Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 145 : Annonce choc
Hunter me dévisage avec des yeux tout timides tandis que je reste silencieuse, les bras croisés.
- C’est une belle histoire, marmonne-je tout de même.
- Si on veut… Ça va ? Je te trouve… bizarre… ?
- Ça va, affirme-je lentement.
Il me ressert un peu de champagne, toujours aussi timide, et il part même chercher deux nouvelles crème brûlées, ce qui m’apparait comme une tentative de m’adoucir. Il doit voir que je suis préoccupée. Je grignote donc mon deuxième dessert pensivement, jusqu’à ce qu’il craque :
- Hestia, je t’en prie, dis quelque chose. Je ne sais pas si tu te rends compte à quel point il est horrible pour moi de t’avoir silencieuse après ce que je viens de t’avouer… ça fait littéralement des mois que j’en ai peur…
- Justement Hunter… c’est tout le problème…, chuchote-je en l’observant.
- Comment ça ?
- Je crois à ton histoire, je ne pense pas que tu aurais pu m’inventer une chose pareille, ou alors, c’est que tu es complétement cinglé. Mais… bon je suis ravie pour toi, ravie que ça te fasse sans doute te sentir proche de ton père, que tu fasses perdurer l’entreprise qui lui tenait à cœur et que tu t’en sortes visiblement suffisamment bien pour être très à l’aise financièrement…, commente-je en désignant vaguement son appartement.
- Mais ? s’inquiète-t-il.
- Mais je ne comprends pas, je ne comprends pas pourquoi tu me l’as caché, je ne vois pas où est le problème, pourquoi tu as bien pu avoir peur de me dire que le type qui t’appelait était ton second, pourquoi tu m’as inventé qu’il était ton patron… Tout ça est… bizarre. Et puis il y a plein de question sans réponse que je n’ai pas encore formulée dans ma tête… je ne sais pas, j’ai besoin de réfléchir un peu à tout ça, d’où mon silence.
- Je comprends, et je ne te cache plus rien alors… réfléchis et demande-moi.
Il remet le nez dans sa crème brûlé, l’air penaud et inquiet. Je peux comprendre qu’il n’apprécie pas ma réaction, mais il ne répond même pas à ce que je viens de lui dire…
- Eden sait tout ça ? demande-je finalement.
- Oui, il pourra tout te confirmer, ça fait des semaines qu’il me pousse à tout te dire.
- D’accord.
J’hoche la tête avant de me lever pour marcher un peu dans l’appartement en observant la décoration. Je glisse mes yeux sur les livres de gestion, sur les petites sculptures en roche noire, puis je vais jusqu’à la baie pour observer la vue pensivement.
- Je ne comprends pas Hunter, je ne comprends pas pourquoi tu me l’as caché… ça me laisse un drôle de sentiment… C’est une très belle histoire sur le papier, alors pourquoi donc m’avoir menti ? Ça me fait douter, je ne sais plus ce que je pense de tout ça.
Il se lève et je me retourne pour lui faire face, alors qu’il est derrière le canapé et moi devant la baie, à quelques mètres.
- Si je te le dis, j’ai peur que tu le prennes très mal, souffle-t-il.
- Je rêve…, soupire-je en fermant les yeux.
La colère s’immisce dans mes veines, le revoilà déjà en train de me cacher des choses… Cette spirale n’aura-t-elle donc jamais de fin ? Hunter ne sera-t-il jamais entièrement transparent avec moi ? Le mensonge est-il le loup que je cherche en lui depuis des mois ?
Et il est là, il m’observe avec ses yeux craintifs, je ne supporte plus ce tableau.
- Bon sang Hunter !! explose-je finalement. Mais quand vas-tu être honnête avec moi pour de bon ?! Qu’est-ce que je ne sais pas encore ?!
