Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 110 : Les lumières de la ville
3785 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 16/05/2026 12:58
Chapitre 110 : Les lumières de la ville
Après le repas, nous remontons en voiture et Kai attrape ma main automatiquement, la gardant calée dans la sienne alors qu’il passe les vitesses. Ce petit geste me fait penser à Hunter et mon cœur se serre si fort sous la tristesse que j’écarte très vite ça de mes pensées avant de sombrer.
- Nous pourrions distribuer ton CV au centre commercial, propose-je pour vite trouver un sujet de conversation.
- Tu penses vraiment que l’usine peut refuser alors que le patron avait l’air ok ? s’étonne-t-il.
- Je ne pense pas, c’est plus au cas où… Imagine que le type en arrêt qu’on remplace revienne… Tu pourrais avoir du boulot deux semaines puis plus rien… Il faut penser à l’avenir, autant mettre des chances de notre côté... Et puis ça te fait sortir encore, c’est une bonne chose d’aller nous balader au centre commercial… Il y aura du bruit, de la foule… je ne sais pas, ça peut être intéressant de t’y emmener je trouve… surtout que je dois me racheter un téléphone, alors il faut que j’y aille quoi qu’il arrive.
- Et je t’y accompagnerai quoi qu’il arrive…, confirme-t-il. Alors autant poser mes CV j’imagine… surtout si je suis accompagné par une fille aussi parfaite que toi, ça me fera forcément gagner des points plutôt qu’en m’y pointant tout seul.
- S’ils imaginent que nous sortons ensemble, c’est vrai que ça peut jouer en ta faveur…, réalise-je. Ils se diront forcément que tu es net si tu as une petite-amie !
- Surtout une meuf comme toi bébé. Je ne me ramène pas avec la camée du coin… Tu auras de quoi acheter un nouveau téléphone ? Je n’en reviens pas que tu aies pété le tiens, putain c’est tellement plus mon genre que le tien ! rit-il.
J’affiche une tête vexée alors que mes joues rosissent.
- Je ne suis pas fière de ce coup de sang, en effet, admets-je de mauvaise grâce.
- Terreur…, commente-t-il avec affection en me lançant un regard.
Je l’observe en coin, le nez en l’air, boudant toujours un peu par principe.
- J’aurai ce qu’il faut pour payer Kai, l’usine rapporte très bien en intérim et il y a des portables qui coûtent trois fois rien…
- Les trucs reconditionnés à l’ancienne, à clapet, sans doute…, soupire-t-il.
- Ça ira très bien, tant que je peux appeler, je ne me plaindrai pas.
- Quand on aura remboursé mes dettes, je te jure que je t’achèterai un beau téléphone, c’est vraiment la moindre des choses.
Il tourne dans une rue que nous ne devrions pas prendre pour rentrer au motel, il nous conduit visiblement dans le quartier chaud et je l’interroge du regard.
- Je me suis dit qu’on pourrait aller poser une avance pour mon patron… déjà parce qu’il faut que ce soit fait mais… c’est aussi une sorte de test… je… je pense que c’est bien que je me confronte à mes quatre murs. C’est dans ce taudis que je saurai si je suis vraiment prêt… c’est là que je …
Je serre mes doigts autour des siens, remplie à ras bord de compassion et terriblement fière de lui :
- Tu es fort Kai, ça va très bien se passer.
- Et puis, on ne va pas payer ce motel encore cent sept ans… On a déjà assez de fric à rembourser sans ajouter le loyer en plus… Mais ça va aller, je me sens serein, affirme-t-il en hochant la tête malgré ses sourcils froncés.
Nous nous garons en bas de chez lui, et son petit tour dans son appartement nous rassure. Il ne s’y sent pas bien, il sait déjà qu’il faudra qu’il déménage dans la mesure du possible quand il sera plus stable financièrement, mais il se sent suffisamment en confiance pour retourner y habiter demain soir, puisque nos réservations du motel vont du samedi au samedi. C’était finalement la bonne soirée pour faire le test et nous convenons de rentrer ici samedi soir après notre virée au centre commercial.
Il appelle ensuite son boss, avec la petite voix craintive qui lui est réservé et son désormais célèbre « Allô patron ? » que je ne peux plus supporter. J’ai envie d’assassiner ce type qui terrifie son monde, qui doit faire trembler de peur des étages entiers de hiérarchie situé sous sa coupe et encore, selon Kai, ce n’est même pas lui le grand patron du réseau, mais simplement un de ses seconds. Nous apprenons encore une bonne nouvelle, puisque même si nous avons moins d’argent que d’habitude, il est agréablement surpris par les versements réguliers de Kai, ce qui lui redonne une petite confiance, et il lui accorde dix jours de délai supplémentaire.
