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Chapitre 38 : La dictature des citrons | 2026

768 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 14/05/2026 11:01

Il était une fois un roi pomme qui régnait sur un royaume composé de salade de fruits dans l’antre d’une sorcière qui chérissait le pays comme un trésor. Un jour, le citron, jaloux de l’attention de la sorcière pour la pomme, vint voir le roi, en colère.


— Et pourquoi il n’y aurait que des pommes pour diriger le pays ? Qui l’a décidé ? On devrait organiser des élections.


Le roi pomme, inquiet d’être devenu impopulaire, décida d’organiser des élections pour prouver au peuple sa bonne foi. Le citron, en coulisse, charma les foules avec des promesses vides et de places hautes dans la hiérarchie de la salade de fruits, leur promettant plus d’attention de la sorcière et plus de pouvoir, dans l’espoir d’avoir assez de voix pour s’emparer du trône.


Après des mois de campagne, le roi pomme dut se rendre à l’évidence : la force de persuasion du citron était plus importante. Alors il s’inclina et lui laissa le trône.


Le citron promit que les choses allaient changer, vite et bien. Il renvoya tous les employés du roi pour les remplacer par des citrons, et décréta comme premier ordre que la salade de fruits serait acide à présent.


Mais voilà, lorsque la sorcière arriva pour goûter à la salade de fruits, comme chaque mercredi, elle recracha tout !


— C’est trop acide ! cria-t-elle. Cette salade de fruits est immangeable !


Fou de rage d’être ainsi traité, le roi citron pointa du doigt la poire qui flottait le plus haut dans le jus.


— Toi ! C’est de ta faute si la sorcière ne nous aime plus ! Je veux que l’on arrête toutes les poires et qu’on les jette dehors !


Alors, les employés citron s’emparèrent de toutes les poires et les jetèrent hors du saladier. Elles s’écrasèrent au sol dans un gargouillis écœurant. Le roi, cependant, se sentit mieux. Sûrement, maintenant que l’envahisseur avait été repoussé hors de ses frontières, la sorcière l’aimerait davantage.


Mais le mercredi suivant, la sorcière fit la grimace, et s’inquiéta du niveau d’acidité de plus en plus élevé de la salade de fruits. Alors, le roi citron prit une grande décision : tout ce qui n’était pas un citron serait écrabouillé, malaxé, balancé du haut du saladier. Dans son pays, il n’y aurait plus que des citrons !


Très vite, on jeta dehors les autres fruits. On dénoyauta les abricots, on déchira le pamplemousse, on pointa du doigt la responsabilité des oranges ! Les prunes n’eurent plus le droit de changer de couleur ! Les framboises avaient interdiction de semer leurs grains ! Quant aux fraises, qui tentèrent de se rebeller, on leur interdit de se reproduire à nouveau sans autorisation.


Les uns après les autres, les fruits furent éjectés du royaume ou massacrés par la milice du citron. On accusa même le roi pomme d’avoir saboté le pays avant de partir pour que la sorcière ne donne plus d’attention au roi citron ! Il fut emprisonné dans le donjon et noyé dans le jus pour le faire disparaître sans aucune trace.


Le mercredi suivant, à l’arrivée de la sorcière, le royaume avait retrouvé son équilibre. Les seuls fruits encore autorisés à y rester étaient les citrons. La purge avait effacé tous les autres. Sûrement, maintenant que le pays était lisse et similaire, la sorcière lui accorderait enfin un peu d’attention ?


La sorcière goûta la salade de fruits pour la troisième fois.


— Pouah. Ce n’est plus possible !


Elle attrapa le saladier, et, sans pitié, le retourna au-dessus des toilettes. Le roi citron et ses sujets hurlèrent, la supplièrent, mais rien n’y fut. Ils terminèrent leur course dans l’eau des toilettes.


Pour ne pas rester sur un mauvais crû, la sorcière entreprit de réintroduire dans le royaume quantité de nouveaux fruits, comme ça aurait toujours dû être le cas. Le roi citron, jugé trop acide et encombrant, devint une légende urbaine, oubliée de la mémoire collective, y compris de celle de la sorcière.


— Il faut de tout pour faire un monde, dit-elle. Si tout est trop acide, on finit par se brûler la langue. Fort heureusement, un peu de nettoyage, un peu de diversité, et on peut tout relancer !

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