Il reste calme, toujours aussi penaud :
- Il faut que tu comprennes Hestia, que je suis passé d’un simple petit étudiant à un directeur d’entreprise, que je suis passé de la rue à un beau billet chaque mois… Je… Je ne me suis jamais intéressé aux filles…
- Quoi ?! Mais qu’est-ce que ça vient faire là ?! me braque-je totalement.
- Ecoute-moi. Je ne me suis jamais particulièrement intéressé aux filles, c’est lorsque j’ai rencontré Eden que j’ai ouvert la porte à la gente féminine… Eden branchait des groupes de copines et nous sortions avec elles au parc ou au cinéma le mercredi…
- Hunter ? Tu plaisantes là ? Ou bien tu es définitivement complétement givré ? demande-je avec tension.
- Ecoute-moi, insiste-t-il.
- Je n’ai pas envie de t’écouter me raconter tes rencards avec d’autres filles ! Mais enfin ! Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ?!
Il se tait et je croise les bras sur ma poitrine de toutes mes forces. J’ai envie de le gifler maintenant qu’il se tait, il me rend dingue.
- Bon et bien explique-toi maintenant que c’est commencé ! aboie-je. Mais j’aime autant te dire qu’il y a intérêt à avoir un lien avec tout ça ou je risque de t’étrangler !
- On sortait avec des groupes de filles, il y en avait toujours deux ou trois dans le tas qui s’intéressaient à moi et c’est comme ça que j’ai un peu… fréquenté les filles…
Je respire bruyamment pour essayer de calmer mes nerfs et il reprend vite :
- Mais je m’en fichais, c’est là que je veux en venir Hestia ! Et ça a continué comme ça tout le lycée… Je ne sortais même pas avec elles, je… bon bref, je les côtoyais ici et là, je les rencontrais via Eden, je m’en foutais ! Puis nous sommes arrivés à la fac, et là, les choses ont changé pour moi. Je n’étais toujours pas intéressé par quoi que ce soit de sérieux, sauf qu’en parallèle, ma boite grandissait et les mecs autour de moi commençaient à se trouver des copines sérieuses. J’ai commencé à réfléchir à tout ça, à ce que je voulais, je savais bien qu’un jour ou l’autre je voudrais sans doute une vraie relation mais… Je commençais à devenir… un peu parano sur les bords.
- Quoi ?! siffle-je, dans l’incompréhension totale.
- J’ai vu Eden tomber amoureux pour la première fois, fréquenter sa première copine sérieuse et me dire à quel point c’était merveilleux… Mais la seule chose qui me trottait dans la tête était que je ne pourrais jamais avoir l’assurance qu’on m’aimerait pour qui je suis, moi, sans mon travail, sans mon salaire…
Je fronce les sourcils, puisque je vois enfin le lien mais je ne décolère pas.
- J’en ai parlé à Eden, il ne savait pas quoi me conseiller, il ne pouvait pas nier que ça pourrait jouer, que beaucoup de femmes pourraient être vénales ou intéressées… Il comprenait mes plaintes mais il n’avait pas de conseil… Alors j’ai continué comme je le faisais pendant toute ma licence, je ne disais ni qui j’étais, ni ce que je faisais… Ça ne regardait de toute façon personne… Mais il était impossible pour moi d’envisager de me mettre sérieusement avec une fille, j’étais terrifié à l’idée de tomber amoureux et de découvrir que la femme que j’aimerais se ficherait complétement de moi… J’ai vu Eden tomber amoureux encore et avoir le cœur brisé… Je l’ai ramassé à la petite cuillère… j’avais peur que ça m’arrive, de me sentir trahi jusqu’au fond du cœur par une femme, de la retrouver au lit avec un autre simplement parce qu’elle ne voulait de moi que pour ce que je pourrais lui apporter… C’était… ça me rendait fou Hestia !
- Et donc ? gronde-je.
