Velocity

Chapitre 14 : Zone interdite

1753 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 24/07/2026 23:40

9:52


Niveau 12.


Les portes de l’ascenseur s’ouvrent avec un chuintement sec.

Dès la sortie, l’air devient plus froid, plus sec, presque électrique.


Les panneaux d’avertissement clignotent en rouge discret : 

« Accès restreint – Protocoles de sécurité niveau 4 », « Zone expérimentale – Étrangers non autorisés ». 


Même les murs, gris métallique brossé, semblent absorber la lumière. Pas une affiche, pas une plante, pas une trace de vie. Ici, même les blagues n’ont pas leur place.


Akira sort la première, main près de son holster, regard acéré.

— Wow, quel endroit… même les murs ont l’air armés ici, ironise-t-elle à voix basse.


Hank grogne un rire fatigué derrière elle.

— Ouais, bienvenue dans le club des endroits où on respire par autorisation.


Ils avancent d’un pas rapide sur la passerelle suspendue. 


En contrebas, à travers les immenses vitres : un entrepôt blanc immaculé, éclairé comme une salle d’opération. Des techniciens en combinaisons blanches high-tech, avec des numéros holographiques affichés sur les manches, manipulent des prototypes avec une précision chirurgicale. Des bras robotiques bourdonnent.


Ils poussent une porte renforcée. L’air pur du couloir disparaît instantanément. 

Odeur métallique, huile synthétique, quelque chose d’écœurant qui monte du sol – comme du caoutchouc brûlé mélangé à du formol. 


Un message semi-robotique grésille dans les enceintes, voix déformée, presque incompréhensible même pour un traducteur. Un bruit bizarre pulse dans tout le bâtiment, comme un cœur mécanique qui bat trop lentement.

Akira sent son pouls s’accélérer.


Plus loin, des prototypes androïdes sont allongés, torses ouverts, circuits exposés. Des tubes transparents laissent circuler un fluide d'un bleu nuit métallique, traversé de minuscules éclats argentés qui accrochent la lumière blanche du laboratoire. L’un d’eux tourne soudain la tête. Ses yeux artificiels s'activent une fraction de seconde, fixant directement nos deux visiteurs indésirables… puis s’éteignent.


À peine arrivés en bas, Hank marmonne entre ses dents :

— C’est ici qu’ils fabriquent les futurs tueurs ?

— Tant qu’elles ne démembrent personne, ça me va.


Hank hausse les épaules, un sourire en coin.

— Vu comme ça…


À peine trois mètres plus loin, des hommes en uniforme tactique sombres, masques sur le nez, discutaient à voix basse près d’une chaîne de montage. Des bras robotiques glissaient des composants avec un bourdonnement régulier.


Lorsque l’un d’eux remarque leur présence et s’approche d’un pas raide main sur son taser.

Badge holographique « Sécurité » clignotant sur la poitrine, oreillette grésillant légèrement, posture qui hurle « autorité interne » :

— Zone interdite ! Vous n’avez rien à faire ici !


Hank s’interpose calmement, sort son badge et le plaque sous le nez du type.

— Police de Detroit. On enquête sur la mort d’un scientifique : Hiroshi Tanaka. Ça vous dit quelque chose ?


L’homme hésite, le corps raidi, regarde Akira qui lui lance un sourire glacial.


Il recule vers l'un de ses collègues :

— … Matsuo. Ils veulent voir Matsuo.


L’ordre est exécuté.

— Tout de suite, répond-il d’un hochement de tête. Il se retourne et disparaît dans l’allée centrale.


Pendant ce temps, Chaque bip, chaque glissement mécanique, chaque regard furtif d’un technicien attire leur attention. Un ouvrier en combinaison blanche se retourne légèrement, croise le regard de la lieutenante une fraction de seconde, puis baisse les yeux.


Intriguée, la lieutenante s’approche du technicien qui ajuste un bras androïde : 

— Ces unités internes... Elles suivent toutes le même modèle ? Demande-t-elle d’une voix basse et rapide.


Le type sursaute.

— Euh… Oui, mais chaque série a ses…

— Et celui-là ? coupe-t-elle en désignant un tube de fluide bleu métallique légèrement fissuré.


Le technicien suit son regard et se fige.


Pendant une fraction de seconde, il regarde autour de lui, comme s'il craignait que quelqu'un ait remarqué la même chose.

— Je... je vais régler ça immédiatement.


À croire que même ici, la moindre erreur pourrait coûter cher. 


Sa voix baisse.

— Ça n’aurait jamais dû passer le contrôle qualité. 


Le vieux flic, qui n’a rien perdu de la scène derrière elle, murmure :

— Regarde-moi ça… Comme par hasard.


Sa partenaire ne répond pas immédiatement. Son regard reste fixé quelques secondes sur le fluide au fond du tube. Puis, un léger sourire apparaît au coin de ses lèvres.  


Une simple négligence, peut-être.

Mais elle note mentalement le détail.


L’instant est brisé par des pas rapides provenant de derrière eux ; Matsuo arrive, blouse impeccable, regard dur.

— Suivez-moi et vite.


Il ne dit rien de plus. Il les conduit dans une salle isolée au fond de l’entrepôt. Porte blindée, isolation phonique, lumières blanches qui ne pardonnent rien.

— Vous avez deux minutes, répond-il nerveusement en claquant la porte 


Le ton est donné, Akira ne s’assoit pas. 


