Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 140 : La plage et l’océan
Environ un mois plus tard
Je suis assise sur la plage, les doigts de pieds dans le sable, et je regarde Calyouk qui joue dans les vagues alors que le jour décline. Il saute dans l’océan inlassablement, en jappant et en me jetant des coups d’œil réguliers pour vérifier que je suis toujours là, que tout va bien.
Ça fait bientôt un mois que nous venons ici tous les jours, que nous passons notre fin de journée sur la plage tous les deux, à regarder l’océan et le ciel à perte de vue.
Je ferme les yeux, je profite des derniers rayons chauds du soleil, je me laisse bercer par le cri des mouettes, par le ressac des vagues sur les rochers… Je ressens le vent doux, ma robe en lin légère qui s’agite doucement sur ma peau… Je respire l’air marin, je puise l’apaisement de la plage et de l’océan en ce début de mois de mai chaud et clément.
Une truffe mouillée me pousse la joue et je ris en ouvrant les yeux :
- Youk ! le réprimande-je.
Il me remet un coup de truffe avant de se ramasser sur lui-même pour jouer, le ventre trainant dans le sable et l’œil rieur.
- Tu sais très bien que tu auras une douche si tu fais ça avant de rentrer à la chambre, le préviens-je en souriant.
Il n’en a que faire et il se jette dans le sable pour se rouler, bien décidé à me montrer qu’une douche n’est pas grand-chose face à l’amusement total qu’il éprouve lors de nos sortie à la mer le soir. Je lève les yeux au ciel puis je pose ma tête sur mes genoux et mes bras autour de mes jambes :
- Allez, encore dix minutes mon chéri, annonce-je gentiment.
Il repart comme une balle jusqu’à l’eau pour se jeter dedans et je l’observe avec un sourire maternel en profitant de cette douce fin de journée.
Un petit quart d’heure plus tard, nous reprenons tranquillement le chemin de l’hôtel en marchant le long de la plage. J’ai mes claquettes à la main, les pieds dans l’eau pour que les vagues les caressent et mon loup qui court encore comme un chiot heureux autour de moi.
L’hôtel où nous logeons apparait enfin. C’est un petit hôtel familial et convivial, plein à craquer dès la mi-juin, mais encore peu fréquenté au début du mois de mai, et je m’y suis sentie chez moi plutôt rapidement.
Ça fait un mois que Sélène m’a vu débarquer à son bureau d’accueil, pieds nus, en pleurs et avec un gros sac à la main. Un mois que je suis montée dans le premier train qui partait de notre ville et qu’il m’a emmené ici, à l’autre bout du pays, au bord de la mer. Sélène m’a accueillie à bras ouverts, avec toute la gentillesse du monde et m’a même installée avec elle dans la petite salle de restaurant pour discuter avec moi ce jour-là. Je lui ai expliqué rapidement ma situation et elle a accepté de me louer une chambre malgré Calyouk, alors que les chiens sont normalement interdit dans le petit établissement. Elle s’est occupée de moi comme l’aurait fait une drôle de marraine inopinée, toujours un mot gentil au début, puis quelques questions, et elle est maintenant devenue mon pilier ici.
Je pousse la petite porte et je constate que la salle de restaurant commence drôlement à se remplir en ce samedi.
- Et bien… des arrivées ? m’étonne-je.
- Oh oui ma chérie, et ce n’est que le début, confirme Sélène. Tu as passé une bonne promenade ?
- Très, l’air commence à devenir chaud même à cette heure-ci…, commente-je.
- J’ai eu un fax de ton université, il a dû être envoyé cette semaine mais nous ne l’avons reçu que ce soir… Je serais prête à parier que j’ai reçu le papier lorsque mon fax s’est souvenu qu’il existait et qu’il s’est réveillé…
J’ouvre de grands yeux et elle me tend le papier que j’espère depuis des jours, ma convocation à mes partiels. J’observe la feuille avec des étoiles plein les pupilles et lorsque je relève le nez, Sélène me sourit avec bienveillance :
- Tu vas tout déchirer ma chérie, je te le promets.
