Raider's stories
Chapitre 3 : Ceux qui ne dorment pas première partie
6834 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 08/09/2026 18:59
Le bunker de la Réserve Fédérale se découpait dans la pénombre comme une cicatrice de béton et d'acier plantée dans la terre morte. Les projecteurs bricolés balayaient l'esplanade extérieure révélant la silhouette armée des guetteurs sur les passerelles. Des carcasses de véhicules étaient soudées aux murs tels des trophées. Ici, rien n'était laissé au hasard. Chaque porte claquait lourdement, chaque regard jaugeait, chaque arme était chargée. Quand, avec Bobby et Jasper, nous franchîmes le sas principal, la nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. Des murmures précédèrent nos pas. Nos poches étaient lourdes d'environ trois mille caps, mais c'étaient surtout les informations ramenées de Junktown qui avaient de la valeur : des noms, des itinéraires, des habitudes, des vérités capables de faire ou défaire des gangs entiers.
Après quelques heures de repos, le Doc reprit son poste à l'infirmerie et nous retrouvâmes Joy enfin remise sur pied. On nous conduisit sans détour dans le coeur du bunker. L'auditorium était une vaste salle creusée dans le béton brut et éclairée par des rangées de néons fatigués. Les gradins improvisés débordaient déjà d'une cinquantaine de pillards. Hommes, femmes, jeunes têtes brûlées et vétérans balafrés côtoyaient des goules civilisées au regard jaune ou des éclaireurs maigres comme des chiens errants. Ça sentait la sueur, la poudre, l'huile rance ; le clan était réuni.
Sur l'estrade se tenait Red Tourette, manteau rouge sombre jeté sur les épaules. À ses côtés, son bras droit, Lemex. Large d'épaule, crâne rasé et barbe grise, le visage buriné comme une route de désert. Un ancien de l'Enfer, une version vieillissante mais toujours dangereuse de Mad Max. Tous deux étaient penchés sur les documents que nous avions rapportés : carte griffonnée, notes codées, rapports de mouvement. Red releva la tête son regard balaya la salle puis s'arrêta sur nous.
- Junktown n'est pas un endroit qui pardonne. Vous y êtes allés, vous en êtes revenus et pas les mains vides. Elle fit un signe à Lemex qui lui passa un document. Ces infos sur Tom Labricole et ses chiens valent plus que des caps. Grâce à vous, nous savons où il passe, quand il bouge et avec qui.
Un murmure d'approbation traversa l'Assemblée. Red se tourna alors vers le clan tout entier. Sa voix porta fermement ses paroles :
- On nous croit divisés, on nous croit affaiblis. Mais chaque fois qu'ils baissent la garde, on leur rappelle qu'on tient encore debout dans ces Terres Désolées. Ici personne n'est protégé par un nom ou une planque. Ici on survit parce qu'on est ensemble.
Les regards s’illuminèrent, certains serrèrent le poing contre leur cœur. Red laissa le silence s'installer une seconde de trop mais tout avait été calculé. Puis son ton changea. Il se fit plus bas, plus dur.
- Mais il y a quelque chose que je ne peux pas ignorer. Elle inspire lentement. Lily, ma sœur infiltrée chez Tom Labricole depuis des semaines, nous envoyait régulièrement des informations. Depuis une dizaine de jours déjà, nous n'avons plus de nouvelles de sa part. Un froid tomba dans la salle. Je sais ce que cela signifie et je ne laisserai pas ça sans réponse. Bobby, Amara, Joy,... Red marqua une nouvelle pause et désignant un jeune gars vif, trop calme pour être honnête, elle reprit : lui c'est Rick Hochet, un espion qui surveillait les abords du territoire de Tom. Il vient avec vous ! Elle s'approcha du bord de l'estrade. Votre destination est un quartier résidentiel abandonné, là-bas se trouve un ancien asile psychiatrique d'avant-guerre. Un endroit que même les charognards évitent. On raconte qu'il est hanté, mais je n'ai que faire des fantômes. Ses yeux brillaient d'une colère contenue. C'est le dernier endroit où Lily a été vue en compagnie de Labricole et de son bras droit Red Eyes Bull. Un dernier silence lourd et définitif s'installa dans l'auditorium. Votre objectif maintenant est de trouver des réponses et de me ramener ma sœur.
Nous nous mîmes aussitôt en route en commençant par nous rendre chez l'intendant qui nous remit notre équipement et nos recharges de munitions. Il fallut compter quelques jours de marche pour atteindre notre destination située à proximité de Junktown. La chance fut avec nous. Grâce à une météo clémente et aucune rencontre inopinée, nous arrivâmes rapidement.
Au bout d'une allée, derrière un mur de brique haut de quatre mètres, l'asile se dressait immense face à nous. Il s'agissait d'une massive bâtisse gothique aux lignes sévères rongées par des vignes mortes et des plantes difformes. Un portail rouillé entrouvert donnait sur des jardins à l'agonie mais entretenus. Là s'affairaient de nombreux petits robots sphériques, des « handymen ». Même si certains d'entre eux semblaient un peu détraqués, ils n'étaient de prime abord pas hostiles. Ils taillaient, pulvérisaient ou arrosaient une terre stérile et nous ignorèrent totalement en dehors de quelques murmures comme :
- les patients doivent rester calme pour leur bien.