- Et donc… on en arrive à… toi…, chuchote-t-il. Je suis tombé sur toi dans ma cuisine, la nouvelle amie d’Eden, peut-être même sa copine pour ce que j’en savais… et là… Oh la vache. Quand je t’ai vu, j’ai été tellement scotché… quand j’ai vu ta beauté, ton univers, tes grands yeux… Tu m’as encore plus bouleversé, parce que c’était la première fois de ma vie que je regardais une fille en me disant que je pourrais peut-être bien avoir envie de la revoir et de ne plus la laisser partir… Je ne comprenais pas tout, mais quand Eden m’a demandé de venir te chercher chez Tulla, j’ai réalisé qu’il ne laisserait sans doute pas sa petite-amie partir d’une soirée sans lui comme ça… J’ai su qu’il y avait une porte ouverte, une possibilité… Et je me suis rendu-compte sur le trajet pour te rejoindre que j’étais définitivement bien trop excité de te voir, de te parler, de… juste d’être avec toi…
- Arrête d’essayer de m’amadouer ! siffle-je.
- Je te dis simplement ce que j’ai ressenti ! Et quand je me suis planté en bas de l’escalier, que j’ai demandé à Alma de te chercher pour moi et que tu es arrivée en haut de ton escalier… Dans ta robe de soirée… Tu m’as… soufflé, complétement. Je me suis avoué que tu m’avais définitivement tapé dans l’œil comme aucune jusqu’à présent et c’est là que… On a commencé à parler dans la voiture, j’étais tellement heureux… Et Winston n’arrêtait pas de m’appeler, parce que j’avais quitté une soirée de boulot sans prévenir… et tu t’inquiétais, tu ne comprenais pas pourquoi je ne répondais pas au milieu de la nuit… et j’étais en train de péter les plombs intérieurement, parce que j’y étais, j’avais trouvé la fille, et je ne pouvais pas risquer quoi que ce soit, il était impossible que je risque de me faire briser le cœur si tu n’en voulais qu’à mon argent… Alors j’ai inventé que Winston était mon patron.
Mes yeux papillonnent sous le choc. Il est horrible de l’entendre parler de moi comme ça, horrible. Il sent l’urgence parce qu’il ne me laisse pas répondre :
- C’est pour ça que je t’ai menti Hestia, et j’en suis désolé, sincèrement désolé ! Mais il faut que tu comprennes que ce sont des peurs que j’avais depuis des années, qui ont grandi au fil du temps, qui m’ont bouffé des nuits entières !
- Hunter… juste pour que les choses soient claires… Tu m’as menti, sur tout, pendant des mois… uniquement pour me cacher que tu gagnais très bien ta vie ? articule-je en essayant de contenir ma colère brûlante.
- Oui, mais… je te…
Ma colère devient rage, elle enflamme mon corps, elle me jette à l’esprit à quel point je me suis senti mal et brisée qu’il m’ait menti, à quel point j’ai pu avoir peur, douter de lui, me sentir presque salie…
- C’EST LA CHOSE LA PLUS STUPIDE QUE JE N’AI JAMAIS ENTENDU DE MA VIE HUNTER !! explose-je en hurlant de toutes mes forces.
- Quoi… ? demande-t-il d’une petite voix décontenancée.
- Tu ne peux pas être sérieusement en train de me dire que tu m’as menti, que tu as trahis ma confiance, que tu t’es moqué de moi pendant des mois simplement pour que je ne comprenne pas que tu étais riche alors que tu es venu me chercher dans une putain d’Aston Martin, Hunter !! hurle-je. Que tu loues un appartement de dingue à deux pas du campus !! Où tu héberges gratuitement ton meilleur ami à l’œil ! Tu ne peux pas sérieusement être en train de me dire une chose pareille ?!