- J’espère, m’inquiète-je.
- Nous n’avons pas passé toutes ces heures à réviser tes petites fiches pour rien ! Moi je te le dis ! répond-elle en souriant largement.
Je serre ma convocation contre mon cœur et Sélène s’attendrit un peu trop, préférant donc me sortir son petit ton bourru pour le cacher :
- Dépêche-toi d’aller me passer ce Monsieur sous la douche ! Il met du sable plein l’entrée !
- A tout à l’heure ! réponds-je en lui souriant de toutes mes dents.
Je grimpe ensuite rapidement le petit escalier jusqu’à notre chambre, où je mène Calyouk à la salle de bain. Il ne se fait pas prier, il connait la chanson et il se glisse tout seul dans la douche pour que je puisse rincer le sable de ses poils.
Ça fait un mois que je suis partie avec Calyouk, je n’imagine pas comme il doit manquer à Eden, mais je n’ai jamais pu me débarrasser de lui. J’ai tout essayé pour qu’il reparte, je lui ai ordonné de rentrer, je lui ai interdit de monter dans le train avec moi, mais il n’y a rien eu à faire, il n’a pas voulu se détacher de moi. Je m’en veux un peu au fond, parce qu’il n’est pas mon chien… mais je ne suis pas non plus responsable du fait qu’il m’ait suivi sans rien vouloir entendre de mon refus. Ça fait un mois qu’il n’a ni laisse, ni harnais, ni collier… simplement sa plus grande fidélité à mon égard et notre amour mutuel. Je ne peux pas non plus faire comme si ça ne m’arrangeait pas, outre sa présence thérapeutique, il m’a permis de ne pas avoir peur, de réussir à me sauver sans craindre pour ma vie, d’aller faire mes courses sans stresser, de ne pas avoir de téléphone, de me promener sur la plage depuis des semaines pour assimiler tout ce qu’il m’est arrivé cette année plutôt que d’être enfermée dans ma chambre par trouille… Calyouk a été mon roc, mon soutien indéfectible, mon protecteur, ma compagnie et mon amour, tout ce que j’ai perdu.
Au fond de moi, j’espère simplement qu’Eden sait que je m’en occupe bien, que je le connais par cœur, que je sais exactement les croquettes qu’il lui faut jusqu’à ses friandises préférées, ses heures de promenade et les activités qu’il préfère… Je m’occupe de lui comme s’il était le mien et je sais aussi que je le ramènerai à Eden, alors j’efface ma culpabilité depuis des semaines et je me concentre sur le bien qu’il me fait et le bonheur qu’il m’apporte.
Un mois que j’ai quitté toute ma vie pour de bon, abandonné l’université et tout ce que j’ai toujours connu… Je suis descendue du train si tôt ce jour-là qu’il faisait encore nuit, j’ai marché encore et encore à travers les rues, Youk sur mes talons, et soudain, je me suis retrouvée face à l’océan où le ciel se levait… Dès que je l’ai vu devant moi pour la première fois de ma vie, j’ai su que je me trouvais à la bonne place, que j’étais exactement où j’avais besoin d’être pour traverser tout ça. Je suis immédiatement allée marcher le long de la mer, mettre les pieds dedans pour la première fois, frissonner face à la température fraiche de l’eau, sentir le sable sous mes doigts après l’avoir tant vu en photo dans les livres, apercevoir mes premières mouettes…
Un mois que je vis cette vie, coupée de tout et de tout le monde, pour accuser le coup, réaliser, assimiler, renaitre.
Je n’ai même pas pleuré plus que ça, le choc était trop grand, la trahison trop immense et je ne pouvais pas pleurer un homme que je ne connaissais même pas. Alors j’ai simplement mis la vie qui ne me convenait plus à la poubelle, pour profiter de la nouvelle, de ces vacances éternelles que je m’offrais.
Sélène me fait un prix, que ce soit sur la toute petite chambre que j’ai ou sur les repas, et je m’en sors très bien. J’ai assez d’argent pour rester ici un sacré bout de temps si l’envie m’en dit, au moins quelques mois avant d’avoir à réfléchir sérieusement à trouver un travail et reconstruire ma vie.