Après avoir traversé les jardins, nous passâmes un autre portail menant cette fois-ci à une cours intérieure très propre pour un lieu soi-disant abandonné. Les sentiers étaient dégagés et parsemés de bancs maladroitement repeints et de statues n'ayant malheureusement pas bien supporté le passage du temps. Soudain un handyman s'approcha, son œil central fixé sur nous.
- Bienvenue à l'asile Sainte Hildegarde, déclara-t-il avec le ton pompeux d'un majordome anglais. Avez-vous rendez-vous pour une admission ou pour une visite ?
Nous empêchâmes de justesse Bobby d'utiliser le robot comme ballon de football et comme nous tardions à lui répondre celui-ci nous reposa sa question.
- Une visite ! répondis-je en cœur avec Joy.
- Oh formidable ! Venez, passez donc par cette porte, s'exclama-t-il en lévitant vers l'entrée du bâtiment.
Nous nous approchâmes d'une grande double porte en bois renforcé. La ferronnerie d'époque était rouillée mais toujours solide. Elle s'ouvrit dans un grincement plaintif, comme si le bâtiment lui-même protestait contre notre intrusion. Nous avançâmes dans un vaste hall d'accueil figé dans un autre âge. Le sol, un damier de carrelages fissurés, était étonnamment propre. Les murs, jaunis par le temps, portaient encore des panneaux émaillés, bien que certains fussent à moitié décrochés. Dessus nous pouvions encore lire des mots comme admission, visite ou silence. Une odeur rance de désinfectant se mêlait à celles de l'humidité et du métal froid. Malgré les ravages évidents du temps, fissures, plafonniers tremblotants, peintures écaillées, tout semblait entretenu. Comme si quelqu'un ou quelque chose refusait de laisser l'endroit mourir. L'intérieur du bâtiment se trouvait plongé dans la pénombre car, bien que relativement propre, les carreaux étaient partiellement cachés par de larges planches de bois. Nous allumâmes nos lampes de poche éclairant les plantes mortes dispersées çà et là, ainsi que les bancs où pouvaient autrefois patienter les visiteurs. Au Nord de notre position se trouvait une double porte dans un renfoncement, ainsi qu'un escalier menant aux étages supérieurs, ce dernier désormais totalement obstrué par un morceau de plafond effondré. Au centre de la pièce, une magnifique statue de Sainte Hildegarde trônait fièrement. Elle était parfaitement conservée malgré la vétusté des lieux. Il y avait aussi un comptoir circulaire de bois vernis, usé par des décennies de mains nerveuses. Derrière se tenait une silhouette immobile. Celle-ci leva lentement la tête. Il s'agissait d'une handymaid, un androïde domestique qui, dans ce cas précis, avait l'apparence d'une infirmière d'un autre siècle. Son impeccable chevelure noire était relevée en un chignon rigide typique des années mille neuf cent cinquante. Chaque mèche parfaitement figée, trop parfaite pour être réelle. Sa peau artificielle était lisse et pâle, imitation troublante de chair humaine. Son visage était maquillé avec soin, traits délicatement ombrés, rouge à lèvres carmin. Cependant, son expression restait figée dans un sourire professionnel n'atteignant jamais ses yeux de verre. Un regard qui d'ailleurs nous traversait sans nous voir. Ses mains synthétiques étaient gantées d'un blanc immaculé sans la moindre trace d'usure et reposaient sur le comptoir. Elle s'anima dans un léger bourdonnement mécanique et déclara d'une voix douce :
- Bienvenue à l'asile Sainte Hildegarde. Veuillez patienter, vous serez bientôt pris en charge.
Le silence retomba aussitôt et nous pûmes entendre, provenant du fond du bâtiment, quelque chose claquer. Comme si une lourde porte s'était verrouillée. À l'Est comme à l'Ouest, nous pouvions distinguer de grandes doubles portes. Sur un panneau, Joy put déchiffrer une partie de l'agencement des lieux. L'aile ouest était consacrée au traitement des patients. Au Nord il s'agissait d'une zone administrative et l'Est correspondaient à la zone d'internement. Deux portes plus petites donnaient accès à la buanderie et à un bureau infirmier. Le calme était pesant bien que par intermittence nous pûmes entendre une porte claquer, ou le vent s'engouffrer dans les interstices. Devant la handymaid se trouvait un terminal. Rick notre jeune recrue s'approcha et déclara :
- Nous venons rendre visite à Lily.
- Lily, Lily …, répondit la voix robotique, Avez-vous un nom de famille ?
- Tourette ? Proposais-je peu sûre de moi car nous pensions depuis toujours que Red Tourette était un pseudonyme.
