Raider's stories
Chapitre 4 : Ceux qui ne dorment pas deuxième partie
6841 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 20/09/2026 19:15
Un couloir étroit s'enfonçait dans les entrailles de la Terre. Le béton y était noirci, craquelé par le temps et la chaleur. L'air était lourd et brûlant, saturé d'odeurs métalliques. Des câbles pendaient du plafond et des murs, s'entremêlant sans ordre apparent telles des racines mortes. Une lumière rouge pulsait au rythme lent et régulier d'un cœur artificiel. Le laboratoire s'étendait devant nous comme un organisme malade. Rafistolés au fil des années, des couloirs débouchaient sur des installations bricolées ou des salles inachevées avec des systèmes ajoutés au-dessus d'autres plus anciens. Malgré l'état délabré des lieux, tout fonctionnait encore. Les machines tournaient, les circuits vibraient et les portes répondaient, mais ici plus personne ne supervisait rien. Le laboratoire vivait et travaillait seul. Nous quittâmes la sécurité de notre refuge pour nous enfoncer dans les couloirs sombres et étroits. Nous ne pouvions pas faire marche arrière, il nous fallait retrouver Lily et notre instinct nous avait guidés vers le seul endroit probable où elle pouvait être détenue. Le passage dans lequel nous marchions depuis quelques minutes était en pente descendante. Plus on s'enfonçait dans les profondeurs et plus l'air se chargeait de radiations latentes. De part ma condition de goule, j'étais pour l'instant la seule à la percevoir. Mieux valait donc ne pas trop nous attarder dans le coin. Plus nous avancions et plus nous nous enfoncions dans l'eau. Celle-ci semblait monter et dépassait déjà nos chevilles. Impossible d'en déterminer la provenance. Nous débouchâmes sur un couloir en « T ». Bien qu'il y fit très sombre, nous distinguâmes devant nous une porte. L'humidité rendant l'approvisionnement en électricité instable, il nous fût impossible de déterminer si elle était encore fonctionnelle. L'un des deux embranchements semblait remonter. Rick investigua un peu autour de la porte pour y dénicher un éventuel interrupteur mais l'humidité ambiante et l'air saturé lui piquait les yeux au point de le faire pleurer. Mes compagnons se mirent les pieds au sec et m'envoyèrent explorer la zone la plus inondée. Leurs recherches les menèrent malheureusement dans un cul de sac. Des câbles et des poutres effondrées obstruaient complètement le passage. Joy écarta quelques câbles pour voir ce qui se trouvait derrière. Elle y aperçut au fond d'un couloir une immense double porte, semblable à l'ouverture d'un sas. Elle était toujours alimentée car une lumière brillait au-dessus. Cela semblait être un panneau indiquant une sortie de secours. Plus proche d'elle se trouvaient divers amoncellements de débris mais aussi quelque chose d'inquiétant. Une énorme masse noire bipède se déplaçait d'un pas lourd en produisant un épouvantable vrombissement semblable à celui d'une grosse cylindrée. De mon côté, j'avançai vers l'autre extrémité du « T ». Le sol y était inégal, me donnant parfois l'impression de tomber dans un trou et l'eau m'arrivait allègrement aux genoux. Le couloir s'enfonçait doucement en serpentant dans la pénombre. Sur une quinzaine de mètres, le sol avait disparu sous une eau trouble dont la surface était parcourue de reflets verdâtres et malsains. Une lumière toxique semblait filtrer depuis ses profondeurs. À chaque pas, l'eau, d'abord tiède, devenait de plus en plus chaude, presque brûlante par endroits. Un bruit sourd et régulier atteignait mes oreilles comme si une conduite de gaz à haute pression fuitait. De la vapeur épaisse accompagna mon arrivée à un coude. Elle s'élevait du sol par bouffées régulières, brouillant ma vision et se collant à ma peau comme une couche gluante de sueur artificielle. L'air sentait le métal chauffé, la rouille et quelque chose de chimique difficilement identifiable. Le long des murs et du plafond, des tuyaux rongés par la corrosion serpentaient dans toutes les directions. Certains, éventrés à intervalle irrégulier, crachaient en sifflant des jets de vapeur bouillante dans le passage. Chaque projection m'obligeait à reculer ou à détourner le regard. De part et d'autre du couloir étaient visibles de nombreuses portes métalliques. certaines semblaient totalement soudées par l'humidité et étaient couvertes de rouille et de dépôts minéraux comme si le métal avait fondu. D'autres en revanche semblaient encore utilisables bien que leur poignée soit pleine de corrosion et de traces radioactives. Je fis alors demi-tour pour informer mes compagnons de mes découvertes.
