Une nouvelle voisine qui va tout changer
Chapitre 9 : suite des séances de Kaori
1602 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 23/09/2026 21:02
En faisant entrer Kaori ce jour-là, Rin constata qu’elle semblait moins accablée.
Un rapide bilan de la semaine lui montra que Kaori avait appliqué ses conseils. Rin la félicita pour sa détermination.
Kaori n’en revenait pas que Ryô lui ait préparé une carafe de citronnade, et en plus il lui avait laissé un petit mot ! Elle était aux anges.
(comme un chien-chien relégué à la niche qui est ravi d’avoir eu une caresse de son maître, se révoltait la nature libre et féministe de Rin)
« Est-ce que changer vos habitudes vous a semblé difficile ?
- oui, répondit Kaori, tous les matins je suis allée voir si Ryô était bien rentré, car nous exerçons un métier dangereux et devons veiller l’un sur l’autre. Ensuite la journée me semblait un peu vide, n’étant pas rythmée par nos relations quotidiennes.
- En quoi consistent ces relations ?
- hum … hé bien… Ce sont plutôt des altercations en fait… Ryô a du mal à se réveiller le matin, je dois le tirer du lit, ensuite il n’aime pas ma cuisine… Il mange comme un porc et se plaint du goût des plats… Il ne me fait aucun compliment à vrai dire… Et puis, il drague éhontément les femmes dans la rue… Il faut bien que je le surveille, il ne sait pas se tenir !
- Êtes-vous en couple avec Ryô ?
- non ! » Se récria Kaori, d’un air mi-outré, mi-désolé.
- dans ce cas pourquoi vouloir l’empêcher de draguer des femmes dans la rue ?
- il est vraiment lourdingue, voire harcelant ! Je ne peux pas le laisser faire ça !
- mais ces femmes ne pourraient-elles pas décliner ses avances, si les assiduités de Ryô leur déplaisent ? Et elle pourraient aussi y céder, si cela leur plaît. Il n’y a aucun mal à cela, entre adultes consentants.
- Mais je ne peux pas ! » s’écria Kaori, au supplice rien qu’à imaginer une de ces femmes répondant autrement à Ryô qu’en lui balançant un bon coup de sac à main dans la figure… se frottant contre lui en roucoulant, par exemple… C’en était trop !! …
« je ne supporte pas ce comportement ! Je ne peux pas m’empêcher de lui filer des coups de massue ! »
(nous y voilà, songea la praticienne, peut-être vais-je enfin résoudre ce mystère)
« Utilisez-vous des massues depuis longtemps ? » questionna-t-elle, elle souhaitait aller au fond du problème.
« Oui, déjà quand j’étais petite, je frappais les garçons qui m’embêtaient. Ensuite il y a eu une sorte d’intermède… Et au fil de ma cohabitation avec Ryô, la massue est réapparue… De plus en plus énorme et de plus en plus fréquemment…. » Kaori se tortillait, oppressée, dans le canapé qui avait englouti son derrière dans les coussins écrasés.
(intéressant, Rin prenait des notes, voilà un cas décidément extraordinaire !)
« Que ressentez-vous quand vous sortez votre massue ?
- je ressens une telle détresse, que je suis obligée de la transformer en rage, sinon je serais anéantie, et je ne serais plus capable d’être la moitié de City Hunter .
- qu’est-ce que City Hunter ? »
Kaori était lancée dans les confidences, elle ne voulait plus s’arrêter. Et puis les méthodes de Rin Akari étaient efficaces, en une semaine elle avait plus obtenu de son partenaire, qu’en cinq ans de cohabitation. Ca valait le coup de lui faire confiance.
- c’est notre partenariat de nettoyeurs.
- « nettoyeurs » ? pouvez-vous préciser ?
- nous, enfin, surtout Ryô, je suis son assistante… il nettoie la ville de toutes les ordures qui échappent à la justice : les meurtriers, les barons de la drogue, les violeurs ou les kidnappeurs… »
(au moins ils sont d’accord là-dessus, pensa Rin, c’est un bon début… )
« ce travail n’est-il pas trop difficile ou dangereux ?
- non », répondit Kaori, « car en cas de danger, nous sommes liés Ryô et moi par une communication presque télépathique, on se comprend au quart de tour, sans avoir besoin de parler, nos âmes sont unies, nos corps se complètent…. On est en osmose parfaite… C’est presque surnaturel, c’est grisant… »
(et d’autant plus dangereux, car attirant ! Pensa Rin. Du coup le danger les magnétise… Car ils aspirent à être réunis… )
« En dehors de ces moments de tension extrême, quels sont vos sentiments envers votre partenaire ?