- Nous n'avons personne enregistré à ce nom mais dix patientes correspondent au prénom de Lily.
- Où sont-elles localisées ? questionna Rick.
- Nous avons la patiente, commença l’androïde, corruption des données, corruption des données... Un silence s'installa avant qu'elle ne reprenne comme si de rien n'était, nous avons pour l'instant une Lily en salle d'internement.
- Peut-on avoir un numéro de chambre ?
- La six, mais êtes-vous apparenté à cette personne ? Veuillez vous enregistrer et présenter vos pièces d'identité.
À la réaction de l' handymaid, nous comprîmes qu'il nous fallait changer de méthode. Joy nous fit un signe discret puis feignit une crise. Elle commença à trembler en frappant le vide autour d'elle. Bobby et Rick entrèrent dans le jeu en faisant semblant de vouloir la maîtriser. Aussitôt l’androïde réagit.
- Ah, vous venez pour un internement ?
Je tentai alors de me faufiler derrière elle. Malheureusement, elle perçut ma présence et sa tête pivota à cent quatre-vingt degrés pour braquer sur moi son regard de verre.
- Que faites-vous Madame ? N'approchez pas, cette zone est restreinte.
Bobby voulut régler la question à sa manière, c'est à dire par un bon coup de poing, mais nous tentâmes de l'en dissuader. Tandis que l’androïde nous regardait sans comprendre ce qui se passait, un grondement sourd nous parvint de l'extérieur. Un vrombissement intense fit trembler les murs, vibrer les vitres et de la poussière tomba du plafond alors qu'un faisceau lumineux passait par les fenêtres en balayant la cours extérieure. Un bruit infernal suivi de deux impacts métalliques se fit entendre, comme si quelque chose de très lourd avait percuté le sol après une chute de grande hauteur. C'était la première fois que nous entendions pareil vacarme.
- On n'a pas le temps pour la paperasse, m'écriai-je, Laissez nous passer !
Les yeux bleus de l'handymaid, si paisible quelques secondes plus tôt, virèrent au orange vif et sa voix laissa place à une alarme. Toutes les portes émirent un claquement de verrouillage, des volets métalliques s'abaissèrent devant les fenêtres et la porte d'entrée et les haut-parleurs encore fonctionnels émirent en boucle un message alarmant : protocole de sécurité activé. Toute présence non autorisée sera neutralisée.
Ensuite les néons s'éteignirent brutalement avant de se rallumer en rouge en projetant des ombres déformées sur les murs. L'asile n'était plus un refuge, mais un piège et nous étions bloqués à l'intérieur. Malgré l'isolement total de la bâtisse, nous entendîmes des échos de combat provenant du dehors. les handymen combattaient une ou plusieurs choses imposantes. Devenue incontrôlable depuis l'état d'alerte, la secrétaire robotique représentait pour nous un danger immédiat. Bobby voulut la défoncer à coups de poings américains mais se rata en beauté. Il s'affala sur le bureau en envoyant valser le terminal dans les airs. Rick visa la tête du robot, la balle se logea dans la statue juste derrière. Joy, qui avait cessé de jouer la comédie, prit son fusil laser et abîma légèrement la tête de la handymaid.
Utilisant mes connaissances en technologies anciennes, je me rappelai que pour couper l'alimentation de ce type de robot, il fallait viser son dos. j'en informai mes camarades avant de bouger pour tenter de me replacer derrière elle. Après avoir ramassé une paire de ciseaux qui traînait sur son plan de travail, l’androïde se jeta sur Bobby qui fut incapable de l'éviter. La Grogne fut touché à la tête. Heureusement, la blessure ne fut pas mortelle. Furax, il voulut lui rentrer dedans mais échoua.
Rick plaça un piège à ours devant l'une des portes afin de sécuriser nos arrières en cas d'arrivée d'éventuels renforts. Joy parvint, d'un tir de laser très précis, à atteindre le dos de l'androïde, le laissant en très piteux état. Je tirai à sa suite, abîmant encore plus le robot qui était à deux doigts de s'éteindre. Bobby empoigna la pseudo infirmière, la souleva et l'éclata sur le bureau jusqu'à ce que quelques éclairs et une légère fumée s'élèvent des circuits désormais inactifs. Rick récupéra son piège à ours et ne nous dirigeâmes tous vers l'aile d'internement dans l'espoir d'y retrouver Lily. La porte mécanique fonctionnait avec un détecteur de mouvement malheureusement hors-service. Nous activâmes la manette de sécurité, la porte s'ouvrit directement et nous nous hâtâmes de la franchir avant qu'elle ne se referme sur nous. Nous arrivâmes dans un sas qui à l'origine devait sans doute servir à passer la camisole aux patients les plus turbulents. Impossible cependant d'aller plus loin, nous étions bloqués à l'intérieur. À travers le grillage qui nous empêchait d'avancer, nous découvrîmes un long et étroit couloir plongé dans les ténèbres. Seule clignotait la lueur rougeâtre de l'alarme, dessinant des ombres mouvantes sur les murs. Nous distinguâmes malgré tout une bobine Tesla. L'engin électromagnétique devait certainement servir à activer l'ouverture et la fermeture de certaines portes. Je compris rapidement que c'était notre seule chance d'ouvrir le sas. La Grogne, fidèle à son habitude, voulut quand même défoncer la grille qui nous empêchait de rejoindre le couloir. Sans surprise, il échoua.
