Shinigamis et Shinas, la nouvelle histoire

Chapitre 29 : Le clan de la mère de Roka - Zenzo face aux démons

6628 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 25/08/2026 14:43

Je visite l’intérieur de mon âme.

Je retrouve avec délice la caresse voluptueuse d’un soleil d’été. Je marche dans un désert de sable, mes pieds nus s’enfoncent dans le parterre brûlant. Je flotte dans un bain de chaleur, mais je ne transpire pas ; je ne fais qu’un avec l’air.

La voix de la Grande Prêtresse s’est éteinte. Subsiste l’écho lointain de la voix de Rukia, qui m’appelle vers l’est. Mais pas tout de suite. J’ai une dernière chose à faire, ici. Mais je ne sais comment me repérer. J’ai besoin de mes guides. Mes dragons.

Je les appelle, yeux mi-clos. Je les invoque, de toute mon âme. Je forme leur image devant moi. Leurs yeux, leurs écailles, leur grâce et leur fierté. Les voilà, silencieux, comme deux ombres devant moi.

Ils me regardent, m’interrogent de leurs yeux jaunes. Je dois leur faire comprendre, leur faire sentir ce que je cherche. Celui que je cherche. Je projette mes souvenirs devant moi. Son torse nu, la peinture sur son corps. Le vampire.

Les dragons s’agitent. Ils m’ont compris. Ils m’invitent à les suivre.

Nous traversons mon âme comme des oiseaux migrateurs. Survolant les terres colorées, les mers, les forêts. Puis à nouveau le désert. Blanc. Une étendue aride, sèche, arrondie comme un sein.

Les dragons s’écartent devant moi. Ils m’ont ouvert le passage. Au loin, je vois sa silhouette. Assis sur le sol, les mains plongées dans le sable, je connais son nom. Il me vient à l’esprit, soudain. Taos. Il est celui qui me relie à mes ancêtres.

Je m’approche, je laisse les dragons derrière moi. Il faut que je lui parle, cette fois-ci.

Il lève les yeux vers moi.

-Prince Roka.

Je lui réponds. Il m’entend.

-J’ai suivi la voix des dragons jusqu’à toi. Nous devons parler.

-Alors tu entends parler les dragons ? Si tu es celui que je crois, oui, nous aurons beaucoup à nous dire.

-Je suis le prince Roka, fils de Sei.

-Tais-toi. Je devrai te reconnaître comme tel, Roka, tu ne peux te réclamer Ventrue par la parole. Seuls les actes recommandent les hommes.

Je comprends le sens de ses paroles. Elles symbolisent tout à la fois la fierté et l’humilité de ce peuple.

-Je veux bien être jugé sur mes actes, Taos. Mais nous devons d’abord parler de la guerre qui se prépare.

-J’ai envoyé mon clan pour empêcher Kalgox ne continuer ses méfaits.

-Je comprends. Mais vous devez arrêter, Taos. Cette guerre doit s’arrêter.

-Il n’est pas en mon pouvoir de l’arrêter.

-Il est en ton pouvoir de ne pas y prendre part.

-Est-ce que tu me le demandes, Roka ?

-Oui. Le monde est engorgée du sang des hommes. Il faut que cela cesse.

-Comment peux-tu connaître les voeux du monde ?

-J’entends couler ses larmes.

Le Ventrue se relève.

-Celui qui dit entendre la voix des Yokai et celle du monde est le plus grand des hommes ou le plus grand des menteurs. Je ferai ce que décidera le clan.

-Le monde pleure si fort, Taos, qu’il faut être sourd pour le pas l’entendre.

Je sais qu’il est inutile d’insister. Le Ventrue n’en écoutera pas davantage. Je dois respecter son choix, et attendre. Espérer.

-Que le monde nous protège, Taos.

Je me lève, je le salue et je m’en vais. Je devine ses yeux qui me regardent partir.

