Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 89 : L'invitation

3383 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 07/04/2026 11:25

Chapitre 89 : L’invitation


La sonnerie du téléphone d’Hunter me ramène à la réalité après cette nuit de rêve. Je geins en roulant sur le dos, me retrouvant en plein milieu du lit alors qu’il se contorsionne pour éteindre son réveil.

-         Je ne veux pas partir, boude-je sans ouvrir les yeux.

Ses mains m’attrapent et je souris déjà, puis il me tire contre lui d’un geste alors que j’ouvre les yeux pour attraper ses joues, juste au-dessus de mon visage puisqu’il est dressé sur un coude.

-         J’ai l’impression d’être légère comme une plume quand tu fais ce genre de chose…, chuchote-je.

-         Et pourtant, tu es lourde comme un âne mort, me taquine-t-il.

Je me vexe immédiatement et une petite lutte débute alors que j’essaie de l’étrangler gentiment. Il prend le dessus en un claquement de doigts et alors que je glousse, il fronce les sourcils :

-         Il faut que tu reprennes les cours plus sérieusement, ronchonne-t-il.

-         Je suis si faible que ça ? ris-je encore.

-         Oui ! Ça m’inquiète…, murmure-t-il en calant son nez contre ma gorge pour me serrer contre lui.

-         Il n’y a pas de raison, tu es là, minaude-je en levant le menton pour lui laisser plus de place.

Il ronchonne encore quelques mots inintelligibles avant d’embrasser tendrement le creux de mon cou et je ronronne quelques minutes en profitant de ce réveil câlin.

Lorsque nous nous levons, nous rattroupons nos affaires en quelques minutes avant de nous habiller. Dès que j’enlève ma robe de nuit, il se glisse évidemment derrière moi pour m’attraper et je glousse comme une pintade alors qu’il m’embrasse le visage sous toutes les coutures. Je me tortille contre lui dans tous les sens, nue comme un ver alors qu’il est déjà complétement habillé et j’essaie donc d’attraper son sweat pour lui enlever.

-         Ça ne va pas non ?! rit-il.

-         Quoi ?! m’offusque-je.

-         Nous devons libérer le chalet dans moins de trente minutes ! réplique-t-il.

-         C’est suffisant, glousse-je en tirant sur son haut.

-         Pas si tu veux déjeuner tranquillement et sortir Calyouk dans les bois ! souligne-t-il.

Je ronchonne un peu mais il a raison alors je m’habille en quatrième vitesse. Evidemment, pas de petit-déjeuner sur la table comme promis, puisqu’Alma et Eden dorment encore à poings fermés. Ils ne se lèvent pas malgré leur réveil qui sonne sans interruption à l’étage et nous décidons donc d’aller nous balader en amoureux avec le loup.

Nous le promenons finalement une grosse heure et demie, puisque toutes nos affaires sont prêtes dans la voiture et que la réservation a été faite au nom d’Alma, pas besoin pour nous de rentrer pour « l’état des lieux ». Lorsque nous revenons, la voiture d’Eden n’est plus là et le chalet fermé à double-tours.

-         Et bien Calyouk…, commente Hunter. Si ton maitre en est déjà à t’abandonner sur place pour ramener une fille… Il ne m’a même pas demandé… qui lui dit que je ne voulais pas t’emmener quelque part mon cœur !

-         Il m’a prévenu par message, précise-je. Ils sont rentrés tard et n’ont dormi que quelques heures alors ils n’avaient pas la patience de nous attendre. Il m’a quand même remercié chaudement de m’être occupée de Cal…

Hunter lève les yeux au ciel et nous embarquons tous les trois en voiture. Je ne suis pas étonnée qu’il s’arrête en chemin pour nous acheter un brunch copieux et une fois qu’il est englouti, nous rentrons.

*

Il me dépose en début d’après-midi chez moi, où je rejoins une Julia plus que curieuse quant à mon petit weekend et je prends le temps de lui raconter en détail le séjour et les nouveautés sur mon couple depuis. Nous passons une bonne après-midi à bavarder de tout ça et je suis soulagée qu’elle ne prenne pas mal qu’Eden et Alma soient sur le point de devenir une affaire qui roule.