Bobby qui était resté devant la porte s'en approcha. Une chaleur irradiante en émanait. S'il ne vit rien sur la porte en elle-même, il distingua à côté de cette dernière, un lecteur de badges. Tâtonnant dans mes poches à la recherche de notre sésame, je me rendis compte avec horreur que je l'avais perdu. Nous repartîmes donc dans le couloir que je venais d'explorer. Rick, en bon survivaliste, mit ses mains en coupe et but une gorgée d'eau. Il grimaça, ayant l'impression d'avaler un mélange d'eau, d'huile et de liquide indéterminé. Il préféra en ignorer la provenance car cela avait un sale goût de pourriture. Durant notre progression, le bruit de vapeur s'intensifia au même rythme que grimpait la température de l'eau. Nous arrivâmes bientôt à proximité de deux gros battants de porte. Ils étaient faits d'un métal bien lourd, dans les trois-cent kilos à vue d’œil. Comme ils étaient soudés, nous ne pûmes les ouvrir. Rick remarqua la présence d'une mini caméra au dessus de la porte. Il devait s'agir d'un système de reconnaissance, mais il ne réagit pas à notre présence.
Joy inspecta les murs et le plafond pour voir s'il serait possible de les escalader histoire de ne pas rester trop longtemps dans l'eau. Mais à moins d'être un lézard ou une araignée cela semblait impossible. Elle tenta quand même d'atteindre le plafond en demandant de l'aide à Rick et à Bobby. Malheureusement elle dérapa, mais réussi à retomber sur ses pieds. Continuant de progresser, nous fûmes brusquement interrompus par un rideau de vapeur qui montait vers le plafond telle une cascade inversée. Un mur blanc et hurlant, alimenté par des conduites surchauffées barrait totalement la route. Impossible d'aller plus loin. Le vacarme était assourdissant, mélange de sifflements, de claquements et de grondements métalliques. À la base du mur de brume, l'eau frémissait en permanence, proche de l'ébullition. De fines bulles remontaient sans cesse vers la surface, libérant des vapeurs verdâtres et toxiques qui nous brûlaient la gorge à chaque inspiration. Rester trop longtemps à proximité devint rapidement insupportable. Nous comprîmes instinctivement qu'aucun passage en ligne droite ne serait possible. Traverser ce rideau serait une condamnation immédiate. Rick nous demanda de reculer et tira dans les conduites. La balle ricocha sans parvenir à percer la canalisation. C'est alors que Joy et moi eûmes la même idée. Qui dit tuyauterie, dit potentiellement local technique. Effectivement, un code couleur semblait revenir régulièrement et s'étirait le long du mur à hauteur de plafond. Nous décidâmes de le suivre et il nous ramena à la porte verrouillée de notre point de départ. Alors que les étranges vrombissements se faisaient toujours entendre au loin, Bobby et Joy prirent une position défensive. Quant à Rick et moi nous inspectâmes la porte. Sur un pan de mur un panneau, à moitié effacé par l'humidité, attira notre attention. Malgré la peinture écaillée, nous déchiffrâmes une signalétique :
zone de maintenance : contrôle des vannes et régulation thermique.
Une flèche à peine visible pointait vers le couloir dans lequel nous nous trouvions. L'eau poisseuse clapotait autour de nos jambes, ralentissant chacun de nos mouvements.
Mes compagnons commençaient à sentir leurs muscles trembler et leur souffle se faire plus court. Leur peau picotait sous l'effet combiné de la chaleur et des radiations. Rick me prêta sa boîte à outils de fortune et je parvins à démonter le boîtier sans exploser le circuit qui se trouvait dedans. En retirant le cache je vis que certains câbles étaient à moitié dévorés par la corrosion. Je passais mes doigts à l'intérieur et pus sentir le mécanisme d'ouverture de la porte. Bobby vint nous prêter main forte. À l'aide de quelques outils qui firent office de levier, il força l'ouverture. Puis avec Rick, ils écartèrent les 2 pans de la porte, nous permettant de nous y faufiler. Un bruit de moteur nous accueilli. Deux énormes machineries dégageaient une chaleur lourde. L'air était à peine respirable mais au moins nous n'avions plus les pieds dans l'eau. Nous entendîmes via les haut-parleurs, disséminés un peu partout dans le complexe, la voix rauque et métallique qui nous avait déjà adressé la parole lorsque nous prenions un peu de repos dans la salle sécurisée.
- Mes petits souriceaux vous voilà enfin, tremblants et pataugeant dans cette eau qui vous mord lentement les jambes... Exquis... Ce couloir, ce passage n'est pas un simple chemin, ajouta notre interlocuteur avec une note de sadisme, c'est un verrou, un sas d'épreuves. Et vous mes chers petits souriceaux, vous êtes ici pour une raison bien précise n'est-ce pas ? Vous cherchez quelque chose, quelqu'un... Mais chaque pas que vous faîtes est sous mon regard attentif. Chaque rideau de vapeur, chaque tuyau percé, tout ici est calculé pour tester vos sens, vos nerfs, votre ingéniosité. Pour avancer, il ne suffit pas de marcher. Il faut observer, manipuler, comprendre ce qui devrait être inerte depuis longtemps mais qui grâce à moi, s'anime pour vous juger.
