Des fiançailles salvatrices

Chapitre 7 : Lettres

10836 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 26/03/2026 21:33

7. Lettres

 


Ruby Moon, cette petite tornade poilue, ne tenait plus en place. Elle aboyait joyeusement devant la fébrilité des lieux. Les filles allaient de gauche à droite, farfouillant dans les affaires du défunt maître. Le coffret, d'abord peu important, devint de plus en plus intriguant aux yeux des demoiselles. Elles n'avaient qu'une seule idée en tête : l'ouvrir. Malheureusement, il fallait une clé pour découvrir les entrailles de ce mystérieux objet en bois, une clé que Sakura ne possédait pas.

Décidés à percer cette énigme, les filles fouillèrent le bureau de l’ancien maître des lieux. Finalement, Tomoyo parvint à dénicher un jeu de clés qui semblait prometteur. Elle exhiba sa trouvaille d’un air triomphant. Elle aimait les énigmes et les mystères. Ce qu'elle préférait par-dessus tout, c’était de les résoudre.

Malheureusement, elles ne purent vérifier la compatibilité de ces clés avec le coffret à cause du prétendant de la demoiselle Kinomoto. Hidéki Miyuki cherchait à travers diverses stratégies à gagner les faveurs de sa belle. Il organisa un goûter gourmand dans l’après-midi. Évidemment, ces dames furent conviées à y participer, voire contraintes vu la façon dont le jeune homme présenta son invitation.

Un thé onéreux fut servi avec des sucreries créées par le cuisinier talentueux du domaine voisin. Cela était succulent. Tomoyo se régalait et n'hésita pas à exprimer son engouement pour les pâtisseries aux couleurs pastelles. Sakura, quant à elle, préféra s'abstenir de tout épanchement superflu.

Yué et Eriol avaient également été conviés à cette table récréative. La conversation était animée entre Tomoyo et le seigneur Hiragisawa. Leurs échanges houleux étaient dignes des plus grands orateurs. Tous deux semblaient follement s’amuser tandis que les autres comptaient les points sur la qualité de leur répartie.

Shaolan, par contre, brillait par son absence. Sakura en était attristée même si elle n’en laissa rien paraître. Seulement, son jeu d’actrice fut moins convainquant et assumé que le matin auprès de son prétendant. Hidéki ne comprenait pas le manque d’entrain de sa compagne. Tomoyo en devina la cause. Sakura ne voyait pas l’intérêt de susciter la jalousie d’une personne qui n’était pas présente.

Le temps semblait s'écouler lentement. Sakura avait l'impression que les conversations tournaient en rond et s'étiraient en longueur. Son esprit se perdit dans les méandres de ses pensées. Que faisait-elle assise avec ces nobles dans cette cour extérieure? Elle aurait dû récolter ses plantes et préparer des concoctions. Elle songea à son amie qui allait bientôt accoucher. Elle devrait prochainement lui rendre visite.

-N'est-ce pas, Sakura?

Son prénom ainsi évoqué la sortit de sa torpeur. La demoiselle n'avait rien suivi de la conversation. Elle réprima un mouvement de panique, n'étant pas sûre à qui répondre. Tomoyo la sauva en posant une main sur la sienne.

-Vous voyez, Sakura a besoin de se rafraîchir tout comme moi. Le repas sera servi dans une petite heure, n'est-ce pas? Cela nous laissera le temps de nous dégourdir les jambes, à ma cousine et à moi. N’oublions pas ma louve. une promenade lui fera le plus grand bien.

Sakura lui sourit, la remerciant silencieusement d'être aussi perspicace.

Se levant comme un seul homme, les demoiselles quittèrent la table avec grâce. La dame à la chevelure de geai entraîna son amie en la tirant doucement par la main. Elle avait comprit que l'absence de Shaolan rendait mélancolique sa cousine.

-Sakura, tu dois te ressaisir, réprimanda doucement la jeune fille.

-Je le sais.

-Tu aimerais lui parler n'est-ce pas?

-J'aimerais vérifier s'il est vraiment jaloux. J'aimerais savoir si il y a encore une étincelle qui subsiste quelque part dans cet homme. Oh, Tomoyo! Depuis ce matin, je ne peux empêcher mon cœur de se poser mille et une questions.

-Je m'en doute, ma chérie. Peut-être pourras-tu le vérifier ce soir, au dîner. En attendant, promenons ma petite Ruby Moon. Regarde-la, dit-elle en flattant l'animal à ses côtés. Elle est restée bien sage à nos pieds durant cet interminable thé. Elle a besoin d'exercices. Alors...

De sa poche, Tomoyo sortit une petite balle indigo. À sa vue, l'animal sautilla autour d'elle, véritable boule de bonheur. Les filles rirent à la réaction de la bête.

-Tu la lances ou je le fais?

Sakura vola la balle à son amie. Son côté espiègle ressortit et la sortit de son vague-à-l'âme.

-Je la lance, répliqua-t-elle de la joie dans la voix.



Au repas du soir, le seigneur Read avait prévenu l’assemblée qu’il dînerait en compagnie de ses hommes. Il devait écouter leur rapport au sujet de leur installation et de l’état des lieux du château. Il mettait un point d’honneur à repérer les faiblesses du bâtiments et voulait lister les réparations éventuelles de certains remparts. Si le château était l’héritage de la dame Kinomoto, il fallait que celui-ci fusse transmis au cours de la dot dans de bonnes conditions. Le seigneur mettait un point d’honneur à ce ce que tout fusse en règle et que personne n’aurait eu l’audace de le traiter lui ou la dame de tromperie sur la qualité de ces terres.

Sakura comprenait la nécessité de sa présence ailleurs qu’à ces repas frivoles. Cela n’empêchait pas la jeune fille de ressentir un pincement au cœur. En avait-elle trop fait le matin? Cherchait-il à présent à la fuir? Elle s’en voulut. Ce pleutre ne méritait pas sa pitié. Elle s’était focalisée sur la nourriture, soignant sa tristesse à l’aide des pilons de poulet croustillants et délicieux.

-Vous avez bon appétit ce soir, ma dame, salua Eriol.

Tomoyo, elle, assista à la scène les sourcils froncés. Elle avait espérée que la petite séance avec la louve aurait guéri pendant un temps sa contrariété. L'effet fut de courte durée. Elle ne doutait pas que sa cousine en payerait le prix plus tard. Aucun être humain ne pouvait ingurgiter autant de gras sans que l'estomac n'en souffre.

L’avenir lui donna raison.

À la nuit tombée, Tomoyo dut préparer un thé à la menthe en urgence afin de l’aider à digérer. Sakura avait le teint olive. Elle jura contre le poulet. Tomoyo soupira devant tant de mauvaise foi.

-Une balade nocturne me semble nécessaire, ma chérie. Il faut calmer les douleurs liées à ta digestion.

-D'accord. Au moins, j'en connais une qui sera heureuse d'une nouvelle promenade.

Un aboiement joyeux lui répondit. Sakura rit à cette réplique lupine.

La lune était pleine. Sa lumière diffusait une agréable ambiance sur le jardin de la cour intérieure. Des insectes émettaient des bruits étranges dans cet espace empli de verdure. On avait l’impression d’avoir quitté le monde humain pour celui naturel de la forêt. Il faisait agréable malgré la fraîcheur de la nuit. Sakura inspira longuement. Elle se sentait en paix. Ce calme, ce silence apaisant, ce paysage, cela appelait à la sérénité. Un instant, elle oublia qui elle était et le poids qui pesait sur son cœur. Elle était juste une jeune fille sous un ciel étoilé. Elle n’était qu’un grain de poussière dans cet immense univers. Ces problèmes étaient ridicules par rapport à l’immensité de la galaxie offerte à ses yeux.