Je ne pourrai connaître sa réponse. Elle ne m’appartient pas. J’ai fait ce que je pouvais faire, ici.


Le soir du troisième jour, l’armée mené par Zenzo arriva au sommet de la colline des Cendres, où l’attendaient deux éclaireurs. Il était encore tôt mais la nuit commençait déjà à tomber. Elle s’annonçait glaciale, cédant sous quelques flocons de neige menaçants. La lune apparaissait, blafarde, au-delà des feuillus.

Plus bas, enfouies dans la vallée, on devinait à la lueur de flammes lointaines les troupes immobiles de Kalgox. Elles avaient établi un campement au bord d’une rivière, et installé plusieurs postes de défense alentour. Depuis ces hauteurs, le spectacle était étonnant. Les derniers hommes de Kalgox faisaient peine à voir, traqués jusque dans cette triste retraite, abandonnés, prêts à livrer le dernier combat. On les voyait déambuler lentement au milieu des torches plantées dans le sol, comme des fourmis désorganisées.

-Ils sont à découvert, mais ils s’attendent à être attaqués, affirma Enako Kichizo le bras droit de Zenzo en s’approchant de lui.

-Oui. Cela prouve que Kalgox est au plus mal... Ils sont bloqués ici depuis quelques jours. Kalgox ne doit plus pouvoir marcher depuis son combat avec la Grande Prêtresse. Ils ont eu le temps d’installer ces postes de défenses et sans doute quelques pièges. Mais ils ne se cachent même pas.

-Méfions-nous quand même. Kalgox a eu tout le temps de dépêcher des messagers chercher du renfort. Et pas seulement des démons guérisseurs dont il a sans doute grand besoin.

-Alors, il ne faut pas perdre de temps, répliqua Zenzo. Il faut attaquer tout de suite. Combien sont-ils, à ton avis ?

Kichizo hésita et posa un regard circulaire sur la vallée.

-J’en compte un petit millier, Zenzo. Il faut ajouter à cela ceux qui ne sont pas visibles, et ceux qui peuvent arriver à tout moment. Je dirais qu’il faut s’attendre au minimum à mille trois cents hommes.

-C’est beaucoup plus que nous, dit Zenzo en fronçant les sourcils.

-Certes, mais ils ont sans doute beaucoup de blessés. Nous avons l’avantage de la surprise, et nos hommes sont en bien meilleure forme.

-Pour la surprise, rien n’est moins sûr. Ils ont peut-être des vigiles qui nous ont vus arriver.

-Je crois, Zenzo, que nous devrions attendre le milieu de la nuit pour attaquer. Ils sont fatigués, la plupart vont s’endormir.

Zenzo réfléchit.

-La rivière nous enlève un flanc pour les prendre à revers. Mais nous devons tout de même attaquer de deux endroits différents. Au moins. Nous devons mettre le feu aux postes de défense et attaquer rapidement avant qu’ils n’aient le temps de s’organiser. Kichizo, prend une heure avec les capitaines Shinigamis pour bien préparer l’attaque. Ensuite, nous irons nous mettre en place. Il y a encore une chance que les Ventrue nous rejoignent. Ils sont peut-être déjà là, cachés dans la forêt. Envoie des éclaireurs fouiller les environs pour voir si les vampires ont finalement décidé de nous prêter main-forte.

-Tu crois qu’ils nous auraient suivis ?

-Je ne sais pas. Leur chef a dit à la Grande Prêtresse que s’ils venaient, ce serait de leur côté. Il y a encore une chance, je l’espère. Allons, Kichizo, ne perdons plus un instant. Plus nous frapperons vite, plus grandes seront nos chances de défaire Kalgox.

-A tes ordres.


Le viel homme passa le premier la porte de la maisonnette, puis ce fut au tour de Taro. L’albinos comprit qu’il avait été reconnu. L’histoire de Roka avait visiblement fait le tour des mondes et, visiblement, on connaissait même Taro Sue, son bras droit qui le suivait partout.