- Hestia…
- Non ! NON HUNTER ! Tu ne peux quand même pas être si con ! Risquer notre couple depuis le début, me briser le cœur en me mentant ! Alors que je t’ai dit des centaines de fois que le mensonge me terrifiait ! Tout ça pour que je ne comprenne pas que tu étais aisé ?! Gros scoop Hunter, je le sais depuis le début ! Je ne suis pas la dernière des idiotes, et depuis le foutu début, j’ai très bien compris ! Je rêve ! Non mais JE REVE !
- Hestia, réessaye-t-il.
- Monsieur le menteur qui s’imagine qu’il est ok de me mentir pour me cacher les choses alors qu’il roule dans une voiture de luxe, qu’il me paye un repas hors de prix à Noël, un séjour à la montagne ! Des plats commandés, des restaurants, des boucles d’oreilles onéreuses ! Oh mais oui, cette pauvre idiote d’Hestia ne va y voir que du feu ! crache-je venimeusement. Alors continuons de lui mentir ! Mais quelle bonne idée ! Faisons des mystères, des secrets, parce qu’il est évident que je ne suis qu’un petit étudiant lambda ! Non mais depuis quand es-tu aussi con Hunter ?!
- Hestia ! s’agace-t-il.
- Je ne peux pas croire ce que tu viens de me sortir ! Je ne peux pas croire que le fond du problème majoritaire dans notre couple ne soit que parce que tu as été complétement stupide ! Et seigneur ! Mais quelle confiance ! Mais est-ce que tu me connais au moins… ?! Est-ce que je t’ai donné une seule fois l’impression que j’étais attirée par ton argent ?! Et puis tous les mois qui ont suivi ? Qu’est-ce qui t’a empêché de me dire la vérité ?! Tu as sorti des liasses de billets sous mon nez Hunter ! Tu m’as laissé des milliers d’euros pour acheter de la lingerie ! Tu as payé la première dette de Kai en claquant des doigts, la deuxième aussi ! Tu jettes l’argent par les fenêtres, tu sors des billets de cent de ton chapeau toutes les trois minutes ! Et il n’y a pas un moment au milieu de ce cirque où tu t’es dit qu’il serait peut-être temps de me dire les choses ?! Que je n’étais pas aveugle à ce point ?!
- Je ne t’ai jamais pensé idiote ! Je me suis embourbé dans mes mensonges Hestia ! Je t’ai caché les choses au début parce que j’avais peur, mais j’ai réalisé très, très vite que tu n’étais PAS vénale ! Que tu t’en moquais complétement ! J’ai découvert ta personnalité, ta façon de fonctionner, et là, j’ai réalisé à quel point j’avais merdé en te mentant ! J’étais terrifié de te dire que je t’avais menti, terrifié que tu comprennes le nombre de choses sur lesquelles j’avais menti, parce que je savais que ça ne passerait pas pour toi !
- Tout ça n’a pas le moindre sens ! En quoi les choses auraient-elles changé entre nous ? En quoi mon opinion de toi aurait-elle changé alors que tu me promenais dans ton Aston ?! Bon sang ! Tu m’as même dit que tu gagnais cinq mille euros mensuel il y a quelques mois ! Alors comment justifies-tu d’avoir continué à me mentir alors que je savais ton salaire ?! Tu es encore en train de te moquer de moi Hunter ! TU ES ENCORE EN TRAIN DE MENTIR ! m’égosille-je en partant dans les aigus.
Je m’attendais à ce qu’il réagisse, il est de toute façon complétement fou, sa cage thoracique s’agite dans tous les sens mais il me fixe simplement, à deux doigts de répondre mais visiblement sans y parvenir.
- Ah tu ne sais plus quoi dire cette fois ! aboie-je. Tu te sens sans doute complétement idiot ! Tu te rends compte que tu as merdé, que tu t’es fait tout un monde pour rien du tout ! Que tu es ridicule d’avoir imaginé que ton salaire « d’avocat » était bien caché alors que PAS DU TOUT !
- Je ne gagne pas cinq mille euros par mois ! crie-t-il enfin.