-Tu vas mieux? s’inquiéta Tomoyo.

-Oui, merci, mon amie. Je me sens déjà mieux.

-Plus de relents nauséabonds?

-L’air frais et ce merveilleux thé à la menthe ont eu raison de mon estomac récalcitrant.

-J’en suis heureuse.

Au détour d’un buisson, les jeunes filles tombèrent sur Shaolan. Elles se figèrent, incertaines de leur présence auprès de lui. Le dérangeaient-elles? Le jeune homme semblait perdu dans ses pensées, vagabondant entre les différents parterres du jardin extérieur.

Il n’avait pas aperçu les deux espionnes de fortune. Il offrait son visage à la fraîcheur de la nuit, le levant vers le ciel. Il savourait la brise jouer avec ses cheveux ébouriffés. Il avait imaginé que c’était Sakura qui jouait dans cette crinière chocolat. À présent, tout était fini. Il y avait réfléchi toute la journée, s’écartant volontairement de l’objet de son désir. Il était parvenu à ce constat: leur amour était impossible. Il devait absolument faire taire cette créature égoïste en lui, celle qui appelait ce nom fleuri avec désespoir, celle qui cherchait éperdument à se consoler dans ses bras féminins. Il était semblable à un condamné réalisant que l’échafaud était son unique destin.

-Shaolan, murmura doucement Sakura en s’approchant de lui.

A l’appel de son nom, Shaolan tourna lentement la tête. Sakura s’avançait prudemment, hésitante. Allait-il la fuir ou bien serait-elle jugée froidement pour sa présence dans ce jardin?

Le jeune homme la détailla longuement en silence. Était-elle un mirage sorti de son imagination? Une matérialisation de son désir? Ce qu’elle était belle! Elle avançait vers lui tel un spectre prêt à le tenter, une apparition céleste qui mettait son âme à rude épreuve.

Tomoyo s’était discrètement éclipsée, leur cédant un moment d’intimité dans une allée voisine. Le jeune homme n’avait pas remarqué la deuxième demoiselle. Il pensait qu’il se trouvait seul avec sa petite magicienne.

-Shaolan, répéta-t-elle.

Le jeune homme se pinça les lèvres. Il déglutit bruyamment, réfléchissant à l’opportunité qui s’offrait à lui. Brusquement, il s’avança vers elle. Avant qu’elle ne pusse réagir, il lui saisit les épaules et l’embrassa avec force. Le geste n’était pas romantique. C’était une attaque, un supplice. Shaolan lui faisait mal. Ses doigts s’enfoncèrent dans le kimono rosé. Sa bouche poussait, forçait les lèvres féminines. Sakura le repoussa une première fois. Non découragé, Shaolan attrapa sa nuque et l’attira à lui. L’action était si barbare que leurs dents s’entrechoquèrent. Le guerrier chercha à suçoter son cou, la gardant au plus près de son corps.

-Arrête!

Sakura le poussa et le gifla même. L’assaillant accueillit la gifle avec gratitude. Il s’écarta d’un pas de sa bien-aimée, consterné par son propre geste.

-Qu’est-ce qui te prend? Tu me repousses, tu m’embrasses, tu m’agresses. Je ne suis pas ta chose! Je refuse d’être l’objet de tes états d’âme.

Attirée par les cris, Tomoyo arriva immédiatement. Elle vit les joues rosies de son amie sous le coup de la colère. Elle tremblait de rage. Shaolan, quant à lui, avait la tête baissée. Il ne répondait rien et assumait les insultes comme un coupable. La jeune fille remarqua la joue marquée de son ami d’enfance. Elle comprit en un instant que Sakura l’avait frappé et qu’il n’avait pas répliqué. C’était une nouvelle preuve de sa culpabilité. N’écoutant que son instinct, Tomoyo s’interposa, prenant sa cousine dans ses bras. Celle-ci se réfugia dans sa poitrine. Elle recherchait du réconfort dans une embrassade familière. Tomoyo foudroya du regard le guerrier.

-Shaolan Read, comment oses-tu la toucher de la sorte? Je pensais que derrière cette carapace se cachait un homme bien, un homme respectueux de l’amour que ma cousine te porte. Elle t’a attendu pendant cinq ans. Et voilà sa récompense? Tu n’es… Tu n’es… Tu n’es qu’un scélérat!

Shaolan releva la tête à ses mots. Son âme était détruite. Par cet acte immonde qu’il avait tenté, il avait annihilé toutes ses chances auprès de Sakura. Il espérait que cela suffirait pour l’éloigner définitivement de ses griffes. Il avait souri misérablement à cette destinée injuste. Ses larmes coulèrent sans qu’il cherche à les contenir. Sa voix était tremblante quand il reprit la parole.

-Oui, je ne suis qu’un scélérat! Alors qu’elle ne s’approche plus de moi.

Sur ces paroles, il les quitta.

Les filles n’étaient pas certaines de ce qui s’était passé dans ce jardin. Aucune des deux ne fit de commentaire. Elles préférèrent, d’un commun accord, regagner en silence leurs appartements et se concentrer sur le mystérieux coffret que sur le jeune homme au comportement insolite.



- Et celle-là, tu crois que ça irait ?

- Je ne sais pas. Apporte-la que j’essaie.

La noble japonaise aux cheveux de geais tendit une petite clé en argent à sa cousine. Cette dernière inséra cette clé dans le cadenas du coffre qu’elles avaient déniché la veille avec l’aide de la louve. L’objet en métal pénétra parfaitement dans le verrou. Encouragée par ce début prometteur, Sakura la tourna dans le sens des aiguilles d’une montre. Soudain, elle lâcha la clé avec surprise. Le petit objet tourna tout seul dans le sens inverse, vibra un instant puis fut éjecté brutalement du cadenas.

Les deux jeunes filles levèrent les mains en même temps dans le but de se protéger. La clé passa avec une certaine vélocité entre elles. Un bruit métallique retentit dans la chambre. Les filles constatèrent le phénomène avec ennui. Elles soupirèrent en même temps, une exaspération similaire les habitant.

-C’est encore raté !

-Je crois que ton père avait protégé ce coffre grâce à sa magie.

-Vraiment, Tomoyo? Dans ce cas il n’y a plus d’espoir. A part lui, personne ne peut ouvrir ce coffret.

-Mais tu es sa fille ! Tu possèdes la même aura ; tu devrais essayer de l’ouvrir avec tes pouvoirs.

-Je ne sais pas. C’est un sort complexe et puis je n’ai jamais été douée pour ce type de sceller…

-Tu veux savoir ce qu’il y a dans ce coffret, oui ou non ?

-Oui mais…

-Et bien essaie !!

Sakura observa sa cousine avec hésitation. Enfin, elle prit le coffret accompagnée d’une certaine assurance et ferma les yeux. Elle posa sa main droite sur le verrou. Elle se remémora les leçons données par son père. Quels étaient les mots qu’il prononçaient dans ces moments-là? Naturellement, elle murmura une incantation.

-Moi, Sakura Kinomoto, par les pouvoirs qui m’ont été conférés, je t’ordonne de…

Des coups retentirent. Un serviteur se présenta soudainement à la porte de leurs appartements. Il s’inclina, confus de les interrompre dans un instant qui semblait important aux jeunes filles. Il se serait éclipsé si les directives qu’il avait reçues n’étaient pas de si hautes importances.

-Mesdames, le seigneur Hiragisawa désire vous entretenir immédiatement d’un sujet important. Il vous attend dans la salle du conseil.