- Je l’aime ! J’aime Ryô ! »
Kaori se recroquevilla, en pleurs, comme si c’était un malheur intersidéral.
« il n’aime pas mon apparence physique, ni ma cuisine, ne me trouve pas assez efficace au travail… Il passe son temps à bander devant toutes les filles du monde et me traite de travesti… il me trouve trop peu féminine et trop violente et en même temps ne me permet pas de porter des jolies tenues car elles ne sont pas pratiques si je dois m’enfuir ou me défendre… »
(il va falloir dénouer tout cela, se dit Rin, allez au travail… )
« si vous n’aviez que des défauts, en particulier ceux que vous reproche Ryô, pensez-vous qu’il vous aurait gardée à ses côtés comme colocataire ou comme collaboratrice ? »
Kaori releva la tête, interpellée.
« Vous pouvez remarquer que Ryô critique votre cuisine mais en mange quand même. Si cela était si mauvais, il prendrait le temps d’aller manger au guydon ou au soba-ya, non ?
Quant à votre apparence physique, et au comportement de Ryô, je vous demande de réfléchir à ceci : Ryô vous traite différemment des autres femmes. C’est donc qu’il ressent quelque chose de différent envers vous. Quelle est l’attitude de Ryô quand il sort ?
- il saute sur tout ce qui bouge. Il se prend des baffes, des coups de sac à main et de maillet… mais il recommence. Il s’attaque aux femmes, fait l’idiot avec les hommes et ne dédaigne pas les travestis. Il a un succès fou dans Shinjuku…
- nous y voilà ! Vous voyez bien que même si Ryô trouve que vous ressemblez à un travesti, il ne manquerait pas de vous faire des propositions s’il vous considérait comme n’importe qui. Vous semblez spéciale pour lui. Peut-être qu’il n’exprime pas de mokkori devant vous car il refuse de vous considérer comme un objet sexuel. Il se comporte comme si vous étiez plus que cela à ses yeux. »
Kaori, fascinée, buvait ses paroles. Ce raisonnement semblait cohérent. Se pourrait-il vraiment que Ryô éprouvât des sentiments sincères envers elle ??? …
« Vous vous êtes enfermés dans un fonctionnement routinier confortable et rassurant car il vous évite de vous remettre en question. Vous percevez Ryô comme un pervers du Mokkori, souhaitez qu’il vous considère comme sa femme mais vous lui refusez tout contact physique. En même temps vous lui interdisez d’avoir des relations normales d’homme célibataire, avec d’autres femmes. Il ne peut réagir autrement qu’avec une certaine acrimonie.»
Kaori sentit monter la rage et de la main elle chercha une massue. Jamais personne ne lui avait ainsi balancé ses 4 vérités, mis au jour les contradictions de son comportement. Elle faisait porter tous les torts sur Ryô mais il allait falloir qu’elle accepte d’assumer sa part…. Oui cette psy avait raison … Elle parvint à se maîtriser en respirant profondément.
« Il va falloir faire un gros travail sur vous, ce que vous désirez vraiment, et vous investir de toutes vos forces si vous voulez conquérir Ryô. Le passé de votre partenaire ne semble pas propice à l’épanouissement personnel et aux relations affectives. Les personnes qui n’ont pas été élevées dans un milieu aimant, cohérent et affectueux n’ont aucun modèle relationnel sain sur lequel prendre exemple. Vous devez intégrer le fait que Ryô ne saura jamais exprimer ses sentiments car il vit dans un mode de dureté, de violence et de silence. Si vous voulez l’atteindre, vous allez devoir parcourir le chemin vers son coeur.
Guettez le moindre signe de rapprochement de sa part. Oubliez vos réflexes de p(oule crevée) oups, de survie, laissez la massue au placard, irradiez votre bienveillance. Le moindre pas que Ryô fera dans votre direction sera quelque chose qui lui coûte vraiment. Il risque de se décourager de suite s’il ne se sent pas accueilli, compris, choyé.
Vous avez en vous une force de caractère qui va vous servir dans cette dure épreuve mais je suis persuadée que Ryô vous a choisie justement car vous êtes de taille à être son égale, à lui tenir tête, alors prenez l’initiative. »
Après être passée par toutes les nuances de rouge, colère, timidité et fierté, Kaori rentra chez elle, soulagée, et prête à relever le défi.