JE SUIS VIVANT
Traumatisme
Dans le laboratoire technique du commissariat tout avait été pensé pour rassurer.
Les tables d'examen, plus larges que celles des hôpitaux humains, étaient recouvertes d'un revêtement souple afin de préserver les structures synthétiques.
Des modules de recharge silencieux étaient intégrés aux parois, et plusieurs fauteuils permettaient aux androïdes d'être examinés sans devoir rester allongés. Un détail que le Docteur Julia Dawson avait personnellement exigé lors de son aménagement.
L'endroit, agrementé de plantes, respirait le calme.
Et pourtant, l’androïde ramené de l’entrepôt demeurait figé, assis sur une chaise, les épaules voûtées, les mains serrées l'une contre l'autre. Il ne semblait plus vraiment voir ce qui l'entourait. Son regard demeurait fixé sur un point invisible, comme si une partie de lui était restée enfermée ailleurs.
À quelques mètres de lui, Connor, Gavin et Julia l’observaient.
La technicienne fut la première à rompre le silence.
« Son état psychologique est extrêmement préoccupant. »
Elle gardait les yeux posés sur son patient.
« Il présente tous les signes d'un traumatisme complexe, d’une hypervigilance. Chaque réaction semble dictée par la peur. »
Connor acquiesça doucement.
« Mes analyses confirment votre évaluation. Depuis son arrivée, ses paramètres de stress restent anormalement élevés malgré l'absence de danger immédiat. »
Tous trois observèrent l’androïde qui demeurait parfaitement immobile, les épaules rentrées et la tête baissée.
« Il ne bouge presque pas... » Souffla Gavin.
Julia suivit son regard.
« Les victimes de violences répétées apprennent souvent à se rendre invisibles. Elles limitent leurs mouvements, baissent la tête, parlent peu... parce qu'elles ont appris que toute initiative pouvait entraîner une punition. »
Un nouveau silence s'installa.
Puis elle reprit, plus doucement.
« Ses blessures finiront par guérir. Les composants endommagés pourront être remplacés. »
Ses yeux verts ne quittaient plus le patient.
« Ce qui m'inquiète, ce sont celles qu'on ne voit pas. »
Connor l’analysa à distance.
Modèle TR700
Apparence : 18 ans.
Type asiatique.
Ses cheveux noirs retombaient en mèches irrégulières sur son front. Les vêtements prêtés par le commissariat étaient trop grands pour lui. Malgré le tissu ample, sa silhouette fine révélait sans difficulté son modèle d'origine.
Un androïde d'entretien polyvalent.
Conçu pour nettoyer, faire la cuisine et entretenir un foyer. Certainement pas pour survivre dans une arène clandestine.
Les relevés biomécaniques faisaient apparaître une succession de lésions.
Les articulations présentaient des microfissures, signes de réparations effectuées avec un matériel rudimentaire.
Puis son attention se fixa sur les poignets.
Et les chevilles.
Des impacts circulaires.
Multiples.
Le collier attira enfin son attention.
La face interne du métal avait profondément entamé la peau synthétique du cou. À plusieurs endroits, des traces brunâtres révélaient des brûlures provoquées par des décharges électriques répétées.
Connor s'approcha avec précaution pour l’examiner.
À peine sa main s'était-elle avancée que le jeune androïde recula brusquement.
Ses épaules se verrouillèrent.
Ses pupilles se dilatèrent.
Ses deux mains remontèrent instinctivement à son cou, comme pour le protéger.
Connor s'immobilisa aussitôt.
« Je ne vais pas te faire de mal. »
Aucune réponse.
Le déviant respirait de plus en plus vite, sa LED pulsant nerveusement en rouge. Il avait le regard d’un animal qui s'attend à recevoir un nouveau coup.
Julia posa doucement une main sur l'avant-bras de Connor. Un simple contact qu’il comprit immédiatement.
Le RK800 fit deux pas en arrière sans discuter.
La technicienne attendit quelques secondes avant de s'approcher.
Elle ne prit aucun instrument. Aucune tablette.