Tomoyo et Sakura échangèrent un regard. Depuis quand des femmes étaient-elles conviées à un conseil? Avait-il décidé à qui était destinée la main de la dame Kinomoto? Sakura secoua la tête en signe d’assentiment. Il était inutile de s’inquiéter sans savoir. Elle répondit calmement et avec assurance au serviteur.

-Nous arrivons.

Ce dernier prit note de la réponse et les abandonna.

Après un échange de regards entendus, les deux nobles dames décidèrent de recommencer cette tentative d’ouverture dès que l’occasion se présenterait. Pour l’heure, elles ajustèrent leur tenue et partirent assister à la réunion.

 

 

La salle du conseil n’avait jamais été aussi remplie du vivant du maître Kinomoto. Cette salle avait été bâtie plus par tradition que par nécessité. Le domaine avait toujours été tranquille jusque récemment. Parfois, le seigneur Kinomoto conviait son maître d’arme et son majordome afin de faire un point sur les réserves avant l’hiver. Le peuple de Tomoéda n’avait jamais eu à s’inquiéter de la guerre: le domùaine était suffisamment éloigné pour échapper à ses répercussions et ne suscitait pas réellement l’intérêt de conquête de la part d’éventuel envahisseur. Oui! On pouvait qualifier le domaine de Tomoéda comme tranquille où il y faisait bon vivre.

C’était malheureusement son apparent isolement qui rendait si difficile la venue d’aide extérieure.

Dans le fond, les bras croisés sur sa poitrine, Shaolan appréhendait cette réunion soudaine. Il nota les personnes présentes mentalement dans sa tête et se questionna sur la raison de leur présence. Toya, le maître d’armes, était légitime autour de cette table ainsi que lui-même pour des raisons stratégiques. Il pouvait également comprendre la présence du majordome Yukito, debout sur la gauche du siège principal, droit comme un « I », en attente des ordres donnés par Eriol. A la limite, il acceptait Yué Daidodji à cette table. Il était intelligent et pragmatique. De plus, il avait grandi une partie de son enfance en ces lieux. Il pouvait être un atout dans les discussions futures concernant le domaine. Mais que diable faisait ce bouffon de Miyuko assis à la droite du seigneur?

Shaolan serra les dents. Il savait qu’il devait jouer son rôle, celui de serviteur juste bon à écouter et non pas à participer aux discussions autour de cette table. La veille au soir, il s’était assuré de ne plus être un obstacle au bonheur de sa bien-aimée. Pourtant, il refusait que cet idiot soit le salut de Sakura. Quelque chose lui déplaisait dans cet être trop parfumé. Il n’arrivait pas à mettre le doigt dessus mais son instinct le trompait rarement.

Le maître d’arme fixait d’œil implacable son nouveau maître temporaire bien maladroit. Eriol Hiragisawa, habillé d’un nouveau kimono bleu nuit brodé d’or, se tenait sur le siège principal de l’assemblée. Il apparaissait un peu gauche mais toujours souriant naïvement. Aux yeux de guerriers aguerris, il était tout simplement pathétique. Un pantin bien apprêté pour jouer au dirigeant fortuné. Il agaçait les hommes d’action avec ce sourire insolite, perturbant, imperturbable.

Impatient, Toya osa prendre la parole en retenant du mieux qu’il put son exaspération :

-Q’attendons-nous ? Nous sommes au complet, la réunion ne peut-elle pas commencer ?

-Non, seigneur Kureno, nous attendons encore deux jeunes personnes. La réunion n’aurait aucun sens sans elles, répondit Eriol avec nonchalance.

-Elles ?

-Excusez-nous pour le retard.

Les deux jeunes déboulèrent dans la pièce la tête bien haute. Sakura ressentit un pincement au cœur en voyant où s’était installé le seigneur Hiragisawa. Il y avait encore quelques mois, cette place appartenait à son père. Cette demeure était la sienne. Elle y avait grandi. Et pourtant, elle était conviée à une réunion essentielle telle une invitée. Sakura serra les poings. Ce n’était pas le moment de faire un scandale.

Avec sa cousine, la demoiselle prit place autour de la table. Elle lissa son kimono avec grâce. Subrepticement, Sakura risqua un coup d’œil vers Shaolan qui n’avait pas bougé d’un cil. Il paraissait impassible et si froid. Avait-il honte de son comportement de la veille au soir? Elle se força à détourner le regard. Elle remarqua également le seigneur Miyuko qui lui offrit un magnifique sourire plein de sous-entendu. Elle frissonna à ce geste mais se força également à sourire en ajoutant un compliment sur sa tenue. Pour reprendre ses mots, elle était ravie de le voir à ses côtés dans de pareilles circonstances.

Une fois de plus, elle se risqua à observer du coin de l’œil son aimé. Ce dernier avait baissé les yeux, semblant soudain plongé dans ses pensées, toujours aussi glacial voire plus que d’habitude. Son cœur se serra mais son visage n’exprima pas sa douleur. C’est avec une certaine audace qu’elle s’adressa à son tuteur.

-Bien seigneur, que nous vaut cette réunion ?

-Je vous ai tous réunis à cause d’une nouvelle capitale, annonça-t-il sur un ton un peu trop théâtrale au goût de l’assemblée. J’ai enfin des informations sur la bande de voleurs qui sévit sur votre domaine, ma jeune pupille.

Tous agrandir les yeux face à cette révélation. Aucun n’émit le moindre son attendant la suite avec impatience. S’assurant de l’attention générale, Eriol afficha une mine satisfaite. Le silence était délibéré afin de ménager son effet. Son sourire s’agrandit comme si c’était possible. Son regard, quant à lui, se voila, laissant transparaître quelque chose de dangereux. Ce fut avec une extrême lenteur qu’il poursuivit ses révélations.

-Vous savez qu’à une dizaine de kilomètres d’ici, la mer nous sépare des contrées chinoises. Et bien, apprenez que ces brigands proviennent de ces contrées. Ce sont des Chinois ayant eu vent de la mort de votre père qui en ont profité pour se renflouer. De surcroît, ce ne sont pas de vulgaires brigands. Ce sont des guerriers en perdition, des déserteurs désireux de faire fortune sur le malheur de leurs voisins. Ils ont eu un entraînement militaire assez poussé. Il est vrai que la famille à qui ils appartenaient était connue pour sa bestialité et pour son approche musclée des affaires d’état.

-Arrêtez de tourner autour du pot, Seigneur, et dites-nous de qui il s’agit.

-Mon cher Kureno, je comprends votre impatience. Mais j’aimerais attirer votre attention sur les capacités de nos ennemis. Ils sont habitués à la cruauté. Le patriarche était connu pour son talent à extirper les secrets de n’importe qui par la torture. La pitié ne faisait pas partie de son vocabulaire. Nous ne devons pas prendre à la légère la présence de tels hommes sur ces terres.

-Vous en parler au passé, nota Yué.

-Effectivement! Le patriarche est mort depuis quelques années. La famille a essayé de se relever mais sans successeur digne de ce nom... ils se sont entretués.

-Venez-en au fait! Qui était donc cette famille?

-Ils appartenaient à la famille des Li !

-Des Li !! s’écria la jeune fleur.

A ce nom, Shaolan devint livide ; ses lèvres s’entrouvrirent légèrement mais il resta immuable. Dans sa tête, c’était le chaos. Il sentit le sol s’ouvrir sous ses pieds. Il espérait presque que ce ne fut pas une sensation. Ainsi, il aurait été entrainé dans les profondeurs de l’enfer et n’assisterait pas au dégoût qu’afficherait bientôt Sakura. Il n’osait pas relever la tête. Il n’osait pas affronter le regard ni de Yué qui savait tout ni de la fleur de cerisier qui allait écouter le récit de cette famille.