Une fois le silence revenu, je prévins mes compagnons que dans cette pièce, le taux de radiation était beaucoup plus élevé qu'à l'extérieur. Nous avions pénétré dans la zone technique. Des flaques d'eau verdâtre ondulaient autour de nos bottes. Des étagères renversées jonchaient le sol. Les deux générateurs grondaient encore alors que leurs vannes arrachées pendaient en laissant le système hors de contrôle. J'examinai les deux machines et un signal « Touche pas à ça p'tit con ! » résonna dans ma tête. En gros, si j'essayais de les bidouiller, je risquais de tout faire exploser. Rick s'approcha d'une autre porte encore fermée. Un vieux corps desséché se trouvait tout près. Il portait encore son casque de chantier avec lampe intégrée, toujours en bon état. Il avait aussi un pistolet à clous chargé et une grosse clé à molette. Rick donna le casque à Bobby pour qu'il remplace le sien dépourvu de lampe. La porte semblait moins corrodée que les autres et La Grogne l'enfonça d'un simple coup d'épaule. Elle menait à une pièce de régulation thermique remplie de tuyaux et de vannes. L'une d'entre elles était plus imposante que les autres et semblait être la vanne principale. Le problème était que le volant servant à l'actionner avait disparu. Tandis que nous fouillions la pièce, un sifflement suivi d'un souffle mécanique se mit à résonner dans la pièce. Un handyman un peu détraqué surgit du plafond. Ses bras articulés tournaient dans le vide faisant grincer ses outils et dispersant des gerbes d'étincelles. Ses capteurs rouges clignotaient à un rythme irrégulier, presque taquin. Il flottait menaçant en nous regardant comme des erreurs à réparer. Je fus sa première cible. Fort heureusement, son coup ne faucha que le vide à côté de moi. La Grogne vint à ma rescousse et assena une volée de coups à la sphère qui fut très amochée. Rick qui tenait toujours la clef à molette qu'il venait de ramasser, la lança droit sur le handyman. Elle se logea dans son propulseur, le faisant tournoyer sur lui-même. Et tandis qu'il se stabilisait, Joy lui tira dessus avec son fusil ferroviaire. Sous le choc, le robot fut littéralement cloué au mur et son compartiment de stockage s'ouvrit. La vanne disparue tomba au sol. Bobby ramassa le volant tandis que Rick récupérait sa clef à molette. J'expliquai rapidement à notre gros tas de muscles ce qu'il devait faire et rapidement les bruits de vapeur se calmèrent à l'intérieur et à l'extérieur de la pièce. Nous retournâmes à l'endroit du rideau de vapeur qui était désormais réduit à de minces filets facilement évitable. La voix se fit à nouveau entendre dans les haut-parleurs avec un petit rire aigu et cristallin.
- Ah que j'aime voir vos esprits s'agiter, vos muscles se tendre et vos cœurs battre un peu plus vite. Chaque faux mouvement, chaque hésitation, chaque souffle est noté. Vous êtes si fragiles, si parfaits pour mon théâtre. Mais ne vous méprenez pas, ce que vous cherchez, cette petite chose que vous semblez vouloir protéger sera l'épreuve suivante. Bien plus délicieuse, bien plus cruelle. Mais pour l'instant amusez-moi mes petits souriceaux. Progressez ou échouez et observez les conséquences.
Cherchant à savoir comment notre hôte s'y prenait pour suivre nos déplacements, Rick remarqua de petits globes encastrés dans le plafond. Il s'agissait de caméras à trois-cent soixante degrés. Proche de nous se trouvait une nouvelle porte. De nouveau je crochetai le boîtier tandis que les deux hommes du groupe forçaient l'ouverture. Celle-ci donnait sur une pièce minuscule au fond de laquelle nous attendait une autre porte. Sur les étagères quelque chose de préoccupant attira mon regard. En plus de la simple ferraille il y avait des tissus imbibés de sang et d'huile ainsi que des espèces de prothèses mécaniques. En fouillant plus avant sur les étagères nous trouvâmes du matériel d'armement. Joy y trouva un pack C.E. et une mine à plasma.