Elle tira simplement une chaise et s'assit face à lui, en laissant volontairement une distance confortable entre eux.
Ses mains restèrent ouvertes, bien visibles sur ses genoux.
« Bonjour. »
Sa voix était calme.
Posée.
Sans la moindre précipitation.
« Je m'appelle Julia Dawson. Je suis technicienne au Département de Police de Detroit. Mon travail consiste à réparer les androïdes. Pas à leur faire du mal. »
Pour la première fois, le jeune androïde soutint son regard.
Elle désigna le déviant d'un léger mouvement de tête.
« Lui, c'est Connor. »
Puis son collègue.
« Et lui, Gavin. Ils sont policiers. »
Quelques secondes passèrent.
Puis le jeune androïde demanda d'une voix cassée :
« Vous allez... encore m'enfermer ? »
La question heurta mais Julia ne changea pas d'expression.
« Non. »
Le mot était simple. Paisible.
« Personne ne t'enfermera. »
Elle lui laissa le temps d'entendre.
De comprendre.
« Tu es libre. »
Le déviant cligna lentement des yeux. Comme si cette idée lui était totalement étrangère.
« Tu peux partir quand tu le souhaites. »
Son regard vacilla.
« Tu n'es pas prisonnier. »
Sa respiration ralentit imperceptiblement et ses épaules se relâchèrent d'à peine quelques millimètres.
Julia remarqua aussitôt cette évolution.
Elle connaissait ces réactions.
Elle savait reconnaître un traumatisme profond.
Forcer quelqu'un à parler trop tôt revenait souvent à le replonger exactement là où il tentait désespérément de ne plus retourner.
Alors elle attendit.
Simplement présente.
Sans rien exiger.
Connor observait la scène en silence.
Ses capteurs confirmaient ce que Julia semblait percevoir instinctivement.
Le rythme de la pompe diminuait.
Le regard cessait peu à peu de surveiller les sorties pour revenir vers elle.
Il comprit alors quelque chose qu'aucun protocole d'interrogatoire ne lui avait jamais enseigné.
Parfois...
Le premier soin consistait simplement à rendre à quelqu'un le sentiment d'être enfin en sécurité.
« Tu veux bien me donner ton prénom ? »
Le silence suspendit de nouveau la pièce.
Ses lèvres frémirent.
Comme si prononcer ce simple mot exigeait un effort immense.
« ...Kyle. »
Le sourire de Julia fut à peine perceptible.
Ce n'était pas un sourire de victoire.
Seulement celui que l'on adresse à quelqu'un qui vient de franchir un premier pas.
Elle attendit encore quelques secondes.
« Kyle... »
Il releva timidement les yeux vers elle.
« Est-ce que tu m'autorises à examiner ton collier ? »
Aucune réponse.
Ses doigts vinrent l'effleurer avec hésitation, comme si cet objet faisait désormais partie de lui.
Julia ne bougea pas.
Elle attendit.
Encore.
Finalement, le déviant inspira lentement.
Puis il écarta les mains de quelques centimètres.
Un geste infime.
Mais un geste de confiance.
« Merci. » souffla la technicienne.
Elle se leva sans brusquer le moindre mouvement et revint avec une petite trousse d'outillage.
Connor s'approcha instinctivement.
« Les vis sont complètement oxydées » constata-t-il à voix basse.
Julia acquiesça.
« Il n'a jamais été retiré... »
Le silence retomba.
Elle introduisit délicatement un micro-outil dans le mécanisme de verrouillage.
Le métal résista immédiatement.
Elle n'insista pas.
« Ça risque d'être un peu long. »
Minute après minute, Julia desserra les fixations une à une. Chaque rotation semblait arracher un léger grincement au métal. À plusieurs reprises, le collier refusa de céder.
Il fallut lubrifier les charnières.
Débloquer un verrou déformé.
Forcer avec une infinie précaution pour ne pas blesser davantage la peau synthétique.
Enfin...
Un déclic.
« Ça y est... »
Elle souleva lentement l'anneau. Le métal resta accroché quelques secondes.
Puis il se détacha.
Très doucement.