-Je connais ce nom, dit Sakura. Parfois, nous faisions du commerce avec eux à travers la ville portuaire située à l’ouest. Nous n’avons jamais eu de litige de leur part. Père s’en méfiait mais nos deux familles ont toujours été en paix.

-Je le sais, ma chère enfant. Comme je viens de vous l’expliquer, le clan s’est dispersé après la mort de leur seigneur. Les soldats, jusque là fidèle, en ont assez de vivre dans la misère sans maître à leur tête. Ils osent venir jusqu’ici à la recherche de fortune.

-Si jamais l’empereur apprenait un telle chose, avança Tomoyo en réfléchissant à haute voix, il pourrait déclarer la guerre à la Chine.

-Surtout qu’en ce moment, il existe des tensions entre notre nation et la leur, enchaîna immédiatement le seigneur Daidoudji.

-Je sais, c’est pourquoi je vous ai tous réunis. Je ne voudrais pas qu’un incident diplomatique survienne suite à votre ignorance. Nous allons former une troupe pour les suivre et les capturer. Nous ne pouvons nous offrir le luxe de les tuer, la situation est assez délicate comme cela.

-Et les Li ? Que disent-ils de ces agressions ? N’a-t-on pas cherché à les contacter ? Peut-être ne sont-ils pas au courant de cette vague de criminalité?

-Hélas, ma belle pupille ! Il n’existe plus réellement de clan Li avec toutes ces tueries. On pourrait même annoncer que ce clan n’existe plus désormais.

-Comment ?

Sakura appuya son dos contre le dossier de la chaise. Ses beaux sourcils froncés, elle analysait dans sa tête toutes les informations qu’elle venait de recevoir. Il fallait agir intelligemment et éviter de faire le moindre faux pas.

-Si l’empereur n’est pas au courant de la présence de ces Chinois, on n’a qu’à tous les zigouiller vite fait, bien fait. On jette leurs corps à la mer et on en parle plus. Comme ça, il n’y aura plus de souci.

Tous se tournèrent vers le seigneur Miyuko, certains atterrés d’autres amusés. Hidéki était fier de lui. Sa proposition lui semblait simple et efficace. Il n’y aurait pas de problème ni d’inquiétude pour savoir où emprisonner ces malotrus. On protégeait les terres du Japon. Dans l’éventualité où l’empereur venait à apprendre leurs actes, il était certain que ceux-ci seraient qualifiés d’héroïques pour avoir protéger le Japon d’une éventuelle invasion.

-Avec tout le respect que je vous dois, vous êtes stupi…

-Ce que veut dire le seigneur Kuréno, intervint Yué, c’est qu’il est évident, jeune seigneur que vous n’y connaissez pas grand chose en politique.

-Je ne vous suis pas.

-Je comprends votre raisonnement. Nous n’avons pas une grande armée et les hommes issus du domaine de Tomoéda sont davantage des guerriers s’aménageant une fin de carrière confortable que de jeunes gens prêts au combat. Interpeller de tels brigands au goût du sang prononcé et les garder emprisonner nous donnerait une tâche bien ardue. Cependant, croire que nos actes seraient tenus secrets seraient de la naïveté. Les rumeurs voyagent plus vite que le plus rapide coursier. Une rumeur comme, par exemple, qu’un Chinois se fait tué dès qu’il met un pied sur le sol japonais s’il n’est pas au goût des maîtres du domaine. Si cela parvenait aux oreilles de l’empereur Chinois, il serait en droit de demander des comptes à notre Soleil divin. Et que nous arriverait-il dans ce cas?

-Je n’avais pas vu les choses sous cet angle.

-D’où la raison de cette réunion, reprit Eriol.

L’inquiétude gagnait l’assemblée.

-La demoiselle Kinomoto a raison sur un point: il faudrait contacter les survivants du clan Li afin de connaître leur point de vue sur cette affaire. Quand j’ai appris les problèmes du domaine, j’ai envoyé une missive dans ce sens.

Pour la première fois depuis le début de cette réunion, Shaolan prit au sérieux les propos du seigneur Eriol. Quand avait-il appris cela? Comment avait-il été mis au courant de toute cette situation? Et quand avait-il envoyé un coursier en Chine? Savait-il déjà tout cela quand il était arrivé au domaine?

Shaolan le vit pour ce qu’il était réellement: un serpent vicieux qui cachait ses intentions derrière des faux-semblants candides. Eriol se tourna vers lui. Il lui rendit son regard. Shaolan sentit un frisson lui parcourir l’échine. Il eut un mauvais pressentiment sur la suite de la conversation.

-J’ai appris par des sources sûres que le patriarche du clan Li a été assassiné par un de ses proches, poursuivit le seigneur Hiragisawa. Cette histoire est assez floue et je n’en connais pas bien les détails. Sa mort est survenue peu après la chute mortelle de son épouse. Apparemment, elle aurait malencontreusement glissé dans les escaliers ; cet étourdissement lui aurait coûté la vie. Quant à ces quatre filles, une est morte en couche suite à sa frêle santé ; une autre est mariée à un noble des contrées éloignées de la Chine ; la cadette serait morte suite à une chute de cheval. La dernière habite toujours au château. Cet assassinat l’aurait perturbée à ce que l’on dit. Elle n’a plus toute sa tête et délire à propos d’un frère. Pourtant, tout le monde sait que le seigneur Li n’a jamais eu de fils. C’est pourquoi les cousins se sont disputés la place. Des têtes ont été tranchées. Des maladies étranges se sont déclarées.

-Arrêtez! s’écria Sakura.

Elle était tendue et pâle. Elle dévisageait Eriol avec dégoût.

-Tout ce que vous racontez est affreux. Nous n’avons pas besoin de ces détails morbides!

Eriol plissa les yeux, sondant la sincérité de la jeune femme. Elle n’était pas sa cible dans ses propos. Sa réaction n’était pas moins intéressante pour autant.

Tomoyo vit le visage de cet homme changer imperceptiblement. Elle n’était pas certaine de ce qu’elle y avait perçut. Cela avait été tellement fugace. Elle échangea un regard avec son frère. Ce dernier hocha la tête discrètement. Lui aussi avait vu quelque chose d’inquiétant.

-Vous avez raison ma pupille, assez parlé de cette famille ! Seigneur Kuréno, je vous ai fait venir, vous et le majordome, pour que vous prépariez une troupe capable d’arrêter ce fléau: vivre, matériel, armes, faites ce qu’il faut. Prévenez-moi quand tout sera prêt et le seigneur Read et moi-même vous accompagnerons dans votre expédition.

Toya se baissa ainsi que Yukito, ils posèrent leur main droite sur leur cœur et partirent sous le regard bienveillant de leur maître. Le seigneur Read, quant à lui, n’avait jamais paru aussi mal depuis son arrivée. Il était blanc comme un linge et paraissait avoir des difficultés à respirer. Il avait perdu toute sa superbe. Sans un mot, il s’enfuit par le couloir.

Inquiète, l’héritière du domaine accourut derrière lui. Elle s’insultaient intérieurement de femme stupide. Elle n’avait donc rien appris de la veille. Il ne voulait plus d’elle, pire, il l’utilisait pour assouvir ses bas instincts. Pourtant, quand elle avait vu sa détresse, elle n’avait pu passer outre. Sakura s’approcha et posa une main tremblante sur son bras. Celui-ci se dégagea avec brutalité comme si elle l’avait brûlé par ce contact. Il la regarda la peur au ventre. Il recula et s’appuya contre le mur, incapable de tenir correctement sur ses jambes.

