Une nouvelle voisine qui va tout changer
Chapitre 10 : Rin Akamé depuis son déménagement
873 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 27/09/2026 17:54
Rin Akamé, Docteur en psychologie, appréciait sa nouvelle vie.
Elle recevait maintenant toutes sortes de patients dans son cabinet. Des enfants ayant des difficultés scolaires, des femmes au foyer dépressives, des couples battant de l’aile, des hommes en burn-out, des prostituées du quartier voisin de Shinjuku, des travestis en cours de chirurgie de réattribution de genre.
Deux jours par semaine, elle était de garde à l’hôpital, deux fois par mois, elle était d’astreinte pour les urgences.
Le week-end, elle partait à la montagne, où son fiancé était surveillant d’un temple shintoïste. Ces deux jours de calme et de paix la ressourçaient de tous les malheurs déversés vers elle par ses patients.
Le jour fixé pour la séance d’EMDR, Ryô se présenta à l’heure, Rin lui demanda de s’installer, se relaxer, ensuite elle lui demanda de se souvenir du décès de son ami Hideyuki.
« L’EMDR consiste en des mouvements oculaires , qui associés aux souvenirs traumatisants, permettent au cerveau d’accéder à cette mémoire « bloquée » par le traumatisme, traiter les informations, les classer, les comprendre. »
Les moments de « mouvements des yeux » se succèdent au fil des associations d’idées formulées par le patient.
Et Rin ne s’attendait absolument pas à un tel déferlement de violence.
Ryô débitait les horreurs en cohortes. Ce que cet homme avait vécu était tout simplement inouï et révoltant. Et ce qu’il avait fait l’était tout autant.
Après la première salve de souvenirs, Rin mit fin à la séance, elle n’en montra rien mais elle était très choquée.
Pourtant elle avait côtoyé, dans ses internats à l’hôpital, toutes sortes de victimes. Des enfants abusés, des femmes violées, des hommes attaqués, des gens battus, des rescapés d’attentats. Mais aucun patient qui semblait avoir subi, ou fait, des choses depuis (semblait-il) la jeunesse de sa vie, n’en avait autant accumulées.
Cela lui rappela un stage qu’elle avait fait dans une unité psychiâtrique pour malades dangereux. Pendant un mois elle s’était astreinte à étudier ces personnes vivant dans des conditions carcérales dignes d’un film d’Hannibal Lecter, qui avaient dévoré, lacéré, ou démembré leurs victimes, qui y avaient exulté de le faire et qui trouvaient normal et excitant de recommencer, car tel était leur bon plaisir. Cela l’avait rendue extrêmement mal à l’aise.
Mais la différence avec M. Saeba, comprit-elle, c’est que ce dernier ne prenait aucun plaisir à tuer, (même s’il était satisfait de rendre justice) ; il se sentait étouffé dans cette vie pénible, et cherchait à en sortir. Et pour cela, il avait fait appel à elle.
Remontée à bloc pour son patient, et émue par le couple improbable qu’il formait avec Kaori, elle se promit de tout faire pour les aider.
Lorsqu’elle en ressentait le besoin, elle pouvait prendre rendez-vous avec un de ses collègues professionnel de la psychothérapie, pour se décharger de tout son stress.
Elle décrocha le téléphone pour appeler son maître de stage, à l’hôpital, une femme d’une grande bonté et d’un grand professionnalisme, qui pourrait l’aider à surmonter ces moments difficiles.
Les séances hebdomadaires d’EMDR avec M. Saeba étaient épuisantes mais Rin sentait qu’elle parvenait à le faire évoluer positivement. Apparemment il faisait moins de cauchemars, buvait moins le soir, avait moins de nuits blanches où il découchait.
Elle se sentait emplie de compassion pour son patient, même si elle ne lui montrait pas, cela aurait été contre-productif.
L’évocation des horreurs avait continué pendant plusieurs séances. Il semblait à Rin que cet homme n’avait jamais eu d’enfance (mais comment en être sûre, il était là pour évoquer ses traumatismes, pas les jours heureux passés en famille, si toutefois il en avait eu une)
Parfois il glissait un mot en espagnol ou en anglais d’une façon fluide, pour décrire un souvenir de façon lapidaire. Elle en déduisit qu’il avait habité en Amérique du Sud et aux Etats-Unis. Et à tout instant, à n’importe quel endroit, les violences se succédaient, celles qu’il avait infligées aux autres (et qui le marquaient au fer rouge), celles que d’autres lui avaient infligées.
Dire qu’à leur première rencontre, elle l’avait traité d’adolescent attardé ! (enfin c’est quand même comme cela qu’il se comportait ! Se justifia Rin à ses propres yeux. Et j’ai bien fait ! Cela l’a fait réfléchir, et voilà comment il a évolué ! Grâce à moi ! Songea t-elle avec fierté. )
Avec tout ce qu’il avait vécu, c’était un miracle qu’il ne soit pas devenu un psychopathe !
Au lieu de cela, c’était un homme certes maladroit et par bien des côtés inadapté à la vie sociale, mais en même temps généreux, compréhensif et attachant.