La première question que lui posa l’ouvreur une fois à l’intérieur confirma ses doutes :

-Nous sommes heureux de te recevoir, Taro. Vous n’êtes que tous les deux ?

-Oui. Je suis venu seul, et ce vieil homme a bien voulu me guider jusqu’ici.

Le vieil homme acquiesça.

-Ce jeune homme a besoin d’être guidé, railla-t-il en se dirigeant vers la porte. Mais moi, je dois rentrer chez moi, maintenant. Quant à toi, Taro, je te souhaite bonne chance...

L’albinos salua la vieil homme et le regarda quitter la maisonnette en secouant la tête.

-Nous sommes heureux de t’accueillir dans notre maisonnette.

-Merci. Et moi, je suis heureux d’être parmi vous. Crois-tu que je pourrais voir le maître des lieux ? demanda-t-il ensuite en enlevant son manteau.

-Je ne peux te le garantir, il est très occupé. Mais tu peux toujours aller frapper à la porte de son bureau et voir s’il veut bien te recevoir. Regarde, c’est là-bas, juste après l’escalier.

-Merci. J’y vais de ce pas, si tu le permets.

-entendu, répondit l’ouvreur, un peu déçu.

Il aurait sans doute aimé parler davantage avec Taro.

Taro se dirigea sans plus attendre vers le bureau du maître des lieux. Il avait encore un mémoire l’image de cette charrette remplie de cadavres, défilant dans les rues de Shimandal. Le temps pressait. Il frappa trois fois à la porte, puis une voix grave l’invita à entrer. Il ouvrit et salua le maître, qui était debout devant une planche à tracer, une loupe à la main.

-Bonjour.

-Bonjour, maître, répondit Taro en s’inclinant.

L’homme, d’une quarantaine d’années, était bien en chair, il avait les épaules basses et le ventre dodu. Les cheveux grisonnants, il avait un visage souriant et des yeux qui braillaient de sympathie.

-Tu es nouveau ici, je n’ai jamais vu ton visage. Qui es-tu ?

-Taro Sue, et je suis venu pour devenir maître.

Le maître de la maisonnette des jeunes Shinas fronça les sourcils.

-Je ne connais pas ton visage, mais je connais ton nom, Shinas ! Es-tu celui dont tout le monde parle et qui fait la route avec le prince Roka ?

-Oui, c’est moi, mais nos routes se sont séparées, pour le moment.

-Tiens donc ! Et pourquoi ?

Taro hésita. Il était assez embarrassé d’avouer pourquoi il avait accepté de venir à Shimandal, n’étant pas lui-même à l’origine de cette décision.

-Eh bien, le prince Roka m’a conseillé de finir ma formation... Il voulait absolument que je vienne ici. Je pense, moi, que cela peut attendre et que je la finirai quand il le faudra. Mais il a beaucoup insisté...

-Et il a su te convaincre ?

-Oui, avoua Taro. Quoique maintenant, je le regrette un peu. Je n’aime pas le savoir seul là où il est. Mon prince à besoin de moi.

Le maître sourit.

-Allons, à ce que j’ai entendu dire, il n’est pas vraiment seul ! Tu n’as rien à regrettter ! Et puis, le prince Roka n’a peut-être pas tort : si ce que l’on dit de toi est vrai, il y a déjà longtemps que tu as fait tes preuves comme Shinas, il est temps sans doute que tu passes Maître.

-Je n’ai même pas fait de combat, répliqua humblement Taro.

-Vraiment ? Eh ! Sans parler de l’évasion d’Erèbe qui relevait déjà un certain art de la fuite, ne crois-tu pas que ce que le prince Roka et toi avez fait pour sauver les Yokai était une bataille inégalée ?

Taro sourit.

-Peut-être, mais c’est maître que je veux devenir...

Le maître posa la loupe sur sa planche et alla s’asseoir à son bureau. Il fit signe à Taro de prendre place sur une chaise en face de lui.