Elle reste debout, dossier serré, regard planté dans le sien comme un poignard.

— Parfait. Alors commençons par le commencement. Du contenu confidentiel a disparu du terminal de Tanaka juste avant l’alarme. Votre « protocole standard », c’est ça ?


Matsuo inspire, prêt à réciter un discours bien rodé.

— Concernant l’effacement des données locales… C’est un protocole standard de l’IA centrale. En cas d’attaque, d’accès forcé ou d’anomalie détectée, tous les fichiers sur le serveur local sont supprimés automatiquement. Verrouillage immédiat. Mais rien n’est perdu : des sauvegardes cryptées existent ailleurs, sur des serveurs redondants hors site. C’est pour garantir l’intégrité des projets stratégiques et la procédure classique.


La lieutenante écoute, immobile, regard perçant. 


Hank enregistre chaque mot, conscient que chaque détail peut tout changer. Les lumières blanches de la pièce se reflètent dans leurs yeux – pas de place pour l’erreur, pas de place pour le mensonge.

— Classique, mon cul, grogne-t-il.


Elle penche légèrement la tête, sourire fin.

— Charmant. Et dites-moi, monsieur Matsuo… Qui donne l’ordre à l’IA ? Ou quelqu’un lui donne un petit coup de pouce ?


Matsuo la fixe droit dans les yeux, sûr de lui, un léger sourire en coin.

— Monsieur Tanaka a pensé à tout, jusqu’au moindre détail. Il savait que si quelque chose arrivait, ou s’il quittait le projet, l’IA centrale aurait toutes les cartes en main pour continuer et mener à bien ses travaux.


Elle ne cille pas.

— Une IA qui décide qui vit et qui meurt, réplique-t-elle avec un rire froid. Intéressant... Et pourtant, ça n’a pas empêché le meurtre d’un scientifique dans cette magnifique utopie. Ironique, non ? 


La lieutenante Tsukino s’approche encore un peu sans même baisser le regard.

— Vous protégez vos projets avant même la vie de ceux qui y travaillent.


La tension monte d’un cran.

Matsuo serre légèrement la mâchoire, mais garde son calme. 


Hank en retrait enchaîne, direct :

— Mon collègue Connor a prélevé une substance non-organique sur la scène. Et si Connor affirme qu'elle ne correspond à rien de référencé chez Aureon... Alors j'ai tendance à le croire. Vous avez une explication ? 


Matsuo cligne des yeux, une fraction de seconde de trop. 


Son regard glisse brièvement vers la caméra au plafond avant de revenir sur eux.

— Je doute que cela provienne de nos prototypes, répond-il d’un rire nerveux. 


Akira le coupe net :

— Nous voulons accéder à vos travaux expérimentaux et aux agents que vous utilisez, maintenant.


Sans réfléchir, il réplique :

— Impossible. Vous n'êtes pas autorisés.


Un silence s'installe dans la pièce.


Akira ne sourit plus.

— Vous savez quoi, Matsuo ? Vous venez surtout de confirmer que quelqu'un ici a quelque chose à cacher. 


Elle soutient son regard quelques secondes sans dire un mot de plus.


Hank, resté en retrait jusque-là, s'avance lentement jusqu'au bureau. Ses mains viennent se poser sur le dossier d'une chaise sans jamais quitter Matsuo des yeux.


Sa voix, grave et usée par les années, brise le silence.

— Écoutez... J'ai vu des types comme vous pendant plus de vingt ans. Toujours les mêmes. Vous protégez votre petit empire, vos protocoles, vos secrets... Jusqu'au jour où tout explose.


Il marque une courte pause.

— Et quand ça arrive, ce ne sont jamais les dirigeants qui paient les pots cassés. Ce sont les types comme Tanaka qui finissent sur une table d'autopsie.


Son regard se durcit.

— Alors arrêtez de nous prendre pour des cons.


Matsuo cligne des yeux, surpris par la franchise du lieutenant. Il ne s’attendait pas à ça. 

Un instant, son assurance vacille – on voit presque les rouages tourner dans sa tête : protocole de confidentialité ? Risque de compromettre les recherches d’Aureon ? Secret-défense ? 


Matsuo ne se laisse pas démonter. Il soutient son regard un long moment, mâchoire crispée.

— Pour ce genre d’accès, adressez-vous au directeur, pas à moi, répond-il d’une voix calme mais tendue. 


Un léger sourire se dessine sur les lèvres d’Akira, lent, presque amusé. Elle comprend peu à peu le vrai enjeu de Velocity : une hiérarchie si verrouillée que même les directeurs adjoints se défaussent pour ne pas prendre de risques. Chaque mot de Matsuo est une porte qui se ferme… Mais aussi une piste qui s’ouvre.


Elle hoche la tête, comme si elle notait mentalement l’information.

— Très bien. On ira voir le directeur.


Elle tourne les talons. Hank décroise les bras et la suit, jetant un dernier regard noir à Matsuo.

— Ouais… Enfin, espérons que de son côté Connor a plus de chance que nous.


Matsuo reste silencieux, mais son regard suit les deux lieutenants jusqu’à la porte. 

Ils sortent sans un mot de plus, claquant derrière eux la porte comme un coup de feu.


La salle isolée semble soudain plus petite, l’air plus lourd. Les lumières blanches continuent de briller, indifférentes.

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