Connor sentit ses processeurs ralentir une fraction de seconde. Sous le collier apparaissait une profonde cicatrice circulaire qui faisait tout le tour du cou.
La peau synthétique avait perdu sa couleur d'origine.
Par endroits, elle avait été entièrement carbonisée. Des plaques brun noir alternaient avec des zones blanchies par des brûlures anciennes. Certaines couches externes avaient littéralement fusionné avec le métal.
Plusieurs câbles sensoriels apparaissaient sous une enveloppe déchirée, recouverts de traces de réparations grossières effectuées à même les composants.
Connor n'avait encore jamais vu de telles lésions.
Même les androïdes récupérés après les affrontements de Detroit ne présentaient pas un tel niveau de dégradation.
Son logiciel établit immédiatement une estimation.
Décharges électriques répétées.
Très forte intensité sur une période prolongée.
Des centaines.
Peut-être davantage.
À côté de lui, Gavin demeurait pétrifié.
Ses mâchoires se crispèrent.
« Putain... »
L’injure lui échappa sans qu'il cherche à la retenir.
Personne ne le reprit.
Même Julia resta figée quelques secondes. Ses doigts tenaient toujours le collier. Elle regardait les blessures avec une tristesse silencieuse.
Ce n'étaient pas les marques d'un accident. Ni celles d'un simple dispositif de contention.
Quelqu'un avait volontairement utilisé ce collier pour le torturer.
Pendant des mois.
Kyle baissa instinctivement la tête, comme s'il avait honte qu'ils découvrent enfin ce qui se cachait dessous.
Julia reposa immédiatement le collier sur la table. Puis, sans dire un mot, elle s'agenouilla légèrement pour retrouver son regard.
« Kyle... » Sa voix était plus douce encore qu'auparavant. « Tu n'auras plus jamais à porter ça. »
Les lèvres de l’androïde tremblèrent.
Pour la première fois depuis son arrivée au commissariat, ses épaules cessèrent complètement de se crisper.
Dans un silence absolu, Julia prit une compresse stérile imbibée d'un gel réparateur pour androïde.
« Je vais te soigner. D'accord ? »
Cette fois, il ne recula pas et acquiesça d'un très léger mouvement de tête.
Ses doigts se crispèrent.
Longtemps.
Puis, dans un souffle presque inaudible :
« Ils nous torturaient... »
La LED cramoisi vacilla en pulsations rapides, comme s'il arrachait un fragment de souvenirs qu'il aurait préféré laisser enfoui.
Julia posa doucement une main sur son avant-bras.
« Kyle... »
Il releva à peine les yeux vers elle.
« Tu n'es pas obligé de tout nous raconter maintenant. »
Sa voix demeurait calme, sans la moindre insistance.
« Rien ne t'oblige à revivre tout ça aujourd'hui. »
« Non... Il faut... que vous sachiez. »
Il inspira difficilement.
« Parce qu'il y en a encore... »
Un léger temps passa.
Kyle ferma brièvement les yeux pour reprendre son souffle, puis poursuivit son récit.
« Nous avions tous ce collier... »
Son regard glissa vers l'anneau métallique posé sur la table.
« Si quelqu'un refusait d’obéir, ils envoyaient des décharges. »
Sa main remonta inconsciemment vers sa nuque.
« Encore et encore... Jusqu'à ce qu'on se montre docile. »
Le laboratoire demeura parfaitement silencieux. Même Gavin n'osait plus bouger.
« Au début, on utilisait nos noms. »
Julia sentit aussitôt où il voulait en venir.
« Mais on en été vite privés... » Il déglutit difficilement. « À la place, nous avions des numéros. »
Une larme glissa le long de sa joue.
« J'avais presque oublié que je m'appelais Kyle... »
Il resta silencieux plusieurs longues secondes, ses yeux perdus dans le vide.
« Il y avait... des gens... des humains. »
Sa voix n'était plus qu'un souffle.
« Ils venaient le soir... Ils choisissaient celui qu'ils voulaient. »
Le silence pesa lourdement sur la pièce.
