La Prophétie du Roi Déchu: L'Épée du Souverain

Chapitre 2 : Funérailles

3827 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 03/04/2026 19:46

Chapitre 2: Funérailles




Du haut de la cathédrale de Daös, Zuanlanor s’avança sur le balcon. Les survivants du désastre se réunirent pour l’écouter, on pouvait y distinguer Galro, Nardel, Garak, Dourgen, Brentark et Warda côtes à côtes, aux premières loges. Un gong fut sonné, le long drap rouge se laissa glisser le long de ce mémorial en pierre noir. Les noms, par milliers, gravés d’or conservaient la mémoire des victimes de Kaös lors de la Grande Guerre. On pouvait y retrouver un grand nombre de vaillants héros ayant donné leur vie pour sauver cette terre. Tous enlevèrent leur couvre-chef, en signe de respect envers leurs proches perdus. Un silence lourd écrasa l’assemblée, le poids du chagrin. Zuanlanor prit alors la parole:

_ Frères, sœurs, aujourd’hui la terre porte en son sein le sang de tous ceux que nous avons perdu. Plus que jamais, nous sommes unis, dans la tristesse, dans le deuil… mais aussi dans l’espoir. 

Son regard se posa sur Warda, ce dernier baissa les yeux, il aperçut du coin de l'œil sa jambe de magilith toujours déchaussée. 

_ Nous avons tous beaucoup perdu, le prix de la victoire est lourd, mais tous ces sacrifices nous offrent quelque chose d’inestimable: la vie. Cette seconde chance, nous ne la gaspillerons pas. Nous reconstruirons la pierre, nous repeuplerons nos terres, nous fonderons de nouvelles et formidables familles. Tout de fois retenez bien: Kaös le Fléau ne renonce jamais, il évolue. Nous devons nous renforcer, prêt à déjouer ses prochains plans machiavéliques. Pour l’heure, nous devons nous rebâtir. Je souhaiterais faire parler quelqu’un… 

Galro s’avança, mais la suite l’étonna. 

_ Garak, roi des orques, venez prendre la parole. 

Le descendant de Thaarg contourna Galro, ce dernier sentit une pointe de jalousie en lui. Le chef de guerre barbare gravit les marches de la cathédrale, tandis que Zuanlanor lui-même descendit pour arriver devant les portes de la citadelle. Un elfe élégant amena sur un coussin rouge brodé d’or une couronne. Zuanlanor s’adressa à Garak:

_ À genoux !

Les orques se mirent à grommeler, mais le regard dur de leur meneur fit taire l’assemblée. Humblement, celui qu’on nomma autrefois le Fou s’agenouilla, penchant la tête. Dans un geste aussi théâtrale que symbolique, Zuanlanor saisit la couronne. Elle était large, ses rubis en gouttes symbolisèrent le sang versé par ses semblables. Il la leva aux yeux de tous, puis la posa sur le crâne de Garak.

_ De part notre alliance et les pouvoirs qui me sont conférés, grâce à votre bravoure et le sacrifice que vous avez consentis, Garak, je vous couronne Roi des Orques de Guiogne. Levez-vous dorénavant. Bienvenue dans l’alliance.

Le nouveau souverain se redressa, et se retourna vers la foule. Le premier à applaudir fut Warda, puis suivant l’exemple, tous les survivants de la guerre applaudirent le nouveau roi de l’empire de Guiogne. Les larmes aux yeux, l’orque fut trop ému pour répondre quoique ce soit. Son peuple était enfin accepté. Ils n’étaient plus des vagabonds, ils faisaient dorénavant partis d’un vrai royaume, ils n’étaient plus seuls. Il marcha vers les premiers rangs, et serra fort dans ses bras l’elfe noir. 

_ Merci… merci pour tout les amis. 

Ses deux compères orques se joignirent à l’étreinte, ils avaient réussi là où personne n’y croyait. Écrasé par les géants, Warda glissa subtilement à son acolyte:

_ Je ne savais pas que les orques pouvaient pleurer.