-Shaolan…

-Tu veux vraiment avoir des ennuis.

-Shaolan, je…

-Qu’est-ce que je dois faire pour que tu comprennes?

Il se redressa et se positionna face à elle. Il essaya de l’impressionner de toute sa hauteur, lui faire peur comme la veille. Il fallait qu’elle s’enfuit loin de lui.

-Je suis un être abject, un sombre connard qui t’a utilisé il y a des années! Je ne suis pas resté inactif pendant toutes ces années. J’ai pris mon pied avec plein d’autres filles. Et je peux te dire, qu’avec le recul, tu n’étais pas le coup du siècle. Que faut-il que je fasse pour que tu me laisses en paix?

Sakura accusa ces paroles violentes avec toute la dignité dont elle était capable. A son arrivée, elle l’aurait cru sans problème, réagissant avec agressivité et virulence. Aujourd’hui, grâce à sa cousine, elle avait davantage de clairvoyance.

Elle avança d’un pas, les mains nouées devant elle. Le dos bien droit, elle leva la tête et ne détourna pas le regard.

-Alors, prononce ces mensonges sans cette douleur dans tes yeux.

Shaolan en fut sidéré. Malgré ses efforts, elle parvenait encore à lire en lui. Son visage perdit son masque. Il ne put contenir son air désolé. Sakura était si proche. Son parfum lui chatouillait les narines. Sa chaleur était à portée de bras. Il aurait pu l’enlacer sans difficulté, se perdre dans la douceur de ses caresses. Il sentait qu’elle le désirait aussi.

Les paroles de Yué lui revinrent en mémoire douloureusement. Il savait que le jour où Sakura découvrirait la vérité (un jour de plus en plus proche apparemment), elle le quitterait. Ou pire, elle subirait son déshonneur. Cette pensée suffit à le faire renoncer.

Lentement, il ferma les yeux en se reculant. Il inspira une dernière fois son parfum de fleur avant d’afficher son visage glacial.

-Au revoir, demoiselle Kinomoto.

Et Shaolan s’évapora loin d’elle…



Tomoyo prit sa cousine par les épaules et l’encouragea à poursuivre leur ouvrage de tout à l’heure. Entraînant son fardeau à sa suite, la jeune Daidoudji ne revint pas sur l’échange entre sa cousine et le loup guerrier. Elle ne l’avait pas suivie, justifiant le fait que ces deux-là avaient des choses à régler. Pourtant, sa main la démangeait de plus en plus quand elle repensait au comportement de son ami d’enfance. Shaolan méritait une belle claque, voire même plus. Elle parviendrait à trouver un moyen de faire ramper ce scélérat aux pieds de sa cousine le moment venu.

-Tout s’est bien passé quand je suis partie?

Tomoyo ne répondit pas. Elle ne voulait pas augmenter du poids sur les épaules de la fleur de cerisier en lui faisant part de ses tourments. Elle songea aux yeux d’Eriol cachés par le reflet de ses verres. Elle n’aurait su dire pourquoi, mais cet homme la troublait. Il n’était pas ce qu’il semblait être. Elle en était persuadée. Quand elle s’était approchée de son frère pour partager ses soupçons, ce dernier l’avait fait taire. Il lui avait promis un éclaircissement plus tard avant de s’en aller.

Elle-même était sur le point de retrouver Sakura quand elle avait surpris une conversation entre Eriol et Miyuki.

Le seigneur Miyuki avait voulu quitter la salle mais le tuteur l’en avait empêché.

-Attendez un moment avant de vous enfuir, j’aurais un mot à vous dire.

Le seigneur Hiragisawa avait soudain semblé menaçant et terrible. Il avait marché d’un pas sûr et calculé vers Hidéki, quelque peu inquiet par ce retournement de personnalité. Ses yeux toujours masqués par le reflet de ses lunettes, le maître avait lentement affiché un sourire carnassier. Son visage était à quelques centimètres de son interlocuteur

-J’espère que vous savez ce que vous faites mon cher Hidéki, avait-il sifflé d’un air méprisant. Si je venais à apprendre quoi que ce soit de désagréable sur votre compte, vous pourriez le regretter très chèrement. N’agissez pas à légère c’est un conseil…

Le seigneur Hiragisawa l’avait dépassé sans un regard pour son hôte. Au moment de franchir la porte, Eriol lança un regard enjoué à Tomoyo, lui souhaitant une bonne journée s’ils ne se voyaient plus avant le repas du soir. Quant à Hidéki, il était furieux. Ses yeux étaient des lames et ses poings tremblaient. Il avait compris l’avertissement et ça ne lui plaisait pas du tout.

Tomoyo chassa ses pensées de son esprit. Elle voulait résoudre un mystère à la fois. Cet homme avait beau être une énigme tentante, il n’était pas le plus important pour l’instant. Tomoyo avait plutôt envie de jouer avec le petit coffret. Pour cela, il fallait remonter le moral de sa cousine. Si elle était réellement la clé de cette serrure magique, elle devait être davantage réactive. 

-Sakura ressaisis-toi voyons ! Ce n’est qu’un homme après tout !

-Mais tu as vu comment il a réagi ! Pourquoi est-il ainsi ? Pourquoi ?

Tomoyo soupira. elle ne connaissait pas les secrets du cœur de Shaolan. Elle ignorait ses motivations à agir aussi stupidement avec l’être aimé. Cependant, le jeune homme dont elle se rappelait n’agissait jamais vraiment sans raison. Il était plus réfléchi que cela.

-Tu le sauras un jour, tu verras. Il finira par te confier ce qu’il a sur le cœur, ce n’est qu’une question de temps.

La jeune fille ne répondit pas. Son regard se voila et elle se laissa aller à la mélancolie. Son amant lui manquait. Elle voulait ardemment qu’il la touche, qu’il l’embrasse, qu’il lui dise les mots doux d’antan. D’un autre côté, elle désirait se venger de ce comportement puéril.

Elle était sur le point de verser de nouvelles larmes de frustration lorsqu’un objet métallique dansa devant ses yeux. Elle leva les yeux vers deux visages aux mines quelque peu souriantes. Tomoyo tenait le coffret et sa louve tirait la langue en haletant avec des petits yeux pleins de malices.

-T’as besoin de te changer les idées ! Et moi, je veux savoir ce qu’il y a dans ce coffre. Alors ouvre-le pour qu’on en parle plus.

Sakura sourit. Tomoyo avait le don d’apporter de la chaleur là où la glace menaçait de geler son cœur. Ragaillardie, Skuara hocha la tête en signe d’assentiment. Elle posa sa main sur le coffret. Elle se concentra sur les sensations, la perception possible de magie. La serrure vibra sous sa paume. Elle sentit également de l’électricité statique. Oui! Elle pouvait le sentir: un scellé. Il n’y avait plus de doute. Sakura recommença le rituel de tout à l’heure avec un peu plus d’entrain. Elle aussi, elle désirait savoir.

-Moi, Sakura Kinomoto, par les pouvoirs qui m’ont été conférés, je t’ordonne d’enlever les scellés et de t’ouvrir sur-le-champ.

Dans une lumière éblouissante, le coffret s’ouvrit. Aussitôt les deux jeunes filles plongèrent sur son contenu. Deux lettres étaient précieusement conservées.

-Je ne reconnais pas cette écriture mais… !? Regarde qui a signé en dessous de celle-ci.

-Nadeshiko ! Ma mère ! Cette lettre est de ma mère mais ce n’est pas son écriture !

-Et l’autre, elle provient de ton père, Fujitaka. Regarde, il a signé en bas.

-Laquelle lit-on en premier ?

-Par la plus ancienne ! C’est laquelle ?

