L'ombre qui nous lie

Chapitre 13 : Beaucoup trop naïve pour ce monde

1356 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 01/01/2026 18:17

Le soleil n’était plus aussi brûlant qu’en juillet mais il réchauffait toujours doucement ma peau pendant que j’attendais l’arrivée du bus.

Je resserrai les anses de mon sac et observai le paysage.

Ce séjour dans la résidence des Satôshi m’avait fait, étrangement, plus de bien que je ne l’aurais cru.

Minami avait été si gentille.

Miyuki aussi.

Mais ce garçon, le frère de Miyuki et Minami, n’avait pas beaucoup parlé. Nous n’avions échangé que de brèves salutations. J’avais seulement appris son prénom : Yusuke.

Peut-être qu’il ne m’aimait pas…

Je soupirai puis levai les yeux vers le ciel.

Je suis quand même heureuse d’être revenue. Tsumeo était très content de me revoir.

Monsieur Shun aussi, étrangement. Le souvenir de lui, complètement fatigué, me revint en tête.


Le bus arriva, mettant fin à mes pensées. Je montai calmement… et la repérai tout de suite.

Miyuki.

Assise à sa place habituelle, le regard perdu dans la vitre. Elle tourna légèrement la tête à mon approche et me salua d’un petit signe discret.

Je m’installai à côté d’elle en lui souriant.


— Tu as bien dormi cette nuit ? demandai-je doucement.


— Oui. Et toi ? Tu as bien récupéré du voyage ?


— Je crois… enfin, j’ai beaucoup pensé à Minami. Elle est vraiment pleine d’énergie.


Elle hocha simplement la tête.


Je tentai une nouvelle approche.

— Ton frère… il est impressionnant, quand même. Je ne savais pas que tu en avais un, à vrai dire.


— Hm. J’ai oublié de te le dire.


— Oh… hum, ce n’est pas grave.


— Hn.


Je me tus.


Elle n’avait pas l’air de vouloir en parler.

Je me contentai de fixer mon sac posé sur mes cuisses.

À notre arrivée, Miyuki me souhaita une bonne reprise avec un léger sourire, puis s’éloigna vers sa classe.


Je restai quelques secondes seule dans la cour, observant les élèves qui se saluaient, riaient, partageaient leurs souvenirs d’été.


Le lycée me semblait… pareil, et pourtant différent. Comme si moi, j’étais plus lourde de tout ce que j’avais ressenti.

Je repris ma marche, mais à peine avais-je fait quelques pas qu’un choc me fit reculer d’un bond.


— Tu peux pas faire gaffe ?! grogna une voix grave.


Un garçon beaucoup plus grand que moi, les sourcils froncés, se tenait face à moi, l’air prêt à en découdre.


— Tu devrais t’excuser, non ?


Je voulus répliquer que c’était lui qui m’avait bousculée… mais son regard noir me coupa le souffle. Il me toisait, comme s’il attendait la moindre hésitation pour m’écraser.


— Heu… je… heu…


— Hé, le génie du trottoir ! Tu veux pas reculer un peu ? Pourquoi devrait-elle s’excuser, au juste, hein ?


La voix provenait d’une fille aux cheveux orangés, coiffés en deux chignons hauts. Elle avait les bras croisés et un regard de feu, sans une once de peur.


— T’es qui, toi ? répliqua le garçon en plissant les yeux.


— Celle qui va te faire regretter d’avoir un cerveau aussi petit que ton vocabulaire.

Je restai figée.


Le garçon avança d’un pas, furieux, mais un autre élève intervint rapidement.


— Eh, stop. Vous allez vous expliquer devant le président, sinon ça risque de mal finir.

La fille aux chignons lui lança un regard noir.


— Je n’ai pas d’ordre à recevoir.


Il sembla hésiter.

— Hum… ça… ça serait mieux de le faire maintenant, pour éviter que la situation empire.


Quelques minutes plus tard, nous étions tous les trois installés dans une pièce spacieuse au mobilier chic, probablement la salle du BDE.

C’était la première fois que je m’y rendais.


La tension était palpable. Je serrais les pans de ma jupe bleutée sans oser lever les yeux.