_ Ferme-la idiot ! Ne gâche pas le moment !

Après un certain temps, Garak cessa son étreinte et retourna auprès de Zuanlanor. Plus intimement, le souverain des Haut-elfes lui dit:

_ J’espère que vous ferez bon usage de votre pouvoir dorénavant, vous êtes devenu mon égal. 

_ Nous nous mettrons au travail rapidement pour vous aider à rebâtir le château de Guiogne. Mais j’espère pouvoir compter sur vos sages conseils, moi-même je ne suis pas encore très doué en … Comment vous appelez ça déjà ?... la politique ?

Ces paroles amusèrent le roi elfique. Il répondit, d’un air suffisant:

_ Ne vous inquiétez pas, nous vous formerons à votre nouveau rang. Nos enseignants sont les meilleurs, si vous nous écoutez attentivement je suis certain que vous ne commettrez jamais d’erreur. 

Ignorant le sens de ces paroles, le roi Garak se contenta d’acquiescer. Il avait certainement besoin de lui, mais il comprit alors qu’il venait d’accepter un cadeau dont lui-même ignorait le contenu. 


Faute de banquet glorieux, vu que la nourriture avait été souillée par le maléfice de Kaös, les soldats partagèrent leurs dernières rations avec les habitants restants. Galro chercha dans la foule, et retrouva finalement l’elfe noir devant le mémorial. Il était plaqué contre ce dernier, fixant les lettres avec une ferme détermination, mais visiblement confus. 

_ Tu n’as pas appris à lire j’imagine, dit l’ancien Prophète en venant à ses côtés.

_ Et bien… Certains n’ont pas ce luxe, effectivement.

_ Je ne me moque pas de toi si cela peut te rassurer, mais je peux t’aider. Regarde là !

Il posa son doigt sur une ligne. Galro en décrypta le sens pour l’elfe noir. 

_ Ici c’est Uthuna. 

_ Uthuna… Je pensais pouvoir la sauver… 

Il fixa sa prothèse de jambe magique, puis il serra son poing. 

_ J’ai été idiot. 

_ Non Warda. Courageux et téméraire, oui. Idiot, non. Si nous n’avons aucun espoir auxquels se raccrocher, alors à quoi bon. Tu as tenté, et rien que ça c’est déjà beau. Regarde, là !

Il pointa une autre inscription. Warda tenta de se concentrer pour en déchiffrer le sens, en vain. Finalement, Galro la lut pour lui.

_ C’est Usshar. Vraiment terrible, j’avais entendu dire qu’il cuisinait un excellent couscous, je ne le goûterai jamais. 

_ Il était également bon musicien. Il me manque. Celui-là ? Qui c’est ?

Le guerrier sombre pointa un ensemble de lettres, Galro lut pour lui:

_ Gartërn. J’ai appris sa mort après l’assaut sur Shalys. 

_ Oui, il était sur les bûchers. Ta prière a été remarquable ce jour-là. Merci pour lui. 

Galro retourna aux textes, il trouva un nom intéressant à évoquer à son camarade.

_ Nurtag. C’est celui qui avait affronté la Colère ? 

_ Oui, sans lui nous ne serions plus de ce monde. Mais Garak a moins bien encaissé sa mort que nous deux. Je me souviens surtout de ses coups de poings, nous nous sommes battus.

_ Ah oui ? Vraiment ? Pour quelle raison ?

L’elfe noir réfléchit, il fouilla dans ses souvenirs. C’était embrouillé dans son esprit, mais il retrouva les fragments de cette nuit-là.

_ C’était stupide, mais je pense qu’avec du recul, je comprend mieux sa position. Il m’a collé une raclée, je lui ai renvoyé la même, mais au final ça nous a rapproché. Je ne regrette pas de l’avoir rencontré, c’était quelqu’un de bien au final. Trouve moi quelqu’un d’autre. 

