Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 101 : Les aveux de Kai
Ma semaine de cours est intense, c’est de toute façon une période un peu compliquée puisque j’ai beaucoup d’examens. L’envie d’aller dormir avec Hunter ne se fait pas sentir, puisque je travaille beaucoup le soir pour essayer de rattraper le retard que je prends quand je passe du temps avec lui. Hunter en profite pour travailler plus en présentiel et ça me réconforte quelque part, puisque je détesterais l’imaginer tourner en rond chez lui dans mon attente. Il est si simple d’être avec lui, notre couple est équilibré, il ne me fait pas sentir qu’il est triste que je ne vienne pas, il me laisse faire ce que j’ai à faire à mon rythme, sans me presser. Nous nous voyons un petit coup le mercredi soir, il passe au pied de mon immeuble en fin de soirée comme il l’avait déjà fait, simplement pour avoir un « petit bisou en rentrant du travail » comme il dit.
En tout cas, je suis on ne peut plus heureuse le vendredi soir, après mon dernier cours, qui marque la fin de la semaine et le début du weekend, qui signifie désormais passer du temps de qualité avec lui, sans me soucier de mes études.
J’entame mon récent rituel du vendredi, à savoir la douche avant le cours d’auto-défense, ce qui parait ridicule mais pas tant, puisqu’elle me permet de me rendre nette des pieds à la tête avant mes deux nuits avec lui. J’aime le temps que je peux passer sous ma douche à me préparer pour lui, à prendre soin de moi pour me sentir la plus jolie possible, puis préparer mon sac de sport avec mes affaires pour le weekend, dont une jolie robe de nuit…
Dès que je termine de m’habiller dans ma tenue de sport, il me reste une bonne heure avant le cours et je suis à deux doigts d’attraper mon sac pour rejoindre Hunter en avance lorsque mon portable vibre. Je l’attrape en souriant, mais je perds très vite mon sourire puisqu’il s’agit de Kai.
J’ai bien sûr réfléchi un peu à lui cette semaine, mais je n’arrivais pas à me résoudre à l’appeler. J’ai analysé les choses, et alors que je me convainquais que c’est parce que je ne pouvais pas passer au-dessus du fait qu’il se drogue, j’ai réalisé que la réalité était pire que ça. En fait, lui faire la tête m’a permis d’avoir une pause pour souffler, tout simplement. Ces histoire sont tellement compliquées et graves, ma vie est si douce en parallèle… J’ai juste eu envie de passer une bonne semaine sans me prendre la tête avec tout ça, mais alors que mon frère m’appelle, je sais déjà que les vacances au paradis sont terminées et qu’il faudra bien que je lui parle un jour ou l’autre. Autant que ce soit fait avant mon weekend, histoire de ne pas recevoir d’appel pendant que je suis avec Hunter.
- Oui Kai ? demande-je d’une voix froide.
- « Bébé… je suis désolé de t’appeler, je sais que je t’avais dit que j’attendrais que tu me reparles, que tu reprennes contact, que tu me pardonnes mais… il faut vraiment que je te parle, c’est très important. »
- Je ne sais pas si j’ai envie de te revoir Kai. Tu ne t’es pas drogué depuis la dernière fois ? Tu es clean ? Tu ne recommenceras plus ? Je refuse de te voir tant que ce n’est pas le cas.
- « C’est plus compliqué… Bordel, je ne veux pas te déranger, je n’attends même pas de toi que tu me pardonnes déjà, mais j’ai besoin de te parler, vraiment besoin. C’est à propos de tout ça… Il faut qu’on se voit, je t’en prie, viens me voir. »
- C’est hors de question ! Chaque fois que tu m’as appelé à l’aide et que j’ai accouru, tu as foutu en l’air tout mon programme pour me choquer un peu plus à chaque fois ! vocifère-je. J’ai des projets ce soir, j’ai mon cours d’auto-défense et je dors chez une amie, il est hors de question que j’annule encore avec elle à cause de toi ! Et puis tu ne réponds même pas à mes questions ?! Qu’est-ce que je dois en déduire ?!
