Nouvelles d'ici et d'ailleurs
Elle avait écrit une série de livres à la fin des années 1990. Ils l’avaient appelé la grande dame, celle qui avait fait rêver toute une génération de lecteurs. Avec la célébrité est venu tout ce qu’elle attendait ! La reconnaissance, l’amour, et même de l’argent à ne plus savoir quoi en faire. C’était incroyable, c’était la vie dont elle avait toujours rêvé !
Les années ont passé et, petit à petit, le succès s’est érodé. On ne la reconnaissait plus quand elle allait faire ses courses. Ses livres disparaissaient petit à petit des rayons des librairies. La grande dame le vivait mal, alors elle décida d’écrire un nouveau livre, sous un autre pseudo, pour être sûre que les gens l’aimaient encore.
Le livre trouva vite un éditeur, mais, contrairement aux précédents, ses ventes ne décollèrent pas. Alors, la grande dame eut un coup au cœur. Et si on ne l’aimait plus du jour au lendemain ? Trouverait-elle encore la force d’écrire ?
Peut-être devait-elle renouveler son jeu. Alors, peut-être les gens l’aimeraient mieux.
Elle s’engagea dans des associations féministes. Elle se fit bien voir de la classe politique. Elle changea quelques points dans son propre univers dans l’espoir que les gens en reparlent.
Un jour, une des associations qu’elle avait soutenue révéla son vrai visage. Féministe, oui, mais contre l’avortement. Pour la première fois, la grande dame se retrouva au cœur d’une polémique, plaquée contre un mur. On lui dit qu’elle avait aidé à la populariser ça. On lui dit qu’elle aurait dû le savoir.
Elle aurait dû détester cette mise à pied, et pourtant… Toute cette attention, même négative, c’était grisant. Elle se sentait importante, enfin ! Enfin, les gens la considéraient comme une grande dame d’influence. Les gens se divisèrent autour d’elle : ceux qui la soutenaient au titre des souvenirs de leur enfance, et ceux qui ne voulaient plus jamais entendre parler d’elle.
Quelques jours plus tard, cependant, les messages se firent plus rares. On lui accordait moins d’attention. On ne l’aimait plus. Alors, la grande dame prit une grande décision. Si être aimée signifiait être haïe par une portion de la population et être idolâtrée par une autre, alors elle serait la plus haïe !
Elle réfléchit donc à ce qu’elle pourrait faire pour provoquer une nouvelle division. Ah ! Mais elle savait ! Lorsqu’elle avait supposé qu’un de ses personnages pourrait être gay, certaines personnes l’avaient accusée de faire du queerbaiting. Ils étaient après tout une communauté engagée, mais une minorité tout de même, ça ferait l’affaire !
Alors, elle publia une toute petite phrase. Une seule. Que seules les femmes avaient leurs règles. Et sous ses yeux, le monde implosa. Chaque jour, elle se délectait des messages de soutien, chaque jour, on lui envoyait des mails pour lui dire de ne pas prendre en compte l’avis de ses « haters ». On l’invita même à répondre à des interviews pour des journaux !
Enfin, elle était de nouveau admirée ! Enfin, on l’aimait encore !
Ravie d’avoir trouvé la recette miracle, jour après jour, elle surenchérit. Elle s’attaqua à d’autres communautés. Elle retourna ses partisans contre les leurs. Elle regarda sans rien faire les membres de la communauté trans se rapetisser sous ses mots.
Mais voilà, très vite, ça ne fut plus assez. Il lui en fallait plus, toujours plus. Elle ne voulait plus juste être aimée. Elle voulait devenir une figure incontournable du féminisme, même si, pour ça, elle devait écraser ses souffre-douleurs sous ses talons aiguilles.
Elle porta le débat à l’international en interpellant des influenceurs. Elle donna son argent par millions à des associations pour garantir leur fidélité. Elle convainquit des politiciens du bien-fondé de ses arguments. Elle aida à les placer au plus haut sommet de l’État.
Mais ce n’était toujours pas assez.
Elle voulait plus.
Bientôt, elle donna de son argent pour faire taire ses détracteurs.
Bientôt, elle se servit de son argent pour faire pression sur les associations humanitaires qui défendaient encore les personnes trans.
Bientôt, elle les humilia en les forçant à s’excuser et s’aplatir devant sa puissance.
Bientôt, ses arguments furent repris par des politiciens fascistes.
Bientôt, des mesures furent créées pour empêcher les personnes trans de vivre normalement.
Bientôt, on parla d’éradiquer une menace mondiale.
Bientôt, il ne resta plus de personnes trans.
Et la grande dame, soudainement, réalisa qu’on se détournait d’elle de nouveau. Ce n’était pas possible. Ça ne pouvait pas recommencer !
Alors…
Eh, vous ne trouvez pas que les personnes asexuelles sont des imposteurs qui s’approprient vos combats ?