_ Bien… Voyons-voir… Celui-là ! Fradel. 

_ Qui était-ce ? Demanda Warda en voyant Galro s’arrêter dessus.

Après un moment de silence, le chevalier répondit, il était lui-même affecté.

_ Lorsque nous avons combattu le Démoniste, le Gnoll l’a attrapé… Il était un bon ami, un bon conseiller… Je l’ai connu enfant, nous avons été formés en même temps à la magie. Nous avons été pendant longtemps séparés, puis il m’a aidé lors des croisades de Léondia. C’était un guerrier, à n’en pas douter, mais j’aurais juste espéré une fin un peu moins… brutale. 

Le traumatisme de la barbarie du Démoniste revint en mémoire chez Warda. Ce monstre lui avait laissé à lui-aussi une empreinte indélébile dans son âme. Son rire, ses mensonges… sa cruauté. Mais il savait que Galro lui aussi fut profondément affecté par le sorcier noir. Peut-être même plus que ce qu’il cherchait à montrer. Galro continua sa lecture:

_ Junar. Ce fut la première victime du démoniste, pauvre homme. Il m’a aidé lors de mon règne. Il était sage, peut-être aurait-il fait un parfait Septième Paladin Phénix si Tilbar n’avait pas été là. Nous ne le saurons jamais. 

Parmis les noms figurés des victimes, le chevalier blanc en tomba sur un autre. 

_ Là c’est Jaron. C’était ton loup de mémoire, n’est-ce pas ?

_ Oui… Il m’a sauvé la vie tant de fois. Je… Je voudrais qu’il puisse m’entendre le remercier. Il a toujours été bienveillant, son humour pouvait faire briser n’importe quelle glace. 

Warda posa sa main respectueusement sur les inscriptions de son nom. Le texte semblait si élégant, il l’aurait adoré. Il savait que son ami avait rejoint sa bien aimée Mélane, au ciel ils pouvaient enfin profiter de l’éternité ensemble auprès des Lunes d’Argent. Mais il se rendit compte alors qu’il n’avait jamais appris à prier. Il s’adressa alors à Galro:

_ Toi qui a été homme d’église, pourras-tu prier pour mes amis ?

_ Et bien… J’imagine que oui. Je dois juste retrouver quelqu’un dans le tas avant. 

Galro chercha sur le mur, avant de se figer. Il reconnut que cette vieille canaille y était aussi. Ses yeux devinrent rouges de larmes, parmis tous c’était lui qui avait laissé le plus grand vide derrière lui. 

_ Tilbar. 

_ Tilbar ? Oui, je me rappelle de lui. Il était drôle, imprévisible, obstiné… 

Des images revinrent en tête de Galro, la première fois que le vétéran lui donna une épée, la fois où il le blessa, la fois où il lui donna la plus grande leçon de sa vie. Tilbar, ce vieil homme plein de sagesse malgré son obsession pour la boisson. Dans un petit bol, Galro y déposa de l’encens, des herbes et l’alluma avec une bougie. 

_ Je vais t’apprendre à prier, Warda. Approche. 

Les deux hommes se mirent à genoux, puis le chevalier montra qu’il fallait joindre ses mains. 

_ Comme ça. À ton tour.

Maladroitement, mais surement, l’elfe noir reposa ses paumes l’une contre l’autre, et regarda Galro pour demander la suite des instructions.

_ Répète après moi, mais d’abord, fait le vide dans ton esprit. Tu dois te rappeler de tes souvenirs les plus heureux, avec chacun d’eux. Tu es prêt ?

Warda se débarassa de toutes ses pensées parasites, il laissa derrière lui tout son chagrin. Puis il revit ses moments de joie, aux côtés de Jaron, alors qu’ils mangeaient le ragoût. Il sourit, une larme de joie perla sur sa joue. 

_ Je … je crois que je suis prêt. Commençons !