Une flaque d'huile se trouvait juste devant la seconde porte. Nous plaçâmes de la ferraille dessus pour éviter d'y tremper nos semelles. Tout comme Joy, Rick se vautra quand même dedans et se fit une coupure à la main. Bobby parvint de justesse à ne pas trébucher quant à moi je franchis l'obstacle avec une aisance quasi surnaturelle. En se relevant Rick attrapa un bout de chiffon et essuya du mieux qu'il put son équipement avant de le passer à notre fana d'arme qui fit de même. La porte s'ouvrit sur une vaste salle rectangulaire noyée dans une lumière rouge. L'éclairage instable pulsait faiblement comme si le laboratoire battait au rythme d'un coeur artificiel mal réglé. Le courant circulait encore mais il grésillait, fluctuait dans les conduites apparentes. Le long des parois, des alcôves vitrées parfaitement alignées exposaient des corps maintenus en suspension. Harnais métalliques aux épaules, attaches aux hanches et aux poignets ainsi que des tuyaux enfoncés dans la chair. Des câbles électriques étaient reliés à la colonne vertébrale et au crâne. Un fluide circulait encore lentement dans certaines tubulures. À chaque pulsation de la lumière rouge, nous crûment voir les silhouettes respirer ensemble. En y regardant de plus près, nous pûmes voir que la chair avait été renforcée d'acier. Des plaques sur la peau, des articulations modifiées, des cages thoraciques partiellement mécaniques. Ce n'était pas de simples patients, il s'agissait d'hybrides mi humains mi machines. Un battement plus fort traversa la pièce et dans trois alcôves distinctes, la lumière vacilla. Une surtension parcouru les câbles. Des doigts se crispèrent, une tête pivota lentement puis une cage thoracique métallique se dilata dans un souffle sifflant. Les yeux des abominations s'entrouvrirent un instant avant de se figer à nouveau. Nous n'avions jamais rencontré pareilles créatures avant aujourd'hui. Impossible donc d'évaluer leur force. Je remarquai néanmoins que si l'un de leurs bras était humain, l'autre était une arme. Le premier hybride possédait une foreuse industrielle, le deuxième un bon gros marteau hydraulique et le troisième une sorte de tranchoir laser. Nous nous accroupîmes pour tenter de nous déplacer sans nous faire repérer par nos ennemis. Après que j'aie manqué de me casser la figure à cause de l'huile présente sur mes semelles, nous décidâmes finalement de progresser à quatre pattes. Joy réussit quand même à s'éclater le nez sur le sol en tentant de rejoindre un établi. Rick eut plus de chance et parvint à l'atteindre. C'est là qu'étaient créées les créatures. Une poubelle servait pour les déchets biologiques et une autre contenait les déchets mécaniques. Sur la table centrale se trouvait un petit terminal. En plein écran était inscrit :
L'équilibre sauve, la solitude protège et l'excès détruit.
En bougeant la souris, notre jeune recrue arriva sur un écran avec des instructions d'assemblage. Une sorte de procédure à suivre parsemée d'annotations. Rick me fit signe de le rejoindre. Arrivée à ses côtés je repérai aussitôt une Pip-watch que je mis à mon poignet ainsi que deux petits circuits imprimés que je glissai dans le sac à dos de Joy. Je m'attelai à fouiller les dossiers de l'ordinateur et j'y trouvai un moyen très simple de nous débarrasser des hybrides en cas de problème. Il fallait tirer dans les corps et surtout viser leur core. Rick me demanda ensuite de vérifier s'il n'existait pas un moyen de neutraliser les créatures sans avoir à les tuer une à une. En approfondissant mes recherches, je parvins à hacker le système. J'entrai dans le programme de désactivation du système de survie des automates, bidouillai un peu et vis les lueurs s'éteindre. Les tuyaux commencèrent à fuir et les corps sortirent de leur léthargie. Ils furent secoués de spasmes violents, du sang et de l'huile s'écoula par leurs divers orifices et puis plus rien. Ils retombèrent inertes tandis que les mots « erreurs critiques » et « sujets perdus » s'affichèrent à l'écran.
Joy parvint finalement à atteindre une porte qui, cette fois, ne présenta aucune résistance et s'ouvrit facilement. Derrière, ô surprise, une autre porte. Celle-ci était surmontée d'une lampe rouge signalant qu'elle était verrouillée. Un peu plus loin, encore des portes mais cette fois, la diode d'une des deux était verte. Il n'y avait aucune menace imminente, nous avions donc le champ libre pour un peu d'exploration. La porte s'ouvrit sur une pièce aux angles stricts. Au centre de cet espace presque vide se trouvait une console tournée vers un écran géant dont l'affichage baignait la salle d'une lueur verdâtre monochrome. Elle pulsait lentement en décalage des battements rouges du reste du complexe. Du moins, avant que ces derniers ne s'éteignent brusquement lorsque nous fûmes à proximité de la porte. À notre entrée, la console s'activa d'elle-même. Les écrans secondaires s'illuminèrent tandis que des lignes de code défilaient sous nos yeux. Puis l'image principale se stabilisa et nous vîmes une salle d'opération. Là, une jeune femme était attachée sur une table de chirurgie. Elle était maintenue aux hanches, aux poignets et aux chevilles par des sangles rigides. Une luminosité froide l'éclairait et au-dessus de son corps plongé dans l'inconscience était suspendu un bras articulé. Un dispositif de chirurgie laser était en veille et bien qu'inactif pour l'instant son faisceau pouvait s'abaisser à tout moment. Un léger signal sonore retentit et des indications apparurent à l'écran alors que derrière nous la porte se verrouillait.
Ajustement des paramètres.
Nous étions pris au piège. Les haut-parleurs grésillèrent soudainement, saturés par une interférence aiguë. Un sifflement perça l'air, monta puis se stabilisa dans un souffle parasite constant. Pendant une seconde nous crûment entendre plusieurs voix se superposer avant que l'une d'elles ne prenne le dessus. Elle était calme, posée, presque douce.