-Ah ! Allons ce n’est pas à toi de juger si tu as fini ou non ta formation. Les maîtres en décideront. Et s’ils t’en jugent digne, ce qui n’est pas tout à fait certain, tout le monde ne pense pas comme moi, ici, tu recevras les Honneurs et seras nommé Maître.

-Maître, je me plierai au choix de la maisonnette.

-Mais je l’espère bien, Taro, je l’espère bien ! Bon. Voilà pur ce qui est des paroles officielles, jeune homme. Maintenant, parlons de Shinas à Shinas. J’ai plusieurs questions à te poser...

-Je t’écoute, maître.

-Je m’appelle Kazuke Baisoshi, tu peux m’appeler par mon prénom.

Taro hocha la tête. Il avait rarement vu un Maître aussi avenant. C’était aussi sans doute l’un des plus jeunes qu’il avait vus.

-Pourquoi penses-tu que le prince Roka veut que tu deviennes maître ?

Taro hésita. Il se demandait si sa réponse pouvait influencer le choix du maître. Et si c’était le cas, que devait-il répondre ? Mais devait-il penser ainsi ? Un jeune Shinas pouvait-il formuler ses réponses en fonction de ce qu’il attendait de son interlocuteur ? Non. Il avait juré de ne jamais mentir. Il décida de répondre avec sincérité :

-Le prince Roka va avoir besoin d’aide. Il veut réunir derrière lui le plus de monde possible. Des hommes et des femmes désireux de se battre pour la liberté. Il veut sans doute que je me charge de convaincre les Jeunes Shinas de se joindre à son mouvement ; et il pense que cela me sera plus facile si je suis Maître.

Le maître hocha rapidement la tête, comme si c’était précisément la réponse qu’il avait imaginée.

-Soit. Tu parles d’un mouvement... mais cela ressemble plus à une armée.

-Au sens où il y a un combat à mener, oui. Mais ce sera une armée sans armes, et qui ne fera pas la guerre.

-Pourtant, de nombreux Jeunes Shinas ont pris les armes et sont morts pour défendre le prince Roka...

Taro acquiesça. Il ne s’en souvenait que trop bien.

-Oui. Et j’espère sincèrement que cela n’arrivera plus. Le prince Roka dit qu’à présent nous devons trouver une troisième voie. Un autre moyen que les armes et la mort pour résoudre les conflits. Je crois que nous pouvons y arriver. Si nous nous y mettons tous.

Le maître parut sceptique. Taro reprit la parole, comme pour le convaincre :

-Plutôt que de tuer Mizuchi, qui était son plus grand ennemi, le prince Roka lui a laissé la vie sauve, et l’a invité à chercher avec lui cette troisième voie... Je crois que c’était un premier pas important.

-C’est généreux de sa part, mais un peu optimiste, tu ne crois pas ?

Taro haussa les épaules.

-Il faut bien que quelqu’un, un jour, essaie une autre voie. Même les plus grands pacifistes disent qu’il y a un stade à partir duquel le droit de se défendre justifie qu’on prenne les armes, et du coup, personne n’envisage autrement la résolution des conflits. Le «dernier recours» est toujours l’excuse de la violence. Le prince Roka juge que ce n’est pas acceptable. Et je commence à penser comme lui. Ce n’est optimiste que parce que nous ne sommes pas encore assez nombreux à le croire...

Le maître soupira. Il ne paraissait pas entièrement convaincu.

-Et cette épidémie, qui tue tant d’hommes ? Savez-vous ce que c’est, et comment l’arrêter ?

Taro avala sa salive. Les gens attendaient tant du prince Roka ! Ils attendaient plus de lui, même, que de la Grande Prêtresse.

-Non. Le prince Roka pense que tout est lié.

-Je vois. Je suis désolé, Taro, mais tu n’es pas très convaincant. On dirait que vous ne savez pas vraiment où vous allez.

