Nouvelles d'ici et d'ailleurs

Chapitre 34 : Jusqu'à nos retrouvailles | 2025

507 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 27/04/2026 11:17

La main s’attarde sur les poils gris autour de ton nez. Ton souffle tiédit, je remarque, à mesure que l’heure fatidique approche. J’aurais tant aimé faire plus pour toi, comme ceux qu’on voie dans ces vidéos. Une dernière promenade sur la plage, te laisser avaler le poulet en entier ou même goûter au chocolat défendu… Mais quelque chose me dit que tu n’en as déjà plus la force.


C’est fou tout ce qui se passe dans ton regard. On voit tout, dans ton regard. Est-ce que, quelque part, toi aussi tu sais que la fin approche ? Ce secret, comme bien d’autres, tu l’emporteras sûrement dans la tombe.


Je retire ma main, mais tu rampes vers moi. Ta truffe sèche tente de me soulever la main de nouveau. Tu ne veux pas être seul, pas vrai ? Je comprends, c’est quelque chose que je ne souhaite à personne, moi non plus.


Alors, à voix basse, je te promets de ne pas partir. Peu importe la difficulté de l’exercice, peu importe la douleur qui suivra.


Je serai là.


La vétérinaire se retourne, l’aiguille à la main. Il est temps de dire au revoir, qu’elle me dit. Comme si c’était simple. On dit au revoir à un ami qu’on revoie dans le mois. Le dire à quelqu’un qu’on ne reverra plus jamais, c’est plus compliqué.


Les mots manquent pour te remercier d’avoir été à mes côtés dans le meilleur comme dans le pire. Pour te remercier de m’avoir choisi, il y a plus de dix-sept ans, et d’avoir accepté de surmonter ta peur des hommes pour moi. Je ne saurais comment te dire que tes sautes d’humeur me manqueront, tes balades dans la maison drapé dans la couverture que tu chérissais tant, ces moments où tu as volé les spaghettis sur la table. Comment le jardin gardera la trace de tes pattes pour l’éternité, même si ça fait bien longtemps que tu ne descends plus y faire un tour.


Les mots manquent pour te dire que ça va aller, et que c’est pour ton bien. Que ça ne peut plus durer comme ça. Que moi aussi, si j’avais la possibilité de partir dignement, je la prendrais. Tu pars vers un monde meilleur, où la maladie n’existe plus, où tu pourras faire trois pas sans convulser. Où tu pourras voler tous les spaghettis que tu voudras.


Mais tout ça, ça reste coincé dans ma gorge.


Alors je me baisse, et je croise ton regard aveugle. Pendant un moment, je jure que tu m’as regardé.


Parce que tout ça, tu le sais autant que je le sais. Il n’y a jamais eu besoin de mots pour se comprendre. Comme tu emportes mes secrets dans la tombe, j’emporte les tiens dans la mienne.


À nos meilleurs moments. À de meilleurs jours.


Jusqu’à nos retrouvailles.


Fondu au noir de ta truffe.

Laisser un commentaire ?