— À peine les cours commencent qu’il y a déjà des altercations… J’ai cru comprendre que vous étiez nouvelle, soupira une voix calme.


Je levai les yeux… et fus surprise de reconnaître le frère de Miyuki.

Yusuke Satôshi.


Debout derrière un bureau en bois noir, le regard impassible, il observa tour à tour la fille aux chignons, le garçon… puis moi. Il portait une chemise impeccable et une cravate bleu nuit. Il dégageait une autorité froide, mais indéniable.


À ses côtés, je reconnus Kikyo.


— Coucou Airi ! Comme c’est surprenant de te croiser ici. Quant à moi, ça doit te surprendre aussi : j’ai oublié de te dire que j’étais secrétaire du conseil, dit-elle d’une voix enjouée.


— Oh… euh, oui, je ne savais pas.


— Nous ne sommes pas là pour discuter tranquillement, intervint Yusuke.


— Oui, président, répondit Kikyo avec un petit sourire.


— Je peux savoir ce qui s’est passé ? reprit-il en me regardant.


— Elle n’a rien fait ! s’exclama la fille aux chignons. C’est l’autre abruti qui l’a percutée ! J’ai vu toute la scène !


— Hé, c’est toi la folle ! On parlait tranquillement, nous, répliqua le garçon.


— Je rêve ou tu viens de me traiter de folle, connard ?!


— Je vous prierai de vous calmer, dit Yusuke sèchement.


— Mais…


La fille aux chignons fronça les sourcils et serra les poings. Elle avait l’air réellement en colère… et c’était de ma faute.


— En fait… c’est ma faute, murmurai-je. J’étais dans la lune, je ne l’ai pas vu venir.


La fille me lança un regard abasourdi.

— T’es sérieuse, là ?!


Je baissai la tête, sentant le regard de Yusuke peser sur moi, accentuant mon malaise.

— Désolée…


Il nous observa en silence, puis nota quelque chose dans un carnet.

Finalement, il déclara :

— Aucun blâme. Mais évitez ce genre de scène, surtout en public. Vous pouvez disposer.


— Au revoir, Airi !


Nous sortîmes.


Le garçon nous lança un dernier regard noir avant de s’éloigner.

Dans les couloirs, je marchais à côté de la fille sans trop savoir quoi dire.


Elle avançait rapidement. J’avais du mal à la suivre, puis elle se retourna brusquement.


— Pourquoi tu l’as protégé ? C’est lui qui a commencé !


— Oui, mais je ne voulais pas que vous ayez des ennuis…


Elle plissa les yeux.


— T’es beaucoup trop naïve pour ce monde, toi, lâcha-t-elle avant de reprendre sa marche.


Plus nous avancions, plus j’avais l’impression qu’elle s’énervait. Elle finit par s’arrêter et sortit une feuille de son sac.


— Mais il sert à rien, ce plan ! Ça fait trois heures que je tourne en rond !


— Oh… tu cherches ta classe ?


— Mouais. La 2nde B.


— Ah, mais c’est ma classe ! On peut y aller ensemble, si tu veux !


— Mouais… de toute façon, au point où j’en suis…


Nous reprîmes la marche, cette fois dans la bonne direction.


— Moi, c’est Mei. Mei Lin. Et toi ?


— Airi Yoshida.


— Bon bah… enchantée, alors.


Quelques minutes plus tard, nous arrivâmes en classe. Je frappai à la porte et, après l’autorisation, entrai.

Le cours avait déjà commencé. Je m’excusai de mon retard. Mlle Nakamura m’observa quelques secondes avant de répondre :


— Ce n’est rien. Tu peux t’asseoir. Mais à ce que je vois. Tu es venue avec notre nouvelle élève. Tu peux te présenter à la classe ?


Je gagnai ma place pendant que Mei s’exécutait sans enthousiasme, puis alla s’installer à une table libre.

Elle soupira en croisant les bras sur la table.


Je croisai le regard de Kigura… puis le baissai aussitôt. Je fis semblant de fouiller dans mon sac, le cœur battant plus vite.


Je me demandai si j’étais vraiment prête à lui parler comme avant, après tout ce qui s’était passé…

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