_ Bien… Seigneur du Coeur, vous qui êtes aux cieux…

_ Seigneur du Coeur, vous qui êtes aux cieux…

Voyant que Warda était très attentif, du moins réceptif, cela ravit Galro qui continua:

_ Veuillez par la Grâce accepter ces nouvelles âmes dans votre demeure…

_ Veuillez par la Grâce accepter ces nouvelles âmes dans votre demeure…

Des images, celles du nomade du désert lui offrant du thé à la cannelle. Les enfants écoutant ses histoires épiques. 

_ Puissiez-vous oublier leurs erreurs, puissiez-vous les aimer quand même…

_ Puissiez-vous oublier leurs erreurs, puissiez-vous les aimer quand même…

Uthuna lui apparut, riant à plein poumons alors qu’elle volait à dos de Shuy. Il se rappela de l’horizon lointain, le coucher de soleil magnifique. Le froid piquant sur son visage. 

_ Puissent-ils être dignes de votre toute bontée, Ô Créateur de ce monde…

_ Puissent-ils être dignes de votre toute bontée, Ô Créateur de ce monde…

Le visage de Raon et Hélène rayonnant de lumières, ces âmes pures devenus avatars de dieux de lumière. Celui qui se nommait Daös sourit, plein de chaleur et d’humanité. 

_ Nous vous offrons leur corps éthérés rejoindre votre domaine, Ô Souverain…

_ Nous vous offrons leur corps éthérés rejoindre votre domaine, Ô Souverain…

Dans l’esprit de Galro, il revit ce moment amusant où Tilbar offrit à boire à son protégé. Le Graïnbar était certes un peu violent pour la première fois, mais cette expérience fut finalement extraordinaire. Il n’avait jamais vu le capitaine autant rire. 

_ Veillez sur eux, je vous en conjure. En votre sein, qu’ils connaissent le repos mérité. Amen.

_ Veillez sur eux, je vous en conjure. En votre sein, qu’ils connaissent le repos mérité. Amen…

Les deux guerriers rouvrirent les yeux, ils se rendirent compte qu’ils avaient tous les deux beaucoup pleuré. Il se fixèrent l’un et l’autre, et comme poussés par un instinct de réconfort, ils se jetèrent l’un contre l’autre, se serrant dans les bras. Tous deux avaient versé leur propre sang dans cette guerre, tous deux avaient été les survivants d’un terrible génocide qui les avaient profondément marqués. 


Finalement, Galro retourna auprès de Nardel, celui-ci nourrissait le bébé avec du lait récupéré dans les étables. Par chance, il n’avait pas été contaminé. Malgré la victoire, le sol était encore souillé pour des siècles. Le poison rongeait la terre, ce qui en poussait restait immonde et non comestible. Seul le temps pourrait débarrasser la terre de toute cette malice. 

_ La Guiogne est stérile, déclara Nardel. 

_ Pas toute. La forêt des elfes est épargnée, nous irons là-bas. 

_ Vous êtes sûr ? Nous ne pouvons même plus nous acheter une maison, nous sommes sans le sous…

Galro toisa les travailleurs au milieu des ruines, tous étaient en guenilles et sales. Beaucoup étaient maigres, le visage creusé de fatigue, le regard perdu. Tout comme lui, ils avaient été témoins de la noirceur du mal. Kaös n’avait pas seulement arraché des vies, il avait laissé sa marque de souffrance dans les esprits de tous. Le désespoir le nourrissait. Certes ils avaient survécu, mais le vrai défi était devant eux. Reconstruire un royaume entier se ferait en plusieurs siècles. 

_ Je crois que l’argent n’est plus une priorité pour personne. Je travaillerai. 

_ Vous ?! Travailler ? Vous ne songez pas ? Vous êtes noble ! Vous n’êtes pas fait pour travailler !

_ Nardel… Ne m’appelles plus vous. Je ne suis plus sa Flamboyance, ni le Prophète, je ne possède plus rien. Juste Galro suffira. 

