Velocity

Chapitre 13 : 0,7 Seconde

1082 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 13/04/2026 00:12

Un silence pesant s’abat sur le laboratoire.


La pièce baigne dans une lumière blanche, presque chirurgicale, éclairant le chaos figé: bureau renversé, éclats de verre, traînées sombres au sol. Tout semble suspendu.

Hank observe Akira avec inquiétude tandis qu’elle fixe l’androïde immobile près du corps. Rien n’est théâtral. Tout est contenu. Et pourtant, la scène hurle.


Akira détourne les yeux une seconde. Souffle court, épaules à peine tendues.

— Une machine qui se retourne contre son créateur… Quelle mort peut être pire que celle-ci ? C’est presque ironique.

— J’imagine même pas sa réaction s’il voyait ça, murmure Hank.


Connor se tourne vers la tablette, LED bleu stable.

— Système verrouillé. Contenu partiellement effacé. Quelqu’un a volontairement nettoyé les données.


Hank hausse les épaules.

— Super ménage post-meurtre. Classique.


Connor repose la tablette et active le terminal. Les lignes de code défilent. Il s’immobilise soudain, LED virant au jaune.


ACCÈS NON AUTORISÉ

SESSION TERMINÉE DE FORCE


— Le terminal a été utilisé juste après l’ouverture du projet. Accès forcé… puis interruption brutale. La copie a été stoppée exactement 0,7 seconde avant validation.

Le silence qui suit est si dense qu’on entend presque le bourdonnement des néons.


Akira sent ses ongles s’enfoncer dans ses paumes. Sa mâchoire se crispe.

— 0,7 seconde… Juste assez pour tout faire foirer.


Hank lâche un rire sans joie.

— Ouais. Et les types qui ratent d’aussi peu, ils reviennent pas les mains vides la prochaine fois.


Akira fait quelques pas, s’arrête net. Sa voix est basse, presque pour elle-même :

— Si j’étais à sa place… je serais déjà dans un sacré merdier.


Connor poursuit, implacable :

— L’individu savait exactement où chercher. La tentative a probablement déclenché le protocole d’urgence. C’est à ce moment que l’alarme s’est activée.


Hank croise les bras.

— Donc il savait ce qu’il voulait… et quelque chose l’a stoppé net.

— Exact.


Akira fixe l’écran, les yeux brillants d’un mélange de colère et de peur mal contenue. Elle inspire sèchement.

— Il faut qu’on sache quel fichier était ouvert en dernier. Ça nous donnera déjà un indice.


Sa voix a légèrement vacillé sur la fin. Elle serre les poings, pivote et se dirige vers la sortie, talons claquant sur le sol métallique.


Hank la suit de près, le souffle un peu court.

— Et s’il a foiré cette fois, il va pas attendre gentiment la prochaine. Faut qu’on lui colle au cul avant qu’il chope une autre victime.


Akira s’arrête net près de la porte. Elle se retourne lentement et plante son regard dans celui de Hank.

— Bien vu. C’est exactement pour ça qu’on a besoin de quelqu’un qui sait comment ce truc est câblé.


Derrière eux, Connor reste une seconde en arrière, LED bleu profond. Il enregistre chaque détail : traces de sang, composants mécaniques, expressions des deux humains. Puis, d’un mouvement fluide, il les suit.


La porte se referme automatiquement sans un bruit.

Le laboratoire replonge dans un silence mortuaire.


Quelque part dans Velocity, l’instigateur de ce chaos sourit dans l’ombre.

Pour l’instant.


9:45


Dehors, la pluie fine fouette les vitres du bâtiment lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrent au rez-de-chaussée.

Le hall d’Aureon Systems s’étale, immense, tout en marbre froid et lumière chirurgicale. Chaque silhouette se reflète comme dans un miroir accusateur. Des employés circulent comme des pions programmés sur un échiquier : sourires calibrés, gestes précis, et pas un regard qui traîne.


Personne ne semble remarquer les trois flics.

Ou peut-être ont-ils simplement appris à ne rien voir.


Akira s’arrête net devant l’accueil et claque son badge sur le comptoir avec un bruit sec.

— Matsuo. Maintenant. Dites-lui que le lieutenant Tsukino n’a plus le temps pour les politesses.


La réceptionniste blêmit et hoche la tête.

— O-oui, lieutenant. Un instant. 


Ses doigts tremblent légèrement sur le clavier holographique tandis qu’elle appelle son supérieur d’une voix douce mais mécanique, Akira reste plantée là, poings serrés sur le comptoir. Son cœur cogne trop fort.


0,7 seconde.


Cette putain de fraction de seconde refuse de sortir de sa tête.


Un peu plus loin, Hank rouvre le dossier et marmonne pour lui-même en feuilletant les photos.

— Griffures près de l’entrée… lutte confirmée… mais pas d’ADN étranger, pas d’effraction…


Il secoue la tête.

— Ça colle pas.


Connor, resté légèrement en retrait, observe le hall avec l’immobilité parfaite d’une statue. Sa LED passe soudain au jaune.

— Aucune analyse approfondie n’a été faite sur les marques près de l’entrée du laboratoire. Ni photos, ni échantillons. Probabilité que l’anomalie ait été négligée : 78 %. Je vais vérifier.


Sans attendre de réponse, il tourne les talons et se dirige vers l’ascenseur.

— Hé, Connor ! lance Hank un peu trop fort pour l’endroit.


L’androïde ne ralentit même pas.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrent devant lui avec un léger souffle hydraulique, comme si le bâtiment lui-même lui obéissait.


Hank passe une main fatiguée sur son visage.

— Putain… il va nous causer des emmerdes.


Akira fixe les portes qui se referment sur Connor. Son regard reste accroché au métal brillant quelques secondes.


Puis sa voix sort, basse, presque rauque :

— Laissez-le.


Elle inspire sèchement.

— S’il déclenche quelque chose… au moins on saura qui surveille vraiment ici.


Elle chasse le léger tremblement qui menace encore ses mains et se tourne vers Hank.

— Nous, on redescend voir Matsuo au niveau -12. Et cette fois, on ne repart pas sans réponses.


Hank range le dossier sous son bras et lui emboîte le pas. 


Derrière eux, le hall continue de tourner avec sa perfection presque obscène.

Tout fonctionne comme une machine bien réglée.


Mais quelque chose vient de se fissurer dans la belle horlogerie d’Aureon Systems.

Et Akira a la désagréable impression que cette fissure pourrait bientôt engloutir tout le monde.

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