Des fiançailles salvatrices

Chapitre 9 : Jalousie

7505 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 19/04/2026 23:36

9. Jalousie



  Sakura s’éveilla avec une migraine affreuse. Elle remua en se massant les tempes. Son dos la faisait également souffrir. Elle se rendit compte qu’elle était à terre. Elle ouvrit complètement les yeux en sursautant. Elle ne reconnut pas immédiatement l’endroit.

Une main se posa sur son épaule. Sakura recula. Elle vit Shaolan se pencher vers elle, les mains en l’air en signe de reddition. Elle remarqua la couverture de fortune posée sur elle et le coussin à terre. Elle avait donc dormi à même le sol.

Shaolan s’assit à ses côtés et l’attira à lui. Il vérifia sa température en posant sa main chaude sur son front. Il parut soulagé. Il lui caressa la tête.

-Tu m’as fait peur, souffla-t-il.

Sakura se lova contre lui. Elle laissa ces bras réconfortant entourer son corps. Elle se sentait faible, une véritable poupée de chiffon. Les mains puissantes lui frottaient délicieusement le dos. Elle profita de cette félicitée passagère. Elle ressassa la nuit précédente.

Elle se redressa en panique. Elle réalisa qu’elle était toujours chez Takashi et Chiharu. Le jour était levé depuis un moment. Elle agrippa le bras de son compagnon.

-Chiharu ? Le bébé ?

-Ne t’inquiète pas. Tout le monde va bien. La petite a tété au lever du jour et maintenant, elles dorment toutes les deux.

Sakura voulut se lever pour savoir si c’était vrai. Shaolan la retint, l’obligeant à se recoucher.

-Non, mademoiselle. Tu es beaucoup trop faible. Tiens, bois ça.

-Qu’est-ce que c’est ?

-Du thé revigorant avec du miel. Tu as besoin de sucre pour te remettre.

Sans discuter, Sakura prit la tasse offerte. Elle était bouillante. Elle sirota son breuvage, savourant la chaleur parcourir son corps froid.

Shaolan se rassit. Il prit la couverture et la plaça sur ses épaules. Il lui effleura le visage. Elle avait du sang séché par endroit. Il l’essuya tant bien que mal. Il s’étonna qu’elle se laissât faire aussi facilement. Elle appuyait son visage contre sa main. Des mèches miel s’échappèrent de sa coiffure et balayèrent son front. Elle était si proche.

-Hier, tu as été fantastique, chuchota-t-il.

La caresse se fit plus intense. La distance s’amenuisa davantage. C’était une attraction magnétique, une fascination réciproque. Les jeunes gens avaient tous les deux la bouche sèche.

Sakura l’observa, s’attendant à un recul de sa part. Shaolan ne s’écarta pas. Son front touchait le sien en une sorte de communion. Une ses grandes mains frottaient son dos de manière réconfortante. L’autre s’attardait sur sa joue, son pouce titillant gentiment le coin de ses lèvres. C’était incroyablement tentant, les lèvres masculines à porter des siennes. Les mains prises par la tasse, elle était incapable de lui rendre la pareille.

-Shaolan… Il faut que je te parle…

La magie de l’instant s’évapora. Shaolan la lâcha. Il inspira longuement avant de se lever. Elle venait de le faire fuir, encore.

Elle tenta de se lever. Ses jambes se dérobèrent. Elle renversa un peu de son thé sur ses cuisses. Shaolan ne fit pas attention à se désastre ménager. Son attention était fixée sur le sentier à travers la fenêtre. Des hennissements se firent entendre. Une troupe arrivait.

Takashi descendit de cheval maladroitement. Il appelait le nom de sa femme. Il trébuchait à chaque pas, se prenant les pieds dans les flaques parsemant son chemin. Il ne tarderait par à rentrer chez lui, heureux de retrouver sa femme et son enfant.

-Ils sont là, annonça tristement Shaolan en regardant Sakura toujours à genoux.

La jeune fille ne comprit pas son expression. Que venait-il de se passer ? Elle ouvrit la bouche pour le questionner mais le fracas de la porte s’ouvrant l’en empêcha. Elle vit un Takashi paniqué entrer dans le séjour. Il les inspecta chacun à leur tour dans une interrogation muette. Semblant comprendre, il fila dans la chambre. Là-bas, il vit le tableau le plus merveilleux du monde : sa femme apaisée tenait dans ses bras son bébé somnolant sur le dos à ses côtés. Il fut gagné par l’émotion. Doucement, il s’approcha du lit. Sentant sa présence, Chiharu sortit de sa torpeur. Dès qu’elle aperçut son bien-aimé, elle lui sourit.

-Je te présente ta fille.

Takashi se mit à genoux devant le bébé. Son doigt effleura sa minuscule paume. Ensuite, il couvrit de baisers sa femme.

-Merci, murmura-t-il, merci ma chérie pour ce magnifique cadeau.

Sakura laissa les larmes de bonheur couler sur sa joue. Shaolan l’avait prise dans ses bras pour suivre le jeune père. Elle craignait cette rencontre. Elle serra davantage ses bras autour de la nuque de son chevalier servant. Elle lui sourit les yeux embués de larmes. Shaolan secoua la tête, complice de son bonheur.

-Ma dame ? Ma dame ?

La jeune fille soupira en levant les yeux au ciel. Miyuki était dans la chaumière. Sa voix allait réveiller le bébé.

