Le parfum du mensonge

Chapitre 8 : La Fleur et la Fureur

1069 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 08/03/2026 19:05

L’entrepôt était plongé dans une pénombre dense, comme si la lumière elle-même refusait d’entrer ici. L’air était lourd, chargé d’huile de moteur, de métal... Et de peur.

Mes bottes crissaient à peine sur le sol. J’avançais lentement, arme au poing, respiration contrôlée. Ma gorge me brûlait encore là où la balle m’avait traversée. Ça picotait comme une cicatrice qu’on gratte trop tôt. Un rappel que j’étais en sursis, mais pas terminé.


Un bruit. Un cri étouffé. À gauche.

Je tourne, l’arme levée.


Un couloir. Au bout, une lumière. Et deux gardes. De dos. Armés.

Je les prends comme j’ai appris. 


Un à la gorge. L’autre à la nuque. Rapide, efficace. Ils tombent. J’avance.

Et là… Je la vois.


Fleur de Lotus.


Elle est assise sur une chaise métallique. Les poignets liés, la tête baissée. Son visage est marqué — fatigue, peur, mais pas cassée. Pas encore. Je m’approche. Pas un bruit.


Mais avant que je ne l’atteigne, une voix claque derrière moi.

— Je dois avouer, lieutenant... Je ne vous pensais pas aussi tenace. À croire que les morts ont cette sale habitude de revenir hanter les vivants.


Je me retourne lentement.

Il est là. 


Impeccable dans son costume blanc qui pue l’argent sale et l’ego surdimensionné.

Une mise en scène. Un théâtre minable. Sauf que cette fois, l’actrice principale, c’est moi. Et je joue pas pour les Oscars.


Je garde le flingue levé. Braqué sur son cœur.

— Dégagé de son chemin.


Il ricane.

— Oh, mais je suis déçu. Aucune ruse ? Aucun deal ? Juste une entrée de cow-girl ?

— J’ai essayé la diplomatie. Vous m’avez tiré une balle dans la tête. Ça coupe un peu l’envie de négocier.


Il lève la main lentement. Trois hommes sortent de l’ombre, armes pointées.


L’un d'eux attrape Fleur de Lotus par les cheveux, le canon d’un flingue contre sa tempe.

— Vous êtes seule. Même avec votre petit… Tour de passe-passe. Vous ne pouvez pas tous nous abattre.


Je souris.

— Vous avez raison.


Je baisse mon flingue et je le range sagement.


Il claque la langue et lâche d’un ton amusé.

— Et pourtant, vous revenez pour une fille. Une simple fille.


Je ne réponds pas. Je fixe Fleur de Lotus, brièvement. Juste assez pour qu’elle sente que je suis là. Que je ne la laisserai pas.


Il continue, calme glacial :

— Jouons un peu. Vous aimez les règles ? Alors voilà la mienne.


Il lève une main.


Un de ses sbires s’avance et lui tend un revolver.

— Une balle dans le barillet. On tourne. Et à chaque clic…elle gagne encore une minute de vie


Je souris lentement.

Je fixe l’arme. Je fixe Fleur de Lotus.


Puis, je souris.

— D’accord. Mais on joue à ma manière. Ce sera à mes règles. Ma version du jeu.


Le chef hausse un sourcil, toujours avec ce sourire huileux.

— Ah ?


Le chef incline la tête.

— Toujours aussi insolente.

— Je veux voir si vous avez le courage de laisser la vie décider. Si vous croyez vraiment au destin, alors vous n’avez rien à craindre… Pas vrai ?


Je tends la main. Il me lance le revolver.

Je l’ouvre. Je montre la balle. Je fais tourner le barillet. Lentement. Pour que Fleur de Lotus voie. Pour que l’homme voie. Pour qu’il comprenne que je n’ai pas peur.


Je le referme.

— Une vie contre une autre. Fleur de Lotus ou toi. Et si je perds… Alors je me rends. Sans résistance.

— J’aime ce genre de pari, souffle le chef.


Fleur de Lotus hurle.

— Non ! Ne fais pas ça !


Je ne la regarde pas. Je suis déjà ailleurs.


Je tends le revolver vers lui, sans le quitter des yeux.

— Tirez. Vous d’abord.


Je hausse légèrement la tête. Honneur au gentleman.


Il ricane.

— Et si je refuse ?


Je hausse les épaules.

— Alors je gagne. Sans avoir besoin de tirer.


Il fronce les sourcils. Il ne s’attendait pas à ça.

— Très bien… Dit-il enfin.


Il lève l’arme. Toujours sur Fleur de Lotus.


Je murmure :

— Pas sur elle. Vous voulez jouer ? Visez-vous.


Il hésite. Un bref silence.


Puis, il obéit.

Le chef prend une inspiration, place le canon contre sa tempe.


CLIC.

Vide.


Il me lance le revolver. Je le saisis. Le lève lentement… Et je le pose contre ma propre tempe.


Le chef sourit. Sourire de pantin possédé. Il s’approche de la jeune fille.

— Vous savez, j’ai toujours aimé les jeux… Surtout ceux où l’enjeu hurle quand on perd.


Il caresse lentement la joue de Fleur de Lotus. Elle tressaille. Et mon cœur aussi.

Je reste droite. Mon regard transperce le sien.


CLIC.

Encore vide.


Je lui lance à mon tour l’arme, il le récupère rapidement et plisse les yeux. Il croit encore mener la danse.

— Vous croyez que vous tenez les cartes. Mais vous jouez à un jeu que j’ai déjà terminé, grogne-t-il entre ses dents pour feindre son inquiétude palpable.

— Non. Je laisse le sort décider. Vous, vous avez peur de perdre ce que vous ne contrôlez pas.


Il commence à trembler, des veines sombres apparaissent sur son cou.

Il lève l’arme. Tremble légèrement.


CLIC.

Rien.


Le chef jure dans sa barbe. Il sue, maintenant.

C'est pas possible… Cette balle, elle existe au moins ? Pensa-t-il


Il me lance le revolver. Je le rattrape en plein vol.

La tension monte dans l'entrepôt. L’air devient glacial, la mort elle-même semble invitée. Ce soir, c’est moi qui dirige les prochaines funérailles.


Fleur de Lotus gémit :

— Akira… Arrête…


Je récupère le revolver sans un mot. Je le lève.


Et je le pose… Contre ma propre tête.

— Ce n’est pas un jeu de mort, Fleur de Lotus. C’est un jeu de contrôle. 


J’effleure la gâchette comme je prends mon dernier souffle sur l’instant.


CLIC.


La peur montre son vrai visage. Une vie suspendue à un seul clic… le jeu décide, pas nous.

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