Avant de dormir, un petit message m’attend.

Hu : « Encore une magnifique petite escapade avec toi, la plus belle de toutes je dirais. »

He : « Sans le moindre doute ! »

Hu : « Je te vois au cours d’auto-défense ? »

He : « Oui, promis. »

Hu : « Tu vas me manquer… pourquoi t’obstines-tu à refuser de me voir en semaine ? »

He : « Parce que tu as un emploi du temps de ministre Hunter ! Trouve moi un créneau dans la semaine et je te verrai ! »

Hu : « … Je suis disponible le soir… »

He : « Oui, quand je vais me coucher… 😊 »

Hu : « Il est inenvisageable que tu viennes dormir chez moi… ? »

Je reste un peu scotchée par son message, parce que je n’y avais jamais vraiment pensé. Je suis un peu stressée à cette idée, à l’idée de faire un sac pour la nuit et d’aller dormir chez mon petit-ami… je ne sais même pas ce qui me gêne là-dedans. Je trouverais ça un peu étrange en pleine semaine, ça me donne presque l’impression de faire une fête un soir de cours… J’ai l’impression que je serais stressée, que je n’aurais pas mes marques, que je serais fatiguée le lendemain, que toute ma semaine en serait fondamentalement perturbée alors qu’il n’habite qu’à deux minutes en voiture.

Hu : « Ton silence est éloquent mon chat. Il n’y a pas de soucis ♡ »

Comme souvent, je préfère être complétement honnête avec lui :

He : « Je ne sais pas pourquoi mais ça m’inquiète. »

Hu : « Ça ne m’étonne pas, il n’y a aucun souci, mais je voulais quand même poser la question au cas où je me trompe. »

He : « Ça ne t’étonne pas ? »

Hu : « Bien sûr que non, tu es comme ça. Tu as besoin d’une routine sécurisante, de tes repères, de ton quotidien rassurant et je fais clairement partie du weekend. J’ai bien compris ton fonctionnement. »

J’en reste complétement coite.

He : « Je crois que tu me connais mieux que je ne me connais. »

Hu : « C’est fort possible, étant concernée, tu n’as pas de recul. Tu es toi, particulière mais parfaite. »

Je souris jusqu’aux oreilles, toute heureuse de son dernier message.

He : « Je t’aime »

Hu : « Je t’aime aussi, figure-toi que j’écoute ta sonate pour m’endormir. »

He : « Ta sonate tu veux dire, ce n’est pas parce que c’est moi qui la joue que ça ne veut pas dire que c’est la tienne. Je la jouerai uniquement pour toi désormais. »

Hu : « Alors j’écoute ma sonate, tout en envisageant d’acquérir un piano pour mon appartement. »

He : « Je viendrais assurément dormir, je ne partirais sans doute même plus. »

Hu : « C’est commandé, il n’y a plus qu’à dégager Eden de sa chambre pour avoir la place. »

He : « La buanderie est assez grande pour y mettre son lit. »

Hu : « On fait comme ça alors. Plus sérieusement, je suis dégouté de ne pas avoir la place. Tu n’imagines pas comme j’aimerais que tu puisses jouer pour moi plus souvent, maintenant que j’y ai goûté, il sera très dur de m’en passer… »

He : « Il faudra attendre quelques années »

Hu : « Quelques années ? »

He : « Notre beau château ! »

Il m’envoie des petits émojis qui rigolent et je ris avec lui dans ma couette, soucieuse de ne pas réveiller Julia.