J’ai passé une semaine de choc absolu, à ne rien faire à part vivre chaque seconde entièrement, profiter du sable sous mes pieds, du soleil sur ma peau, de mes promenades avec Cal, des repas sur la petite terrasse suspendue de l’hôtel… Je refusais tout net de réfléchir à quoi que ce soit, de démêler ma vie, que ce soit Kai le drogué ou Hunter le baron de la drogue. Non, simplement moi, Hestia. Et ça m’a fait un bien fou.
Au début de la deuxième semaine, je faisais mes mots croisés sur la terrasse, comme tous les matins, lorsque Sélène m’a rejoint pour prendre le petit déjeuner. Nous avons discuté toutes les deux, notamment de mon année de fac, et elle ne m’a pas laissé abandonner. Elle m’a dit que « elle vivante », je décrocherais ma première année de droit, quitte à ne pas poursuivre, à changer de voie ou à reprendre plus tard… Elle m’a dit qu’elle me donnerait la possibilité de poursuivre mon cursus en septembre comme si tout s’était bien déroulé, car elle dit qu’en quelques semaines, tout peut changer, et que j’aurais pu m’en vouloir toute ma vie. Elle m’a pris rendez-vous chez son médecin de famille, qui m’a fourni un justificatif médical pour mon assiduité à l’université, et à partir de là, j’ai passé mes matinées à travailler mes cours sur la terrasse, jusqu’à ce que le soleil soit trop chaud vers deux heures et me pousse à rentrer. Je passe ensuite mes après-midi à l’ombre, en écoutant le chant des cigales dans le jardin privé de Sélène, je lis beaucoup, je fais parfois la sieste ou je câline Youk. Puis viennent nos promenades en fin de journée, nos longues promenades le long de la mer quand il fait assez doux pour que Cal profite, notre rituel d’observer le coucher du soleil tous les deux… Je rentre ensuite toujours nous doucher, puis me préparer pour la soirée, que je passe sur la terrasse avec les clients de l’hôtel. Je bois des jus de fruits en écoutant les groupes de musiques du jour, j’observe les vacanciers précoces s’amuser sur la petite piste de danse au coin de la terrasse, je me réchauffe devant les grands brasero lorsque le frais de la nuit tombe…
La seule chose étonnante est arrivée lors de la deuxième semaine, lorsqu’un homme s’est présenté à l’accueil de l’hôtel avec une photo de moi pour demander à Sélène si elle m’avait déjà vu ou aperçu. Elle a affirmé que « non » avec toute son assurance, puisqu’elle connait mon histoire, et j’ai pu être rassurée de me dire qu’on ne viendrait plus me chercher ici, puisque j’avais tout de même l’inquiétude que ce scénario arrive comme dans les films.
En tout cas, mon travail sérieux a payé, je me sens prête pour mes examens qui commencent lundi et mon billet de train est déjà réservé, ainsi que l’hôtel où je séjournerai pour toute la semaine que durent mes partiels. Sélène est excitée comme une puce, elle m’a aidé à travailler, m’a soutenue lorsque je m’effondrais sur mes cours en soutenant que je n’y arriverais jamais et m’a remontée les bretelles chaque fois que j’ai voulu tout fiche en l’air.
Mon quotidien ici me fait du bien, profondément du bien. Je me retrouve, je prends du temps pour moi, et dès ma troisième semaine ici, j’ai enfin pu réfléchir doucement, tout doucement à cette situation, sans me faire peur, sans pleurer ou m’effondrer… Simplement y réfléchir dans un environnement qui m’était désormais familier, rassurant et sécurisant.
Après la douche de Calyouk vient la mienne pour me préparer pour ma soirée sur la terrasse, qui est toujours plus animée le samedi, surtout avec l’arrivée des nombreux clients du jour. J’enfile ma plus jolie robe, je lustre mes cheveux avec mon huile et j’applique même du mascara, car aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres. Nous sommes le six mai, et c’est mon anniversaire.