Pendant ce temps nous continuâmes à percevoir les bruits des combats extérieurs, mais ceux de décombres s'effondrant au sol nous apprirent que les nouveaux arrivants avaient pénétré à l'intérieur. Rick tira à travers le grillage en direction de la bobine Tesla et pendant une fraction de seconde la porte réagit. Le jeune homme tira une deuxième fois et au moment où la porte s'entrouvrit, Bobby sacrifia son pistolet à clous pour le coincer dans l'ouverture avant que celle-ci ne se referme à nouveau. Tous ensemble nous forçâmes la porte et parvînmes à la bloquer totalement ouverte. Dès notre premier pas hors du sas, de la musique classique se mit à résonner. Tout le long du couloir se trouvait une rangée de portes en métal toutes munie d'un judas. Après un rapide coup d’œil nous pûmes voir que seules deux d'entre elles étaient encore verrouillées. Sur la première, une traînée de sang frais était apparente. Le bout du couloir était quant à lui obstrué, nous empêchant d'aller plus avant. Une autre bobine Tesla se trouvait non loin, mais impossible de savoir si elle était toujours opérationnelle. Bobby regarda par le judas de la première chambre verrouillée mais ne distingua rien à cause de l'obscurité. Une respiration saccadée parvint cependant à ses oreilles ; des halètements comme si quelqu'un avait du mal à retrouver son souffle. Étant nyctalope, Joy La Sanguinaire regarda à son tour l'intérieur de la pièce et aperçut un homme en uniforme militaire. Ce dernier était gravement blessé au niveau du torse et semblait souffrir atrocement. Il possédait encore un pistolet à plasma et était prêt à s'en servir.
En ce qui concernait la seconde chambre verrouillée, il y avait de l'agitation à l'intérieur. Joy jeta aussi un œil et vit deux goules. Elles étaient complètement désorientées et se plaquaient les mains sur les oreilles à cause de la musique qui ne semblait pas vouloir s'arrêter. Je tentai de leur parler, de goule à goule, mais leur baragouinage était parfaitement incompréhensible. Pendant ce temps, Rick couvrit nos arrières en préparant une bouteille incendiaire qu'il n'aurait plus qu'à allumer au moindre signe de danger. Bobby, Joy et moi retournâmes voir le soldat à l'agonie, histoire de lui soutirer quelques informations. Bobby frappa à la porte, ce qui mit l'homme en état d'alerte. Nous entendîmes une détonation, un tir avait atteint le mur près de la porte.
- Tout doux mec, on te veut pas de mal, lui dit alors La Grogne avec une voix qui n'avait pourtant rien de rassurant.
- Rhaaa... j'ai besoin... d'aide.
- Nous pourrions t'en donner en échange de quelques renseignements.
- D'abord l'aide sinon je vais crever et vous n'aurez quand même pas mes informations.
- J'aime pas le chantage, jette ton arme ! grogna notre impressionnant ami.
S'en suivit le son caractéristique d'une arme qui glisse sur le sol. La porte refusant de s’ouvrir, Rick, qui était resté en retrait, vérifia une hypothèse et -bingo- la deuxième bobine Tesla servait bien à l'ouverture des cellules. Par précaution il mit en place son piège à ours devant la chambre des goules tandis que je le rejoignais afin de bidouiller la bobine. Ne pouvant pas les désactiver un à un, je débloquai tous les verrous. La musique commençant tout doucement à nous taper sur les nerfs, Rick s'empara d'une chaise et arracha le haut-parleur le plus proche. Aussitôt le chahut provenant des goules diminua. Notre jeune recrue s'occupa des trois autres appareils et le calme s'instaura aussitôt. Nous percevions néanmoins, bien que par intermittence, des bruits de fusillade dans les étages. Je retentai de discuter avec les autres goules mais tout ce que j'en tirai fut :
- Plus de musique... plus de musique...
À leur langage peut développé, je supposai qu'il devait probablement s'agir d'anciens patients désormais incapables de nous en dire plus. Pendant ce temps Joy, avec l'aide de Bobby, avait entrepris d'ouvrir la porte de la pièce où se trouvait le blessé.
- S'il vous plaît, gémit-il quand elle entra, quelque chose pour atténuer la douleur...
L'homme portait un uniforme militaire bien entretenu mais très différent de ce que nous avions l'habitude de voir dans les Terres Désolées. L'écusson de sa faction semblait symboliser la puissance de l'acier. Ses blessures, situées au niveau de l'estomac, portaient des traces de brûlures et avaient sans doute été infligées par un des handymen qui s'occupaient des jardins. Joy La Sanguinaire s'empara de l'arme laissée au sol et une fois la zone sécurisée, me fit signe d'entrer. Je m'attelai aussitôt à stabiliser le blessé.