- « Bébé je t’en prie ! Je comprends, putain je comprends mais il faut que je te parle. Ça ne durera pas longtemps, accorde-moi une demi-heure, juste une demi-heure, écoute ce que j’ai à te dire et repars, fais ta soirée avec ta copine, décide de ce que tu veux faire de moi… mais accepte de me voir un petit coup. »
Je mordille ma lèvre en soupesant le pour et le contre. J’ai largement une demi-heure à lui accorder, ça m’occuperait même sans doute en attendant le cours et j’ai surtout toujours sa voiture garée sur mon parking… Je suis allé la chercher discrètement cette semaine, en serrant les fesses à l’idée de croiser Hunter sur le parking du gymnase, et je les serre depuis, par trouille qu’il ne voit cette bagnole inconnue sur ma place de parking en bas de chez moi. Et puis c’est sa voiture, il faut bien que Kai la récupère à un moment donné… Il a en plus l’air de vraiment tenir à me parler, il ne donne pas l’impression d’être dans une galère dont je dois le sortir comme les autres fois, ce qui me prenait mes soirées complètes…
- Bon, j’accepte, déclare-je froidement. Uniquement pour te ramener ta voiture, mais je suppose que je peux bien prendre un peu de temps pour écouter ce que tu as à me dire…
- « Putain merci bébé, je t’aime, à tout de suite. »
Je soupire longuement en raccrochant, puisqu’il est évidemment déjà en train de m’avoir, je le sens bien. Il est tout calme, tout penaud, rien à voir avec son agressivité que je déteste et je sens que je vais avoir bien du mal à rester fâchée.
*
Lorsque je me gare sur son parking miteux, il me rejoint en trottinant, les yeux remplis à ras bord d’espoir et de bonheur. Je suis complétement abasourdie, parce que je vois qu’il a une tête différente et je n’en reviens pas. Sa peau est plus fraiche, plus rosée, ses cernes sont beaucoup moins présents… C’est dur à décrire, mais on sent qu’il est en meilleur santé et la flamme de l’espoir se rallume largement dans mon cœur à l’idée qu’il ait vraiment arrêté la drogue.
Dès que je sors de sa voiture, il me prend dans ses bras pour me serrer et je lui rends son câlin, bien plus heureuse de le voir que je ne l’aurais pensé puisqu’il a l’air d’avoir tenu sa promesse.
- Tu m’as manqué… putain si tu m’as manqué… tu me manques toujours de toute façon, depuis que j’ai quitté ce foutu orphelinat, chuchote-t-il contre mes cheveux.
Je ne réponds pas, histoire de garder un peu la face. Lorsqu’un homme sort de chez lui en claquant la porte, je me tends immédiatement puisque je déteste cet endroit, et Kai m’emmène rapidement chez lui en me tenant serrée sur son flanc pour me rassurer.
Dès que je passe sa porte, c’est un nouveau choc, lorsque je découvre qu’il a réussi à tenir plus ou moins son appartement. Ce n’est pas brillant, mais c’est loin d’être une catastrophe, je peux voir les efforts qu’il a fait, notamment en mettant les choses qui vont à la poubelle à la poubelle et en faisant sa vaisselle, tout simplement.
- J’ai nettoyé cette semaine, j’ai entretenu plutôt, glisse-t-il.
Il me lance un regard mi-craintif mi-fier, comme un enfant attendrait l’approbation de sa mère et je ne résiste plus :
- Je vois ça… je suis agréablement étonnée, je dois le reconnaitre. Alors ? De quoi voulais-tu me parler ?
- Tu m’écouteras jusqu’à la fin sans partir ? demande-t-il.
- Ça dépend de ce que tu me dis…, m’inquiète-je déjà.
Il s’assoit et je l’imite, prenant le siège en face de lui alors qu’il attrape mes mains au centre de sa table pour les caresser avec toute la douceur dont il peut faire preuve.
- Je ne te garderai qu’une demi-heure bébé, c’est promis. Alors peu importe ce que je vais te dire, tu peux bien rester une demi-heure pour écouter non ?
Encore une fois, il a raison. Peu importe ce qu’il peut bien me sortir, si je ne dois rester qu’une demi-heure alors que je rejoins ensuite mon oasis de paix, je peux pratiquement tout entendre.
- Oui Kai, je resterai. Je t’écoute.
- Ok alors… je voulais te voir pour te dire les choses avec honnêteté, pour te prouver ma bonne volonté. Autant mettre les pieds dans le plat directement : Je ne suis pas clean.
Je ne m’attendais pas à être si déçue. Une petite voix me criait dans un coin de la tête à quel point il est difficile de se sevrer de la drogue, mais je réalise à quel point j’ai eu espoir en voyant comme il avait l’air d’aller mieux. En tout cas, je suis déçue mais pas surprise, et je ne bouge donc pas de ma chaise, lui signalant que je tiens ma promesse et que je resterai jusqu’à ce qu’il m’ait dit tout ce qu’il a à me dire. Je dois même bien avouer que je suis très touchée qu’il soit aussi honnête avec moi, à en prendre le risque que je m’en aille dès la première minute.
