Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 92 : La chambre d’Hunter
Une fois devant sa voiture, je fouille mes poches jusqu’à en sortir sa clé :
- C’était adorable de me la proposer, j’ai été touché par ta confiance, glisse-je en lui tendant.
- Vraiment ? Tu la prends quand tu veux Hestia, ça me semblait tellement évident… Tout le monde fait ça, tu prends bien celle de Julia régulièrement…
- Celle de Julia n’a pas le même prix, j’ai tout de même moins peur de la casser, réplique-je.
- Il est évident aussi que je paierais les réparations s’il y avait un problème.
- Tu plaisantes ? Payer les réparations alors que je te l’abîme ? Tu n’es pas tout net mon cœur ! m’offusque-je en tapotant gentiment le dessus de sa tête.
- Je ne voyais déjà pas le souci à l’époque, mais je le vois encore moins maintenant que nous sommes officiellement ensemble… Je ne connais pas exactement ta vision du couple mais c’est à mes yeux comme… un tout, comme si nous partagions tout, que ce soit la voiture ou l’argent pour la réparer en cas de problème…
Je rougis un peu :
- J’aurais du mal avec le principe de la casser et que ton argent serve à la réparer. Tu vois peut-être les choses comme un tout mais c’est tout de même bien de ton compte que l’argent partirait pour réparer ma bêtise.
- Je croyais que tu voulais te marier avec moi ! rit-il.
- Quel est le rapport ?
- Si nos comptes deviennent communs, je ne vois pas bien ce que ça change à terme…
Je l’observe silencieusement, n’ayant pas grand-chose à répondre pour le coup.
- Tu conduis ? demande-t-il finalement en embrassant le bout de mon nez.
- J’aime bien que tu me conduises… je me sens comme ta petite princesse, explique-je en rougissant.
- Comme tu veux, ça m’aurait amusé, je ne t’ai jamais vu conduire.
A la mention de l’amuser, je referme ma main sur sa clé en souriant :
- Alors en voiture !
Je m’installe derrière le volant et notre première réaction est évidemment un éclat de rire lorsque nous voyons à quel point je suis loin des pédales. Hunter est plié en deux alors que je tends les jambes au maximum pour essayer de les effleurer sans y parvenir, il rit tellement que je continue mon cirque simplement pour l’amuser avant d’avancer le siège au bout de quelques minutes. Je triture évidemment l’intégralité de ses rétros puisque je ne vois rien, ce qui n’abaisse pas son hilarité.
- Alma n’est quand même pas si grande…, bougonne-je.
- Elle se défend, et elle avait quand même baissé le rétroviseur central si ça peut te rassurer, dit-il en se retenant de rire.
- Quel cirque ! râle-je encore en relevant le siège pour me grandir.
- Tu vas mettre plus de temps à régler la voiture qu’à nous ramener, répond-il en souriant.
- Et puis qu’est-ce que c’est que cette voiture à ras du sol ! Je ne vois rien ! ronchonne-je.
Il rit encore alors que je suis enfin parée au décollage et je lance donc le moteur qui ronronne doucement.
- Ouvre bien tes yeux car je ne suis pas prête de recommencer ni d’emprunter ta voiture, je préfère celle de Julia dont je n’ai pas à régler chaque détail pendant trois quarts d’heure ! m’exclame-je.
- Nous oublierons le principe d’échanger nos voitures régulièrement quand tu en auras une, répond-il avec humour.
- Je ne te le fais pas dire. Vivement que j’ai la mienne d’ailleurs, je déteste dépendre comme ça de Julia.
Je me lance sur la route avec précaution en sautillant presque sur mon siège pour tenter de mieux voir la route.
- Qu’est-ce que tu aimerais comme voiture ? Tu y as déjà réfléchi ? demande-t-il avec curiosité.
- Je m’en fiche complétement, la première qui viendra et dans laquelle je me sentirai bien.
- Tu pourrais prendre celle d’Eden…, dit-il pensivement.
- Tu penses qu’il voudra la vendre ? m’étonne-je.
- Je suppose qu’il s’en achètera une après ses études, et comme il les finira avant toi…, dit-il. Elle te plait ?
- Elle pourrait, elle est très bien. Pas trop grosse, pas trop récente, pas trop classe non plus, réponds-je en désignant son Aston d’un geste vague.
- Alors tu pourras la prendre, tu le peux déjà d’ailleurs, quand tu en as besoin, précise-t-il.
- On verra s’il a envie de changer et je me vois mal lui emprunter sa voiture sans qu’il ne me le propose lui-même ! glousse-je.
- C’est la mienne, et je te la propose.
Je lui lance un regard interrogateur et il s’explique :
- C’est ma première voiture, que j’ai acheté peu de temps après avoir commencé à bosser avant d’acheter celle-là quand j’ai eu les moyens. Je la prête à Eden depuis mais… je ne me vois pas vraiment lui reprendre, mais ça me tue de me dire que tu n’en as pas… Je lui dirai que vous la partagerez.