Au lieu de retourner au motel, Kai me surprend encore en prenant une route que je ne connais pas et qui a l’air de nous sortir de la ville. Je me laisse emmener sans commentaire, parce que je suis trop heureuse de le voir aussi détendu, alors qu’il a un bras posé sur sa fenêtre ouverte, qui fait voleter ses cheveux, et qu’il respire à plein poumon comme s’il redécouvrait la liberté. Il se gare sur un point de vue absolument magnifique et désert, qui surplombe toute la ville qui s’étend à l’infini. Mes yeux brillent de milliers d’étoiles tandis que j’observe les lumières de la ville, que je savoure le calme plat de la nuit silencieuse…
Je saute hors de la voiture pour aller me placer devant elle, au bord de la petite barrière du point de vue, un grand sourire aux lèvres en glissant mes yeux sur les milliers de point lumineux devant moi. Kai me rejoint finalement, il pose ses mains sur la barrière pour admirer la vue avec moi, le regard doux comme rarement.
- C’est là que je venais quand je pensais à toi, chuchote-t-il finalement comme un aveu. Quand mon quotidien de merde me rattrapait… quand j’étais paumé et que tu me manquais à en crever… Je venais ici, je passais des heures à regarder la ville… à imaginer que tu te trouvais là, quelque part, à mener ta petite vite de femme accomplie… C’est comme si je veillais sur toi depuis là… comme si je me promettais à moi-même que je finirais par te retrouver… et c’est arrivé…
Sa voix est si basse, si douce, ses yeux remplis à ras bord d’émotion et mon cœur se serre. J’attrape sa main pour enlacer mes doigts aux siens et il pose son regard sur moi :
- Je savais que je te retrouverais un jour Hestia… mais je ne pouvais pas imaginer le bien que ça me ferait… le bien que tu me ferais… Je ne peux pas croire que tu sois revenu dans ma vie depuis un petit mois et que j’ai déjà décroché, que je sois à deux doigts d’avoir un travail, une vie stable, que je sois si proche d’être la meilleure version de moi-même pour m’occuper de toi pour de vrai, enfin… Pour être l’homme que tu mérites d’avoir…, murmure-t-il.
- Kai…, souffle-je alors que mes yeux se remplissent de larmes.
- Je t’aime bébé, comme jamais personne en ce bas monde ne pourra jamais le faire… Depuis le premier jour…, dit-il en fronçant les sourcils.
Une larme roule finalement sur ma joue et il m’attire dans ses bras avec plus de tendresse que jamais pour me serrer contre lui en calant sa tête au-dessus de la mienne. Je ferme les yeux en le serrant contre moi, la gorge trop nouée pour répondre quoi que ce soit alors qu’il me berce doucement.
- Merci Hestia, merci du plus profond de mon cœur pour tout ce que tu m’as apporté depuis que nous sommes gamins, murmure-t-il.
Il est rarissime qu’il m’appelle par mon prénom et l’heure est si grave que mes larmes redoublent :
- Merci de veiller sur moi comme tu le fais, de tout faire pour être la meilleure version de toi-même pour moi, d’être la famille que je n’ai jamais eu, sanglote-je.
Il me garde calé contre lui un long moment, alors que nous admirons la vue de la ville si paisible, comme si ça ancrait en nous à quel point le pire est passé, et comme la vie qui s’annonce devant nous est belle maintenant que nous nous sommes retrouvés et que nous avons affronté son pire démon.
*
L’ambiance est folle ce soir, le retour se passe dans un silence des plus apaisants et j’ai l’impression de voler sur un petit nuage de plénitude. Kai est sobre, je reprends le cours de ma vie lundi, j’ai l’impression d’enfin sortir la tête de l’eau, de reprendre pied après la tempête que je viens d’essuyer.
Il fume sa première cigarette de la journée, en me couvant de ses yeux gris, alors que nous sommes assis sur le petit rebord devant notre chambre. Je suis appuyée sur mes bras en arrière, j’observe les immeubles éclairés autour de nous, je respire véritablement pour la première fois depuis des semaines et le bien que ça me fait est indescriptible.
Kai expire sa fumée au plus loin possible de moi, comme s’il voulait m’en préserver malgré ses yeux qui se reposent sur moi systématiquement pour m’observer me détendre.