-Celle de ma mère !

-Hé bien ! Qu’attends-tu ? Lis-la à voix haute !

Sakura hésita. C’était des lettres personnelles. Et pas de n’importe qui: de ses parents! Elle se souvenait vaguement de sa mère. Elle se remémorait une femme joyeuse, magnifique et tendre avec elle. Elle regrettait de l’avoir si peu connue. Elle connaissait chacun de ses traits grâce aux portraits que son père conservait un peu partout dans la demeure. Il était dommage que ces derniers restassent figés dans le temps. Comme son père à présent. Quelle intonation avait sa voix? Comment était son rire? Ces informations étaient perdues au sujet de sa mère et elle sentait qu’un jour ce serait le cas aussi pour son père.

Du bout des doigts, elle caressa le papier vieilli. Elle sentit les endroits où on avait appuyé avec la plume grâce aux bosses. Sakura sentit questionna sur leur état d’esprit au moment où ils avaient tous les deux posé ces mots. Une fois de plus, elle sentit questionna sur la légitimité de cette intrusion. C’était leur jardin secret à eux. Si son père avait conservé ces mots avec un sceau magique, ce n’était peut-être pas pour que sa fille un peu trop curieuse lise ces mots.

-Non, je… Je ne peux pas. Ce serait… mal.

-Pourquoi?

-Parce que… ce sont eux. Ce sont mes parents. Je…

-Écoute, j’ignore pourquoi ces lettres étaient dans ce coffret et encore moins la raison pour laquelle il l’avait scellé. Ce que je sais, c’est que mon oncle ne faisait rien sans y avoir réfléchi. Il n’y a que deux lettres. T’es parents ne se sont certainement pas envoyés qu’une seule lettre chacun durant toute leur vie. Par contre, ton père n’a caché que ces deux lettres. Et pas juste cachées, ensevelies dans un coffret scellé par magie tout au fond d’un tiroir secret. Sakura, si cela n’est pas la preuve que ces lettres sont importantes et que nous devons les lire, laisse-moi finir de te convaincre par cette simple remarque: la seule qui était capable d’ouvrir ce coffre c’était toi! Si ton père n’avait pas voulu que tu les lises, pourquoi faire de toi la seule clé?

Sakura écouta ce discours en écarquillant les yeux. Tout ce que venait de dire sa cousine était juste. Cela la rassura. Elle pouvait accéder à leur jardin sans crainte.

Les larmes aux yeux, la lèvre tremblante, le menton plissé, Sakura acquiesça au bord de l’émotion. Elle n’en revenait pas de lire des mots personnels et inédits de la part de ses parents. Elle eut la fugace impression qu’ils étaient encore en vie.

-D’accord! Je vais les lire!

 

« Mon tendre Fujitaka,

 

Je m’excuse de t’abandonner dans de telles circonstances. Mon corps est si faible et je sens la mort me gagner un peu plus à chaque instant. Je n’ai même plus la force d’écrire cette lettre. Ma servante l’écrit pour toi sous ma dictée donc ne t’étonne pas ne point reconnaître mon écriture. Elle n’est pas transformée dans notre code magique parce que la magie à quitter mon corps.

Mon amour, j’ai bien peur que c’est un corps dénué de vie qui va t’accueillir à ton retour de la capitale. C’est un mal inconnu que les médecins n’expliquent pas. Je me meurs néanmoins la tristesse n’envahit pas mon cœur. J’ai eu la chance de te rencontrer mon Fujitaka et de te donner deux beaux enfants. »

 

-Deux ? C’est impossible je suis fille unique !

-Arrête de chicaner et reprends la lecture !

 

« Mon seul et unique regret c’est de ne pouvoir voir grandir mes enfants. Notre bébé, comme tu le sais, nous a été arraché alors que nous vivions à la capitale. Je ne crois pas à sa mort supposée. Je sais qu’il est toujours vivant quelque part. Les samouraïs qui ont retrouvé les kidnappeurs affirment n’avoir pas vu de corps d’enfant. Il n’avait que deux ans à l’époque. Comment des brutes ont-ils pu nous le prendre ?

Cependant, il me plaît de croire que les kidnappeurs se sont réellement trompés de carriole dans leur précipitation et que des gens bienveillants ont recueilli notre enfant. Je souhaite qu’un jour tu le retrouves et que tu lui donnes tout cet amour que tu gardes au fond de ton cœur.

J’ai été heureuse, par la suite, de te suivre dans ce merveilleux domaine où j’ai pu te faire cadeau d’une magnifique petite fille. Lorsque je la vois sourire, je te vois mon bien-aimé. Elle n’a que trois ans et déjà j’aperçois la merveilleuse dame qu’elle sera. J’aimerais tant voir la jeune fille qu’elle deviendra bientôt.

Mon amour, je sais que je vais te faire de la peine mais sois fort, pour Sakura. Je te promets que des cieux je veillerais sur vous deux. Je ne cesserais jamais de penser à toi. Tu as été, tu es et tu seras ma seule raison d’exister dans ce monde et les autres à travers le temps.

Je t’aime, Fujitaka.

A jamais dans mon cœur tu resteras.

Nadeshiko. »

 

Les deux jeunes filles restèrent médusées un instant, enregistrant et assimilant petit à petit ces nouvelles révélations émouvantes. Tout doucement, des larmes vinrent perler le long de la joue de la fleur de cerisier. La louve s’approcha et, dans un geste tendre, lécha affectueusement ces petites perles. La jeune maîtresse prit l’animal dans ses bras et caressa son pelage soyeux.

-Tu te rends compte ? Tu as un frère !

Sakura se redressa. Elle renifla sans grâce, essayant d’essuyer sa vive émotion de son visage. Elle inspira puis souffla, cherchant à redevenir maîtresse d’elle-même.

-Ou une sœur ! Ce n’est pas précisé dans la lettre, réussit-elle à marmonner.

-Il faut lire la lettre de ton père ! Peut-être a-t-il des renseignements sur ton frère ou ta sœur.

-Tomoyo, tu ne comprends pas. Mon père ne m’a rien dit. Il n’a jamais eu confiance en moi. D’abord j’apprends qu’il m’avait fiancée à Shaolan et maintenant que j’ai un frère ou une sœur. Mon père m’a toujours menti. Peut-être ne m’aimait-il pas en fin de compte.

-Qu’avances-tu là ? Il t’aimait, c’est certain. Peut-être ne voulait-il pas te causer le moindre chagrin ou bien il avait lui-même trop de chagrin pour t’en parler. Tu es la maîtresse de ces lieux à présent, tu te dois de savoir ce que tes parents n’ont jamais su.

-Non ! Je ne suis pas l’héritière de mon père. J’ai un aîné ! C’est à lui que revient ce domaine. Je ne suis même plus chez moi.

-Peut-être est-il mort comme beaucoup le supposent. Si tu lisais la lettre de ton père tu sauras sûrement…

-NON ! Je ne veux pas savoir. J’en ai assez de découvrir tous ces secrets de cette façon. J’étais si heureuse. Pourquoi mon père m’a-t-il laissée ainsi s’il m’aimait ? Pourquoi tout cela ?

Fondant en larmes, elle repoussa violemment la bête et s’enfuit en courant de sa chambre. La louve couina sous le geste mais entreprit tout de même suivre la jeune fille.

La maîtresse de l’animal fixa tristement la porte. Elle savait la tristesse de son amie. Elle comprenait sa détresse et ce sentiment d’avoir été trahie. N’aurait-elle pas réagi de la même façon si on l’avait privée de son frère, Yué ? De plus, c’étaient ses propres parents qui l’avaient trompée.