- Mais non ! Ne l’embête pas avec ça, et puis il est plus pratique pour moi de prendre celle de Julia, je me vois mal venir jusque chez vous pour prendre la voiture… ça n’a aucun sens, ne t’inquiète pas pour moi.
- Tu sauras que tu le peux en cas de problèmes.
- Ne t’inquiète pas, en cas de problème, je prendrai l’Aston. Je m’habitue déjà à sa puissance, réplique-je avec un sourire en coin en faisant vrombir le moteur.
Il éclate de rire et je file sur les voies jusqu’à chez lui en arrêtant de conduire en dessous des limitations maintenant que je l’ai prise en main. Dès que je me gare à sa place, il se tourne vers moi :
- Alors ? demande-t-il.
- Alors c’est une voiture, n’attends pas de moi que j’ai la réaction d’Alma parce que ça ne sera pas le cas…, réponds-je doucement avec des yeux hésitants.
Il hoche la tête en venant m’embrasser et alors que je m’attendais à quelque chose de sage après ce qu’il vient de se passer, pas vraiment. En fait, il réveille très efficacement les papillons dans mon ventre et nous nous lançons un regard des plus séduits lorsque nos lèvres se détachent.
- En quel honneur ? murmure-je.
- Je suis heureux que tu dormes chez moi, vraiment heureux.
Je glousse un peu et alors qu’il attrape sa poignée, je l’arrête d’un geste. Je saute ensuite sur mes pieds pour contourner la voiture et lui ouvrir sa portière, ce qui ne manque pas de le faire rire un peu plus, surtout lorsque je me dirige vers le coffre pour attraper nos sacs. Il essaie de me les prendre mais je refuse tout net et j’attrape sa taille pour l’emmener vers l’ascenseur que j’appelle pour lui en caressant sa hanche.
Un grand sourire amusé ne quitte plus ses lèvres tandis qu’il me couve des yeux et je pouffe :
- C’est agréable non ? De se faire traiter comme une princesse ? En tout cas moi, j’adore ça ! dis-je avec bonne humeur.
- Je préfère largement mon rôle, soupire-t-il.
- Moi aussi, ris-je.
Il attrape donc les sacs et je le laisse faire volontiers avant de me laisser caler contre son torse où je retrouve ma place habituelle une fois dans l’ascenseur. Ça me passe au-dessus qu’il préfère s’occuper de moi que l’inverse, mais je ne risque pas de m’en plaindre.
Lorsque nous passons la porte de chez lui, Eden tourne machinalement la tête de son film et se redresse avec entrain dès que ses yeux se posent sur moi :
- Titi ?! Mais qu’est-ce que tu fais là ?!
- Je dors ici tout le weekend ! claironne-je en réceptionnant Calyouk qui me saute dessus en jappant joyeusement.
- Oh bordel génial ! Sérieux Hunter, tu ne pouvais pas mieux choisir qu’en sortant avec ma meilleure amie ! Je n’avais pas encore vraiment percuté la chose ! rayonne-t-il.
- Je le fais uniquement pour toi Eden, parce qu’elle est insupportable !
- Continue alors ! Tu viens regarder le film avec moi ? me propose-t-il.
- Hors de question ! tranche Hunter. Tu ne vas pas me piquer ma copine deux minutes après qu’elle a passé la porte, et surtout pas pour la première fois où elle dort ici en étant avec moi ! On va déjà aller s’installer.
Eden boude en replongeant dans son film et Hunter attrape ma main pour m’emmener vers sa chambre où je le suis avec la curiosité la plus dévorante. Il ouvre enfin la porte et je découvre son petit univers avec des étoiles pleins les yeux alors qu’il la referme en envoyant bouler Eden qui râlait encore.
Tout est très sombre et sobre. Le mur de gauche abrite sa porte fenêtre pour sortir sur la terrasse et son lit, le mur de droite sa longue penderie puis son bureau et le mur du fond possède une grande fenêtre et une bibliothèque pleine de livres. Les draps sont noirs, le bureau et les tables de nuit en bois sombres sont épurés et je repère immédiatement le fauteuil club au coin de sa bibliothèque qui a l’air douillet à souhait. Il y a deux beaux cadres au-dessus de son lit, des illustrations fascinantes et mystérieuses de paysages nocturnes un peu gothiques.
Comme lui lorsqu’il a découvert mon lit, je me sens immédiatement à l’aise dans sa chambre, comme si je plongeais dans la mienne.
- J’adore ta chambre, murmure-je.
J’avance un peu, et alors que je dépasse sa penderie, je découvre un troisième cadre au-dessus de son bureau, un cadre qui me fait rougir jusqu’à la racine des cheveux puisque c’est une illustration d’un papillon monarque, qui est absolument sublime dans l’ambiance de la chambre, mais je ne vois pas quelles sont les chances pour qu’il possède cette affiche depuis longtemps. Il confirme de toute façon mes doutes en me lançant un regard timide :
- Je te laisse imaginer que ce cadre a rejoint ma chambre courant décembre… J’adore le regarder quand je réfléchis en travaillant… J’y passe des heures en y retrouvant les nuances de tes yeux…, chuchote-t-il.