*
Je suis assise sur le canapé au bord de la terrasse suspendue, je sirote mon énième cocktail de la soirée en observant la lune sur les vagues sombres face à moi, réchauffée par l’alcool dans mes veines et le feu du brasero à côté de moi.
J’écoute d’une oreille distraite la musique et les rires derrière, je caresse Calyouk qui est couché à côté de moi sur le canapé blanc et je m’autorise enfin à penser à Hunter pour de vrai. Je laisse son visage se glisser devant mes yeux, je profite de ses traits que je connais par cœur, j’entends sa voix dans mes oreilles, je sens presque la caresse de sa main sur ma cuisse. Je n’ai pas pensé à lui consciemment ces dernières semaines, j’ai laissé mon inconscient faire le travail, traiter les informations sans que je n’ai à sentir mon cœur se briser…
- Je peux m’assoir ou il risque de me manger ?
Je tourne la tête vers l’homme qui vient de me parler. Il est jeune, sans doute beau, il doit avoir mon âge et ses yeux brillent déjà des quelques cocktails qu’il a dû boire pour trouver le courage de me parler. Je souris en regardant Calyouk qui a déjà redressé la tête pour le jauger.
- Pour te répondre avec sincérité, il risque de te manger, réponds-je tranquillement.
Il imagine sans doute que je plaisante, mais il ne prend pas le risque, il se contente de sourire avec hésitation, jusqu’à ce que Youk le grogne doucement et qu’il le perde en se décomposant un peu.
- Vraiment ? s’étonne-t-il.
- Je ne sais pas trop, ce n’est pas mon chien, réponds-je simplement.
- Quoi… ? demande-t-il sans comprendre.
J’hausse les épaules en reposant mes yeux sur les vagues douces en contrebas, mais l’homme ne bouge pas.
- Tu vas bien ? Tu m’as l’air pensive… ? tente-t-il.
- Sans doute parce que je le suis.
- Je te dérange alors ? demande-t-il d’une voix compréhensive.
- Pas vraiment, il n’y a plus grand-chose qui me dérange je crois, j’ai trop touché le fond pour qu’une présence gentille me dérange…, réponds-je pensivement.
- Tu veux m’en parler ? Une oreille inconnue fait toujours du bien…
Il fait un petit pas vers moi et Calyouk gronde plus fort, arrêtant son mouvement en avant.
- Chut… tout doux mon chéri, tout va bien, murmure-je.
Il me lance un coup d’œil, repose une seconde ses yeux sur l’homme, et se lève finalement pour lui laisser la place en se couchant tout de même à mes pieds pour surveiller tout ça.
- Je peux m’assoir ? demande-t-il avec hésitation.
- Je pense, confirme-je.
Il se met à côté de moi en surveillant Calyouk, qui le dévisage avec méfiance, le prévenant plutôt clairement de ne pas dépasser les limites.
- Comment t’appelles-tu ?
- Si nous nous présentons, ton oreille ne sera plus inconnue, souligne-je avec un sourire en coin en portant mon verre à mes lèvres.
- C’est vrai…, rit-il doucement.
- Je ne suis de toute façon pas sûre d’avoir envie de parler de tout ça. Je m’appelle Hestia.
- Enchanté Hestia, je reste une oreille inconnue, au cas où.
Je lui lance un regard et il me sourit avec gentillesse.
- Je peux t’offrir un autre verre ? propose-t-il.
- Mais pourquoi donc… ? demande-je avec un petit rire las.
- Parce que j’ai envie de te faire plaisir, d’apprendre à te connaitre…, répond-il à voix basse.
- Pourquoi ? Tu es un criminel ? raille-je.
- Comment ça… ?
- Je ne sais pas, je n’attire que les drogués sortis de prison et les barons de la drogue…, réplique-je avec amertume en fixant les vagues.
Un petit blanc accueille mes paroles, et il met quelques secondes à répondre, comme s’il me laissait le temps de lui dire que je plaisante.
- Mon oreille inconnue est bien plus nécessaire que je ne l’imaginais Hestia…, finit-il par dire en observant la mer avec moi.