« Ils payaient pour nous faire souffrir. »
Gavin se pencha vers lui.
« Qu'est-ce qu'ils vous faisaient ? »
Kyle resta immobile.
Puis les mots sortirent d'eux-mêmes.
« Ils nous forçaient à nous battre entre nous. Des combats étaient organisés pour les paris. »
Sa respiration s'accéléra.
« Si on refusait... le collier... »
Sa main monta instinctivement vers sa nuque.
Julia sentit ses yeux se remplir de larmes, mais elle ne détourna pas le regard.
Kyle poursuivit.
« Certains... »
Il s'interrompit.
« ...Certains prenaient du plaisir à nous entendre hurler de douleur. »
Connor sentit ses processeurs ralentir une fraction de seconde. Aucune logique ne permettait de traiter une telle cruauté.
Kyle reprit difficilement.
« Parfois... ils apportaient des armes. »
Connor releva brusquement la tête.
« Quelles armes ? »
« Je... je ne connais pas leurs noms. Ils disaient qu'elles étaient nouvelles... qu'il fallait les tester avant de les vendre. »
Sa voix était devenue presque mécanique. Comme s'il récitait un souvenir gravé malgré lui.
« Ils regardaient les dégâts... prenaient des notes... et recommençaient. »
Il inspira difficilement.
« Puis un jour, l'un d'entre nous a dit qu'il valait mieux mourir que de continuer comme ça... Il s'appelait Elias. »
Connor enregistra immédiatement le nom.
« Il travaillait autrefois dans une usine. Il savait démonter des machines... fabriquer des outils avec presque rien. »
Kyle ferma un instant les yeux.
« Pendant des semaines... on a attendu. »
Il semblait revivre chaque instant.
« Quand ils nous ramenaient dans les cages certains récupéraient des morceaux de métal... des câbles... Ils les cachaient sous les plaques du sol. »
Julia retenait son souffle.
« Ils disaient qu'il fallait une seule occasion. Une seule. »
Ses mains se crispèrent.
« Elle est arrivée le soir où plusieurs clients étaient là. Les gardes étaient moins nombreux. Ils regardaient les combats. »
Il ferma les yeux.
« Elias a réussi à ouvrir un collier... puis un deuxième... »
Sa respiration s'accéléra.
« Et tout est allé très vite. »
Son regard se perdit dans le vide.
« Les androïdes se sont jetés sur les gardes. Certains leur ont arraché leurs armes... d'autres ont ouvert les cages... On croyait qu'on allait y arriver. »
Sa LED vacilla faiblement.
« Puis les alarmes se sont déclenchées. »
Connor sentit déjà où cette histoire allait mener.
« Des hommes sont arrivés de partout. Ils tiraient sur tout ce qui bougeait. Ceux qui essayaient de fuir étaient abattus... »
Il inspira difficilement.
« Les autres... recevaient des décharges avec leurs colliers... et ils les achevaient au sol. »
Même Gavin ne parvenait plus à masquer sa colère.
« Comment as-tu survécu ? » demanda-t-il doucement.
Kyle resta immobile quelques secondes.
« Je... je suis tombé. »
Il baissa les yeux.
« Quelqu'un m'a percuté pendant qu'il courait... »
Sa main se posa inconsciemment contre son flanc.
« Je suis passé sous une plateforme métallique... »
Sa respiration ralentit légèrement.
« Il y avait un espace... juste assez grand pour que je puisse m'y glisser. »
Il revoyait encore la scène.
« J'ai entendu les coups de feu... les cris... »
Sa voix devint presque inaudible.
« Je n'ai pas bougé. »
Ses doigts tremblaient.
« Même quand ils marchaient juste au-dessus de moi... »
Julia sentit les larmes lui monter aux yeux.
« Je suis resté caché. Je ne sais pas combien de temps... »
Un nouveau silence s'installa.
« Puis... ils ont commencé à tout vider. Les armes... les caisses... »
Kyle parlait d'une voix absente.