Hu : « Je t’aime Hestia. Si tu savais. »

Je souris encore jusqu’aux oreilles, rêveuse, heureuse et surtout très amoureuse. Ça me donne envie de me bouger les fesses, Hunter sait que je fonctionne bizarrement, d’accord, mais je me prive autant que lui en refusant de passer des nuits chez lui. Je n’arrive pas à le visualiser mais je pourrais pourtant être actuellement dans ses bras plutôt que seule dans mon lit à lire ses messages…

He : « Et si je venais dormir chez toi vendredi après le cours d’auto défense ? C’est en weekend mais ça pourrait me faire prendre mes marques dans ta chambre ? »

Hu : « Et si tu venais tout le weekend ? Prendre tes marques plus sérieusement que les quelques fois où tu as dormi sur le canapé sans même un habit de rechange… »

He : « C’est d’accord ! »

Hu : « Alors à vendredi mon chaton, fais de beaux rêves. »

He : « A vendredi, je t’aime. »

*

Je passe une semaine classique de cours, je vois Alma et je crois qu’il devient désormais une petite habitude de diner avec elle le mercredi soir. Je fais quelques promenades avec Eden et Cal, je passe même un repas à la cantine du campus avec Gloria, à laquelle j’annonce ma relation avec « Grim », ce qui ne manque pas de la faire sauter au plafond d’excitation pour moi.

En tout cas, le vendredi, je me mets en tenue de sport et j’ai le bonheur de préparer mon sac pour les quelques jours à venir chez les garçons. Je suis toute excitée mais aussi terriblement stressée d’oublier quelque chose, au point de revoir trois fois la liste que j’ai préparé pour vérifier que tout y est. Je ne comprends pas mon comportement, j’ai déjà dormi chez eux et je ne me suis jamais inquiétée comme ça.

Je m’auto-analyse sur la route du gymnase, et j’en arrive à des conclusions qui me semblent très justes. Hunter a raison, je suis particulière, je le sais, on me l’a d’ailleurs bien assez fait remarquer. Je détermine donc que je m’inquiète comme ça parce que dormir chez lui ne représente désormais plus quelque chose de léger, à savoir rendre service à un ami ou m’éviter de rentrer sous la neige tard dans la nuit… mais véritablement un changement de vie. Il s’est passé beaucoup de choses dernièrement, nous avons officialisé notre relation, nous nous sommes avoué nos sentiments et les changements de vie sont en général plutôt impressionnants pour moi, même lorsqu’ils me rendent très heureuse.

Je trouve donc que nous faisons les choses correctement ce weekend et que ça m’aidera sans doute beaucoup à dépasser mon appréhension de ne pas dormir chez moi en semaine. Il n’y a aucune raison pour que je panique si je prends correctement mes marques dans les jours qui arrivent en ayant l’objectif en tête de dormir ici plus souvent. J’aurai une serviette à moi, je saurai me servir de la machine à café, je saurai si je dors bien dans le lit d’Hunter et… Oh. Cette simple dernière idée suffit à détourner complétement mes pensées et je sautille joyeusement le reste de la route en sachant que je pourrai désormais dormir avec lui pratiquement aussi souvent que je le voudrai.

Il est merveilleux de sortir avec lui bon sang.

*

Lorsque j’arrive dans le bâtiment en avance, il débarque sur ma droite des pièces de sport individuelles et je le rejoins donc en quelques sautillements de plus pour bondir dans ses bras et l’embrasser.

-         Vous êtes bien guillerette, commente-t-il en souriant.

-         Oui, j’étais toute stressée d’oublier quelque chose pour ce soir, mais lorsque j’ai réalisé que c’était pour dormir avec toi, tout a changé et je ne m’inquiète plus ! pouffe-je.

Il plisse les yeux avec humour :

-         Tu as mis drôlement de temps à te rendre compte que tu venais dormir chez moi pour dormir avec moi… dois-je comprendre que tu te visualisais dans la chambre d’Eden ? me taquine-t-il.

-         Oui, l’embête-je.

Il fronce le nez et je l’embrasse encore une minute avant qu’il ne me repose par terre :

-         Et soit dit en passant mon chat, si vraiment tu oubliais quelque chose, nous habitons à deux minutes de ta chambre, je dis ça comme ça.

Je glousse un peu plus et il s’éloigne vers le bureau privé du gymnase en levant les yeux au ciel, comme si je le fatiguais. Je m’enfile dans les vestiaires pour discuter avec Gloria et Chio puisque je suis déjà en tenue et je suis déçue de constater que Gloria l’a prévenue pour Hunter et moi. J’aurais largement préféré que nous criions sur tous les toits mon couple, histoire que tout le vestiaire soit bien au courant, mais ce n’est malheureusement pas le cas.