- Que dire… les deux seuls hommes de ma vie étaient un dealer drogué jusqu’au trognon et le baron de la drogue du coin d’où je viens… Et ils me l’ont caché tous les deux bien sûr… Alors tu vois oreille inconnue, je ne suis pas prête à rencontrer quelqu’un d’autre. Je suis un peu frileuse à l’idée que tu viennes de découper un cadavre dans ta chambre ou de braquer une banque…
- Ni l’un, ni l’autre… Je suis simplement un faussaire, plaisante-t-il.
Je ris un peu et je me tourne vers lui en posant mon coude sur le dossier du canapé et ma tête dans ma main :
- Tu as au moins le mérite de me le dire tout de suite, m’amuse-je.
- Je n’ai que des qualités Hestia, je t’assure, répond-il d’une voix charmeuse.
Je me plonge dans ses yeux bleus, aussi séducteurs que rieurs. J’imagine quelques secondes ma vie avec lui, un avenir, des promenades le long de l’eau main dans la main, des rires et une drôle de rencontre. Mais ça ne sert à rien.
- Je suis amoureuse du baron, je suis navrée oreille inconnue.
- Mais il n’est pas exactement un homme bien… il t’a menti… Bon, je t’ai menti aussi, je ne suis pas vraiment faussaire, grimace-t-il avec humour.
Je ris un peu en finissant mon verre.
- Il m’a peut-être menti, mais je l’aimerai toute ma vie… Je ne suis plus un cœur à prendre, il a déjà été volé…, réponds-je en fronçant légèrement les sourcils.
- Quelle tristesse de t’entendre dire qu’il a été volé… Tu trouveras peut-être quelqu’un qui pourra aller le récupérer entre les mains de ce criminel…
- Je ne crois pas, en fait… c’est justement ce à quoi j’étais en train de réfléchir avant que tu n’interrompes mes pensées.
- C’est-à-dire ?
- Je crois que mon cœur est irrécupérable… je ne suis même pas sûre d’avoir envie de le récupérer, chuchote-je.
- Mais il est dangereux.
- Il est aussi mon amour… l’homme avec lequel je voulais me marier, dans le meilleur comme le pire… Je ne crois pas à la fatalité, je crois que nous pouvons tous changer, je crois que c’est à ça que je réfléchis sans me l’avouer depuis des semaines, depuis que je suis partie… Je crois que je suis incapable de vivre sans lui, que je peux le faire changer… Je crois qu’il changera pour moi, murmure-je.
- Permets-moi de douter, ce genre de personnage ne change jamais.
- La plupart… Mais pas lui, tu ne le connais pas… Nous nous aimons, nous nous aimons vraiment, et je crois sincèrement qu’il changera pour moi. Je crois que je suis prête à rentrer chez moi, à lui parler, à lui dire que je serai là, que je l’aiderai à tout arrêter…
Au moment où je le dis, je réalise à quel point c’est vrai et que c’est la raison pour laquelle je ne me suis pas effondrée ces dernières semaines comme je l’ai fait lorsque je l’ai quitté. Je réalise que malgré le choc et la terreur qui a saisi mon esprit lorsque j’ai compris qui il était, mon cœur savait. Mon cœur savait qu’Hunter ne me ferait sans doute jamais de mal, qu’il peut se comporter comme une ordure avec les autres, mais me traiter comme sa princesse à côté, comme il l’a fait depuis que je le connais. Je suis tout de même peureuse bien sûr, j’ai peur de me tromper complétement, peur qu’il soit complétement fou, menteur et manipulateur… Mais je ne veux pas tourner cette page sans une discussion avec lui, je refuse de tourner le dos à l’amour de ma vie sans au moins lui laisser une chance de s’expliquer et de me dire ce qu’il a envie de me dire. Quel genre de femme serais-je si je le condamnais sans même passer par son jugement ? Si je l’abandonnais dans un réseau qui le tient peut-être jusqu’à la gorge ?
- Merci oreille inconnue…, murmure-je pensivement.
- De rien, répond-il.