- Il est bientôt deux heures du matin… Qu’est-ce que tu veux faire ? demande-t-il à voix basse.
- Je suis épuisée…, soupire-je en baillant.
- Comme chaque fin de semaine mon pauvre petit bébé… tu dors toujours tard le samedi…, commente-t-il avec douceur en passant une mèche de mes cheveux derrière mon oreille pour dégager mon visage.
- Oui… j’aimerais simplement que nous allions dormir… une dernière nuit de récupération avant de reprendre mes études sans revenir complétement cassée de ce travail pénible… Tu risques de t’en tirer mieux que moi, tu es grand et largement plus fort … ça ne sera sans doute pas si contraignant pour toi… J’espère en tout cas…
- Si tu savais comme je m’en tape… Je suis tellement heureux de te remplacer et que tu puisses reprendre ta vie de femme intelligente… je ne peux pas supporter de t’imaginer travailler à la dure plutôt qu’à fourrer ton joli petit nez dans des livres comme tu l’as toujours fait… C’est là qu’est ta place, à lire tranquillement pendant que je travaille pour m’occuper de toi…
Je tourne la tête vers lui pour lui sourire :
- Tu es bizarre ce soir… Drôlement doux, encore bien plus que depuis que nous sommes dans ce motel…, commente-je gentiment.
- C’est l’effet que tu as sur moi…
- Tu n’étais pas comme ça à l’orphelinat, pourtant tu passais ton temps avec moi.
- J’ai grandi, muri… je ne sais pas quoi te dire… je suis devenu un homme et toi une femme parfaite… J’ai toujours su que tu le deviendrais, tu l’étais déjà, mais tu étais si jeune… mon parfait petit trésor… Et quatre ans plus tard, tu es… époustouflante, sincèrement… Tu ressembles à une princesse…
- Arrête de dire n’importe quoi.
- Je ne rigole pas… Tu es comme ces princesses dans les livres qu’on nous lisait… Avec tes longs cheveux, tes grands yeux orangés magnifiques, tes longs cils et tes joues roses… C’est à ça que tu me fais penser, aux princesses des contes de fées, dit-il en caressant mes longues ondulations.
Je lui lance un regard peu dupe mais il a pourtant l’air parfaitement sincère. Il écrase son mégot avant de se lever pour me tendre une main, que je saisis pour qu’il me relève, puis nous rentrons.
Il s’appuie contre la porte pendant que je fouine dans mon sac à la recherche de mon pyjama.
- J’ai une surprise pour toi, dit-il finalement.
- Ah bon… ?
Il sort de sa poche quelques petits sachets rouge et vert. Je ne comprends pas ce que c’est jusqu’à ce que je m’approche pour découvrir que ce sont des huiles pimentées qu’il a pris au restaurant. Je glousse évidemment avec lui :
- Tu n’as quand même pas pris ça pour me masser rassure-moi ? ris-je.
- Bien sûr que si… Je me suis dit que ça bouclerait la boucle… Puisque tu as enfin terminé ce taff de merde… Laisse-moi t’offrir ça pour tout ce que je t’ai fait subir… tu avais eu l’air d’adorer…
- Être transformée en pizza géante ? m’amuse-je.
- Je suis sérieux, insiste-t-il doucement. Laisse-moi faire ça pour toi, ça ne me dérange pas, ça me ferait même plaisir…
- Kai…, soupire-je en riant.
- Je t’en prie, s’obstine-t-il avec sérieux.
Je lève les yeux au ciel, vaincue, puisqu’il est très loin d’être désagréable de se faire masser et Kai me suit, visiblement très heureux que j’accepte. Il se débarrasse de son tee-shirt et de son jeans pour enfiler un short plus confortable en deux temps trois mouvements :
- Et puis c’est notre dernière nuit dans ce lit… je trouve ça assez drôle de faire comme notre première nuit dedans…
- C’est vrai, admets-je.
- Et tu avais adoré…, répète-t-il.
Je suis en robe, mais je trouve ça ridicule de mettre un pantalon pour me faire masser. Je ne vois pas bien le problème de me mettre en sous-vêtements devant Kai alors que nous sommes déjà allés à la piscine quand nous étions jeune. Je me dirige donc vers le lit en la retirant :
- Ça vaut bien le coup de se faire badigeonner d’huile pimentée, je l’admets ! ris-je.