Il se rassure en voyant que je ne pète pas encore les plombs et il serre mes mains avec plus d’assurance en reprenant :
- Je t’avais promis que je n’y toucherais plus, je te l’avais promis et je n’ai pas réussi… je suis vraiment désolé de t’avoir fait une promesse que je n’ai pas pu tenir bébé, vraiment. Mais c’est… bordel c’est… très, très dur…, finit-il en chuchotant.
- J’imagine, commente-je simplement, d’une voix plus douce que prévue.
- J’ai essayé, je te le promets. J’ai passé deux jours sans toucher à de la merde… Mais… je… vomissais, je tremblais, je devenais complétement dingue… J’ai craqué lundi soir et je me suis dopé toute la nuit. Quand je me suis réveillé, je n’étais pas en manque mais j’ai vomi mes tripes à l’idée d’avoir trahi ma promesse, à l’idée de ne pas avoir réussi à tenir plus de deux jours… Honnêtement j’imaginais bien que je risquais de rechuter, mais je ne pensais pas que ce serait aussi rapide, dit-il en fronçant les sourcils.
- Moi non plus, glisse-je tristement.
- J’en ai parlé à quelques mecs du réseau, qui ont réussi à être clean sur certaines périodes… Ils m’ont confirmé que la première semaine était la plus dure, la plus horrible d’une vie… La deuxième est déjà plus simple, mais elle reste hard. C’est la troisième qui te détache vraiment bien de toutes ces merdes… Et après trois semaines, tu peux commencer à retourner dans le monde réel tranquillement, petit à petit, sans te tenter non plus… Je me suis dit que c’étaient des conneries, tu me connais…
- En effet, réponds-je en plissant les yeux.
- Alors j’ai tout arrêté, j’étais aussi sûr que j’y arriverais que le samedi après ton départ. Cette fois, j’ai tenu moins de deux jours, mais je n’ai pas trop déconné. C’est juste que je … j’étais en train de dealer pour te rembourser… J’avais la cam dans les poches c’était… putain c’était un enfer de l’avoir sur moi et de ne pas pouvoir y toucher… J’ai craqué en milieu de soirée et j’ai à nouveau coupé dès jeudi matin. J’ai encore réussi à tenir toute la journée, j’ai commencé ma nuit en tenant bon, mais j’ai craqué ce matin, à l’aube. J’avais encore vendu cette merde toute la nuit… je … je n’ai pas d’excuse bébé mais… Je voulais juste être honnête avec toi… je n’ai rien pris depuis ce matin d’ailleurs… mais il fallait que je te le dise… ça me tuait d’imaginer que tu me visualisais en train de devenir clean, que tout serait réglé dès que tu aurais eu l’envie de me recontacter… Je voyais les scenarios, le jour où mon cœur se relancerait, où je verrais enfin ton appel… tout ça pour te dire que je ne suis pas clean… J’avais peur que tu me raccroches au nez et que tu ne veuilles plus jamais me voir… Alors j’ai préféré te demander de venir entendre la situation, de comprendre que je donne tout ce que j’ai, jusqu’au fond des tripes, pour essayer de décrocher. Que ça prendra peut-être un peu plus de temps que prévu mais que je t’en ai fait la promesse bébé… Je ne peux plus te promettre que je ne toucherai à rien, je t’ai dit ça sans savoir à quel point ce serait difficile… mais je maintiens que je décrocherai un jour pour toi.
J’hoche la tête silencieusement, pour méditer à tout ce qu’il vient de me dire. Je trouve l’ensemble plutôt positif, parce que je le crois sur parole et que je vois bien à sa tête qu’il a pris beaucoup moins de cochonneries cette semaine que d’habitude.
- Tu as meilleure mine, réponds-je finalement.
Il a un petit rire faible :
- J’ai vraiment diminué ma consommation… je ne me suis pas drogué depuis l’aube et je ne tremble même pas… je te jure que c’est déjà bien, dit-il avec hésitation.
- Et en diminuant petit à petit comme tu le fais ? Ça ne peut pas fonctionner ? Tes « amis » ont bien réussi ?