- Merci, me souffla-t-il avant de réaliser ce que j'étais. Oh putain, une abomination ! S'écria-t-il en tentant de reculer. Ça... C'est quoi ce bordel ? Où est mon flingue ?
Joy intervint en lui plaquant sa propre arme contre la tempe.
- « Ça » vient de te sauver la vie donc maintenant on va parler !
- Que... Qu'est-ce... Merci... Bredouilla le soldat pris de peur.
- Nous avons besoin d'informations, poursuivit La Sanguinaire sans relâcher la pression de son arme, connais-tu une certaine Lily ? Nous la cherchons activement.
- Connais pas de Lily, ma seule mission est d'épauler le Chevalier prétorien pour récupérer la technologie qu'il y a ici. Et comme vous l'avez sûrement remarqué, il y en a encore beaucoup.
- T'es qui, d'où tu sors et qu'est-ce qui t'est arrivé ? s'énerva mon amie.
- Je ne suis qu'un écuyer de l'acier. La confrérie n'est là que pour récupérer de la technologie, répondit-il un peu surpris, et libérer les pauvres âmes de ces abominations, acheva-t-il en me désignant.
- Tu sais ce qu'elle te dit l'abomination ? rétorquai-je vexée.
Il fit comme si je n'étais pas là et continua son récit.
- Nous avons détecté beaucoup de technologie dans ce laboratoire... heu... hum... asile et...
- Laboratoire tu dis ? le coupa Joy.
- Merde...
- Parle ou tu vas souffrir, déclara La Sanguinaire.
- Nous présumons de la présence d'un laboratoire caché sous cet asile. On ignore par qui et pourquoi mais ça s'est réactivé il y a peu de temps. C'est ainsi que nous pûmes le détecter. Avec le Chevalier et un autre écuyer, nous avons été envoyés pour investiguer sur place. J'ai perdu la trace de mes alliés. Je présume que les bruits à l'étage viennent d'eux.
- Ok, lâcha Joy, tu es donc certain de n'avoir vu passer aucune jeune femme ?
- Oui, vous êtes les premiers êtres de chair que je croise.
- Je suis persuadée que tu ne nous dis pas tout, déclara ma comparse suspicieuse.
L'hésitation se peignit sur le visage du blessé mais devant l'impatience de Joy, il déclara finalement :
- Promettez-moi de ne pas me tirer une balle une fois l'info obtenue. Promettez le moi et rendez-moi mon pistolet.
- Non, implacable la réponse claqua dans l'air, ton flingue tu peux l'oublier !
- Comment vais-je me défendre si jamais d'autres viennent me chercher ?
- Tout dépendra de la valeur de tes paroles.
- Il nous faut bouger d'ici. Je crois qu'une de nos caisses de matériel a traversé le plafond non loin de l'accueil. Amenez-moi là-bas, je vous montrerai son contenu mais promettez-moi de me laisser vivre.
- Marché conclu, annonça Joy.
Dans le couloir, nous dégotâmes une vieille civière à roulettes. Nous envoyâmes valser le cadavre allongé dessus et y installâmes le soldat de l'acier. Avec un brin de sadisme, je me proposai pour le pousser jusqu'à l'entrée. Quand nous arrivâmes à hauteur de la porte, un grand fracas retentit derrière nous. Semblant avoir enclenché le mode destruction, le Prétorien tomba littéralement du plafond avec un rire dément alors qu'il écrasait sous le pied de son imposante armure, un des handymen. Puis il nous aperçut.
- Oh, Une abomination !
Il était prêt à faire feu dans tout le couloir. Il était grand temps pour nous de prendre la fuite. Pour nous faire gagner un peu de temps, Rick tira dans la bobine Tesla que j'avais trafiquée afin d'ouvrir les cellules. L'explosion provoqua un champ électromagnétique dont les arcs électriques touchèrent l'armure de notre assaillant. Perturbé dans ses déplacements, il se retrouva paralysé un court instant. Tout en suivant les indications de l’écuyer, nous quittâmes précipitamment l'aile d'internement. Nous pénétrâmes dans le bureau des infirmiers. Là se trouvait un terminal encore en état de fonctionner. Comme prévu, un objet avait traversé le plafond. Il s'agissait d'un obus mais il n'était pas explosif et avait la fonction d'un conteneur. Avant d'investiguer plus loin, nous décidâmes de condamner la porte par laquelle nous venions de fuir. Pour la sceller, Joy utilisa comme fer à souder, le pistolet qu'elle avait « emprunté » au blessé. Tandis qu'elle s'affairait, elle entendit les échos d'un véritable carnage et devina que notre ennemi était tombé sur le couple de goules. Il avait donc repris le contrôle de son armure. Nous ne nous en préoccupâmes pas car, réfugiés dans le bureau, nous inspections de plus près le conteneur de la Confrérie.