_ Messire Gal… Galro je veut dire… Je suis confus. Je vous… Je t’ai assisté dans toutes les corvées, je ne peux m’imaginer te laisser suer pour… ton enfant. 

Le chevalier blanc se pencha vers Nardel, il lui tapotta la tête. Il sourit, et déclara:

_ Ne t’en fais pas, j’ai occis des armées, ce n’est pas quelques tâches rébarbatives qui me démotiveront. Tu as déjà la charge de mon enfant, c’est déjà énorme. Tu ne peux plus assumer toutes les tâches tout seul, je dois faire ma part. De plus… Tu es noble toi aussi maintenant !

Nardel s’étonna, les yeux écarquillés. Galro lâcha un rire étouffé. Il se releva et se dirigea vers un contremaître. 

_ Tu es paladin maintenant ! Du moins, tu le seras bientôt !

Cela mit du baume au coeur, Nardel posa ses yeux sur Roland. Le fils de Galro était magnifique. Ses marques maudites parcouraient son corps sous la forme d’arabesques épineuses. Mais sur sa poitrine reposait un médaillon, celui d’Ilada. Tant qu’il le portait, ils étaient en sécurité. Nardel se rapprocha de l’enfant et lui chuchota à l’oreille:

_ Ton père est le plus grand homme du monde. Il arrivera à nous ramener de l’argent. Nous serons la plus heureuse des familles, ensemble !


Après avoir parcouru une longue route, Zuanlanor s’étonna du silence de l’elfe noir dans son carosse. Voulant rompre la monotonie du voyage, le souverain haut elfe toussa dans sa main de magilith. 

_ Je pense que vous devez avoir des questions. Tout un tas.

Le guerrier sombre continua de regarder ses pieds. Plus précisément, sa jambe de magilith. Bien qu’il eut des sensations comme avec une véritable jambe, cette prothèse le perturbait, il avait l’impression de marcher avec une pierre. Elle était lourde, et plutôt encombrante. Face au mutisme, Zuanlanor lui dit:

_ Je sais ce que vous ressentez, mieux que quiconque. J’ai connut la mort moi-aussi, j’y suis moi-même condamné.

_ Comment cela ? Demanda Warda en redressant les yeux.

Sur ces paroles, Zuanlanor enleva son demi masque et montra sa mâchoire exposée à l’air libre. Des veinules noires parcouraient sa joue. 

_ Dranoss m’a fait gagner du temps, mais il ne peut empêcher l’inévitable. Je suis souillé par le Mal, je n’ai au mieux que quelques années. Après, il faudra me purifier par le feu blanc.

Face à cette révélation, l’elfe noir ferma les yeux, profondément marqué.

_ Je suis… navré. Je ne sais pas quoi vous dire.

_ Il n’y a rien à dire, répondit le roi des elfes majestueux. C’est à moi de mettre à contribution le peu qu’il me reste à vivre. Taläsna m’a parlé de vous, vous seriez le fils de l’Ombre. 

_ C’est exact, je le suis effectivement. 

Le seigneur elfe sourit, il regarda dehors et confessa:

_ J’ai toujours craint les elfes noirs, ce ne sont que des engeances sauvages sans la moindre once de raison. Mais… Tout ce potentiel coule dans vos veines. Vous êtes des merveilles qui ne demandent qu’une chose… Être instruites. Dites-moi, connaissez-vous le concept de magie ?

_ La magie ? Et bien… C’est faire apparaître du feu avec les doigts ? 

Le souverain elfe pouffa de rire, mais il se retourna vers Warda d’un air amusé.

_ Oui. C’est faire apparaître du feu avec les doigts… Mais c’est également bien plus. Beaucoup plus que ça. 