Quand Shaolan la ramena dans le salon. Le jeune paon s’approcha d’elle. Il avait l’air catastrophé. Il ne manqua pas de fusiller du regard le guerrier. Il voulut le décharger de son fardeau. Shaolan ne l’entendait pas de cette oreille. Lui seul était capable de veiller sur la jeune femme. Les deux coqs se jugèrent en chien de faïence.

-Mon dieu, ma chère pupille, que vous est-il arrivé ?

-Rien, sire Hiragisawa. C’était juste un peu de fatigue après cette nuit riche en émotions. Maintenant je vais mieux, dit-elle en se mettant sur ses pieds.

Shaolan conserva une de ses mains dans la sienne. Il désirait être un appui pour elle au cas où elle perdrait l’équilibre. Hidéki le repoussa. Il vola la main de sa promise au grand mécontentement du jeune loup. Sakura n’avait pas la force de se disputer. Elle était trop faible. Son estomac se tordait de douleur à cause de la faim ; sa tête lui tournait ; et son corps lui échappait.

-Il faut que je mange quelque chose.

-Evidemment. Mais j’ai bien peur que vous ne soyez pas capable de chevaucher seule. Nous n’avons pas fait appeler un carrosse à cause de l’état des routes.

-Ce n’est pas grave. Je n’ai qu’à monter avec quelqu’un, dit-elle innocemment en jetant un œil au sire Read.

-Ne vous inquiétez pas sire, je vais m’occuper de ma promise, prévint Hidéki Miyuki en déposant un baiser sur la main de la demoiselle.

Shaolan quitta la pièce, soudain pressé d’entendre le rapport des autres sur les événements de la nuit. Le seigneur Hiragisawa le suivit du regard. Il n’était pas dupe de la réaction du jeune homme. Il la trouvait… intéressante.

Une fois restaurée, Sakura salua les propriétaires de la maison. Ces derniers se montrèrent reconnaissants pour tout ce qu’elle avait fait pour eux. Le seigneur Miyuki la souleva par les hanches et l’installa sur sa selle. Il s’empressa de sauter derrière elle. Le cheval hennit de mécontentement à ce poids disgracieux sur son dos. Afin de la garder contre lui, Hidéki la ceintura de son bras.

Sakura se sentit mal à l’aise. Son dos était moite contre le torse du seigneur. Sa main se promenait sur sa hanche. À plusieurs reprises, elle remonta la main baladeuse à un endroit plus approprié. Hidéki prit comme excuse les secousses dues au trot.

-Je me suis inquiété pour vous cette nuit, ma dame.

-Ah bon ? fit-elle sur le ton de la conversation.

-Vous serez prochainement ma femme, si tout se passe comme prévu. Il est normal pour un homme de s’inquiéter pour sa promise quand celle-ci découche avec un autre dans une maison à l’orée des bois.

Le ton accusateur n’échappa pas aux oreilles de Sakura. Elle serra les crins de l’animal. Devant elle, Shaolan trottinait en tête. À aucun moment il ne s’était retourné. Sentait-il les appels à l’aide silencieux qu’elle lui envoyait en pensée ? Sakura pinça les lèvres.

-Vous croyez ? ironisa-t-elle. Il me semble que j’ai mon mot à dire quant à mon futur époux. Je ne vous connais pas assez pour affirmer que vous seriez un partenaire idéal.

-Je ne vois pas ce qui vous rebuterai. Je suis beau et vigoureux. Nul doute que nous ferons de nombreux héritiers ensemble. Sans oublier que je suis votre voisin. L’union de nos deux patrimoines n’est pas à négliger dans la balance.

-Peut-être. Je laisse le seigneur Hiragisawa trancher sur cette question. Personnellement, j’ai un doute sur le bien fondé de cette union justement.

-Dois-je vous prouver ma valeur ?

Sur ces mots, il remonta sa main jusqu’à son visage. Il emprisonna le menton de la belle et l’obligea à le regarder. Surprise du geste, Sakura mit une seconde à réagir. Elle recula brusquement sur la selle. Le couple fut déséquilibré un instant. L’étalon, contrarié par ce jeu de poids, fit un pas de côté en grognant.

Le seigneur Hiragisawa qui avait tout vu s’approcha des deux jeunes gens. Il mit sa monture à leur niveau. Son sourire était en totale opposition avec son regard inquisiteur. Quoi que… Sakura ne fut pas rassurée par ce type de sourire. Elle l’aurait décrit comme carnassier. Elle déglutit face à lui.

-Un problème, messire ?

-Non, sire Hiragisawa. La dame Kinomoto a des difficultés à rester en selle. Il semblerait qu’elle est plus faible qu’elle ne le pensait.

-Je pense surtout, seigneur Miyuki, qu’elle a du mal à être sereine quand on cherche à investir son espace vital.

La remontrance était claire, le ton cassant. Sakura s’en sentit soulagée. On venait recadrer cet odieux individu et ses manières préhistoriques. Shaolan esquissa un mouvement vers eux. Il n’intervint pas. Pourquoi montrer tant d’indifférence alors que chez Takashi et Chiharu il y avait eu ce moment ? Cette inaction la blessa. Cela amplifia son besoin de discuter avec lui.