Je jette ma robe dans mon sac avant de me jeter à plat ventre sur le lit et il grimpe sur mes fesses comme la dernière fois tandis que j’installe ma tête sur mes bras croisés. Il dégage mes cheveux de mon dos avec douceur, avant de détacher mon soutien-gorge tout aussi délicatement.
Dès qu’il verse les petits sachets sur mon dos, je ne peux pas me retenir de glousser et il m’imite avant de recommencer ses massages délicieux sur mon dos martyrisé par les charges lourdes que je porte depuis des semaines.
Il délie mes muscles avec une efficacité remarquable, il est définitivement doué pour ça et je ne tarde pas à planer complétement, entre rêve et réalité. Ma peau frissonne sous le bien que ça me fait, ses mains passent inlassablement sur mes muscles tendus, démontrant une patience à toute épreuve puisque le temps s’étire encore et encore sans qu’il n’arrête…
Je suis à deux doigts de m’endormir lorsque je sens une drôle de caresse entre mes omoplates… Je reviens doucement à moi lorsqu’il m’en fait une deuxième et je réalise seulement que ce sont ses lèvres qu’il pose avec douceur au creux de mon dos. Ce n’est qu’au troisième baiser doux, en bas de ma nuque, que je réagis :
- Qu’est-ce que tu fais… ? demande-je doucement.
- Une envie folle d’huile pimentée…, murmure-t-il contre ma peau.
Je souris faiblement, un peu trop perturbée par ce qu’il se passe pour rire de sa plaisanterie. J’ai l’impression que le temps se suspend, je ne sais pas comment réagir, ni même quoi dire alors qu’il est aussi gentil et doux avec moi. Il n’a rien fait de mal si… ?
Il se redresse alors, avant d’attraper mes hanches pour me retourner délicatement dos contre le matelas. Je mets automatiquement mes mains sur mes seins pour tenir mon soutien-gorge détaché dessus, les yeux immenses alors que je ne comprends pas ce qu’il fait. Je ne me sens pas une seconde en danger, je ne comprends sincèrement pas ce qu’il lui prend alors qu’il me dévisage de son regard brillant et gentil en parcourant mon visage.
- Kai… ? souffle-je.
Il caresse mes clavicules si délicatement que c’est presque la caresse d’une plume, puis il se penche en avant, jusqu’à venir planter son visage au-dessus du mien, à une vingtaine de centimètres, alors qu’il glisse ses yeux sur mon visage. Mon cœur accélère tout seul, je n’ai jamais vu Kai avoir un comportement pareil, je ne l’ai jamais vu aussi apaisé, aussi délicat, je ne le reconnais pratiquement pas. Il approche encore son visage du mien, et mes yeux tombent sur ses lèvres, qui me semblent dangereusement proches des miennes… Je jurerais qu’il est complétement drogué si je n’étais pas sûre et certaine qu’il ne l’est pas…
- Kai… ? répète-je.
Il m’offre un si beau sourire qu’il me bouleverse en un claquement de doigts, malgré mon cœur qui tape toujours aussi fort dans ma poitrine, voire plus fort alors qu’on dirait qu’il me regarde amoureusement. Je ne comprends rien à ce qu’il est en train de se passer…
Il m’observe comme ça quelques secondes, les yeux brillants, admiratifs, tendres… avant de finalement souffler brusquement sur mon visage, me faisant sursauter de tout mon corps. Il éclate de rire, son plus beau rire insouciant, avant d’attraper le verre d’eau sur la table de nuit pour me le lancer au visage. Je couine en partant dans les ultrasons avant d’éclater de rire avec lui tandis qu’il descend de mon bassin en se pliant en deux de rire. Je me redresse à toute vitesse, gardant une main serrée sur ma poitrine, mais attrapant la petite bouteille d’eau sur ma table de nuit pour lui lancer une grande gerbe d’eau sur la tête.
Il se protège de ses bras en riant toujours plus fort et je le course dans la minuscule chambre pour lui vider le reste de la bouteille sur la tête. Nous nous chamaillons comme deux gamins pendant les dix minutes suivantes, à vider nos stocks de petites bouteilles d’eau l’un sur l’autre en riant aussi forts que lorsque nous étions enfants, jusqu’à nous en faire mal au ventre.
Après notre petite bagarre, je prends rapidement une douche et je le rejoins dans le lit pour me caler contre lui puisqu’il a lancé un film. Je pose la tête au creux de son épaule et il passe un bras autour de moi, puis je plonge dans le sommeil avant même la fin des cinq premières minutes.