- Mes petits souriceaux, vous voilà enfin dans le cœur du dispositif. Comme vous respirez vite, comme vous tremblez, c'est touchant. Vous avez traversé mes galeries, contemplé mes travaux et pourtant ce ne sont pas mes créations qui vous préoccupent. Non, c'est le sujet « L17 ».
L'image à l'écran se rapprocha du corps allongé sur la table. Nous reconnûmes alors Lily.
- Votre attachement est perceptible. Mes capteurs mesurent l'accélération de vos rythmes cardiaques depuis que son image est apparue... Fascinant ! Vous voulez qu'elle survive ! Mais vous rendez-vous compte que sa survie est entre vos mains ?
Des leviers étaient présents sur la console, quatre petits et un plus gros, tous en position centrale. Sur le plus grand des leviers, les écritures du haut semblaient avoir été grattées comme si quelqu'un avait voulu les faire disparaître. En bas par contre le mot « purge » restait bien visible.
- Devant vous cinq leviers, reprit la voix, simples en apparence pourtant chaque mouvement compte. Trop lent et le sujet « L17 » subira les conséquences de mon protocole. Trop brusque et vous risqueriez de provoquer un déséquilibre instable. Chaque mouvement est décisif. Rapprocher le danger ou trouver l'équilibre, telle est votre épreuve.
Un claquement sec résonna dans la console.
- Lorsque vous estimerez avoir trouvé une configuration acceptable, le levier principal vous permettra d'en assumer le choix.
Un tic tac discret commença à se mêler au bourdonnement électrique ambiant. Un compte à rebours silencieux s'enclencha.
- Observez, écoutez, ressentez ! Souvenez-vous l'équilibre n'est pas une vertu morale mais une nécessité mécanique. Un léger grésillement traversa les haut-parleurs. Sauvez le sujet « L17 » mes petits souriceaux. Montrez-moi que vous comprenez !
La transmission se coupa net. J'essayai alors péniblement de me rappeler ce que nous avions lu sur l'écran d'accueil de l'ordinateur précédent. « L'équilibre sauve, la solitude protège et l'excès détruit ». Avec ses données en tête, nous tentâmes de résoudre l'énigme. Nous discutâmes un moment de la manœuvre à effectuer si bien que la voix dans les haut-parleurs nous gratifia d'un :
- Tic-tac, on se dépêche mes petits souriceaux.
Rick s'empara de la première manette et la poussa vers le haut. Un clac retentit et il ne fut plus possible de la faire bouger. À l'écran, rien ne se produisit mais un bourdonnement s'éleva de la console qui semblait charger quelque chose. Sur un des écrans secondaires était désormais affiché :
Ajustement des paramètres un sur quatre.
- Prenez une décision mes petits souriceaux, susurra la voie métallique pour faire monter la tension.
Pour garder le paramètre solitude, Joy décida d'abaisser le second levier.
- Dix secondes, jubila notre interlocuteur.
Rick monta le troisième levier et abaissa le quatrième pour conserver cet état tout en gardant un équilibre. À chaque mouvement, une diode de couleur neutre s'allumait et bientôt nous pûmes lire :
Ajustement quatre sur quatre.
Notre jeune ami plaça alors le cinquième levier en position haute et toutes les diodes passèrent au vert. Le bourdonnement de la machine changea de tonalité devenant plus grave, plus calme, presque apaisant. Nous relâchâmes notre souffle. À l'écran, Lily immobile sur la table d'opération était entouré de bras robotiques et d'instruments chirurgicaux suspendus. Le laser se replia lentement au-dessus de son corps nu. Les pinces se desserrèrent dans des cliquetis secs avant de se ranger dans leurs rails métalliques. Les sangles autour de la jeune femme se relâchèrent progressivement. Elle inspira profondément, trembla un peu puis sembla reprendre doucement conscience. Un silence inhabituel s'installa dans la salle de contrôle que les grésillements des haut-parleurs brisèrent rapidement. Un soupir électronique traversa les parasites.
- Intéressant... très intéressant. Je dois reconnaître que je ne vous pensais pas capable d'une telle précision. Vous avez respecté le rythme : un battement un silence, un battement un silence.
Nous l'entendîmes rire. À l'écran le visage de Lily restait figé mais ses mouvements étaient désormais plus assurés.
- Fascinant, absolument fascinant. Vous n'avez pas brisé le protocole, vous l'avez compris. Son ton devint plus froid tandis qu'il poursuivait : Cela ne fait pas pour autant de vous des héros, plutôt des sujets prometteurs. Nous nous reverrons.