-Nous n’en savions pas plus, Kazuke, quand nous avons guidé les Yokai vers les portes menant au monde de Wapix. Mais il fallait bien que quelqu’un le fasse, et ils nous ont suivis.

-Aveuglément ? C’est cela que tu conseilles aux Jeunes Shinas ? Suivre aveuglément le prince Roka, sans se poser de questions ?

-Est-il aveugle celui qui reconnaît les hommes de bonne volonté ?

-Mais la bonne volonté du prince Roka suffira-t-elle à sauver les hommes ? répliqua le maître.

-Celle du prince Roka tout seul, probablement pas. Mais il n’est plus seul.

-Alors souhaitons qu’il ne nous entraîne pas tous dans sa chute. Ne te méprends pas, Taro, je ne suis pas hostile au prince. Loin de là. Je suis peut-être même, ici, celui qui croit le plus en lui. Mais un jeune Shinas a pour devoir de ne jamais rien accepter sans raisonner. Tout est dans le trait, Taro. Celui que dessine le prince Roka doit être juste et parfait.

-Y a-t-il toujours une planche sur laquelle on dessine ses plans ? Peut-on toujours tracer sa vie à l’avance, maître ? Je crois, moi, qu’il faut parfois se lancer dans l’inconnu et faire confiance à son entendement. N’est-ce pas dans ces moments que la main devient esprit ?

-Peut-être, reconnut Kazuke en souriant. C’est peut-être même l’achèvement de la maîtrise... Cette fameuse perfection vers laquelle nous courons tous. Nul ne serait maître parfait qui ne saurait créer parfaitement sans tracer, c’est cela ?

-La perfection n’existe pas, maître.

Le maître acquiesça. Le pragmatisme de Taro le rassurait un peu.

-Alors comptons sur la chance.

-Ou sur la force de nos additions, proposa Taro.

-Nous verrons. Je souhaite sincèrement que les Jeunes Shinas vous suivent, le prince Roka et toi. Mais je n’en serai pas le seul juge. Je te remercie de m’avoir parlé si ouvertement, Taro. Et maintenant, va te présenter aux Jeunes Shinas et installe-toi. Je suis prêt à parier qu’ils ont eux aussi une foule de questions à te poser. C’est le moment de les convaincre. C’est ce que le prince Roka t’a envoyé faire. Fais-le bien. En outre, ton arrivée leur changera les idées. L’épidémie qui frappe le pays a emporté trois des nôtres, dans les dernières semaines. Va, demain, tu sauras ce que nous avons décidé.

-Merci de ton accueil, maître. Et merci de tes questions. A présent, je sais mieux pourquoi je suis ici.


La nuit était tombée depuis plusieurs heures sur la collines des Cendres quand Kichizo fit savoir à Zenzo que l’attaque était prête. Zenzo jeta un dernier coup d’oeil vers le sud, puis, l’air inquiet, ordonna qu’on donne l’assaut. Il avait attendu aussi longtemps que possible dans l’espoir de voir arriver les Ventrue, mais il avait fini par se résoudre. Les guerriers vampires ne viendraient pas. Taos en avait décidé autrement. Il était seul contre Kalgox.

La neige continuait de tomber doucement, elle se glissait partout et trempait les lames des Zanpakutôs des Shinigamis. La lune était cachée par les nuages, il faisait froid. Mais bientôt, tout cela n’aurait plus d’importance.

Quelques hommes partirent vers la vallée et se séparèrent à l’orée du bois. On les vit disparaître au milieu des arbres, comme happés par les ténèbres. La nuit s’immobilisa dans un silence pesant. Le mutisme des cieux avant le grand orage.

Puis, presque simultanément, des flammes s’allumèrent tout autour du campement et, un à un, les hauts postes de défense se mirent à brûler. C’était le signal de l’attaque. Les hommes de Zenzo, ceux qui étaient placés au sud, n’attendirent pas un instant de plus. Le cœur gonflé, l’âme battante, ils partirent aussitôt.

