Le syndrome de Peter Pan
Quelle nuit ! J’ai la tête douloureuse tellement que je pense et que je rêve de Claire. Un rêve, c’est bien ce qu’elle est. J’espère au moins que ce que j’ai vécu hier était bien réel, le passé est tellement étrange. Quand on se réveille le matin on ne sait plus distinguer le rêve du réel parfois. Quand je repense au passé lointain je ne vois qu’un flou dépaysant ou de vagues éléments qui ne sont peut être même pas réels. Le temps efface beaucoup de choses, il ne nous laisse que les meilleurs et les pires moments de notre vie. Un best-of en somme !
Grâce à Claire j’ai changé, je me sens plus grand, je me sens utile, aimé bien sûr mais aussi plus courageux, tout en étant plus faible. Je n’ai plus peur du passé, du présent et de l’avenir, car c’est avec elle que je vis, et je l’aime, et ça, c’est plus fort que tout.
Je rejoins la salle à manger, et les parents.
- ‘jour.
Et pour la première fois ils me répondent !
- Bonjour, bien dormi ? Demande papa.
- Oui.
- Ca a pas l’air, on dirait que t’es encore dans les nuages.
- Non non, c’est juste qu’en ce moment, tout ce que je vis semble tellement irréel.
- Tu étais où au fait hier ?
- …chez Martin.
- Ne nous ment pas, nous avons appelé chez lui et sa mère nous a dit que tu n’étais pas là-bas.
- C’est vrai, j’étais ailleurs.
- Enfin bon tu es là.
Je bois mon bol de café.
- Au fait…dit mon père en me tendant une enveloppe, joyeux anniversaire.
Il m’embrasse sur le front et maman aussi.
- …merci.
- Achète-toi ce que tu veux, c’est ton jour.
- Je peux inviter mes amis ?
- Bien sûr.
- Super !
Les matinées sont très courtes, surtout pour quelqu’un comme moi qui se lève tous les matins à neuf heures, ainsi il ne reste plus que trois heures avant de déjeuner. En attendant mon portable ne cesse de sonner, ça fait du bien de se sentir exister. Ce jour est magique rien que pour cela, c’est la récompense de tout ce que j’ai fait jusqu’à maintenant. Martin m’appelle aussi.
- Alors ça fait quoi ?
- J’ai envie de mourir.
- Sérieux ?
- Non je rigole, c’est une super journée pour l’instant, mais je ne vois pas la différence avec les autres années.
- Un nombre ne va pas te changer.
- T’a raison, c’est qu’un numéro de plus au compteur, j’ai vraiment été débile.
- Sans déconner !
- Et je compte bien le rester !
- Évite de trop le montrer alors.
- Tu me connais !
- Alors tu fais la fête ou pas ?
- Bien sûr ! La porte est grande ouverte, viens quand tu veux !
- O.k, j’arrive !
En attendant que tout le monde arrive, je me connecte pour vopir mes nouveaux messages : 36 ! Et tous parlent d’un seul et même sujet : « joyeux anniversaire ! » Adeline me parle.
> Ca va ? Demande t’elle.
>> Super.
> Bon anniversaire !
>> Merci, tu me l’a déjà souhaité trois fois avec le sms et le mail.
> Mieux vaut le dire trop que pas du tout.
>> Exact, tu viens à ma fête ?
> Si je peux oui, avec Sandra.
>> Y’a aucun problème.
> Je suis contente que tu aille bien après tout ce qu’il t’es arrivé.
>> C’est du passé, et puis ça m’a aidé à résoudre beaucoup de problèmes en fin de compte.
> C’est à croire qu’on devrait tous faire pareil pour que les parents nous comprennent enfin.
>> Il y a d’autres moyens, il suffit juste de discuter.
> Mais ils ne comprennent pas.
>> C’est le problème de ce monde, l’incompréhension engendre la destruction.
> Je te laisse philosopher on m‘appelle, à plus.
>> Bye.
A peine la conversation est elle terminée que mon portable sonne à nouveau.
- Oui ?
- BON ANNIVERSAIRE !!!
- Merci ma puce.
- Alors ça fait quoi ?
- Franchement ? Rien du tout.
- Tant mieux alors !
- Tu viens à ma fête j’espère ?
- Bien sûr, je ne manquerai cela pour rien au monde !
- Au fait, pour hier, c’était le plus beau jour de ma vie, plus beau que celui-ci.
