Le syndrome de Peter Pan
Et revoilà la maison éclairée par le soleil matinal. Je n’ai pas peur, je ne suis pas inquiet.
Le gendarme sonne à la porte, mon père apparaît. Il n’a pas l’air de croire ce qu’il voit, je vois ses lèvres remuer pour formuler comme un « merci mon dieu » avant qu’il ne me prenne dans ses bras et dise d’une voix deformée par le chagrin :
- Pardonne moi mon fils, pardonne-moi.
- Je te pardonne papa.
Ma mère apparaît à son tour, elle court m’étreindre à chaudes larmes.
- J’ai eu si peur…oh mon Dieu.
- Ca va maman…tout va bien maintenant.
Mon père tend sa main au gendarme.
- Merci.
Ils se serrent la main.
- Votre fils a toute la vie devant lui, comprenez-le, après tout, nous étions tous pareils.
Je suis assis dans le canapé du salon, immobile.
- Alors…y’a t’il quelque chose dont tu veule nous parler ?
- Vous avez, quand j’étais seul dans le noir, j’ai ouvert les yeux. Il y a bien plus malheureux que moi. J’ai cru toute ma vie que j’étais l ‘un des plus grands malchanceux du monde, mais je sais aujourd’hui que je n’ai vraiment pas à me plaindre à côté de ce que d’autres vivent. Je veux vivre pour eux, pour que l’espoir et l’amour triomphent de toute cette obscurité, je sais que je peux le faire. Nous pouvons tous le faire.
- Et nous le ferons mon fils, nous le ferons tous ensemble car nous te comprenons, et nous t’aimons.
Les larmes commencent à affluer le long de mes joues.
- Merci.
- Dis-moi, tu veux toujours aller dans cette école de cinéma dans deux ans ?
- Oui, mais tu sais bien que c’est impossible.
- Charge-toi de fournir les efforts, nous fournirons le reste.
- Tu veux ?
- Considère ceci comme une façon de nous faire pardonner.
- Merci papa !
Je l’étreins.
- Seulement il faudra travailler.
- Compte sur moi !
- Et tu n’oubliera pas de passer nous voir de temps en temps.
- Bien sûr.
- Allez file, nous mangeons à midi.
- Il n’y a rien à faire ?
- On va te laisser tranquille, dit maman.
- Je vais quand même aider.
- Tu es sûr ?
- Oui, j’ai revu mes priorités moi-aussi.
Au cœur de l‘après-midi, on sonne à la porte. Maman m’appelle, je descends. C’est Martin.
- Eh…salut.
- Salut.
Il y a un silence.
- Je venais pour te demander pardon, tout ce qui est arrivé est de ma faute et…
- Non non non, arrête, tu n’a rien à te reprocher.
- Mais si je ne t’avais pas abandonné…
- Avec des « si » on pourrait refaire le monde, tout ce qui compte c’est maintenant, et maintenant, ça va.
- Excuse-moi.
- Tu sera toujours mon ami Martin.
Je lui fais une accolade.
- Merci, dit-il.
- On a pas toujours été très cool mais le principal c’est le résultat.
- Oui.
- Maintenant il nous faudrait peut-être une fille pour nous consoler.
- Ca y’est, t’es reparti !
- Et comment !
A peine Martin est il parti que mon portable sonne. C’est Claire.
- Salut.
- Oh je suis trop contente de t’entendre, j’étais si inquiète, ça va ?
- Oui, ça va.
- J’ai pleuré toute la journée.
- Waw ! Je te fais tant d’effet ?
- Oui, il faut croire !
- Tu sais je ne te l’ai jamais dit avant mais, tu es la fille la plus géniale que j’ai jamais connu, vraiment.
- Merci, répond elle timidement.
- On pourrait se voir avant de partir en vacances chacun de notre côté.
- Oui, ce serait bien.
- Tu fais quoi demain ?
- Je dois travailler.
- Ah…tant pis.
- Je dois te laisser. Repose toi bien.
- Toi aussi.
- Je t’adore.
- Moi aussi.
Je dois me changer les idées et pour cela, rien de mieux qu’un tour en ville avant la fin de la journée. Les rayons du soleil se reflètent sur les vitres des immeubles, les pigeons vont de ci, de là. Je suis tellement préoccupé par ce qu’il se passe en l’air que j’en oublie de surveiller le sol, et je suis victime d’une collision frontale.
Je reprends mes esprits et voit ma victime en face de moi.
- Claire ?
- Thomas ?
- Oh excuse-moi, j’étais ailleurs.
- Non ça va, ce n’est rien, je suis contente de te revoir.
Elle me serre dans ses bras.
- Moi aussi.
- Tu va où ?
- Nulle part, je me balade.
- Viens chez moi.
- Je croyais que tu travaillais ?
- Je viens de débaucher.
- Je ne veux pas déranger tu sais…
- Non non, viens, je suis toute seule en plus.
- Bon, d’accord.
- Merci.
Elle habite avec ses parents dans un appartement modeste mais convenable, juste le nombre de pièces qu’il faut, aucune extravagance.
- Je t’en prie assis toi.
Je m’installe sur le canapé marron, un peu vieux mais terriblement confortable.
- Tu veux quelque chose à boire ou à manger ?
- Non merci.
- Alors c’est pour moi !
Elle s’installe à côté de moi et se met à son aise, il y a un silence prolongé.
- Tu veux regarder un film ?
- Non.
- Tu veux écouter de la musique ?
- Si tu veux.
Elle met « pirates des Antilles 3 ».
- Mon préféré !
- Je sais.
Elle revient près de moi.
- Je suis bien içi, c’est calme.
- C’est clair.
Nous nous regardons, d’abord sérieusement puis, nous éclatons de rire.
- Tu sais à chaque fois que j’étais seul et quand tout allait mal, il n’y a qu’une personne qui était dans mon esprit et qui me donnait le courage de continuer, c’était toi.
Elle ne détache plus son regard.
- J’ai été… aveuglé par des fantasmes irréels pendant toutes ces années, et puis tu es arrivée, j’ai tout de suite su que tu étais différente. Ça a collé entre nous immédiatement parce que nous avons tout en commun, aussi bien la passion du cinéma que la haine de ce monde de fausse liberté et la volonté d’en bâtir un nouveau bien meilleur, nous sommes des rebelles Claire, nous sommes des pirates.
- Thomas…
- j’ai toujours considéré la vie comme une route avec des virages…cette route nous amène à notre destin, et aujourd’hui je sais que tout ce que j’ai vécu c’était pour toi. Tu es mon destin.
Elle est visiblement émue.
- Je t’ai menti Claire. Je ne t’adore pas. Je t’aime.
Je détourne la tête…elle non…les larmes coulent sur son visage. Elle prend ma main, je la regarde à nouveau, j’ai aussi les larmes aux yeux. Nos visages se rapprochent alors lentement, inévitablement pour s’unir dans l’immortalité sentimentale.