- C'est ce qu'on nous a largué comme ravitaillement, expliqua l’écuyer. Prenez ce dont vous avez besoin en remerciement de l'aide que vous m'avez apportée. Mais laissez-moi ici quand vous partirez. Les chevaliers me récupéreront.
Nous primes deux rad-away, trois Stimpack ainsi que trois cellules énergétiques que Joy et moi nous partageâmes. Dans un compartiment secret, Rick mit la main sur une belle grenade à plasma. Avant de partir, je voulus pirater le terminal. Malheureusement toutes les données étaient corrompues ou difficilement accessibles sans holodisque. Mon essai infructueux provoqua le verrouillage de la machine. Nous quittâmes donc la pièce en y abandonnant comme convenu, le soldat blessé. Dans un geste de bonté Joy La Sanguinaire lui rendit même son arme, bien que cette dernière soit désormais inutilisable. Dehors, les combats avaient cessés, pour mieux s'intensifier à l'intérieur. Joy se rappela avoir vu sur le plan du bâtiment une buanderie ainsi qu'une zone technique à l'accès restreint. Nous supposâmes que s'il y avait bien un labo secret, Lily devait certainement y être retenue. Nous descendîmes au sous-sol par un escalier métallique. Au fond se trouvait la buanderie désertée. Nos pas résonnaient sur le carrelage fissuré et humide. Des chariots rouillés traînaient çà et là, ainsi que des piles de linge et des machines à laver encore en état de fonctionner malgré la couche de poussière qui s'y était accumulée. À côté d'une armoire contenant divers produits de nettoyage, Rick remarqua soudain un panneau électrique qui, selon ses dires, n'avait rien à faire là. Bien qu'ayant un circuit électrique et un interrupteur, il ne semblait relié à rien.
Je m'en approchai et compris rapidement que ce que nous avions pris pour une simple diode, était en fait l’œil d'un scanner. Nous envoyâmes Bobby chercher la tête de la handymaid pour voir si elle était la clé qui débloquerait le système. Lorsqu'il revint, je plaçai la tête robotique devant le scan. Un faisceau la balaya mais rien ne se passa. Rick remonta à son tour et trouva dans les valves, à côté du plan de l'immeuble, diverses photos du corps médical. Certaines, dont celle du Docteur Kepler, le médecin en chef de l'époque, étaient jaunies par le temps mais encore exploitables. Il décrocha abruptement le tableau et redescendit avec sa trouvaille. Il le plaça devant le faisceau pour le scanner, mais là encore ce fut un échec. Nous remontâmes donc tous pour entrer dans la zone de traitement. Des bruits de combats intenses semblaient se rapprocher de nous et nous sentîmes l'urgence de la situation nous tordre l'estomac.
Dans un long couloir, notre regard fut immédiatement attiré par deux portes et de nombreuses traces de sang. Cela ressemblait à l'entrée d'une salle d'opération dont les vitres étaient obstruées par des giclures de sang vieilles de plusieurs siècles. Cependant, l'odeur pestilentielle qui en émanait n'augurait rien de bon. Mes camarades trouvèrent même qu'à côté, la petite goule que j'étais sentait presque bon. Quant à moi, je me contentai d'une remarque du genre : mmmh, ça sent la pourriture ici.
La première des deux portes que nous tentâmes d'ouvrir était totalement bloquée. Nous essayâmes donc la seconde. Bobby était motivé à tout défoncer mais au final, il n'eut pas à forcer beaucoup pour qu'elle cède. La porte s'ouvrit sur une salle d'un blanc jauni, éclairée par des néons clignotants qui bourdonnaient faiblement. L'air était chargé d'une odeur métallique et piquante, mélange de sang séché, de désinfectant rance et d'ozone. Plusieurs tables médicales occupaient la pièce. Certaines étaient encore équipées de sangles de contention tandis que d'autres, disparaissaient sous des draps rigides et tachés. Les plateaux d'instruments chirurgicaux étaient quant à eux renversés, leurs outils rouillés ou noircis par le passage du temps. Des silhouettes se tenaient immobiles, six goules figées dans des postures contre nature. Sûrement d'anciens patients ou membres du personnel. Une septième debout au fond de la salle dégageait une aura bien radioactive. Elle portait encore une blouse de médecin désormais maculée de crasse mais surtout, bien que à moitié visible, un badge. Comme Bobby n'avait pas fait dans la subtilité, il se retrouva nez à nez avec l'un des occupants de la pièce. Fort heureusement ce dernier ne réagit pas à sa présence. La Grogne vit aussitôt que les deux salles communiquaient mais que sans raison apparente, des barils avaient été placés à leur intersection. Une barricade condamnait l'autre porte ce qui expliquait notre impossibilité à l'ouvrir.