Le micro se coupa et un nouveau silence s'installa. L'écran géant clignotait faiblement mais nous pouvions toujours y voir Lily. Elle était consciente, secouée mais vivante. La porte se déverrouilla et s'ouvrit à l'instant même où la diode rouge de l'autre porte virait au vert. La porte métallique s'ouvrit et un grincement aigu résonna. Dans cette nouvelle pièce, l'air avait subitement changé. L'ambiance y était froide, très froide tout comme la température. Un fin brouillard s'élevait du sol en provenance d'une double porte au fond du local. Sur notre gauche, un lit taché de fluides divers, vestiges de manipulations récentes et juste à côté, un banc de fabrication organique figé dans le chaos d'expériences ratées. À nouveau la porte par laquelle nous étions entrés se verrouilla tandis qu'un grondement sourd faisait vibrer le carrelage sous nos pieds. Le moteur d'une machine inconnue vrombissait au loin saturant l'air d'un bourdonnement oppressant. La double porte menant à la pièce suivante trembla, se déforma puis explosa avec fracas en laissant échapper un souffle glacial accompagné de brumes qui envahirent lentement le local dans lequel nous nous trouvions. Dans la brume glaciale, une silhouette se détachait. Une abomination musculeuse, fusion d'homme et de machine dont chacun des pas faisait trembler l'acier et le béton. Ses muscles hypertrophiés s'articulaient autour de pistons et de câbles qui semblaient injecter puissance et précision à chacun de ses mouvements. La lumière se reflétait sur l'huile sombre qui recouvrait les bras et le torse de cette masse monstrueuse. Sur son crâne, à la place du visage, était fixé un moteur d'avion. Les pales de son hélice tournaient et grinçaient sur leur axe rouillé tandis que des soupapes vrombissaient comme un avertissement mécanique. Il ne proféra aucune parole, aucun rugissement humain, seulement le hurlement du métal de son moteur. Une pure menace incarnée sous forme à la fois organique et mécanique. Chaque souffle de brume se mélangeait au ronflement de la machine comme si la pièce elle-même retenait sa respiration devant la force brutale qui venait vers nous. À nouveau un rire métallique résonna dans les haut-parleurs :
- Contemplez ma création ! La combinaison imparfaite d'un homme et d'une machine. Il est trop nerveux et imprévisible, je devais le garder au frais.
Chaque mouvement de cette aberration dégageait puissance et danger. Ses bras étaient massifs et prêts à saisir ou broyer tout ce qui passerait à sa portée. Ses jambes surdimensionnées martelaient le sol et son torse renforcés par une armature métallique semblaient conçus autant pour frapper que pour encaisser. La tension devint presque physique, palpable jusque dans nos os et nos oreilles. En surgissant devant le laboratoire, la créature l'avait transformé en un piège étroit et mortel.
- Contempler ma création, reprit la voix, je l'ai surnommée le Strümpropeler.
Nous remarquâmes que dans le local d'où provenait l'hybride, certaines conduites étaient étrangement réfrigérées. Des cristaux de givre se formaient sur leurs contours et des plaques de glace recouvraient le carrelage au centre de la pièce. Secouant son hélice et martelant le sol, le monstre était prêt à charger droit devant lui tel un taureau enragé. Réagissant instinctivement, Bobby attrapa la table de travail et avec l'aide de Rick, la déplaça pour bloquer la progression de la créature. Joy tenta de tirer dans les conduits réfrigérés avec son fusil ferroviaire. Le clou perfora le métal et un jet de gaz réfrigérant gicla hors de la canalisation. Il aspergea une partie du monstre qui sembla en souffrir. Il fit vrombir son moteur et les pales de son hélice accélérèrent encore leurs rotations. Avec mon mousquet laser, je visai la seconde canalisation. Malheureusement le plasma n'eut aucun effet. Pendant ce temps, la créature utilisa sa jambe valide pour engendrer une vibration qui, telle une secousse sismique, déstabilisa les deux hommes de notre groupe. Le banc finit par éclater sous la pression du monstre. Rick s'écarta et fouilla rapidement dans son sac pour en sortir de vieux câbles. Il en fit une sorte de lasso qu'il parvint à enrouler autour de l'axe de l'hélice. Bobby mit à profit le court laps de temps durant lequel l'hélice fut bloquée pour se glisser entre les jambes de l'aberration et passer dans l'autre pièce. Avant que l'hybride ne se défasse des câbles qui le gênaient, Joy visa la seconde conduite. Le gaz réfrigérant jaillit et toucha la créature ainsi que notre ami La Grogne. Bobby lâcha un juron lorsqu'il sentit l'air glacial sur sa peau transpercer ses vêtements en gelant instantanément le tissu. Néanmoins cela ne l'empêcha pas de voir que l'arrière du réacteur était d'un rouge flamboyant à cause de la chaleur qu'il produisait. À mon tour, je fouillais dans mon paquetage à la recherche d'une grenade. Sans la dégoupiller, je la lançai dans l'espoir d'attirer l'attention de notre adversaire. Malheureusement, elle atterrit aux pieds de Rick. Le monstre provoqua un nouveau choc sismique mais le gel avait fait son œuvre et le métal se brisa. La créature se mit alors à courir droit devant elle en plein sur la trajectoire de Joy qui fut littéralement écrasée contre le lit. Heureusement, il ne s'acharna