Elle regarda la lettre qu’elle avait serrée contre sa poitrine. Elle était toute chiffonnée à présent. La précédente missive l’avait extrêmement émue et la jeune fille avait dû faire un effort surhumain pour ne pas pleurer avec sa parente.

Délicatement, lentement, elle lissa la lettre afin de la lire. Lorsqu’elle posa les yeux sur les mots, elle s’étonna à moitié de voir véritablement danser les lettres devant elle. Fujitaka, au contraire de son épouse, avait eu le temps de la sceller selon leur code magique. Seule Sakura pouvait défaire ce sort.

La belle brune soupira et leva la tête au ciel.

-Où peut-elle être ?

 

 

-Voilà les noms des hommes que j’espère emmener avec moi en mission, Seigneur.

Le maître d’arme Toya s’agenouilla respectueusement et donna un parchemin roulé au seigneur Hiragisawa.

-Merci, maître d’arme. Remettez ce parchemin à mon vassal, le seigneur Read. Nous n’avons plus le temps de partir aujourd’hui. Dans quelques heures, il fera nuit. Dites à vos hommes de se tenir prêt pour demain matin, nous partirons peu avant l’aube pour être sûr de consacrer cette journée aux recherches.

-Bien Seigneur.

Toya remit le document au jeune loup. Shaolan avait l’air plus misérable que jamais. Le jeune homme sûr de lui avait disparu. Il semblait fatigué et malade. Toya leva simplement un sourcil interrogatif, tout en sachant qu’il n’aurait aucune réponse à sa question muette. Effectivement, Shaolan, le regard courroucé, le mettait au défi de réclamer davantage d’explications. Levant les épaules, le maître d’arme avait mieux à faire que de s’inquiéter des états d’âme d’un jeune prétentieux indigne de sa dame.

Il salua les deux hommes et partit prévenir ses hommes. Tous préparèrent immédiatement leur équipement et allèrent dormir tôt afin d’être en forme pour la longue journée de demain.

Le maître d’arme s’installa dans ses appartements finir les derniers préparatifs. Il fut toutefois interrompu par des coups à la porte. Cette dernière s’ouvrit sur un Yukito quelque peu en colère. Toya fut étonné par cet aspect de son ami. Il resta coi à la porte, indécis sur sa propre réaction. Il décida de rester calme.

-Que veux-tu, majordome?

-Par moment je me demande si je le suis vraiment, le majordome de cette maison !

Surpris par de tel propos, le maître le fit prestement entrer et le fit s’asseoir sur un coussin.

-Dis-moi, qu’as-tu ?

-Et vous, qu’avez-vous ? Pourquoi avez-vous tout préparé sans m’en avertir ? Je suis le majordome oui ou non ? Si oui, je dois apprendre à réagir en temps de crise. Cela signifie également préparer la demeure à une éventuelle attaque. J’ai eu des bases de combat également.

-Ecoute cette mission est dangereuse et…

-Je sais qu’elle est dangereuse, c’est pour cela que je désire y participer à ma façon.

Yukito se releva brutalement, les poings serrés. Toya l’imita.

-Je refuse de vous laissez gérer tout seul. Je refuse que vous risquiez votre vie sans m’assurer au préalable que vous possédez le stricte nécessaire à votre survie. Je veux être là pour TE protéger.

Yukito s’arrêta brusquement sentant qu’il en avait trop dit. Il mit vivement ses mains sur sa bouche. Toya sembla soudain triste.

-Je ne peux accepter que tu t’inquiètes inutilement pour moi. Je voulais simplement t’éviter un surplus de travail. Tu es bien trop précieux à mes yeux.

-Comment ? Arrêtez avec vos simagrées. Je ne suis rien du tout et vous le savez. Je suis un enfant du peuple, un paysan qui a un jour tenter sa chance au château. Je suis né dans la boue et le riz, je…

Toya le fit taire en le prenant brusquement dans ses bras. Il serra son ami fort contre lui en lui caressant affectueusement le dos afin de le calmer. Il détestait le voir comme ça. Un Yukito joyeux, souriant, mordant à pleines dents dans la vie. Voilà l’homme qu’il appelait son ami et il désirait plus que tout protéger cet aspect chez lui. Rappeler aussi brusquement ces origines était une insulte à la personne qu’il était devenu et ce qu’il accomplissait chaque jour au sein du domaine. Il s’assurait du bien-être de chacun avec toujours la même bienveillance. Il était juste et bon dans ses choix. Non, savoir d’où il provenait importait peu à ses yeux. Par contre, aux siens…

Yukito pouvait sentir le souffle chaud contre son cou et cette étreinte lui fit énormément de bien. Emporté par cette vague de bien-être et cette félicité, il entoura lui aussi Toya de ses bras. Ses joues étaient en feu. Il appréciait ce moment et n’en croyait pas sa chance.

Après un long moment, les deux hommes s’écartèrent quelque peu. Toya sentit une boule monter dans sa gorge. C’était le moment qu’il avait attendu depuis si longtemps. Il devait tout lui avouer maintenant, tout.

-Yukito, tu es…

 

 

La dame Daidoudji monta silencieusement la colline. Elle sentait la fraîcheur du soir s’installer et ne put réprimander un frisson. Elle vit au sommet la sépulture de l’ancien maître des lieux ainsi que deux petites ombres à ses pieds. Courageusement elle marcha jusqu’à eux.

Sans un mot, elle resta debout à côté de sa belle louve qui avait posé affectueusement sa tête sur les genoux de la fleur. Aucune des deux n’osa parler pendant de très longs instants. Toutes deux fixaient avec chacune un sentiment différent la tombe de Fujitaka Kinomoto.

Sakura était plongée dans ses pensées. Elle ne savait plus qui elle était et ce qu’elle devait faire. Pour la première fois de sa vie, elle doutait de son existence. Peut-être qu’elle n’aurait jamais dû venir au monde. Si son parent n’avait pas été enlevé, elle ne serait jamais venue au monde.

Tomoyo scruta sa cousine. Elle remarqua les gouttes salées rouler discrètement sur ses joues rosies. Sa bouche faisait une petite moue contrariée. Même dans la douleur, Sakura était belle. Tomoyo s’agenouilla et enlaça les épaules de son amie. Elle posa sa tête contre la sienne. Quand elle prit la parole, elle chuchota plus que parler afin de ne pas briser la quiétude du lieu.

-Il t’aimait ma petite Sakura. Il a été maladroit, extrêmement même, je te l’accorde, mais il n’a jamais cessé de t’aimer. Ce n’est pas lui qui a décidé de partir. D’après mon frère, il aurait été assassiné.

Sakura s’écarta. Elle confronta sa cousine, n’osant croire ses derniers mots. Cette vérité lui enserra le cœur et l’âme. Son père n’était pas parti. Quelqu’un le lui avait pris. On lui avait volé son bonheur.

-Assassiné ? répéta-t-elle incrédule.

-Réfléchis ! Mon oncle a toujours eu une excellente santé et il aurait été emporté par une maladie mystérieuse. Non, mon frère pense qu’il a été empoisonné. Il a lu les rapports des médecins avant de venir ici. C’est pour cela que nous avons été contraint de repartir si tôt après l’enterrement. Je ne le voulait pas. Je voulais rester avec toi. Mais, il avait besoin de quelqu’un pour l’aider à dénicher les informations qui lui manquaient. Il prétend que ces symptômes sont récurrents d’un poison mortel et pratiquement indétectable.

-Mais comment ? Et pourquoi ?

-Tu veux savoir ? Peut-être que ses derniers mots t’aideront. Cette lettre est datée de quelques mois seulement.

