VIRELLIA - Livre 1

Chapitre 14 : Retour au Temple

1085 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 12/04/2026 20:43

Le portail crépite, et s’éteint dans un murmure. Le sol du Temple est froid, mais stable. Les lumières spirituelles du hall de Kael’Mar baignent les pierres d’une clarté diffuse, presque apaisante, sauf pour ceux qui rentrent couverts de givre, de boue, et de silences non résolus. Vaelran passe le premier, toujours aussi nonchalant. Il balaie l’assemblée d’un regard distrait, puis lève la main.


— Personne n’est mort ? Bon, alors on va dire que c’est un succès.


Lynara, sur les marches, croise les bras, son regard pourrait couper le vent.


— Tu as dépassé ton temps imparti de presque une journée.


— T’as compté les heures ? J’ignorais que t’étais devenue horloge Lynara. On dirait que je t’ai manqué ?


Elle claque la langue. Vaelran lui fait un clin d’œil et file, sans demander son reste. Kaelis, plus en retrait, observe sans intervenir. Son regard s’attarde brièvement sur Seyla. La jeune femme passe le seuil, fatiguée, mais droite. À sa suite, Talyor s’étire, mâchoire craquante, cape déchirée. Ilharan referme la marche avec la même sérénité que d’habitude, mains croisées dans le dos, et une petite entaille soignée au front.


Tout pourrait s’arrêter là, mais évidemment, il est là. Kelvar. Adossé à une colonne, les bras croisés, l’air de celui qui attend depuis bien trop longtemps avec bien trop de pensées en travers de la gorge. Il se redresse lentement, sans quitter Seyla du regard.


— Alors. Tu fais officiellement partie de l’élite, hein. L’équipe de Vaelran.


Seyla ne ralentit même pas.


— T’as envie qu’on discute, ou t’as juste besoin de mordre ?


— J’me demande surtout ce que t’as que j’ai pas.


Talyor fait mine de siffler. Ilharan lève discrètement la main pour l’arrêter. (Ce n’est pas le moment). Seyla se tourne vers Kelvar, enfin. Lentement.


— Tu veux la version polie, ou la vraie ?


— Disons… la vraie, souffle-t-il.


Elle avance d’un pas.


— J’ai pas attendu qu’on me dise quoi faire. J’ai pas espéré qu’un prof me repère. J’ai bougé, frappé, échoué, recommencé. Et surtout… j’ai pas passé mon temps à jalouser les autres.


Un silence court, douloureux. Kelvar ricane, sans humour.


— T’as surtout eu Solhen sur toi depuis le début. Faut croire que t’étais son type.


Talyor fait une grimace, recule d’un pas. Ilharan ferme les yeux, comme pour se protéger de ce qui va suivre. Seyla, elle, reste droite.


— Dis encore un truc comme ça, Kelvar. Et on verra si t’as appris autre chose que des illusions.


Kelvar s’approche. Pas trop, mais assez pour que l’air se tende entre eux.


— J’aurais dû être à ta place.


— Mais t’y es pas. Et c’est pas moi que ça regarde. C’est lui.


— T’étais pas prête.


— Et toi, t’étais pas choisi. Et c’est ça qui te fout la haine.


Kelvar la fixe un instant. Puis secoue la tête, recule.


— Tu crois que t’es différente. Mais t’es juste une autre ombre dans la brume…


Elle sourit, froidement.


— Et toi, t’es un écho qui s’accroche au silence.

(Pause)

— Bonne nuit, Kelvar.


Elle passe à côté de lui sans le toucher, sans détourner les yeux. Kelvar ne la suit pas. Il reste là, seul, avec ses regrets et son orgueil.



Aile ouest du Temple — plus loin dans les couloirs



Vaelran, silencieux, s’arrête, il ferme les yeux, une onde d’énergie résiduelle pulse contre la paroi du couloir. Un frisson ancien, trop familier. Il rouvre les yeux.


— …Aziris.


Mais il ne dit rien de plus.



Couloirs du Temple — vers les dortoirs



Le couloir est presque vide. Talyor et Ilharan avancent côte à côte, pas trop pressés. Leurs bottes laissent des traces humides sur les dalles encore tièdes du Temple. Un silence flotte entre eux, léger, as encore complice, mais plus tout à fait étranger. Talyor étire ses épaules, grogne sans conviction :


— Bon… au moins, j’ai pas perdu d’orteil cette fois.


Ilharan jette un regard de biais.


— T’es pas censé être habitué au froid, dans ton école perchée ?


— C’est du froid sec, chez nous. Sain. Éducatif. Il renifle, faussement outré. Là, c’est du froid de l’âme. C’est de la mauvaise humeur en flocons.


Ilharan esquisse un demi-sourire.


— Tu dramatises bien pour un gars qui n’a même pas frissonné en haut de la crête.


— Ouais, mais si je me plains pas, qui le fera ?


Ils passent sous une arche de pierre blanche, éclairée par la lumière d’un cristal suspendu. Talyor reprend, plus bas :


— Kelvar… t’as senti comme il transpirait l’aigreur, là, dans le hall ?


— Ce n’était pas de l’aigreur. C’était de la fierté blessée. Et peut-être… une once de peur.


— Peur de Seyla ?


— Peur de ce qu’elle devient. Sans lui.


Talyor siffle doucement entre ses dents, pensif. Ils tournent dans un couloir plus étroit, en direction des quartiers.


— Tu la cernes, toi ? Seyla ?


Ilharan prend un instant.


— Non. Mais je reconnais ce genre de silence. Ceux qu’on construit couche après couche, quand les mots ne suffisent plus.


Talyor hausse une épaule.


— Moi j’dirais que c’est comme essayer de lire un bouquin qui te gifle à chaque page.

(Pause)

Mais… ça donne envie de lire la suite.


Un petit rire de gorge d’Ilharan.


— Faut juste espérer qu’on soit pas dans le chapitre où tout explose.


Ils arrivent devant la porte des dortoirs. Talyor s’appuie un instant contre le chambranle.


— Tu penses qu’elle viendra vers nous ? Un jour. Pour parler.


Ilharan incline doucement la tête, pensif.


— Peut-être pas. Mais elle saura écouter, quand ce sera nécessaire.


— Et c’est censé me rassurer, ça ?


— Non. Juste t’informer.


Talyor hoche la tête, résigné.


— Tu parles comme un moine. Ça va être long, cette cohabitation.


Ilharan ouvre la porte, sourire en coin.


— On a deux jours de retard, et déjà un début de respect mutuel. C’est plus que ce que j’espérais.


Ils entrent dans la pénombre tranquille du dortoir. La porte se referme en silence.





La suite mardi entre 19h30 et 21h....

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