- Je m’en moque ! Ça ne valait pas de me mentir Hunter ! Peu importe les milliers que tu peux te faire ! Ça ne valait pas tous ces mensonges de parano !
- JE BRASSE DES MILLIONS HESTIA ! explose-t-il alors.
Je me prends la claque du siècle, qui me rend complétement muette pour le coup, alors qu’il continue enfin d’évacuer ce qu’il n’arrive pas à me dire depuis des mois :
- Bordel ! Je ne loue pas cet appartement ! Je possède l’immeuble entier ! Je ne suis pas le directeur d’une petite entreprise qui fonctionne ! Je suis à la tête d’une des plus grosses entreprises du pays ! Je brasse des millions, que je réinvestis et qui se multiplient encore et encore ! Je te promène en Aston, je te paie des séjours, des repas… qui coûtent trois francs six sous pour moi ! Alors oui Hestia ! Tous les signes de richesse que tu imagines avoir capté ne sont clairement pas représentatif de ma situation que je te cache avec acharnement chaque jour depuis des mois, avec la peur au ventre que tu ne tombes sur une revue financière qui t’apprenne mon statut, mon patrimoine, et que les choses changent ! Parce que oui, je suis assez con pour croire que gagner des millions d’euros peut effectivement changer la perception que les gens ont de moi ! Excuse-moi d’être aussi con et parano !
Je porte une main à mes lèvres, les yeux complétement écarquillés alors qu’il me fixe de ses yeux fous.
- Tu ne dis rien ?! aboie-t-il avec tension.
- Je le savais…, murmure-je simplement du bout des lèvres.
- Quoi… ?
- Je l’ai su, il y a des mois…
Il est complétement perdu, les sourcils froncés, et je ne suis pas capable d’intégrer ce qu’il vient de me dire, parce que c’est trop énorme. Je reste fixée sur la petite information qui vient de se glisser dans mon esprit :
- Puisqu’on se dit toute la vérité ce soir… au mois de novembre, je suis allée à la prison avec Eden, pour savoir si Kai était sorti ou non… le fameux jour où Eden a pris tes habits et ta voiture… Nous ne sommes pas seulement allés au restaurant ce jour-là, nous sommes allés à la prison au culot, nous avons endossé le rôle de « Monsieur Grimmal », un homme d’affaire richissime qui possédait la plus grosse entreprise du pays et « d’Irina », son épouse trophée… Je ne savais même pas que c’était ton nom de famille à cette époque, et lorsque je l’ai appris deux mois plus tard, je ne me suis posé aucune question, il m’a paru logique qu’il avait pris ton nom au hasard puisqu’il portait tes habits et conduisait ta voiture… Je n’aurais jamais pu imaginer qu’il avait donné cette information en sachant que la femme de l’accueil pourrait la vérifier en direct, et donc accéder à notre requête par pression… Bon sang, j’avais la réponse depuis le début, depuis novembre, Eden m’avait dit sans me le dire ton travail et la réponse se trouvait simplement dans ma tête…
Il ne sait pas quoi répondre à ça, mais mes propos sont le déclencheurs d’une nouvelle question :
- Tu m’avais dit que ta boite avait payé la chambre d’hôtel à deux mille euros la nuit…, murmure-je.
- Oui enfin… ce n’était pas vraiment un mensonge, l’argent qui se trouve sur mon compte est bien issu de ma boite… donc techniquement, c’est bien l’argent de ma boite qui a payé cette suite…, marmonne-t-il.
Je cligne des yeux, de plus en plus abasourdie à mesure qu’il n’éclate pas de rire pour me dire qu’il plaisante.
- C’est sérieux Hunter ? Parce que je ne te pardonnerai jamais que tu te moques de moi ce soir…, chuchote-je.
- Je suis très sérieux Hestia, et si l’information te parait folle, alors je t’en prie, garde en tête que c’est bien parce qu’elle est folle que je t’ai menti.