Je me tourne vers lui, complétement soufflée :
- C’est adorable… je me sens tellement aimée, murmure-je.
- Tu l’es, répond-il simplement en se penchant pour m’embrasser en me prenant dans ses bras.
Après notre baiser, je reste calée contre lui tout en promenant mon regard sur les lieux. Tout est si apaisant pour moi, il n’y a rien de superflu à mes yeux, je vois les étoiles par sa porte fenêtre, j’ai envie de me lover dans sa couette sombre dont je connais par cœur la fragrance, de me caler dans son fauteuil en daim marron pour lire, de m’assoir dans la chaise en cuir de son bureau pour y travailler mes cours… J’adore que tout soit noir ou sombre avec la seule touche de couleur magistrale que représente l’immense papillon orange au-dessus de son bureau.
- Je me sens drôlement bien, mieux encore que dans ma chambre je crois, dis-je avec honnêteté.
- Vraiment ?
- Oui, je pourrais passer des heures ici… dans tout l’appartement finalement. Maintenant que je suis là, je n’arrive pas à croire que j’ai pu être inquiète à l’idée de dormir ici…
- C’est parce que nos univers se ressemblent, tu ne pouvais pas savoir que tu allais te sentir si bien dans ma chambre.
- Oui, ma seule référence était celle d’Eden et je ne pourrais pas y fermer un œil, il y a trop de détails, trop de couleurs… mon cerveau n’arriverait pas à se poser.
- J’étais plutôt étonné de découvrir que ton château était dans les tons blancs, glisse-t-il pensivement.
- Le noir me rassure, il m’apaise… je n’ai pas besoin d’être apaisée dans mon château, c’est un monde où personne ne peut pénétrer sans mon accord, réplique-je en lui lançant un regard doux.
- Tu seras la seule tâche noire de ton château, plaisante-t-il en désignant mes habits sombre.
- Pas la seule j’espère…, réponds-je du bout des lèvres en passant mes doigts sur les siens.
Il me soulève un peu de son bras dans mon dos, pour me surélever légèrement, et nous nous embrassons en souriant.
- Où puis-je mettre mon sac ? demande-je.
- Sur mon fauteuil, j’y suis rarement… ? propose-t-il.
- Ah non ! Ce fauteuil doit rester libre ! Il est déjà devenu mon nid pour quand tu auras des appels de Winston ! réplique-je.
Il éclate de rire avant de coulisser une des portes de son long dressing en me désignant l’intérieur :
- C’est l’endroit le moins rempli, tu peux te faire une place j’imagine ?
- Bien sûr.
En deux temps trois mouvements, je réorganise ses tenues qui servent visiblement le moins puisque je ne l’ai jamais vu les porter et je me libère deux étages où je place mes affaires sous ses yeux heureux et son sourire d’idiot.
- Qu’est-ce qu’il y a ? demande-je en riant.
- Rien de spécial, j’adore ce qu’il se passe, j’adore te voir te créer une place dans ma chambre c’est… parfait.
Une fois mes affaires rangées, je m’assieds à son bureau simplement pour tournoyer sur sa chaise en m’imprégnant toujours plus de sa chambre et il s’assied sur son lit pour me regarder, appuyé en arrière sur ses bras. Plus je passe du temps ici et plus je me projette, je suis même absolument enchantée à l’idée d’y passer le weekend, je sais déjà que j’aurai un pincement au cœur en repartant et c’est une très bonne chose. Ça me rend d’ailleurs si heureuse que j’en soupire d’aise en affichant mon air le plus satisfait.
- Ça y est ? Votre adaptation est terminée joli papillon ? demande-t-il en souriant.
- Oui !
- Tu ne voudras pas rentrer chez toi en courant ? s’amuse-t-il.
- Non ! pouffe-je. Arrête de faire comme si j’aurais pu me sauver, c’est simplement qu’il me parait absurde de dormir ici en semaine… J’aurais peur d’être en retard en cours ou de ne pas dormir suffisamment… Je ne sais pas.
- Je sais, je t’embêtais mon chat. Tu veux prendre une petite douche ? Il est grand temps que tu aies ta propre serviette je crois.
Je me tourne vers lui en souriant et il se lève pour prendre ma main et m’emmener dans la salle de bain où il me sort une grande serviette noire du placard. Je l’installe immédiatement sur le sèche-serviette, pendue après une barre au milieu puisque les garçons accrochent simplement les leur aux deux extrémités.
- J’ai la meilleure place ! glousse-je. Votre flemme ne connait-elle aucune limite ?
- Il faut croire que non, répond-il. Je peux venir avec toi ou bien … ?
Je me fige sur place pour lui lancer un regard ahuri :
- Avec Eden dans le salon … ? chuchote-je.
Hunter rit un peu et après un petit baiser sur mon front, il sort de la salle de bain sans discuter.