C’est ainsi que me vient une idée sournoise mais drôlement efficace. Hunter arrive toujours après l’intégralité des participantes et je suppose que c’est parce qu’il fiche je ne sais trop quoi dans le petit bureau dans lequel il est. Je décide donc de l’attendre, pour annoncer la couleur à toutes mes camarades un peu trop séductrices que notre bel instructeur n’est plus un cœur à prendre.

Lorsqu’il sort du petit bureau, il hausse les sourcils sous la surprise et je me justifie :

-         Je t’attendais pour y aller…, roucoule-je.

Il me sourit et ne voit visiblement aucun problème à ce que je lui prenne la main pour enlacer nos doigts puisqu’il me laisse faire alors que nous gagnons la grande salle.

-         Au fait, je me demandais… oh non, laisse-tomber, dit-il en agitant une main.

-         Dis-moi ! m’inquiète-je en l’arrêtant juste avant de pénétrer dans le gymnase où les filles attendent.

Il a l’air tout embêté et je m’inquiète déjà.

-         Ce n’est rien Hestia, c’est juste que… j’avais raté l’information, mais il y a un grand nom du karaté qui donne un cours juste après et…, hésite-t-il.

-         Ça ne me dérange absolument pas que tu y participes si c’est la question, je serais même heureuse pour toi.  

-         Vraiment… ? C’est notre soirée, je ne voudrais pas…

-         Hunter ! C’est réglé, tu participes, tranche-je.

Il m’offre un beau sourire et après un rapide petit baiser, nous gagnons la salle. Je n’imagine même pas le sourire suffisant que j’arbore alors que nous allons nous planter main dans la main devant les femmes du cours. Elles sont toutes absolument dégoûtées, elles me fusillent même du regard mis à part mes deux récentes amies qui gloussent et me font d’immenses sourires heureux.

Hunter ne remarque même pas à quel point l’ambiance est différente de d’habitude, il lance simplement son petit discours d’ouverture en annonçant le résumé de la séance à venir alors que la motivation de la salle est clairement au niveau moins un. Je me retiens de sauter au plafond de bonheur lorsqu’il tend une main vers moi en leur expliquant que nous aurons désormais des démonstrations concrètes pour les mouvements à chaque séance où je serai présente.

Commence alors l’entrainement sportif, puis je me régale d’apprendre tout un tas de nouvelles techniques que j’applique bien évidemment avec lui jusqu’à la fin.

*

Après notre cours, les plus audacieuses de mes camarades lui foncent tout de même dessus malgré son statut amoureux, mais je n’en fais pas cas et je préfère me comporter comme d’habitude en raccompagnant Gloria et Chio aux portes du gymnase. Alors que nous passons à côté d’eux, la cerise sur le gâteau est posée lorsqu’il se penche rapidement dans son sac avant de m’interpeller. Je me retourne juste avant de sortir de la salle avec mes amies, et alors que toutes les femmes restantes ont les yeux braqués sur moi, il me lance ses clés de voiture :

-         Rentre à la maison mon cœur, je t’y rejoins après ma séance.

C’est un vrai plaisir coupable, je ne peux même pas réfréner mon sourire face aux têtes décomposées de son fan club qui ne peuvent clairement plus du tout faire semblant d’avoir raté l’information. Mon bonheur est total alors qu’il vient de sous-entendre malgré lui que nous habitons ensemble et qu’il me témoigne sa confiance en me lançant ses clés…. mais je ne risque pas de rater mon parfait petit-ami en train de faire du sport.

-         Je pensais te regarder…, réponds-je. A moins que je ne puisse pas assister à ta séance mon amour … ?

J’insiste bien sur les derniers mots, histoire que le message pénètre une dernière fois et un vent glacial de désespoir souffle sur les femmes attroupées autour de lui.

-         Oh ! Bien sûr que si ! s’étonne-t-il avec des yeux heureux.

-         Parfait, roucoule-je.

Je raccompagne ensuite Gloria et Chio qui rient à n’en plus pouvoir et me félicitent d’avoir marqué mon territoire avec efficacité face aux harpies qui ne voulaient pas lâcher l’affaire.

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