« Ils ont emmené les survivants, ceux qui pouvaient encore marcher... Mais aussi les corps... pour couvrir leurs traces et exploiter leurs pièces »
« Pas tous... » Commenta Connor. « Les corps retrouvés dans l’entrepôt indiquent qu’ils ont été pressés par le temps. »
Kyle acquiesça.
« Ensuite... Ils ont répandu un liquide partout dans l’entrepôt. »
« Un accélérant » murmura Gavin.
« Les flammes sont arrivées très vite... Je pensais que j'allais brûler avec les autres. »
Il porta machinalement une main contre son bras.
« Une poutre est tombée devant la plateforme où j'étais caché... Je crois... qu'elle m'a protégé du feu. »
Connor analysait déjà chaque détail.
« Quand tout est devenu silencieux... je suis sorti. »
Son regard se voila.
« Il n'y avait plus rien. »
Sa voix n'était plus qu'un souffle.
« Seulement les flammes... et les cages qui brûlaient. »
Il baissa lentement la tête.
« Je me suis caché en hauteur. J’ai vu les pompiers, les policiers... vous... »
Puis, pour la première fois depuis son arrivée au commissariat, il éclata en sanglots.
Des mois de peur, de solitude et de souffrance qui s'effondraient enfin.
Julia s'approcha sans un mot et l'entoura doucement de ses bras. Après une seconde d'hésitation, Kyle se laissa aller contre elle.
Connor, lui, était resté légèrement en retrait.
Pendant plusieurs secondes, il observa le déviant effondré, les épaules secouées de sanglots silencieux. La technicienne ne disait rien. Elle se contentait de le maintenir contre elle, une main posée dans son dos, comme si ce simple contact suffisait à l'empêcher de se dissoudre entièrement dans ce qu'il venait de raconter.
Gavin détourna les yeux le premier.
Pas par indifférence.
Parce qu'il avait besoin de contenir ce qui montait en lui. Quelque chose qu’il ne pensait pas ressentir pour une machine.
Connor, lui, fixa un instant le collier métallique abandonné sur la table.
L'objet semblait presque banal à présent qu'il ne cerclait plus le cou de Kyle. Un simple anneau de métal usé, couvert de rayures, de traces d'oxydation et de résidus brunâtres.
Mais il savait que ce n'était pas un simple outil de contention.
Il s'en approcha lentement, sans bruit, comme s'il craignait encore que le moindre mouvement brusque puisse ramener Kyle à la peur. Ses doigts se refermèrent avec précaution autour du métal.
Le collier était lourd.
Anormalement lourd.
Ses capteurs lancèrent une première analyse de surface.
Connor resta immobile.
Une fraction de seconde seulement.
Puis il fit pivoter l'anneau entre ses mains, observant la face interne, les charnières, les plaques soudées à la hâte. Certaines réparations avaient été effectuées grossièrement, probablement pour maintenir l'objet fonctionnel malgré l'usure.
Son regard se durcit imperceptiblement.
Il repéra d'abord le générateur de décharges, dissimulé sous une coque blindée. Puis une batterie auxiliaire, plus ancienne que le reste du dispositif.
Enfin, plusieurs circuits de commande reliés au verrou central.
Rien de tout cela ne le surprenait.
Jusqu'à ce qu'un signal infime traverse ses capteurs.
Ce n'était pas une impulsion électrique résiduelle.
C'était plus régulier.
Plus discret.
Presque étouffé sous les interférences du laboratoire.
Il rapprocha le collier de son oreille, par réflexe plus humain que nécessaire, puis activa un balayage de fréquence plus fin.
Pendant quelques secondes, seules des données parasites s'affichèrent.
Puis une ligne apparut.
Transmission résiduelle détectée.
Connor abaissa légèrement les yeux. Il inséra l'extrémité d'un micro-outil sous une plaque métallique mal ajustée. Le cache résista, puis céda dans un léger claquement.
Derrière, un minuscule module radio était enchâssé dans la structure du collier.
Trop petit pour être visible lors d'un examen rapide.
Ce système ne servait pas uniquement à déclencher les décharges.
Il transmettait aussi des données.
Des positions.
Des statuts.
Peut-être même des identifiants de relais.