- Je comprends drôlement mieux tes peurs…, murmure-je.
- Pourquoi ?
- Parce que ça change effectivement clairement les choses Hunter.
Mes mots le tuent, il pose ses mains sur le dossier du canapé et il relâche sa tête, il la laisse pratiquement tomber sous le poids qui s’abat sur lui, sous la peur qui le ronge… Il me fait mal au cœur, mais je lui dois la vérité.
- Je préfère être honnête Hunter… Je … je ne sais pas comment intégrer ce que tu viens de me dire, je ne sais pas… je ne sais plus rien là…
Il relève le nez pour me dévisager avec tout son désespoir :
- Mais c’est toujours moi Hestia…, murmure-t-il.
- Oui, toi qui côte des millions… je… je ne sais même pas ce que j’en pense si ce n’est que je n’ai rien à faire dans ton appartement… dans ton immeuble même…, chuchote-je en observant les murs autour de moi avec des yeux ahuris.
- Hestia…
- Mais… mais qu’est-ce que tu fiches avec une fille comme moi… ? souffle-je.
- Hestia, c’est tout ce que je ne voulais jamais entendre de ta bouche…, geint-il.
Je fixe le sol, je passe en revue tous les cadeaux d’Hunter, toutes les fois où il a été profondément agacé que je ne le laisse pas dépenser son argent comme il le voulait, où il m’a forcé la main pour payer à ma place et bon sang, maintenant je comprends mieux.
- Et dire que tu m’as laissé payer le parking une fois…, plaisante-je d’une petite voix.
Il a un petit rire, faible, et il me couve des yeux avec toute sa tendresse :
- Je t’aime Hestia, je t’aime de tout mon cœur et je suis désolé de t’avoir menti, sincèrement…
- Oh non… ne t’inquiète pas… je comprends largement maintenant…, affirme-je de ma voix éteinte.
- Mais… si tu comprends mes mensonges alors… qu’est-ce que ça change dans le fond ? tente-t-il. J’estime que je vis simplement, j’ai juste acheté une jolie voiture parce qu’il devenait ridicule que je me pointe au boulot dans ma vieille première voiture mais… tu me connais, tu vois bien que je suis mesuré…
Je papillonne encore des yeux, je le revois à la neige, m’offrir une vie de princesse qui ne lui coûtait rien, son envie de m’offrir le monde sur un plateau comme disait Alma, ses yeux brillants d’amour chaque fois que je m’extasiais sur mon séjour…
- Je ne sais pas, c’est un peu trop pour moi Hunter… Tu avais peur que je ne m’intéresse à toi que pour ton argent si je l’avais su… Mais mets-toi à ma place… C’est moi qui doute désormais… moi qui ai peur que tu me quittes du jour au lendemain parce que je ne suis que moi alors que des riches héritières partout dans le monde n’attendent que toi…
- Hestia, arrête de dire des bêtises aussi grosses que toi, je t’en prie.
- Non, tu ne peux pas me demander ça… Mets-toi à ma place… Et les mensonges, tu es littéralement un homme que je ne connais pas Hunter… Je sors avec toi depuis des mois, je t’aime de tout mon cœur depuis des mois et je me rends compte que je ne te connais pas.
Son visage se déforme sous la peine et je me mets en mouvement :
- Je vais… J’ai besoin de prendre l’air, murmure-je.
Je me dirige sans un mot de plus sur la terrasse. Dès que je referme la baie derrière moi, je vois Hunter qui s’effondre pour de bon, l’air dévasté par ma réaction qu’il redoutait tant, mais je ne peux pas m’occuper de lui, je dois d’abord m’occuper de moi.
Je me marche donc et j’avance jusqu’à la barrière du balcon pour observer la ville, la peur viscérale au ventre de voir mon conte de fée partir en fumée avec ces révélations qui changent effectivement tout.