Contrairement à ce qu’avait craint Zenzo, les hommes de Kalgox ne s’étaient pas attendus à être attaqués en pleine nuit. Les vigiles n’avaient rien vu. La première vague de l’assaut fut une véritable surprise, et donc un grand massacre.

Éclairé par les flammes de plus en plus hautes qui dévoraient les structures de bois, le campement sombra soudain dans le chaos et la fureur. Les hommes de Kalgox, alertés par les cris et le bruit de l’incendie, sortaient par dizaines des tentes et des cabanes, se faisaient écraser par les rangées des Shinas et Shinigamis impitoyables qui balayaient le campement. C’était comme une grande lame de fond qui rasait la vallée. Membres tranchés, corps empalés, renversés, piétinés.

Après les hurlements de terreur et d’effroi vinrent ceux de la colère. Dans la panique, l’armée de Kalgox tenta de s’organiser dès que les hommes de Zenzo eurent fini leur premier assaut. Prenant leurs épées, leurs lances, leurs arcs, les hommes se mirent en formation quand cela leur était possible et se préparèrent pour la deuxième attaque. Mais, alors qu’ils s’attendaient à voir les hommes revenir par le nord, là où ils avaient disparu, une seconde vague soudaine les prit à revers, par l’ouest. Une nouvelle colonne d’hommes surgit de l’ombre comme une armée fantôme et leur fondit dessus à la vitesse d’un aigle qui tombe sur sa proie. Et il y eut encore bien plus de morts dans le camp de Kalgox. Le sang se répandit dans la neige comme des torrents venus des montagnes.

Au nord, Zenzo regardait ce spectacle, le front plissé et la mine grave. Ne craignant pas les combats, il avait pris part au premier assaut. Pour le moment, tout se passait comme il l’avait prévu. Mais il savait que ce n’était pas fini. Les hommes de Kalgox étaient toujours plus nombreux que les siens, et bientôt, ils pourraient s’organiser. L’avantage de la surprise ne durerait pas longtemps.

Zenzo regarda son Naginata. Le sang d’un démon coulait sur le métal brillant. c’était le sang qui lui donnerait la victoire

Il abaissa sa lame et donna l’ordre d’un nouvel assaut.


Ils se remirent en route dans le froid de l’hiver comme une grande famille, un village tout entier traversant le monde pour fuir le passé et embrasser l’avenir. Ils ne faisaient qu’un, riches de leurs différences. Ils étaient pure intention, volonté, un groupe d’hommes et de femmes, avec pour seule route l’espoir, l’envie de partager pour seule certitude. Ils n’avaient pas encore de nom, mais ils marchaient ensemble. Et cela était bien plus qu’un nom.

Roka demanda une seule faveur à la Grande Prêtresse : que sa garde ne se mette pas en formation mais se disperse parmi la foule de ceux qui allaient avec eux.

-Je ne veux pas que nous ayons l’air d’une armée, grand-mère. Nous ne sommes pas une armée.

La Grande Prêtresse avait souri. Roka n’avait pas changé. Elle accepta sans hésiter, et sa garde, quelque peu surprise, se plia à la volonté du prince. Ils se mélangèrent aux autres voyageurs, rangeant leurs armes et oubliant la marche militaire. Et finalement, ils trouvèrent rapidement leurs marques dans l’ambiance fraternelle qui régnait autour d’eux. C’était ce même sentiment qui les unissait au cœur de la guerre, quand la raison a disparu et qu’il ne reste plus que l’amour d’un homme-frère pour ne pas sombrer dans la folie et la peur. Cette main tendue entre deux ennemis, quand plus rien ne sert à se battre et que l’on voit son reflet, stupide, fébrile, dans le regard de l’autre.