- Non… Je suis au strict minimum… j’arrive à espacer les prises mais je n’arriverai pas à arrêter petit à petit. Le plus efficace est de se sevrer du jour au lendemain, de se faire enfermer quelque part pendant au moins une bonne semaine… C’est comme ça que ça marche, c’est pour ça que les centres de désintoxication fonctionnent. Tu peux aussi le faire à la rue, mais pour ça, il faut que des potes t’attachent à un lit pendant une semaine et s’occupent de toi… C’est vraiment la merde bébé… Et surtout, c’est un délire d’arrêter en continuant de dealer… c’est même impossible, c’est trop tentant, tu ne peux pas lutter alors que tu as ton démon dans la poche ou planqué sous ton lit… Et je devais te rembourser, il le fallait, et j’ai réussi. J’ai récupéré tes mille deux cents balles bébé.
Il se lève pour aller chercher une petite liasse qu’il me tend, et je suis encore plus étonnée, sans même parler du soulagement incommensurable qui m’envahit dès que j’ai en main la liasse de billet. Je la fixe en laissant retomber la pression dingue qui rôdait dans un coin de ma tête à l’idée d’avoir volé Hunter, je peux à peine croire que j’ai récupéré son argent alors que j’angoissais de devoir lui avouer un jour ou l’autre. Je fourre les billets dans ma poche dans la seconde, alors que mon cœur s’apaise enfin.
- Tout y est, assure-t-il.
- Je te crois.
- Du coup… je vais réessayer… j’ai abandonné le deal ce matin dès que j’ai eu la somme pour te rembourser. Il me reste du stock, et je n’ai pas la thune pour louer un motel ou une connerie du genre… mais je vais au moins arrêter d’aller me promener dans les rues avec la came sur moi. J’espère que ce sera plus simple mais j’ai des doutes… Il va de toute façon falloir que je dégage de chez moi, parce que j’ai rendez-vous demain soir avec mon patron pour lui filer le reste de ce que je lui dois…
- Sauf que tu ne l’auras pas…, murmure-je.
Il hoche la tête gravement :
- Ouai… et cette fois ils vont me buter bébé, c’est sûr. Alors il va falloir que je dégage d’ici, parce que quand je ne me pointerai pas au rendez-vous, tu peux être sûre qu’ils viendront me chercher là… Au moins je serai loin de la came qu’il me reste… J’ai juste peur de craquer et de rentrer prendre une dose… ils m’attendront au pied de chez moi… alors j’imaginais… Je me disais que tu pourrais m’aider pour être honnête.
- T’aider ? Mais comment ? m’étonne-je.
- Je pensais verrouiller mon appart et te filer la clé. Puis aller à l’autre bout de la ville, me terrer quelque part… J’envisageais de dormir chez toi mais…
- Impossible avec ma coloc, tranche-je.
- Ouai… c’est bien ce que je me suis dit… ça aurait été l’idéal putain… Tu aurais pu me garder à l’œil… m’empêcher de revenir ici péter la fenêtre…
- Casser la fenêtre ?!
Il affiche une tête plus que honteuse :
- Je crois que tu ne te rends pas compte… la dépendance te rend fou bébé, fou. Si tu prends ma clé, c’est déjà très bien, mais je sais que je serais capable de péter la fenêtre pour entrer…
- Et tu serais attendu Kai ! Tu risquerais ta vie en revenant ici ! m’écrie-je avec inquiétude.
- Je sais putain, je sais ! Mais c’est tellement difficile ! s’exclame-t-il avec désespoir. Tu ne réfléchis plus quand tu es en manque, et plus tu l’es, moins tu réfléchis ! A ce stade… tout ce qui m’importe, c’est que si je me fais buter, je me ferai buter en essayant de respecter ma promesse envers toi.
- Kai, arrête de dire n’importe quoi ! couine-je avec angoisse. Il doit bien y avoir un moyen, une solution… je … je ne sais pas… J’essaie de trouver un moyen de t’aider, je vois que tu fais des efforts ! Je vois que tu en as moins pris et ça me brise le cœur de réaliser à quel point c’est difficile ! Je ne sais pas quoi faire…
- Tu ne peux rien faire bébé… Tu ne peux pas me prendre chez toi, tu ne peux pas non plus prendre ma came chez toi pour la garder de moi alors que c’est illégal… Je … putain je n’ai pas de solution… A moins que tu ne m’attaches dans un bâtiment abandonné autour de chez toi et que tu t’occupes de moi comme un putain de gosse… Bordel je ne te demanderai jamais de faire ça ! Et la putain de demi-heure est passée maintenant !