La vue du manoir emplit son cœur de soulagement. Elle était de retour dans son foyer. Elle pourrait ainsi se débarrasser de cet homme insolent. Il ressassait entre sa barbe de sa nuit auprès de Shaolan dans cette maisonnée pittoresque. Sakura en avait assez de l’entendre se plaindre sans véritable raison. À croire qu’elle lui avait été infidèle alors qu’aucune véritable relation n’avait été établie entre eux. Certes, elle avait accepté des repas ou des goûter en sa compagnie mais jamais elle n’était restée seule avec lui. Elle avait été polie, voire généreuse dans ses compliments. Elle n’avait pas autorisé pour autant une quelconque rencontre intime ou un rapprochement inapproprié.

 Dès que le cheval stoppa sa marche dans la cour, Sakura glissa de la selle. Ses jambes étaient engourdies. Son dos était douloureux à force de rester raide. Depuis son altercation avec le seigneur Miyuki, elle s’était appliquée à le toucher le moins possible. Elle massa le bas de son dos et tant pis si cela était disgracieux pour une demoiselle de sa qualité.

Elle inspecta les hommes autours d’elle. Les palefreniers s’occupaient déjà des différentes montures dont la sienne que Takashi lui avait empruntée. Les gardes discutaient entre eux, recevant les ordres pour la suite des opérations. Elle comprit à demi-mot qu’aujourd’hui serait une journée de repos à cause d’elle. Il était déjà midi et c’était beaucoup trop tard pour repartir en expédition. Shaolan était parmi eux, charismatique et meneur d’hommes efficace.   

Sakura fit un pas vers lui toute confiante. Elle aurait ses réponses coûte que coûte. Elle ne l’autoriserait pas à se dérober une fois de plus. Mais une main désobligeante lui prit le bras et la força à se retourner.

Le jeune seigneur Miyuki lui fit son plus beau sourire. Contrairement à son habitude, il la tint serrer contre lui, un bras lui enroulant la taille. La jeune fille fut quelque peu choquée par cette proximité inacceptable, surtout que l’homme qu’elle aimait était à quelques pas d’eux.

-Je ne vous laisserais pas vous enfuir ainsi, belle demoiselle.

-Seigneur Miyuki ! Vous me surprenez. Je suis harassée par toute cette histoire. Et je vous rassure : je n’ai point besoin d’aide pour marcher. Vous pouvez me lâcher.

-Excusez-moi, je ne désirais pas faire peur à ma future femme !

Sakura rit d’un rire jaune. Elle n’en revenait pas d’un tel culot.

Shaolan entendit son rire et se méprit. Il la vit sourire à ce paon infâme, enlacée dans ses bras. Il se crispa, ses traits tendus par une rage sourde. Ses hommes remarquèrent ce changement d’humeur. Ils filèrent sans demander leur reste, abandonnant leur chef à ses tourments intérieurs.

-Future femme ? répéta-t-elle sarcastique. Vous allez trop vite…

-Mais non, dit-il encouragé par ce sourire mordant. Je pense qu’il est temps d’officialiser notre relation. Je vais redoubler mes avances pour qu’elles deviennent concrètent à vos yeux.  En tout cas, je vais me faire pardonner cette petite frayeur que je vous ai causée.

Sur ces mots, et sans l’assentiment de sa belle prisonnière, il s’empara de ses lèvres. Assistant à toute la scène, le seigneur Read sentit le sol s’ouvrir sous ses pieds. Sa première réaction fut de marcher en vue de casser le nez de cet être mal éduqué. Au bout de trois pas, il arrêta son geste. Ce n’était pas sa place. Il n’avait aucun droit sur elle. Il avait fait en sorte de maintenir une distance entre eux.

Son devoir d’héritière des Kinomoto était de trouver un mari et, si cet homme lui plaisait, il devait se soumettre à son choix. Il s’effacerait.

La mort dans l’âme, il recula. Il avait l’irrésistible envie de fendre des crânes. Sa frustration était telle qu’il cogna dans la porte en pénétrant dans le bâtiment.

Malheureusement pour lui, il n’assista pas à la réaction de l’héritière du domaine. Celle-ci mit fin au baiser volé. Elle repoussa d’une gifle magistrale son prétendant. Elle le fusilla du regard tandis que ces joues se coloraient sous sa colère dévastatrice.

-Vous… Vous !!! Touchez-moi encore et vous signerez votre perte.

-Sakura ! Ma chérie, tu vas bien ?

Tomoyo arriva en sauveuse. Elle enlaça les épaules de son amie tremblante de rage. Elle n’avait pas vu l’infâmie que venait de subir Sakura. Elle comprit rapidement que le sire Hidéki s’était comporté de manière déplacée. En protectrice, elle se plaça entre eux.

-Vous êtes un porc ! éructa Sakura.

-Qu’avez-vous fait à ma cousine ?

-Je n’ai rien fait qui mérite ainsi son courroux.

-Il me semble vous avoir dit de respecter l’espace vital de ma pupille, seigneur.

La voix d’Eriol était aussi glaciale et cassante qu’une stalactite durant une froide soirée d’hiver. Envolé le noble gauche et niais. Le rictus affiché à ces lèvres n’avait rien de plaisant. Il se mit face à cet impudent narcissique. Les filles se rendirent compte que le seigneur Hiragisawa était aussi grand que son interlocuteur. Se tassait-il donc d’ordinaire ? En tout cas, il ne mâcha pas ses mots.

-Vous êtes ici en tant qu’invité et potentiel prétendant. Et j’insiste sur le mot « potentiel ». J’attends les réponses des autres nobles disposés à se marier. Certaines attendent déjà sur mon bureau que je les examine plus en détail. Ce n’est pas parce que vous êtes le premier à vous présenter physiquement en ces lieux que vous avez la primeur. Nous ne sommes pas au marché et la dame n’est pas une bête vendue aux enchères.