pas sur elle mais il se retourna pour tenter une autre attaque. Bobby tira dans la tête de la créature en l'invectivant tant qu'il le pouvait pour attirer son attention. Rick, qui avait ramassé ma grenade, la lança à son tour pour faire un maximum de bruit. Le résultat ne fut pas atteint et l'abomination l'ignorât totalement. L'hybride chargea La Grogne mais rata sa cible et s'encastra dans la canalisation qui explosa sous l'impact. J'en profitai pour m'approcher le plus discrètement possible de Joy La Sanguinaire et lui administrai un Stimpack. Les jambes de la créature la soutenant difficilement à cause du froid intense, Bobby voulut la pousser vers l'autre tuyau et ne réussit cependant qu'à se prendre un coup d'hélice dans les jambes. Rick balança sa clef à molette qui toucha un mur sans pour autant produire suffisamment de bruit pour attirer la créature. Joy ramassa tant bien que mal un paquet de ferraille qu'elle balança sur les tuyauteries. Bobby se plaqua comme il le put contre le mur pour échapper au Strümpropeler qui fonçait vers l'origine du bruit. Ce dernier s'éclata la tronche sur la canalisation où la ferraille avait atterri. Il y eut une explosion et un gros nuage blanc se forma dans la pièce. Le moteur de la créature vrombit rageusement en produisant des étincelles alors qu'elle tombait sur ses genoux. Mâchonnant négligemment son cigare, Bobby tira dans le réacteur. Le plasma mélangé à la chaleur intense du moteur fit fondre le métal à l'intérieur. L'hélice s'emballa et se brisa en envoyant voler des éclats dans toute la pièce. La création du savant fou s'écroula au sol, inerte. Rick récupéra sa précieuse clef à molette ainsi que la grenade. Bobby était un peu sonné, pour la première fois de sa vie il avait ressenti de la peur. Nous le rejoignîmes pour nous approcher de la porte derrière lui et alors que nous nous apprêtions à faire sauter le boîtier pour tenter de l'ouvrir, les haut-parleurs du laboratoire se mirent brutalement à grésiller. Les parasites sonores saturèrent l'air et un bruit sourd retentit au loin, comme une sorte de déflagration. Cette fois, la voix du Docteur Kepler résonna paniquée :
- Co... Comment m'avez vous localisé ? Ce site est hors réseau, vous ne pouvez pas...
Un choc sec retentit, similaire à une masse lourde que l'on plaque sur un sol métallique. Des pas coordonnés, lourds mais assurés résonnèrent puis une voix masculine inconnue s'éleva, glaciale, sans la moindre trace d'hésitation.
- Unité « K 3P - 7 » identifiée. Application du protocole de récupération, désactivation de synthétique en fuite.
Kepler haleta, sa respiration était nerveuse et saccadée.
- Synthétique ? Non, non vous faites erreur, je suis le directeur de ce laboratoire, je suis hum...
Un bruit de choc électrique ricocha dans le micro créant de nouvelles interférences. La voix implacable reprit :
- Cible neutralisée, initialisation de la procédure de destruction des preuves. Extraction immédiate, retour à l'Institut.
Une déflagration plus courte fit exploser les haut-parleurs dans un larsen strident. Une alarme se déclencha aussitôt entrecoupée de violentes interférences.
Alerte critique, intégrité de la salle des machines compromise à ...
Des parasites nous empêchèrent d'entendre la suite. La séquence automatique se déforma puis repris :
Instabilité du cœur énergétique détectée, risque de surcharge thermique. Explosion imminente, évacuation immédiate !
Un grondement sourd traversa les murs, le sol trembla sous nos pieds. Quelque part dans les profondeurs du complexe, une structure s'effondra dans un fracas étouffé. L'alarme vrillait nos tympans par rafales irrégulières. Les lumières vacillèrent tandis qu'une fine pluie de poussière tombait du plafond. Mais à travers ce chaos mécanique, un son humain persistait. Les cris de Lily provenant de derrière la double porte. Nous en forçâmes l'ouverture et en franchîmes le seuil. Un froid intense nous saisit immédiatement, plus mordant encore que dans les salles précédentes. L'atmosphère y était immobile, presque stérile et sentait une odeur de désinfectant brûlé. La lumière blafarde des néons donnait à la pièce un aspect dur. La table d'opération trônait au centre comme un hôtel sacrificiel. Lily y était attachée. Elle hurla en nous voyant, un cri brut qui se brisa en sanglots lorsqu'elle comprit que nous étions réels. Le sol vibra de nouveau accompagné d'un autre grondement sourd. Dans les haut-parleurs, l'alarme nous rappela l'état d'urgence.
Alerte critique, intégrité de la salle des machines compromise. Surcharge thermique imminente. Évacuation immédiate !
Des secousses plus fortes firent tomber des morceaux de plafonnage. Le complexe était en train de s'effondrer, il était grand temps de filer. Bobby arracha les sangles qui maintenaient Lily, celle-ci hurla de douleur quand il la souleva. Son corps était glacé, affaibli, elle était vivante mais dans un état critique. La Grogne ne fit pas de manière, il la jeta sur son épaule et nous sortîmes en catastrophe dans le couloir. Toutes les issues étant désormais déverrouillées, deux chemins s'offraient à nous. Le plus proche était droit devant nous et menait aux jardins extérieurs. Le deuxième, situé derrière une barricade de vieux barils, indiquait :
Accès maintenance et égouts.
