolument j’en mettrai ma main à couper.
- Ce ne sera pas la peine d’en arriver jusque là, merci pour tous ces renseignements.
- je vous en prie Capitaine, bonne chance.
- Merci. Soldats ! Rassemblement.
Il s’assit par terre et déplia une carte de la région.
- Valognes est à 3 kilomètres au nord-ouest de cette position, ce village est un sacré point stratégique, de là on peut atteindre Avranches, Saint Lô, Cherbourg, et bien sûr, Omaha. Les renforts ennemis ne peuvent passer que par là, Rommel va nous envoyer ses panzers par là, comme ça il attaquera les troupes de débarquement de front. Nous devons frapper les premiers, nous connaissons désormais le trajet de ces panzers, ils ne bénéficient plus de l’effet de surprise, l’avantage est de notre côté, avec un peu de chance, nous pourrons les coincer à Valognes.
- C’est à bon plan, à ceci près qu’il est risqué.
- Tout bon plan est risqué soldat. Reprenons notre route.
Le groupe reprit son chemin à travers les hautes herbes.
- Dîtes les gars, vous ferez quoi après la guerre ? Demanda Bradley.
- Je baiserai ma femme toute la nuit pour rattraper le temps perdu !
- Bien, et toi Sheppard ?
- J’irais à paris, ça fait tellement que je veux y aller !
- C’est une bonne idée ça. Et vous Capitaine ?
- Quoi ?
- Vous ferez quoi après la guerre ?
- Oh…je ne sais pas…je n’y ait pas encore réfléchi.
- Capitaine j’ai vu un truc briller là-bas !
- Va voir.
Il partit et revint 20 secondes plus tard en courant.
- C’est un village apparemment, où plutôt ce qu’il en reste.
- C’est Valognes.
- Enfin !
- On n’y est pas encore, restez sur vos gardes !
- Franchement Capitaine je vois mal ce qui pourrait…
Il y eut une explosion, de la fumée s’éleva du village.
- Qu’est ce que je vous avais dit ? Allons-y !
- Après vous Capitaine.
Ils entrèrent dans Valognes. Le village n’était plus qu’un champ de ruines. James vit un autre groupe de soldats plus loin. Ils dirent :
- Vous êtes la relève ? Vous en avez mis du temps !
- Non, nous cherchons le groupe du Capitaine Harris, vous l’avez vu ?
- Non, faut dire que c’est devenu intenable ici, ils ont fait une percée et nous ont eu par surprise, la moitié de mes gars y sont passé, il sont au moins 3 régiments.
- Et où sont ils ?
- Sur la place.
- On y va.
- Quoi ? Vous êtes fou ?
- Non je suis capitaine, allez les gars, contact rapproché, on court et on tire, allez !
- Ca c’est de l’action !
Ils avancèrent rapidement vers la place centrale et se cachèrent derrière un mur.
- Il y a un canon à mortier.
- grenade.
Sheppard dégoupilla une grenade et la lanca, une grosse explosion indiqua que la cible avait été détruite, un nuage de poussière s’éleva.
- Diego, Stauton, allez en éclaireur.
Les deux soldats avancèrent, la poussière les aveuglait totalement.
C’est alors que des tirs surgirent brusquement du néant pour frapper les deux soldats de plein fouet, ils s’effondrèrent aussitôt.
- Merde ! Planquez vous dans les bâtiments !
Chacun se dispersa dans les immeubles à gauche et à droite, les Allemands se rapprochaient.
- Tenez vous prêts, chuchota James.
Les Allemands apparurent, une vingtaine.
- FEU !!!
Les Américains bondirent hors de leur planque, l’ennemi se retrouva encerclé de toutes parts, ils ouvrirent le feu si vite qu’il ne pû avoir le temps de répondre à l’attaque. Ils tombèrent par terre quasiment tous simultanément. Le silence revint.
- c’était ça les 3 régiments ?
- Il faut croire !
- Eh bein mon salaud !
Ils rejoignirent la place centrale et, après avoir vérifié que le périmètre était sécurisé, posèrent leurs armes et s’assirent par terre.
- Bon, où sont nos gars ?
- Pas ici en tous cas.
- J’avais remarqué merci.
- Vous êtes sûr qu’on est bien à Valognes au moins ?
- Oui il n’y a pas d’erreurs là dessus, le groupe est quelque part ici, il suffit de les trouver.
- ils se sont barrés oui !
- Je sais qu’ils ne sont pas loin.
- Vous croyez vraiment que ça vaut le coup cette mission Capitaine ? on a déjà perdu 4 hommes depuis notre départ d’Omaha.
- Bien sûr que ça vaut le coup ! L’issue de la guerre dépend de nous !
- Nous l’avons peut-être déjà perdue cette guerre.
- Et alors ? Qu’est ce que ça change ? Que nous perdions où que nous gagnions la fin sera la même.
- C’est à dire ?
- Nous rentrerons chez nous.
L’air se fit brusquement lourd, un bruit sourd résonnait au loin.
- C’est quoi ?
Des grincements et des bruits de terre écrasée.
- Des blindés…ce sont des Panzers.
- LES Panzers ?
- J’espère que non, planquez vous, allez !
Ils regagnèrent les immeubles, quelques instants plus tard, un Panzer traversa la place pour se diriger dans leur direction.
- Il nous a vu !
- Non, il patrouille.
- On pourra pas le dégommer, on a pas les armes pour.
- Y’a un truc à tenter.
- Non ! Sheppard attend !
Il sortit et attira l’attention du panzer en agitant les bras tout en hurlant :
- Eh ! Par ici ! Sales enculés !
Le canon du panzer pivota, et tira. Le tir percuta le mur de plein fouet, Sheppard avait heureusement eu le temps de dégager, il hurla à ses amis :
- Balancez lui une grenade ! Vite !!
Le canon pivota à nouveau, le tir heurta l’immeuble où était James, il fut projeté par terre et étourdi quelques instants. Son unique pensée à cet instant fut
<<Pourvu que ce char ne termine pas la mission précipitamment>>
La situation était désespérée. Sans armes spéciales, l’escouade était fichue.
Le panzer fonçait sur James et les autres soldats étourdis sur le sol.
James dégaina son colt 1911 A1 et visa le mastodonte d’acier, ça ne servirait surement à rien mais au moins il aurait essayé.
Il tira une première fois.
Sans succès.
Il tira une seconde fois.
Rien. Il regardait les chenilles du véhicule, elles le broierait sur place.
Troisième tentative.
Il pensait à sa femme, à ses derniers mots pour elle.
<<Désolé Chérie, je ne serais pas là pour le dîner ce soir>> se dit-il.
Quatrième tir.
Le Panzer explosa, les débris s’éparpillèrent sur toute la place.
James regarda son arme puis le Panzer. Lorsque le nuage de poussière fut dissipé, il vit 5 hommes venir vers lui, des soldats, Américains. Celui qui semblait être le Capitaine dit à James :
- C’était une unité de reconnaissance, un panzer SS, vous avez eu de la chance qu’on passait par là ! A qui ai-je l’honneur ?
- Capitaine James Sawyer, compagnie Bravo, 29éme division d’infanterie.
- Capitaine Thomas Harris, 101éme aéroportée, Compagnie Baker section spéciale anti-chars.
James resta muet quelques secondes avant de simplement répondre :
- Enchanté.