-Je ne voulais que…

-Vous vouliez posséder ce qui ne vous appartient pas. Cette demoiselle est ma pupille. Il est de ma responsabilité de veiller à sa vertu.

-Et vous admettez qu’elle dorme avec un homme dans les bois !

-Elle n’était pas là-bas pour folâtrer avec un séducteur. Elle officiait en tant que médecin. Le seigneur Read est un de mes hommes de confiance. Il avait mon approbation pour veiller sur elle. Il me semble également que le couple de paysan nous a expliqué clairement ce qui s’était passé là-bas. Il n’y avait rien de romantique dans cette rencontre nocturne, bien au contraire.

-Je le comprends.

-Quant à votre geste, il n’était pas respectueux.

-Je cherchais juste à démontrer mon intérêt à la dame d’une manière plus parlante.

Eriol ricana. Il croisa les mains derrière son dos. Son attitude se voulait nonchalante. Il fallait se méfier de l’eau qui dort. Sakura en profita pour expliquer rapidement à sa cousine ce qu’il venait de se passer.

-Il m’a embrassée de force, murmura-t-elle. Shaolan a tout vu, j’en suis sûre. Il faut que je le rattrape. Je dois discuter avec lui.

Tomoyo, les mains sur les épaules de son amie, jeta un coup d’œil aux deux hommes puis à Sakura. Elle comprit l’urgence de la situation.

-Attends un peu. Je vais faire mine de te raccompagner dès qu’ils auront fini cette conversation. Après, il faudra que tu me racontes tout ce qu’il s’est passé.

-Promis.

Leur échange n’avait duré que quelques secondes. Eriol s’était encore rapproché du jeune homme. Il lui chuchota quelque chose à l’oreille. Le seigneur Miyuki blêmit à vue d’œil. Quand le tuteur s’écarta, le paon avait perdu ses couleurs et le dévisageaient avec horreur.

-Maintenant, seigneur Miyuki, j’attends des excuses.

Le jeune impudent jouait de sa mâchoire. Les mots refusaient de sortir. Il cligna plusieurs fois afin de contenir ses émotions. Résilient, il finit par prononcer les paroles attendues.

-Je vous prie de…

-Pas à moi, coupa-t-il en désignant de la main la jeune femme derrière lui. À elle. Celle qui a subi l’affront est la dame Kinomoto.

Hidéki grimaça en inspirant longuement, humilié. Il riva ses yeux menaçants sur les jeunes filles. Il leva le menton d’un air suffisant.

-Ma dame, je vous prie d’excuser mon geste indélicat. Cela ne se reproduira plus.

Sakura se contenta de hocher la tête. Discuter davantage avec cet être répugnant la fatiguait. Elle n’avait qu’une idée en tête, rattraper Shaolan.

Le seigneur voisin fit une révérence. Soudainement, il avait mieux à faire que de stagner dans la cour seigneuriale. Il s’enfuit, marmonnant une fois de plus dans sa barbe.

-Ne crie pas victoire trop vite, ma belle dame. Un jour, tu m’appartiendras ou sinon…

Eriol se tourna vers les demoiselles avec une aura bienveillante. Si elles ne l’avaient pas vu de leurs propres yeux, jamais elles n’auraient pu imaginer que cet homme commun pouvait se montrer effrayant.

-Je suis heureux de constater que vous avez repris votre taille normale, dame Daidodji.

Tomoyo reçut la pique sans afficher l’impact de celle-ci sur son orgueil.

-Et moi de voir le merveilleux bleu nuit de votre chevelure. Je suis quand même nostalgique de ce magnifique vert forêt.

-C’est vrai qu’il m’allait très bien au teint. Peut-être pourriez-vous m’en donner le secret afin de renouveler l’expérience ?

Sakura était lasse de ces échanges. La nuit avait été longue. Les émotions vives. Elle en sentait les effets dans un mélange de migraine et de faiblesse. Elle serra les bras autour d’elle. Elle cherchait à s’ancrer dans le moment présent.

-Messire, veuillez pardonner mon indélicatesse. Je suis totalement éreintée. J’espérais que ma cousine m’aide à regagner mes appartements.

-Laissez-moi vous reconduire. Je vais également quémander un plateau pour vous restaurer toutes les deux dans la chambre. Je suppose que vous avez bien des choses à vous dire.

Les jeunes filles échangèrent un regard.  

-S’il vient avec nous, je ne pourrais pas rejoindre Shaolan tout de suite, chuchota Sakura à sa compagne.

-Ne t’inquiète pas, je m’occupe de tout, répondit-elle sur le même ton.

Elle reprit la parole en s’adressant à Eriol à voix haute :

-Si ma cousine est fatiguée, ce n’est pas mon cas. J’ai envie de savourer ce vent printannier et ce début d’après-midi magnifique. Je serais enchantée de le passer en votre compagnie. N’aimeriez-vous pas faire quelques pas avec moi ?

La jeune fleur sourit malgré elle. Il y avait deux minutes à peine, la belle brune aurait pu arracher le visage du jeune homme ; à présent, elle lui parlait sur un ton mielleux et s’était approchée de lui en lui prenant familièrement le bras.

Etonné par ce revirement de situation, il sourit malicieusement. Sans chercher à comprendre, il accepta immédiatement l’invitation. A peine eut-il prononcé ces mots que Tomoyo l’entraîna dans la direction inverse de celle de sa jeune parente. Avant de partir, elle lui lança un clin d’œil complice et lui souhaita « bonne chance » dans leur langage secret.