Étant immunisée naturellement contre les radiations, je me faufilai entre mes congénères léthargiques dans l'espoir de récupérer le badge aperçu sur la plus éloignée. La discrétion n'étant pas mon point fort, je trébuchai bruyamment sur une table attirant sur moi l'attention de la goule luminescente. Elle se tourna vers moi et je pus constater qu'il s'agissait bel et bien d'un ancien médecin. Elle se contenta de me renifler et je pus me relever sans mal. Sur le bench, derrière le toubib radioactif, se trouvaient de nombreuses choses intéressantes comme des médicaments. Mais au vu de la situation d'urgence dans laquelle nous nous trouvions, je me concentrai sur la récupération du badge. La goule s'étira, j'entendis ses os craquer et ses dents claquer, puis elle frappa dans ses mains, m'entourant d'un nuage radioactif, avant de retomber dans un état de semi-conscience. Je tentai de subtiliser discrètement notre sésame. L'air de rien, je le décrochai tout en surveillant la réaction de son propriétaire. Rien ne se produisit et j'en profitai pour saisir quatre rad-x sur la table. Je les fourrai rapidement dans une de mes poches avant d'entamer un demi-tour. Cette fois je passai la table sans trébucher mais... je me vautrai dans un des barils qui séparaient la salle en deux. Celui-ci tomba provoquant un boucan pas possible tout en déversant sur le sol un mélange de vieux déchets organiques qui imprégnèrent mes vêtements d'une odeur de pourriture absolument atroce. Je me relevai aussitôt pour remarquer que les autres goules étaient maintenant bien réveillées. Je me cognai dans l'une d'elles. Elle se contenta de me fixer du regard un court instant avant de se détourner de moi. Mon odeur de putréfaction venait de me sauver la vie. J'arrivai enfin à rejoindre mes compagnons dans le couloir en ignorant superbement leur froncement de nez et Bobby referma rapidement la porte derrière moi. Nous retournâmes directement à la buanderie où je scannai le badge. Un message démoralisant s'afficha sur le minuscule écran :
Niveau d'accréditation insuffisant.
Dépités, nous décidâmes de nous rendre dans la partie de l'asile que nous n'avions pas encore visitée. Avant, je pris enfin le temps de soigner Bobby. Je lui retirai précautionneusement la paire de ciseaux toujours plantée dans son front. Rick s'empressa de la récupérer et de la mettre dans son sac. Une fois mon bandage terminé, nous prîmes la direction du bureau administratif. Je passai le badge dans le lecteur et la porte s'ouvrit dans un long grincement métallique. Une grande salle se révéla à nous. Si autrefois elle avait été impeccablement bien rangée, elle était aujourd'hui entièrement dévastée. Un affrontement d'une violence extrême avait projeté contre les murs les lourds bureaux de métal. Des armoires éventrées laissaient échapper des dossiers et des holofiches. Des terminaux explosés crépitaient encore faiblement en diffusant une lumière instable. Au centre de la pièce un chevalier de l'acier, toujours enfermé dans son armure assistée « T45 » gisait au sol. L'armure était littéralement arrachée, tordue, lacérée, comme si elle avait été ouverte à coups de griffes. Les ombres dansantes créées par une lumière d'alarme au clignotement rougeoyant nous empêcha d'analyser plus l'intérieur de la zone. Nous y pénétrâmes donc à l'aveugle mais le plus discrètement possible. Bobby approcha du cadavre et remarqua que les traces ressemblaient à une morsure. Une grosse mâchoire en métal avait arraché la protection du torse pour bouffer les entrailles de sa victime. Ceci expliquait les horribles cris de douleur que nous avions entendus quelque temps auparavant. Un bruit de griffes claquant sur le sol attira l'attention de notre imposant ami. Une créature cybernétique semblait se repaître d'un morceau de bras arraché. Rick prit position derrière un bureau renversé proche de l'endroit où je me trouvais et Joy se plaça à côté de Bobby. Tandis que mes compagnons s'apprêtaient au combat, je frottai le badge que je venais de ramasser. J'espérais y déchiffrer ce qui était inscrit. La goule luminescente était autrefois le Docteur Lee, le subalterne du Docteur Kepler. Que pouvait bien cacher le laboratoire secret pour que même le second du médecin chef n'y ait pas accès ? Je rangeai précautionneusement notre sésame dans une de mes poches. Il était notre seul moyen de sortir de cette pièce, mais avant je devais parvenir à en augmenter l’accréditation. Fallait-il encore que je puisse atteindre le seul ordinateur encore opérationnel car, évidemment, celui-ci se trouvait derrière le monstre à la mâchoire d'acier. Sans attirer l'attention du molosse, Rick farfouilla dans les tiroirs du bureau derrière lequel il s'était caché et récupéra l'équivalent de trente et une capsules en argent de l'ancien monde. Je fis de même avec les meubles proches de ma position et y trouvai des notes manuscrites. Quelqu'un s'était récemment servi de vieux papiers pour noter ses observations. Il s'agissait de notes médicales concernant pour la plupart des sujets non-humains mais aussi des références et des observations concernant un humain. Il était question d'un sujet stable, à préserver. Tout à la fin était inscrit le prénom « Lily ». Au vu de la menace qui nous guettait, je voulus retourner scanner le badge pour nous faire sortir de la pièce. Hélas, ce fut le moment que choisit le chien cyborg pour sauter sur une table toute proche de Joy et de Bobby. La Grogne fonça sur la bête et lui décocha une volée de coups. Rick visa la gueule mais son tir passa à côté. Il bougea alors pour avoir un meilleur angle de visée. Joy utilisa son fusil ferroviaire sans grand succès. Une lecture dans mes bouquins de technologie me revint soudain en mémoire. Il existait un moyen d'arrêter le protocole de combat des machines grâce à une commande vocale. Je la récitai en tentant de me faire passer pour le Docteur Lee. Cela ne fonctionna pas et le chien sauta sur Bobby qui sentit toute la puissance de la mâchoire mécanique se refermer sur sa main. La Grogne frappa la gueule du robot pour lui faire lâcher prise tout en déversant un florilège de jurons. Rick retenta sa chance et tira une nouvelle fois. La puissance du tir ne fut malheureusement pas suffisante et la balle ricocha sur le blindage. Joy perça de clous l'animal cybernétique mais cela ne l'arrêta pas. Je tentai de trouver son point faible mais je fus perturbée dans mon analyse par l'effet stroboscopique du gyrophare de sécurité.