Ainsi, c’était une procession étrange qui avançait maintenant vers l’est, traversant villes et villages sous le regard tantôt inquiet, tantôt admiratif des habitants. Le spectacle du cortège était à peine croyable. À sa tête, d’abord deux personnages insolites qui marchaient côte à côte : la Grande Prêtresse et le fameux prince des Shinas, l’homme qui a sauvé les Yokai et que les jeunes Shinas nommaient Dragons obscurs. Puis, après eux, un Shinigami rouquin et une jeune voleuse. Derrière, enfin, des Shinas, des Shinigamis, des gardes, et de simples habitants. Paysans, commerçants, artisans, hommes, femmes, enfants, ils formaient une colonne vivante et colorée dans les plaines enneigées. Pour beaucoup, la compagnie de Roka était un espoir.

Ils avaient quitté la Soul Society et rejoint le monde des Shinas.

Le jeune homme reconnaissait à peine les terres. Jamais il n’avait vu tant de neige sur ces plaines d’ordinaires baignées de soleil. A peine voyait-on ici et là surgir quelques roches rouges, échappées de l’océan de coton. Les arbres même avaient cédé, les oliviers, les figuiers, la plupart n’étaient plus qu’un tronc désolé, et plus on avançait vers l’est, plus le paysage s’enfonçait dans la ruine. La neige devenait plus dure, le ciel plus sombre. C’était comme si la source de cet hiver fulgurant était là-bas, au bout de leur chemin.

Plusieurs fois, ils passèrent devant des villages en feu, abandonnés. Les colonnes de fumée s’envolaient et se perdaient dans le ciel obscur. Les cendres s’éparpillaient, comme le souvenir des hommes qui avaient travaillé la terre.

Chaque jour, le spectacle des terres des Shinas devenait plus dur. Et la mort, toujours, s’invitait parmi eux. Mais ils marchaient encore, droit devant eux, inébranlables. Et leurs rangs continuaient de grossir.

Ils n’étaient qu’un, et ils n’avaient pas de nom.


C’était le général Iwaki Bokuni qui avait pris le commandement des troupes de Kalgox. Il ordonna aux troupes de se rassembler au centre du campement.

-Les lances devant ! hurlait-il en faisant de grands gestes pour diriger ses hommes. Formez deux demi-cercles, vers le nord, et vers l’ouest ! Les démons de feu au centre !

Il se dirigea vers un jeune lieutenant.

-Vous ! Prenez le commandement du flanc ouest, dit-il en parlait vite et fort. Attendez le dernier moment pour faire tirer les démons de feu.

Le général Bokuni n’attendit pas la réponse. Il fit aussitôt demi-tour et partit vers le nord. Sur le chemin, il interpella un autre officier.

-Vous ! Organisez la garde de Kalgox. Prenez cinquante démons, et séparez-les en deux groupes pour faire diversion. Déplacez-le sans vous faire voir. On ne doit pas savoir où il est. Dépêchez-vous !

Puis il continua vers le nord pour passer devant la ligne de front. Il entendit aussitôt le vacarme des ennemis qui avançaient sur eux.

-Lances dressés ! hurla-t-il.

Le général Bokuni passa derrière la première rangée de ses hommes. Puis juste avant le choc, il poussa un cri de guerre pour donner du courage à ses hommes.

-Démons de feu ! Lancez !

Une nuée de boule de feu s’éleva dans la nuit de l’hiver, puis emporta en retombant quelques Shinas. Mais il en restait tellement ! la collision fut violente, d’un bout à l’autre de la colonne. Les lances s’enfoncèrent dans les corps. Les sabres et les masses d’armes s’abaissaient avec force pour trancher les gorges et écraser les crânes. On ne voyait pas toujours venir les coups dans la confusion et la nuit. Les hommes tombaient par dizaines d’un côté comme de l’autre.