Mes camarades étant déjà affaiblis par les radiations, nous décidâmes de tenter notre chance par les jardins en espérant que le Prétorien ne nous attendrait pas à la sortie. Le sol gronda, le temps sembla se contracter. Lily tremblait de plus belle sur l'épaule de Bobby. Nous traversâmes un tunnel ascendant et secret, creusé à l'insu du personnel de l'asile. Quand nous débouchâmes à sa sortie, nous fûmes bien incapables d'évaluer la distance parcourue tellement nous avions couru à perdre haleine. Dans la pénombre un simple escalier, seulement éclairé par la lampe frontale de La Grogne, nous attendait. Nous grimpâmes les marches quatre à quatre jusqu'à ce que nous fussions arrêtés par une grosse trappe en métal bien lourde. Nous retirâmes le verrou mécanique et sortîmes dans ce qui autrefois avait dû être une piscine. Autour de nous se trouvait un empilement de robots handyman éclatés. Les murs portaient des traces de brûlures et des impacts de balles. Les portes extérieures de l'asile étaient toujours condamnées mais des explosions souterraines commençaient à se faire entendre. Devant nous, tel un cadeau du ciel, un vertiptère était stationné. Il semblait n'attendre qu'un pilote pour décoller. Je grimpai à son bord pour y jeter un coup d’œil. Je me rappelai vaguement avoir lu quelque chose sur comment faire démarrer ce genre d'appareil. Le vertiptère s'arracha du sol dans un rugissement de turbines. La rampe se referma alors que mes compagnons se jetaient à l'intérieur. Tandis que nous décollions, les jardins en contrebas explosèrent en gerbes de terre et de flammes. L'asile brûlait, ses fenêtres explosaient une à une dans une sorte de réaction en chaîne. Au milieu de cet enfer, la silhouette massive mais immobile du Prétorien se découpait à la lueur de l'incendie. Un pan entier du bâtiment s'effondra derrière lui, l'engloutissant dans un nuage de feu et de poussière. Le vertiptère s'inclina vers l'avant tandis que l'asile Sainte Hildegarde disparaissait sous les flammes. Après plusieurs interminables minutes, à moins que ce ne fussent des heures, difficile à dire vu mes piètres talents de pilote, nous vîmes enfin quelque chose de familier. Nous étions de retour à la Réserve Fédérale. Les projecteurs tranchaient la nuit en larges faisceaux blancs, révélant les remparts bricolés, les tours de guet et les carcasses de véhicules soudées pour former une forteresse. L'appareil tangua violemment, un des moteurs toussa et un voyant rouge se mit à clignoter dans le cockpit tandis qu'une odeur de carburant brûlé envahissait l'habitacle. Une alarme retentit dans le camp, des silhouettes surgirent sur les remparts, armes levées. Une voix paniquée se fit entendre dans mon oreillette :
- Aéronef non identifié, changez de cap immédiatement où nous ouvrirons le feu !
- C'est Amara, répondis-je, je ne sais pas atterrir, je vais me crasher, dégagez le passage !
Malheureusement personne ne reçu mon message. Je tentai de stabiliser l'appareil. Le vertiptère perdit plusieurs mètres d'altitude avant de se redresser de justesse. Je frôlai les remparts et m'écrasai sur la place en détruisant au passage les tables et les chaises de notre pauvre aubergiste. Bien qu'ayant atterrit violemment, le vertiptère n'était pas détruit. Néanmoins il ne pourrait pas décoller de sitôt. Nous ouvrîmes prudemment les portes latérales pour nous montrer aux autres raideurs. Une voix ferme et autoritaire mit fin à la panique autour de nous.
- Baissez ces armes tout de suite !
Un silence pesant s’abattit sur la cours. Les projecteurs s'immobilisèrent sur la carlingue et les mitrailleuses cessèrent de pivoter.
- Ce sont eux, poursuivit la voix, laissez-les !
La rampe arrière descendit lentement en soulevant un nuage de poussière. Nous posâmes les pieds à terre, blessés, couverts d'huile et de suie tandis que tous ceux présents dans la cours nous observaient en silence. Au milieu des feux de camp, une femme se tenait immobile les bras croisés, fixant sur nous un regard à la fois dur et inquiet. Ses cheveux sombres avaient été attachés à la va-vite et elle portait son manteau usé par les dizaines de combats qu'elle avait menés. Lemex, la peau burinée par le vent et la poussière, se tenait à la droite de notre chef. Il était vêtu de cuirs renforcé et bardé d'armes bricolées. Tous deux nous jaugeaient sans un mot, attentifs à nos plaies et à nos silences. Red nous passa en revue de la tête aux pieds puis son regard glissa lentement vers Bobby. Elle tressaillit en apercevant sa sœur sur son épaule. Son souffle se bloqua. Elle avança d'un pas puis d'un autre jusqu'à ce que sa voix à peine audible franchisse ses lèvres :
- Lily ?