 

 

Tomoyo priait silencieusement pour sa cousine. Elle aurait aimé assister à la conversation qui ne risquait certainement pas d’être animée. Elle aurait aimé également donner un autre kimono de sa création à Sakura pour marquer l’occasion. Malheureusement, elle tenait compagnie à un homme incroyablement imbu de lui-même.

Il parlait toujours et encore de lui. Ce n’était plus une conversation mais un monologue au profit de ses qualités. Monsieur omettait bien volontiers les défauts. Peu à peu, elle sentit la fatigue la gagner. Cela faisait un moment qu’elle n’écoutait plus ses propos et elle cherchait un moyen de se soustraire à ce discours lassant.

-…qu’en pensez-vous ?

-Pardon ?

-Vous êtes distraite ma belle amie, sourit-il. Je vous demandais si la dame Kinomoto était préoccupée. Elle semblait ailleurs, pensive, qu’en pensez-vous ?

-Vous savez, j’ignore ce qu’il s’est passé ces dernières vingt-quatre heures. J’imagine que cela avait dû être une épreuve pour elle.

-Elle va le retrouver, n’est-ce pas ?

Tomoyo se figea. Elle n’était pas certaine d’avoir bien compris la question. Elle fronça les sourcils. Eriol ne se départit pas de son sourire niais. Il attendait visiblement une réponse.

-Qui ?!!

-La personne chère à son cœur, elle est partie le retrouver. J’espère que tout ira bien pour eux.

Tomoyo écarquilla les yeux à ces mots incroyables. Elle avait laissé sa main sur le bras de son compagnon et, à ce moment, serrait à couper la circulation le poignet de ce dernier. Quant à ce compagnon si étrange, il se cachait une nouvelle fois derrière les reflets de ses verres.

Ayant retrouvé son souffle, la dame Daidoudji le scruta avec attention. De nouveau, elle ressentit cette aura trouble chez lui. Elle battit des cils pour recomposer son visage.

-Qui… Qui êtes-vous ? Vous semblez imbu de vous-même, impoli, dragueur et si peu sûr de vous-même quand il s’agit de donner des ordres. Pourtant, je sens en vous un autre homme. Tout à l’heure, avec le seigneur Miyuki, vous avez été incroyable.

-C’est votre opinion. Je ne suis que ce vous avez décrit en premier.

-Vous mentez mal.

-A la cour, on s’accorde pourtant à dire que le mensonge est une seconde nature chez moi.

-Ne jouez pas ainsi avec moi, le réprimanda-t-elle gentiment en tirant sur son kimono.

-Et pourquoi pas ? Vous jouez bien de votre charme pour m’éloigner de ma si délicieuse pupille.

-Avouez que vous avez aimé puisque vous êtes ici à mes côtés et non à sa porte à la raccompagner.

-Comment pourrais-je ne pas être heureux d’être en votre compagnie, gente demoiselle ? dit-il d’un ton cajoleur en déposant un chaste baiser sur le dos de sa main.

-Répondez-moi, s’il vous plaît. Qui êtes-vous ?

-Je suis le tuteur de Sakura Kinomoto, un favori déchu de l’empereur envoyé ici pour trouver un mari respectable à cette charmante demoiselle. Et, ajouta-t-il en appuyant gentiment son index sur le nez de sa compagne, c’est tout ce dont vous avez besoin de savoir.

-Vous êtes sûr ? Je peux me montrer convaincante si vous m’y poussez, répondit-elle en avançant ses lèvres gourmandes.

-Je serais curieux de savoir comment.

Aussitôt, la jeune fille captura ses lèvres suaves. Cela faisait un moment qu’elle en avait envie. Sakura avait raison, cet homme lui plaisait. Ses taquineries n’étaient que des excuses pour attirer l’attention de l’objet de son désir.

Pris au jeu, Eriol se laissa aller et l’encadra de ses bras. Leur étreinte dura un moment où passion et jeu se mélangèrent délicieusement. Enfin, Eriol décida de mettre fin à ce baiser plein de promesses. Avec douceur, il la repoussa, les mains sur ses épaules.

-Non, je ne peux pas. Vous seriez en danger.

-Le danger ne me fait pas peur. Je vous en prie, laissez-moi entrer dans votre monde, laissez-moi vous connaître.

Le seigneur Hiragisawa plongea son regard dans celui suppliant de la dame. Il sembla réfléchir un instant, pesant le pour et le contre de telles révélations.

-Je ne peux vous laisser m’approcher. Vous êtes belle et intelligence ; ce serait du gâchis, murmura-t-il tandis que sa main caressait la joue blanche de la belle brune. De toute façon vous direz tout à votre cousine et je ne peux courir ce risque.

-Si je vous promettais que je ne lui dirais rien, si je vous promettais d’être prudente, ne suis-je pas assez séduisante pour que vous vous laissiez aller à mes charmes ? En échange, je vous demande juste de vous ouvrir. Regardez-moi et osez me dire que je ne suis point plaisante à vos yeux.

De nouveau, le jeune homme l’attira à lui. Dans un baiser profond, tendre et caressant, il prit possession des lèvres sensuelles. La jeune fille trembla quelque peu. Elle se colla à ce corps fiévreux. Il l’écrasait contre lui pourtant elle avait l’impression d’être encore trop loin. Elle n’arrivait pas à l’atteindre, à le toucher. Petit à petit, le baiser se calma pour se terminer doucement lèvres contre lèvres, puis front contre front.