- Moi je n’arrive toujours pas à y croire, en me réveillant j’ai cru que c’était un rêve.
- Moi aussi.
- Ca me fait bizarre tu sais, quand je pense que 24 heures avant nous n’étions que des amis.
- Oui.
- Écoute, tout ce que j’ai à te dire c’est…que tu ne dois pas avoir peur, de quoi que ce soit, ne regarde jamais l’avenir sinon tu ne croira plus en rien, j’en sais quelque chose, je n’aurai pas accepté d’être avec toi si j’avais su que notre histoire était vouée à l’échec, mais ce n’est pas le cas. Il n’y a rien qui puisse nous séparer, ni la distance, ni le temps. Notre histoire est une belle histoire, et à partir de maintenant ce ne sera que du bonheur pour nous deux, si tu le veux. Ca ne dépend que de toi, tu a le choix.
- Je t’aime.
- Je t’attends.
- J’arrive.
Et ils viennent, lentement, un à un ou entre camarades. Tous ont les mêmes mots en me voyant, avec plus ou moins quelques variations :
- Bon anniversaire !!
Martin arrive à son tour, nous nous saluons d’une accolade amicale.
- Tiens, voilà ton cadeau.
Il me tend un magazine, il s’appelle « 18 ans et un jour ».
- Tu le lira demain, c’est très intéressant.
- Oui j’avoue que la couverture est déjà très alléchante.
- J’en ai d’autres si tu veux.
- Au moins comme ça je saurai quoi t’offrir quand ce sera ton tour.
Nous rions.
- Bon, ça va ? Me demande t’il.
- Ca pourrait pas aller mieux.
J’aperçois soudain quelqu’un de familier.
- T’a l’air ailleurs, t’es sur que ça va ?
Je ne réponds rien.
- Tu me cacherai pas quelque chose ?
- Peut être.
Et je l’abandonne.
Je cours à la rencontre d l’élue de mon cœur que j’accueille d’un doux baiser.
- Merci d’être venue.
- C’est normal.
Je l’embrasse à nouveau, Martin nous rejoint avec un sourire.
- Alors c’est ça ?
Nous nous regardons perplexement.
- Je savais que vous finiriez ensemble tôt ou tard, vous collez parfaitement !
- Écoute, on voulait pas te le dire tout de suite étant donné que tu es encore seul…
- Non je comprends, félicitations vieux. Bon, maintenant je vais aller me prendre un coca moi.
Il s’éloigne et percute une très jolie brune.
- Excuse-moi.
Ils se regardent et restent muets de longues secondes.
- Tu veux un coca ? Demande t’il.
- Oui.
Ils se relèvent et s’éloignent ensemble.
- Les anniversaires portent chance on dirait !
Je m’apprête à embrasser Claire de nouveau, mais ma mère m’appelle.
- Thomas, c’est l’heure de souffler tes bougies !
Je suis dans la salle à manger, tout le monde s’est réuni autour de moi.
Et le voilà.
Le très beau gâteau au chocolat, nul ne peut résister à l’appel séduisant de ses rivières de chantilly, de ses fleuves de vanille et de cet océan de chocolat.
Pourtant moi je ne le regarde pas.
Je regarde les 18 bougies perchées sur son sommet. Le symbole absolu de la fin d’une vie et du début d’une nouvelle.
Autour de moi le joyeux chant résonne en canon.
Je suis un peu perdu dans mes pensées, un peu angoissé, excité. Je profite pleinement de mes dernières secondes d’innocence en scrutant chaque visage. Ils sont tous ici maintenant pour celui que je suis et ils le seront encore après.
Car pourquoi tout devrait il changer ? rien n’est écrit, mon âme ne partira pas quand j’aurais éteint ces 18 petites flammèches, je serai encore moi-même, un enfant, en moi. Il suffit que j’en fasse le choix, cela n’appartient qu’à moi. Rester enfant c’est être immortel, ainsi ceux qui me suivent le deviendront aussi. Car eux sont moi autant que je suis eux.
18, ce n’est rien d’autre qu’un nombre de plus.
Le gâteau est en face de moi, je n’ai plus qu’à souffler.
- Fais un vœu, dit Martin.
Je regarde Claire, mes amis, mes parents.
- Il s’est déjà réalisé.
Je suis prêt à affronter l’avenir.
Je n’ai plus peur.
Je suis heureux. Et ça va aller de mieux en mieux. Oh oui !
Je respire à fond et projette mon ultime souffle d’innocence sur les flammes du destin.