Il claqua des doigts et une flammèche dansa sur le bout de ses phalanges. Il la fit danser sur sa main, sous le regard stupéfait de l’elfe noir qui se demanda comment une telle chose fut possible. Puis, d’un geste élégant, il la matérialisa sous forme d’une fleur de glace qui reposa dans sa paume. 

_ La magie, c’est le pouvoir absolu. Elle permet de créer…

De la fleur de glace jaillit un être minuscule, une créature féminine cristalline, l’air timide, puis elle se leva et se mit à danser sur la pointe de ses pieds. De son dos jaillirent des ailes diaphanes, vibrant à une vitesse folle. 

_ Elle permet de remodeler la réalité…

La chose se mit à changer d’apparence, devenant un être de chair et de sang, une femme minuscule élégante. De sa peau naquirent des vêtements, du moins une imitation, une robe longue et élégante. 

_ De donner la vie… Mais elle peut aussi la reprendre.

Il écrasa la femme miniature dans la paume de sa main, sous le regard terrifié de Warda. Lorsque Zuanlanor écarta les doigts, seule une flaque bleue cristalline y résidait. Pour conclure, le roi elfe déclara:

_ Ce pouvoir, je vais vous le transmettre. Je suis le plus puissant mage de ce monde, avec moi en tant que professeur, vous ne pourrez plus être arrêté. 

_ Pourquoi avoir accepté si facilement ? Demanda Warda. Je suis le fils de votre pire ennemi.

_ Justement, nous avons tous vu de quoi il a été capable…

Il marqua un moment de silence, puis il ajouta sur une note positive:

_ Tu possèdes le même potentiel en toi. Avec un peu d’entraînement, je peux vous amener à des niveaux de puissance que vous ne pouvez même pas imaginer. 

_ Et quand je l'attendrai, que se passera t-il ? Demanda Warda inquiet.

Le regard du souverain Zuanlanor se figea, il le détourna ensuite pour contempler le paysage. Ces contrées verdoyantes furent épargnées de la guerre. La verdure lui avait manqué. Des champs immenses, des paysans entretenaient la terre bénie. C’était la saison des fraises. Tous étaient affairés, d’autant plus que tout le royaume comptait sur leurs efforts pour subvenir aux besoins de tous. 

_ Que savez-vous de Galaran ? demanda Zuanlanor après une halte dans leurs discussions. 

_ Il tient à m’avoir à ses côtés, répondit Warda. Il semblerait qu’il ait mal prit mon refus, mais il ne m’a pas non plus contraint. C’est comme si… Arf, ça peut paraître absurde, mais il …

_ …Vous aime. Cela se comprend, vous êtes sa seule famille. Faut croire que sous cette carapace de ténèbres se cache quelqu’un avec des émotions. Vous savez ce que cela veut dire ?

_ À vrai dire, personnellement je le déteste. Je ne vois pas ce que je peux en faire.

_ C’est une faiblesse à exploiter. Il vous laisse le choix, il tient à vous. Contrairement aux autres elfes noirs qu’il manipule à loisir avec son “chant”, vous, vous avez le choix. Ce serait pour lui une grande victoire de vous voir le rejoindre. Profitez qu’il ait de l’attachement à vous, en exploitant cette faille vous pourrez alors… le détruire.

Warda gloussa timidement, des flashs de ses anciens combats avec lui refirent surface. Galaran, il n’était pas simplement effrayant, il était beaucoup plus fort qu’il ne pourrait espérer l’être. Même s’il apprenait la magie, Galaran lui serait toujours supérieur. Il l’était, en tout point. Comment vaincre ce monstre ? 

_ C’est impossible. Ni l’Ombre, ni Galaran je ne peux espérer les détruire. Ils sont infiniment trop puissants, l’un comme l’autre.

_ Cessez donc votre misérabilisme. Vous aussi, chevalier Warda, pouvez devenir aussi fort. Donnez-vous le temps. Juste, donnez-vous le temps.

Ils restèrent silencieux jusqu’à arriver à Ilurina, au château de cristal.



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