-Au contraire, murmura-t-il contre les lèvres tentantes, vous êtes trop plaisante à mes yeux. Là est le danger pour vous.

D’un rapide baiser sur le front, il défit l’étreinte et disparut dans les ténèbres d’un pas rapide. Tomoyo ne bougea pas, tremblant encore de la sensation de ses bras autour de sa taille. Avant qu’il ne parte, elle avait ressenti que son âme devenait éclatante comme le feu. Elle avait l’impression d’avoir ouvert la boîte de Pandore.

 

 

Sakura se tenait face à la porte de Shaolan. Plusieurs fois elle avait levé le poing afin de frapper mais à chaque fois elle l’avait baissé, prise d’un incroyable malaise. Elle se demandait sans cesse s’il l’avait vraiment vue se faire embrasser par l’autre porc. De toute façon, il n’avait rien à dire. C’était lui qui était parti en la laissant seule sans un mot. Elle songea qu’il pouvait être fâché de ce baiser et anéantir toutes ses chances de discuter à cœur ouvert.

Elle ne devait pas se laisser corrompre de la sorte. Tout était de sa faute car il avait tout fait pour l’éviter.

Elle leva le poing de colère suite à ses réflexions. Celui-ci rencontra le front d’un jeune homme qui venait d’ouvrir la porte. Shaolan porta sa main à son front en émettant une exclamation de douleur. Etonnée par cette conïncidence, Sakura s’empressa de poser les mains sur la douleur en espérant la faire disparaître tout en se confondant en excuse.

-Je suis désolée, je ne savais pas que tu allais ouvrir la porte à ce moment.

-Ce n’est pas grave, tu n’as pas une force surhumaine.

Il prit la main de la jeune fille et la garda contre sa poitrine. Leurs regards se croisèrent et de la tendresse s’installa entre eux. Le souvenir du baiser échangé entre Sakura et Hidéki traversa l’esprit du jeune loup. Brûlé par cette pensée, il lâcha la main douce et fine de la fleur et fit mine de partir.

-Shaolan, attends ! Je dois te parler !

-Ça devra attendre, j’ai des préparatifs à effectuer sur les prochaines expéditions.

-Mais Shaolan…

-Non, j’ai dit plus tard, lança-t-il d’un ton implacable.

-Je… Je sais ce que tu as fait et je veux qu’on en parle !

Elle bluffait évidemment. Elle ignorait toujours le terrible secret de son amant. Elle était prête à tout pour le savoir. Toutefois, lui, il l’ignorait. Il s’arrêta et se figea sur place. Il devint d’un seul coup livide. Il dévisagea sa compagne et eut du mal à reprendre son souffle.

-Comment… ? Tu…

-J’ai trouvé une lettre de mon père datant de quelques jours avant sa mort. Il y décrit ton refus de m’épouser et il explique pourquoi.

-Et tu me parles toujours comme si j’étais un être humain après ça.

-Ou… Oui. Je ne… vois pas… pourquoi je ne le ferais… pas. Ce n’était pas si terrible, si ?

Elle savait qu’elle n’avait pas été très convaincante. Elle espérait que Shaolan tomberait dans le panneau. Malheureusement, elle vit son interlocuteur reprendre des couleurs et confiance en lui. Il la scruta dubitatif.

-Tu mens ! Tu ne sais rien.

-Mais tu possèdes un secret lourd à porter. Je t’en prie parle-moi. J’ai besoin de toi.

Elle lui saisit la main. Elle le retiendrait. Il était hors de question de perdurer dans ce marasme. Il était une part d’elle tout comme elle lui appartenait dès qu’il avait poser les yeux sur elle.

Shaolan, de son côté, n’était pas aussi sûr de ce destin qui les liait. Il tenta une ixième fois de l’éloigner.

-Je ne peux pas. Tu… Tu mérites mieux que moi, je veux que tu m’oublies pour ton bien.

-Shaolan, m’aimes-tu encore ?

La question le choqua. Il la fit entrer dans sa chambre. La conversation devenait plus personnelle. Il avait peur d’être surpris et que des rumeurs entacheraient la bonne réputation de sa fleur.

Sakura ne se laissa pas déstabiliser. Elle avait saisi qu’elle avait touché un point sensible. Elle l’exploiterait jusqu’au bout.

-Shaolan, dis-moi dans les yeux que tu ne m’aimes plus. Je te mets au défi de répéter les mots atroces que tu as écrits par le passé. Shaolan…

-Je… Je…

-Tu n’as donc plus de courage.

Shaolan fut piqué au vif par cette remarque. Il se pinça les lèvres. Il était bien des choses : couard n’en faisait pas partie.

-Es-tu toujours au fond de toi l’homme qui m’a promis de revenir m’épouser ?

-Sakura, tu ne devrais pas…

-Réponds-moi !!

-Je…

Il la repoussa. Il devait s’éloigner de cette douce tentation. Il lui tourna le dos.

-Qu’importent mes sentiments ! Ce n’est pas le plus important ! Même si je t’avoue que je rêve de toi toutes les nuits, ça ne changerait rien à ce que je suis devenu. Tu ne peux pas épouser un être comme moi. Tu dois trouver le bonheur et moi j’errerais sur cette terre en gardant ton amour gravé dans le mien.