Tomoyo agita le bout de papier sous les yeux de Sakura. Essuyant ses larmes de sa manche, cette dernière se redressa. Elle prit le bout de papier en main et, le serrant contre son cœur, regarda avec angoisse sa cousine. Celle-ci sourit amicalement et lui frotta le bras avec compassion.

Du bout des doigts, la jeune fille sentit des traces de magie. Les lettres sur le papier se mouvaient rendant impossible toute lecture. Sakura sut ce qu’elle devait faire. Elle se concentra jusqu’à ressentir cette petite vibration familière.

-Je t’ordonne, moi, Sakura Kinomoto, par le sang qui me lie à ton ancien maître, de te révéler à moi.

Les lettres cessèrent de danser pour reprendre leur place dans cette écriture cursive. Aussitôt, Sakura lut à voix haute la dernière missive de son père.

 

« Ma tendre et douce Nadeshiko,

 

Ton visage me manque tant. J’aimerais le contempler chaque jour et me repaître sans cesse de tes lèvres si douces. Ta disparition m’a beaucoup fait souffrir. Si j’ai pu vivre si sereinement jusqu’à aujourd’hui depuis ta mort, c’est grâce à notre fille. Grâce à elle, je peux continuer à m’émerveiller devant tes magnifiques yeux émeraude. Elle m’a redonné goût à la vie par sa bonne humeur et sa curiosité de ce monde nouveau pour elle.

Tu n’es plus là, pourtant je t’écris tous les jours. J’ai l’impression de t’avoir à mes côtés. Parfois, j’ai la sensation de te sentir penchée au-dessus de mon épaule et riant de mes écrits. J’hésite à brûler cette lettre comme je le faisais de coutume. Je sais que la tradition est de l’offrir au feu afin que nos défunts puisse la lire dans l’au-delà. Cependant, j’ai la conviction que celle-ci je dois la conserver quelque part, pour notre fille, pour l’aider à survivre à ce qu’il va suivre.

As-tu remarqué que j’utilisais le passé ? Oui mon aimée, je vais mal ; je dirais même que je me meurs. Cela me réjouis malgré tout car je sais que je vais bientôt te rejoindre. Enfin, après toutes ces années, nous serons réunis pour l’éternité.

J’ai de très bonnes nouvelles pour toi, ma chérie. J’ai retrouvé notre fils ! Ta dernière lettre m’a fait réfléchir et j’ai engagé des serviteurs sur cette piste. Il a été élevé par une famille de paysan. En réalité, les kidnappeurs, dans la confusion de leur fuite, avaient caché le petit dans une carriole. Lorsqu’ils ont voulu prendre cette carriole ils ignoraient s’être trompés, aussi, le petit fut emporté inconscient vers la chaumière de paysans. Ne sachant pas qui il était et comment il tait arrivé là, ces gens l’ont élevé comme leur fils.

Le hasard avait voulu qu’il fusse si proche de nous alors que nous n’en avions aucune idée. Il est entré à mon service il y a quelques temps déjà. Son visage m’avait paru familier. Alors, j’ai fait appel aux mêmes serviteurs sûrs afin de vérifier mes soupçons. Et c’est bien lui. Quand je l’ai appris, mon cœur fut enfin complet. J’ai pensé à toi et à ton bonheur de nous savoir enfin réunis.

Hélas, le mal m’a frappé avant que je puisse lui confier ce secret. Je ne l’ai pas encore vu mais j’ai confié ma découverte à une personne sûre. J’hésite à le faire. Dois-je vraiment lui offrir un père qu’il va perdre dans peu de temps? Je déteste l’idée de lui causer un tel chagrin. J’espère tenir assez longtemps pour rédiger un testament qui le protégera.

Toutefois, j’ai aussi une très mauvaise nouvelle. J’ai bien peur que ma maladie ne soit pas un hasard du destin. Je crois être sujet à un empoisonnement. Je m’inquiète pour ma petite Sakura. Si des gens sont assez fous pour s’attaquer à un parent de l’empereur, Dieu seul sait ce qui seront capables de faire à ma petite fille chérie.

Je souhaite que Shaolan revienne à temps pour la secourir. Je sais que tu vois tout de là-haut mais ne le juge pas trop sévèrement. Il est vrai qu’il a commis un acte impardonnable. J’ai eu l’occasion de le voir à la cour de l’empereur peu après la missive refusant les fiançailles. Il s’est excusé pour les insultes parce que c’était la seule solution pour écarter Sakura de lui. C’est un brave garçon mais il souffre énormément à cause de ses origines. Il n’a pas à avoir honte de ce qu’il a fait. C’était humain. Je suis sûr que ma petite fille pourra le rendre heureux. Ils s’aiment tant ces enfants.

Ma douce Nadeshiko, toi qui veilles sur notre Sakura, je t’en prie, fais que mes vœux soient exaucés. J’aime tant nos enfants, j’aimerais qu’il leur arrive tout le bonheur du monde. Je sais que je ne devrais pas t’adresser cette lettre mais qu’elle devrait être pour Sakura. Je l’aime trop, je refuse de la voir pleurer. Elle est tellement plus belle quand elle sourit.

De plus, je suis sûr qu’avec Sakura, tout ira bien.

Nadeshiko, attends-moi et ne me juge pas trop sévèrement, je t’en prie. Je n’ai jamais cessé de t’aimer. Je ferme les yeux et déjà je te vois me sourire si gaiement, me prendre dans tes bras et m’accorder ton pardon.

Je t’aime ma chérie, à jamais et pour l’éternité.

Ton Fujitaka »


 

Les mains féminines s’étaient crispées au fil de la lecture. A présent, elles chiffonnaient carrément le papier. Sakura releva la tête vers sa cousine. Elle lut la même émotion vive qui étreignait sa gorge. Elles étaient incapables de parler. Les deux jeunes filles ne purent retenir leurs larmes et s’effondrèrent sur la tombe.

 

 

Toya s’écarte légèrement de son ami. Il leva sa main droite et caressa sa joue. Il sentit les picots d’une barbe naissante de fin de journée. Ce côté rêche l’amusa et du pouce il joua davantage avec la peau. Il hésitait à se confier. Il hésitait à dévoiler son secret à son ami. Une fois que cela serait fait, tout changerait entre eux. Aurait-il encore l’occasion d’être aussi familier avec lui.

-Yukito, tu es… Tu es un enfant trouvé. Sur le lit de mort de mon vieux maître, Fujitaka Kinomoto, j’ai appris que tu étais son fils et que tu avais été enlevé. Quand tu es entré à son service, il t’avait tout de suite reconnu. Il n’avait pas osé aborder ce sujet avec toi de peur de se tromper. Après une enquête, il avait su que ses doutes étaient fondé. Il t’avait enfin retrouvé mais n’a pas vécu assez longtemps pour te le dire en personne. Dire que durant toutes ces années, tu avais été si près de lui mais que vous ignoriez qui vous étiez l’un pour l’autre. Sakura et moi allions jouer dans ton village lorsque nous étions petits mais jamais maître Kinomoto ne prenait ce chemin. Tu es un noble et mon seigneur et maître.

Yukito resta sans voix devant une telle révélation. Il ne pouvait le croire. C’est vrai qu’il avait une légère ressemblance avec l’ancien maître. Sakura lui avait souvent dit qu’il lui faisait penser à son père mais de là à être son fils.

Toya plongea son regard dans celui troublé de son ami. Il n’avait pas fini, il devait tout lui dire. Il le serra plus fort contre lui et crispa ses doigts.

-Mais surtout, tu es la personne la plus importante à mes yeux. Tu es celui qui règne sur mon cœur.

Finissant sa phrase, il l’embrassa.


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