Son ton a changé, il est résigné, il a bien compris que ce n’était pas envisageable. Je me lève donc du canapé et avant de partir, je me tourne vers lui :
- C’est mon anniversaire, dis-je simplement.
- Joyeux anniversaire Hestia, répond-il en souriant.
- Merci, c’est agréable de l’entendre dire au moins une fois… c’est un petit plaisir que j’avais envie de m’offrir, précise-je en lui rendant son sourire.
Il me fait un petit salut militaire et je quitte définitivement la terrasse pour regagner ma chambre, Calyouk sur mes talons.
*
Nous sommes dimanche matin, je profite une dernière fois de la plage avec Youk qui se dépense encore plus que d’habitude, comme s’il avait compris que ce moment était nos au revoir à cette mer qui nous aura fait tant de bien.
Je fais ma dernière promenade, je savoure une dernière fois le sable chaud, je me remplis de toute cette belle énergie maritime jusqu’à ce que mes yeux tombent sur deux coquillages magnifiques dans le sable. Je me penche pour les ramasser et je les observe dans mes mains, alors que je sais déjà lequel je garderai et lequel je donnerai à Hunter. Je ne sais pas si je le pardonnerai, je ne sais pas si nous nous relèverons de tout ça…mais je sais que quoi qu’il arrive, c’est pour lui que j’ai ramassé ce coquillage et c’est lui qui gardera mon cœur en otage pour le reste de ma vie.
J’ai tellement de question à lui poser, tellement de craintes, d’incompréhension, de reproches à lui faire… J’ai tellement besoin de parler avec lui, d’apprendre toute l’histoire, d’enfin savoir la vérité, de découvrir qui le vrai Hunter Grimmal…
J’appelle Calyouk, qui revient au galop et nous prenons le chemin du retour.
- Nous rentrons tout à l’heure mon chéri, tu vas bientôt revoir ton papa, lui chuchote-je en souriant.
Il me lance un regard heureux, comme s’il comprenait sans pourtant être pressé de rentrer, comme s’il avait choisi en conscience de venir avec moi pour me protéger, en sachant que je le ramènerais un jour ou l’autre chez lui, en confiance absolue.
*
Dès que je descends de ma chambre avec mon sac de sport, Sélène a les larmes aux yeux et elle contourne son bureau d’accueil pour venir me prendre dans ses bras.
- Tu vas tellement me manquer ma chérie, dit-elle en me serrant.
- Je reviendrai sans doute après mes partiels, souligne-je.
- Je ne crois pas… je sens ces choses-là… je ne sais pas comment ça se passera avec ton Hunter, mais ta vie est là-bas… Tu viendras me voir pour les vacances… Quand tu le pourras…
- Bien sûr Sélène, et je t’enverrai des lettres ! plaisante-je.
- Ma petite protégée coupée de la technologie, rit-elle en me serrant encore plus fort.
- Je t’appellerai, dès que je le pourrai, confirme-je.
- Allez, file mauvaise graine ! dit-elle finalement en me relâchant pour éponger ses yeux avec un mouchoir.
Je quitte l’hôtel vers onze heure et demie, et je me rends à la gare pour prendre mon train à midi. J’ai décidé de garder Calyouk avec moi jusqu’à la fin de mes partiels, à moins qu’il ne veuille rentrer chez lui dès notre arrivée en ville, histoire de me sentir en sécurité avec lui le temps de m’adapter à mon nouvel hôtel. J’imagine le ramener vendredi soir quand Hunter sera au cours d’auto-défense, pour récupérer les numéros de Julia et d’Alma auprès d’Eden, et lui transmettre un rendez-vous pour Hunter pour le samedi, dans un lieu public… tout ça est tellement compliqué… Je ne me sens pas sereine de me retrouver seule avec lui, tout en sachant pourtant que je ne peux pas ne pas le revoir et essayer de comprendre…
A chaque jour suffit sa peine, je m’installe dans mon siège en sortant mes cours, pour réviser en cette dernière ligne droite avant mes examens qui je l’espère, rattraperont ma moyenne devenue catastrophique. Les partiels comptant pour une énorme partie dans la moyenne, j’ai bon espoir de bien m’en sortir.