Nouvelles d'ici et d'ailleurs
Chapitre 41 : Le voleur de poules | 2026
754 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 04/09/2026 11:03
Le géant se tournait et se retournait dans sa cage, mal à l’aise. Sa prison avait été construite pour un humain, pas pour quelqu’un de sa taille. Il se tenait courbé, les jambes repliées contre son torse.
Autour de lui, des hommes, des femmes en tenue de magistrats. Ils l’observaient d’un œil mauvais. Ici, on n’aimait pas trop les géants, mais on aimait encore moins les voleurs. Alors un géant accusé d’être un voleur, on n’en parlait pas !
— Tiot Batiche, vous êtes accusé d’avoir volé au cours des trois derniers mois près de vingt poules et quatre coqs, ainsi que deux vaches, quatre cochons et le doudou d’une gamine qui n’avait rien demandé. C’est exact ?
Le géant hocha la tête. À quoi bon nier ? Tous les animaux avaient été retrouvés chez lui. Il n’avait pas pensé à mal quand il les avait empruntés à leur propriétaire. Il voulait simplement un peu de compagnie. La vie de géant était bien solitaire, et s’il ne pouvait être accompagné de compagnons humains, il s’était dit que des compagnons animaux feraient l’affaire.
Tout ça, il l’avait déjà expliqué à la Cour des dizaines de fois, mais ici, on avait du mal à prendre en pitié un géant. Trop grand. Trop effrayant. Trop différent. Au mieux, il pouvait espérer l’exil. Au pire… Eh bien, il préférait ne pas trop y penser. Le Juge, pourtant, n’avait que faire de ses états d’âme.
— Monsieur Batiche, la Cour vous condamne à la peine capitale. Vous serez emmené dès ce soir sur la grand place pour y être brûlé vif.
Tiot Batiche accusa le coup. Il ne reverrait plus ni ses poules, ni ses vaches, ni même le petit antre qu’il s’était creusé dans un morceau de verdure et dans lequel il se terrait depuis des mois. Le géant tenta une nouvelle fois de clamer son innocence, mais le brouhaha du public vola sa voix. Sans ménagement, on tira sa cage vers la sortie.
Tout le long de l’humiliant trajet, il tenta de convaincre, d’appeler à l’aide, en vain. La foule, nombreuse, s’amassait déjà autour du bûcher qui avait été levé pendant son jugement. L’issue de ce dernier n’avait jamais été une surprise : on voulait se débarrasser du géant, coûte que coûte, peu importe sa culpabilité !
La cage du géant fut levée à l’aide d’une grue et déposée au-dessus du tas de bûches. Tiot Batiche plaida, supplia, rien n’y fait. Le bourreau, sous les cris de la foule, jeta la torche dans les brindilles. Bientôt, la fumée s’éleva autour de lui, noire, irritante.
Les flammes lui léchèrent les pieds, puis tout le corps. Le géant hurla et supplia de longues minutes avant de se faire dévorer par les flammes.
Le maire, satisfait, sourit grandement. Enfin débarrassé de ce monstre ! Plus que quelques-uns dans les communes voisines, et le Nord serait enfin débarrassé de tous ses géants. Il n’y avait pas assez de place dans la région pour partager leurs terres avec ces monstres. Bientôt, les humains régneraient en maîtres, et eux seraient relégués au rang de personnages de contes de fées.
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Hello ! Ce texte est librement inspiré de la légende de Tiot Batiche, et de manière plus générale des géants du Nord. Les géants sont de gigantesques costumes portés par une ou plusieurs personnes et que l'on croise très souvent dans les fêtes de village du Nord. Tiot Batiche est celui de ma ville. C'est un géant tiré d'une saynète d'une troupe de théâtre, Les Infants de L'Tour qui raconte que Tiot Batiche est un voleur de poules condamné à être brûlé au bûcher. Chaque année, il y a donc des festivités organisées dans ma ville avec trois temps forts :
- Le défilé carnavalesque pour fêter l'arrestation de Tiot Batiche
- Le jugement le mardi dans la soirée qui suit (qui est la saynète d'origine, jouée depuis quasi 40 ans maintenant)
- La condamnation où on flambe une réplique en paille de Tiot Batiche le mardi soir, suivi d'un feu d'artifice