Il s’énerve et saute sur ses pieds en passant ses mains sur son visage. Il a l’air à bout, dégouté par sa personne, par ses problèmes, par le fait de me mêler encore à tout ça… Il ne se rend pas compte à quel point il est en train de me rassurer malgré la situation en apparence catastrophique, à quel point je suis heureuse de voir comme il se donne pour réussir à tenir sa promesse…
Je saute sur mes pieds à mon tour et je me jette sur lui pour le prendre dans mes bras. Mon geste le surprend tellement qu’il en reste figé une seconde avant d’écraser ses bras autour de moi pour me serrer de toutes ses forces. Il m’étreint si fort que j’en ai du mal à respirer, mais je sens à quel point mon geste compte pour lui, à quel point mon frère a besoin de moi et il n’y a qu’une seule vérité qui s’impose désormais dans mon esprit : je ne le lâcherai pas.
- Nous allons trouver une solution, souffle-je.
- Il n’y en a pas bébé, j’ai tout envisagé… tout…
Je le câline quelques minutes pendant que mon cerveau tourne à plein régime. J’estime avoir l’esprit plus clair que le sien, et j’ai déjà quelques idées qui me traversent la tête… J’envisage une seconde de me servir de l’argent d’Hunter pour payer un motel, mais honnêtement, c’est impossible. J’ai tellement paniqué dès l’instant où j’ai volé cet argent, je m’en suis tellement voulu, j’ai tant paniqué de me dire que je bafouais ainsi sa confiance… Il faut que je me débrouille autrement pour avoir cet argent, mais je vais le faire. Je vais trouver cet argent, payer un motel et y enfermer Kai, le veiller jour et nuit s’il le faut… je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour le faire décrocher.
Je me retire donc de ses bras pour attraper ses joues, me plongeant dans ses beaux yeux gris qui me couvent comme si j’étais son univers tout entier.
- Kai, tu as jusqu’à demain soir si j’ai bien compris ? Pour rendre l’argent ou bien te volatiliser ? demande-je.
- En théorie, ouai… Mais je ne pourrai faire ni l’un, ni l’autre…, murmure-t-il. Je vais peut-être attendre qu’ils se pointent, leur demander un délai et me faire trancher la gorge s’ils sont contre.
- Tu parles au pluriel ?
- C’est une hiérarchie… mon patron a un patron… qui a un patron… et ainsi de suite jusqu’au grand patron qui règne sur tous les autres. Quand je dirai au mien que je n’ai pas la thune, ou bien il me butera ou bien il appellera le sien pour savoir ce qu’il doit faire… et celui-là appellera celui du dessus et ainsi de suite jusqu’à ce qu’un type haut placé décide ou non de me tuer… J’ai peut-être un peu d’espoir… mon patron me butera uniquement parce qu’il aura peur que le sien ne lui fasse la peau sinon, mais si tout le monde est dans un bon jour… ça peut peut-être passer…
- Kai, si tes chances de survie dépendent uniquement de la faible probabilité que tout un réseau de trafiquants de drogue soit d’humeur miséricordieuse le même jour, pour un type du bas de l’échelle… j’aime autant te dire qu’il est hors de question qu’on prenne le moindre risque !
- Mais nous n’avons pas le choix ! beugle-t-il.
- Ecoute, tu m’as demandé trente minutes et tu les as eu. Je vais devoir partir maintenant, je ne veux pas être en retard. En revanche, ne fais rien jusqu’à demain soir, ne bouge pas de chez toi en attendant de mes nouvelles, je vais voir ce que je peux faire.
- Bébé…, soupire-t-il.
- Kai ! tonne-je. Tu vas te taire et obéir cette fois !
Il a un petit rire qui me donne le sourire. Un petit rire face à mon autorité sans doute pitoyable, mais qui le tient pourtant à carreau. Je reprends donc :
- Tu ne vas pas sortir de chez toi d’ici demain soir et je vais voir ce que je peux faire.
- Tu ne trouveras pas de solution…
- Alors ça ne te change rien d’attendre il me semble ! Tu dis toi-même que tu n’as pas d’issues… Que je prenne ta clé ce soir ou demain pour que tu t’enfuies sous un pont ne change rien tant que ça se passe avant ton rendez-vous avec ton patron.
- Oui c’est vrai mais…
- Pas de « mais ». Tu vas m’emmener au gymnase maintenant, pour mon cours. Ensuite, tu vas revenir ici et attendre de mes nouvelles. Est-ce que c’est clair ?
- Très clair caporal, s’amuse-t-il. Ça veut dire qu’on se revoit demain ? C’est sûr ?
- Je te le promets.
Ses yeux s’emplissent d’émotion et il me reprend dans ses bras avant d’attraper ses clés pour m’emmener au gymnase, comme je lui ai demandé.