Il l’avait dit ! Il avait prononcé les mots ! Il avait dit « amour ». Il l’aimait donc encore !

La jeune fleur ne put retenir ses larmes et se jeta sur son amant. Elle serra ses bras autour de son cou et s’accrocha à lui. Ce dernier entoura sa taille de ses bras virils et la serra fort contre lui.

-Je t’en prie, ne sois pas stupide. Ne me fuis plus. Je t’aime et, peu importe les conséquences, je veux partager ton fardeau, chuchota-t-elle à son oreille.

-Non, ma tendre Sakura, tu n’as pas à partager mes fautes. Néanmoins, si tu y tiens tant, je vais tout t’avouer en espérant que tu seras dégoûtée et ne voudras plus me voir.

Mû par une force nouvelle, il souleva la jeune fille et la transporta vers le lit. Là il la déposa délicatement, la faisant s’asseoir. Elle tremblait dans ses bras. Il s’était rappelé que seulement quelques heures auparavant elle avait perdu connaissance dans ses bras.

Il se mit à genoux devant elle. Sentant une trop grande pression sous ce regard impatient émeraude, il décida de rester debout. Perturbé par ses prochaines révélations, il fit quelques pas pour se donner du courage, passa nerveusement une main dans ses cheveux et se décida enfin à se poster en face de la jeune fille qui n’avait pas bougé.

-Tu te rappelles, il y a cinq ans lorsque nous…

-…lorsque nous nous sommes donnés l’un à l’autre.

-A ce moment-là, je t’avais juré de t’épouser mais avant cela, je voulais retrouver mes origines pour que tu saches qui tu épouses et pour te faire honneur. J’ai parlé de mes intentions à ton père qui accepta tout de suite de m’aider. Grâce à des recherches, nous avons retrouvé la famille de pêcheur qui m’avait vendu à Clow Read, mon père adoptif. Ces paysans prétendent que je ne suis pas japonais mais chinois, ce qui expliquerait bien des choses dans mon physique*. Des Chinois auraient traversé la mer et m’auraient donné sans explication. Tout ce qui leur restait c’était un vieux bout de tissu qui avait bien servi pour leurs autres bambins. Ce tissu me permit d’identifier ma véritable famille. Sakura, je suis un noble : je suis un LI !!!

-Un LI !! C’est impossible ! Le patriarche Li n’a jamais eu de fils, le seigneur Hiragisawa l’a dit. S’il avait eu un fils, réfléchit-elle à voix haute, je ne vois pas pourquoi il l’aurait caché ; il t’aurait cherché, tu aurais été son unique héritier.

-Je me suis posé cette question également. Aussi j’avais décidé de demander asile au château des Li sans mentionner mes origines afin de récolter des informations. Je me méfiais d’eux. Des rumeurs m’étaient parvenues au fil de mon voyage. Des rumeurs… dérangeantes.

« J’étais arrivé peu après la mort de ma mère. Ce que j’y découvris me glaça le sang. Mon… père… était un homme cruel. Il battait ses femmes pour son bon plaisir, il puait sans cesse l’alcool et le sang. Il martyrisait son peuple pour son profit personnel.

En parlant, il se leva de rage, suivi aussitôt par sa belle. D’une main apaisante, elle l’encouragea à poursuivre. C’était difficile. Les mots se bousculaient dans sa tête. Il en avait le vertige. Cette confession, personne ne l’avait jamais entendue. Et elle, la fille de ses rêves recueillait chacun de ses mots avec compréhension.

-En fils dévoué, j’ai voulu connaître les circonstances de la mort de ma mère. Ce… ce n’était pas un accident. Mon… ahhh… ce type la battait et ce jour-là, il l’a battue à mort. Il était revenu ivre mort et avait envie d’elle. Elle s’est refusée à lui, il l’a frappée et sous ses coups elle est tombée dans les escaliers. Ce criminel a maltraité mes sœurs : les malaises répétés, la soi-disant chute de cheval, la mauvaise santé de mon aînée ; il en était responsable. Quant à moi, ma mère avait eu peur pour moi, tout en sachant que j’étais un garçon. Elle savait que mon père verrait en moi un rival plutôt qu’un fils. Elle a fait croire à ma mort et m’a envoyé au Japon.

Shaolan se tut quelques instants. Sakura l’entoura de ses bras, sa tête posée contre son dos puisqu’il ne voulait l’affronter de face.

-C’est… c’est horrible. A présent, ton père est mort. Le domaine te revient.

-Oui, mais tu ne sais pas comment il est mort.

Shaolan se retourna. Ces derniers mots, l’instant le plus horrible de ses aveux, il devait lui dire droit dans les yeux. Il devait connaître sa réaction.

-Sakura, je l’ai tué, souffla-t-il.

La jeune fille en eut le souffle coupé. Elle ne s’attendait pas à une telle révélation. Elle attendit. Elle ne s’octroya pas le droit de l’interrompre. S’il reprenait son souffle, c’était qu’il en avait besoin. Elle resta pendue à ses lèvres, patientant pour la suite.

-Je l’ai tué de mes propres mains. J’ai commis un parricide. Je suis un monstre. J’ai tué mon propre père. Je suis un meurtrier, finit-il par dire la voix cassée par l’émotion.

Sakura recueillit sa peine. Elle l’enlaça. Elle caressa ses cheveux d’un geste réconfortant. Elle ne l’abandonnerait pas, même face à ses propres démons.

-Raconte-moi ! Je te connais, tu ne l’aurais pas tué de sang-froid. Je t’en prie, finis ton histoire.