Pendant ce temps, la bête s'acharna sur Bobby lui mordant le thorax. La Grogne se déchaîna et lui défonça la tronche jusqu'à ce qu'un œil sorte de son orbite. Le tir de Rick atteignit l’œil déjà abîmé et le fit éclater. La bête était désormais salement amochée et quelques clous supplémentaires la mirent presque à l'arrêt. Laissant à mes camarades l'honneur de finir le monstre, je m'appliquai à soigner Bobby qui était grièvement blessé. Le chien, dans un ultime désir de tuer, voulut bondir sur Joy qui l'esquiva d'une pirouette. La bête vacilla et s'éclata contre un des bureaux renversés. La Grogne de nouveau en pleine forme sauta sur la créature et lui écrasa la gueule de tout son poids. Le petit bruit métallique qu'elle produisait s'arrêta tandis qu'elle gisait inerte. Le silence qui s'installa dans la salle ne fut interrompu que par les tirs lointains du Prétorien qui errait toujours quelque part dans la bâtisse. Rick, sachant que c'était un objet très prisé par les fanas de technologie, démantela la machine pour récupérer son core. Bobby trouva sur le cadavre du chevalier de l'acier un ordre de mission partiellement lisible. Il le fourra dans sa poche sans même y jeter un œil. Quant à moi, je piratai le PC et accédai au sous-dossier qui permettait d'attribuer les accréditations. Je m'octroyai l'accréditation maximale et je hochai la tête à l'intention de mes compagnons pour leur signaler que j'avais réussi et qu'on pouvait se barrer vite fait de là. Arrivée à la porte, je passai le badge devant l'œilleton, mais au moment où nous nous apprêtions à sortir, le plafond derrière nous s'effondra. Une Iron Warden au rire sadique était aux prises avec le Prétorien. Abandonnant derrière nous les deux combattants, nous sortîmes rapidement en refermant la porte. Une fois revenu dans l'entrée, Bobby me confia un plan électrique de l'asile qu'il venait de dégoter. Nous réempruntâmes l'escalier métallique menant au sous-sol et retraversâmes la buanderie. Je plaçai le badge devant le scanner en priant pour que mon bidouillage ait fonctionné. La lumière vira au vert, nous actionnâmes une petite manivelle et une porte dérobée s'ouvrit à côté d'une des machines à laver. Un nouvel escalier se présenta à nous. Il en émanait une forte odeur d'humidité et l'air y était saturé de radioactivité. En bas, nous découvrîmes un bureau sécurisé. La pièce était exiguë, éclairée par une faible lumière artificielle mais elle nous offrit un répit bienvenu. L'endroit semblait hors du temps, comme un refuge silencieux au cœur du chaos où le monde extérieur et le danger éminent semblaient suspendu. Nous pûmes y reprendre notre souffle, nous asseoir un instant et soigner nos blessures tout en écoutant nos cœurs battre dans le silence pesant. Nous en profitâmes aussi pour jeter un œil aux documents que nous avions ramassés ainsi qu'aux cartes, pour préparer nos prochaines actions. L'ordre de mission était simple : tuer les abominations et découvrir l'origine des technologies présentes sur place. Il y était également fait mention d'êtres synthétiques. Le plan du réseau électrique était quant à lui couvert d'annotations que je ne compris pas. Cela semblait être un guide et une énigme en même temps. Les haut-parleurs au-dessus de nos têtes grésillèrent soudain et une voix rauque et artificielle résonna dans le sous-sol.
- Bienvenue intrus ! Chacun de vos pas sera observé, chacun de vos souffles sera enregistré. Les sujets intéressants doivent être préservés et ceux qui dérangent, éliminés. Votre curiosité sera votre guide ou votre perte. Continuez, vous êtes toujours en vie... pour le moment, mais la fin du chemin est proche.