Une hypothèse se forma aussitôt dans ses processeurs. Si ce protocole pouvait être décodé, il serait peut-être possible de reconstituer une partie du réseau utilisé par les Black Vultures.
Retrouver les points de synchronisation.
Identifier leurs relais.
Et, avec un peu de chance...
Remonter jusqu'à l'endroit où ils avaient emmené les survivants.
Connor referma délicatement la plaque sans la verrouiller, puis reposa le collier sur la table avec une précaution presque solennelle.
Cet objet n'était plus seulement une preuve.
C'était une piste.
Il jeta un dernier regard vers Kyle.
Le jeune androïde pleurait toujours contre Julia, mais sa respiration était moins chaotique. Pour la première fois depuis son arrivée, il ne semblait plus lutter seul contre ce qu'il portait en lui.
Puis il rejoignit son partenaire, resté à quelques mètres de là.
« Gavin. »
L’inspecteur releva la tête.
« J'ai trouvé quelque chose. »
Il lui expliqua rapidement le fonctionnement du module radio et la possibilité de s’en servir comme traceur.
Reed l'écouta sans l'interrompre.
Lorsqu'il eut terminé, il resta pensif quelques secondes.
« Si tu as raison... c'est énorme. Je pense qu'on devrait en parler à Fowler. Monter une opération de grande envergure. »
Le RK800 secoua immédiatement la tête.
« Non. »
Gavin fronça les sourcils.
« Pourquoi ? »
« Parce qu'ils disparaîtront avant notre arrivée. »
Il poursuivit d'une voix parfaitement calme.
« Ils l'ont déjà fait une fois. Ils savent se volatiliser. Si le DPD déploie des dizaines d'agents, ils comprendront immédiatement qu'ils sont repérés. »
Son regard se fit plus sombre.
« Ils détruiront les preuves. Les armes. Les registres... Et ils exécuteront les androïdes encore retenus avant de quitter les lieux. »
Le silence s'installa.
Gavin détestait l'admettre.
Mais il avait probablement raison.
« Alors ? »
Connor répondit sans hésiter.
« Je m'infiltre parmi eux. »
Gavin croisa les bras.
« T’es sérieux là ? »
« Les Black Vultures recherchent constamment de nouveaux androïdes. Si je me présente comme un déviant isolé, il existe une forte probabilité qu'ils tentent de me récupérer. Une fois à l'intérieur, je pourrai localiser les prisonniers, identifier leurs responsables, recueillir suffisamment de preuves et transmettre leur position avant que le DPD n'intervienne. »
Il poursuivit.
« Le module radio du collier me permettrait d’être localisé.... »
« Connor... »
« ...Ça me donnera aussi l’occasion de rassembler les... »
« Connor ! »
Le RK800 s'interrompit.
Gavin le fixait avec gravité.
« Je ne te laisserai pas y aller seul. »
Quelques secondes passèrent.
« Les probabilités de réussite sont pourtant plus élevées si je suis seul. »
« Peut-être. » Gavin secoua lentement la tête. « Mais pas question de t'envoyer là-dedans sans personne pour te couvrir. »
« Mais... »
« Il n’y a pas de mais ! » gronda l’inspecteur avant de lui lancer un regard plein d’aplomb. « Ces types ne recrutent pas leurs victimes au hasard. Ils ont forcément des intermédiaires, des rabatteurs ou des lieux de contact. Si on trouve cette porte d'entrée, on pourra s'en servir. »
Connor analysa rapidement cette hypothèse.
« Les probabilités sont élevées. »
« Je sais. »
Gavin désigna le collier.
« Toi, tu t'occupes d'analyser ce machin. Tu remontes la piste du signal et tu vois ce que tu peux en tirer. Moi, je cherche comment entrer chez eux. »
Connor demeura silencieux quelques instants. Chaque calcul lui indiquait que le temps jouait contre les prisonniers. Mais il comprenait également qu'une infiltration improvisée pouvait tous les condamner.
« D'accord », répondit-il finalement.
Gavin hocha la tête.
« On va les faire tomber, ces salopards. »
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À suivre.