Il lui prit les mains, reconnaissant de son empathie. Il embrassa chacun de ses doigts, une larme roulant sur sa joue. Il avait conscience de de sa faiblesse. Il la remerciait silencieusement de sa bonté. Il y puisa la force de terminer.

-Je… Je voulais dénoncer la supercherie, dire que j’étais toujours en vie. Je suis allé à ses appartements pour parler avec lui. Un serviteur m’avait arrêté m’avertissant que mon père faisait sa sieste. J’étais sur le point de faire demi-tour quand j’ai entendu crier. Sakura, ces cris étaient horribles, des cris de femmes, d’une femme à qui l’on faisait vivre mille souffrances. Sans prendre garde aux serviteurs, j’ai pris mon épée et j’ai fracassé la porte. A l’intérieur, ce spectacle… il me hantera toute ma vie. J’ai vu… mon père… cet homme écœurant… violer ma sœur avec la rage d’un démon. Elle était couverte de bleus et du sang perlait sur sa peau si blanche. Elle pleurait, Sakura, elle était défigurée par la douleur.

« Mon sang n’a fait qu’un tour. J’ai arraché cet homme à ma sœur, je l’ai transpercé de mon épée, une fois, deux fois, vingt fois. Je ne comptais plus tant ma rage à ce moment était grande. Ensuite je l’ai soulevé et je l’ai jeté par la fenêtre qui donnait sur les douves. J’ai enroulé ma sœur dans des couvertures et je l'ai serrée contre moi.

« Ce sang, cette odeur, tu ne pourrais pas croire ce qu’un homme est capable de faire comme horreur.

Il s’accroupit et fondit en larmes de rage. Il tremblait au souvenir de ces horreurs vécues. Sakura resta interdite un instant. Elle aussi tremblante, elle se décida finalement à se baisser pour consoler Shaolan de ses caresses et de sa tendresse. Elle comprenait cette froideur, ce mal qui le rongeait, cette douleur au fond de ses yeux ambrés. Elle eut soudain le sentiment immense de vouloir le protéger. Plus que jamais, à cet instant précis, elle savait qu’elle l’aimait et que ce serait pour la vie.

Peu à peu, elle prit son visage dans ses mains et le posa sur sa poitrine. De l’autre main qui n’était pas restée sur sa tête frottait tendrement les bras pantelants et inertes de son compagnon.

-Tu n’as rien à te reprocher, mon amour. Ce n’était pas ton père, il n’était même pas un homme, tu n’as commis aucun crime à mes yeux. Je t’aime ! Laisse-moi t’aimer comme tu le mérites.

Elle embrassa son front, son nez, ses joues. Enfin, elle osa déposer un tendre baiser sur ses lèvres. Ses caresses devinrent plus intenses, plus sensuelles ; la passion naissait peu à peu du corps de la jeune fille. Elle noua ses poignets autour du cou du jeune homme et approfondit le baiser. Mais le loup attrapa ses épaules et la força à se retirer.

-Je ne peux pas te laisser te corrompre de la sorte. J’ai juré de te protéger. Je ne peux pas accepter. Tu es si pure.

-Shaolan, ose me dire que je ne t’attire pas. Ose me dire que tu ne m’aimes pas et je disparais de ta vie.

-Je ne peux pas faire ça non plus.

-Shaolan, elle posa sa main sur la sienne et fit des yeux suppliants, tu ne vois pas que je meurs sans toi ? Tu es ma raison de vivre et ton éloignement me fait souffrir au plus haut point. Ne vois-tu pas que je t’appartiens corps et âme et que je ne peux envisager ma vie sans toi ?

Il l’admira un instant, cette beauté offerte, cet amour débordant. Il sentit son corps brûlé d’un désir profond. Pris d’une fougue nouvelle, il attira son visage contre le sien. Ce fut un baiser passionné, tendre, qu’ils partagèrent et savourèrent pleinement pour la première fois depuis leur retrouvaille.

Il caressa ses cheveux, les écarta un peu et entreprit d’embrasser le cou magnifique de la fleur de cerisier Elle sentit chacun de ces baisers la brûler délicieusement, lui mordant la peau.

Il défit le chignon décoiffé de la veille et, dans le mystère de la nuit, contempla son visage encadré par une chevelure miel, ce corps nu parfait, si délicat.

-Comme tu es belle !

Il se déshabilla également et souleva sa compagne vers le lit. Les caresses se firent plus pressantes de la part des deux jeunes gens.

Shaolan ne désirait pas seulement posséder son corps mais aussi son âme et son amour tout comme elle possédait les siens. Leurs mouvements s’unirent pour ne faire plus qu’un, pour enfin trouver ce bonheur et cette paix qu’ils cherchaient depuis leur séparation.

-Je t’aime, Sakura !

Plus tard dans la nuit, Sakura s’endormit nue, la tête posée contre le torse de son bien-aimé, un sourire aux lèvres. Shaolan la tint serrer contre elle de peur qu’elle ne soit qu’un rêve qui allait bientôt s’évaporer. Il se jura de trouver une solution à leur amour impossible et de lui donner un nom respectable.

Demain serait une journée épuisante, il devrait repartir en excursion à la recherche des bandits qui étaient de son clan. Pour l’instant, il ne préféra pas y penser, savourant ce doux parfum de cerisier. Il semblerait en effet que la fleur ait trouvé son fiancé. Mais pour combien de temps ?




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