Bokuni s’était jeté sur l’ennemi aussitôt après la salve des démons de feu. Tenant son Kilij d’une main, il frappait de droite et de gauche avec hargne, engageait le fer avec les Shinas et Shinigamis. Soudain, il sentit un grand choc dans son dos. Il fut projeté en avant, mais parvint à garder l’équilibre. Il fit demi-tour et se trouva face au Shinas qui venait de lui asséner un coup d’épée. Fort heureusement, la lame avait ricoché.

Le général se mit en garde et chargea vers son ennemi sans hésiter. Bokuni abattit son Kilij au dernier instant, mais son adversaire para le coup. Le général de l’armée de Kalgox souleva à nouveau son arme, puis frappa, plus bas cette fois, et plus fort. Son adversaire n’eut pas le temps de se protéger. La lame s’enfonça dans sa hanche. L’homme, torturé par la douleur, se laissa tomber sur le côté. Bokuni releva sa lame et lui trancha la tête d’un seul coup. Puis il courut parmi les démons qui se faisaient déborder et leur porter secours.

En arrivant au milieu des siens, Bokuni poussa un cri de rage. Les hommes de Zenzo avaient soigneusement préparé leur attaque. Ils restaient en formation, et faisaient des passages successifs, rapides, à travers les rangs défaits et désorganisés de la défense. Profitant de l’obscurité, ils s’éloignaient, disparaissaient, puis revenaient par un autre endroit, comme surgis de nulle part. Et, visiblement, leur stratégie fonctionnait parfaitement. Le général était terrifié par le nombre de cadavre qui jonchaient déjà le sol.

Il jeta un coup d’oeil vers la tente où il devinait qu’on avait emmené Kalgox. Il y avait des hommes tout autour, qui ne bougeaient pas, et que l’ennemi n’avait pas encore pu atteindre. Pour le moment, Kalgox était encore sauf. Il ne fallait pas abandonner.

Il leva son Kilij en signe de ralliement et cria pour que les démons autour de lui se remettent en formation et se préparent à subir un nouvel assaut. Ce ne serait pas le dernier.


Depuis combien de jours n’ai-je pas vu Mizuchi ? Et que pense-t-il ? Que sait-il ? A-t-il trouvé, lui, la troisième voie ? Le moyen de sortir de ce conflit sans que nous devions nous tuer, lui et moi ?

Je ne sais si c’est bon signe de ne plus le voir, de ne plus l’entendre. Est-ce qu’il médite comme je le lui ai demandé ? Est-ce lui qui me guide vers Suniruil ? Est-ce sa voix ou bien celle de Rukia ?

J’écoute. Je connais ces notes, ce murmure.

Je souris.

-J’entends ta voix, Rukia. Quelques mots confus. Un chuchotement dans les vagues de l’air. Je t’écoute, Rukia. Où es-tu ?

-Je suis là, prince Roka.

Je me retourne. Là. Est-ce bien sa voix ? Elle est si proche ! Mon corps tremble. C’est donc vrai. Rukia.

-Je t’entends.

Je crois voir son visage. Mais elle est encore trop loin. Tout est flou.

-J’ai quitté le Suniruil, prince Roka. Tu m’entends ? J’ai quitté le Suniruil. J’ai entendu ta voix ! Je viens vers toi.

Est-ce possible ? Enfin ! Je parviens à peine à y croire.

-Rukia, nous sommes sur la route. Nous marchons vers l’est, vers le Suniruil.

-Alors nous nous retrouverons avant, prince Roka. Car je viens.

Je fais des pas en avant, mais son visage ne s’approche pas. 


Roka était déjà réveillé depuis longtemps quand les premiers rayons d’un timide soleil tirèrent ses compagnons de leur courte nuit de sommeil. Dès qu’il vit sa grand-mère, il se leva et se précipita à sa rencontre, le visage radieux :

-Grand-mère ! Rukia Kuchiki s’est échappé du Suniruil ! Elle se dirige vers nous. Nous devons nous dépêcher de la rejoindre !

La Grande Prêtresse écarquilla les yeux. Roka parlait si vite qu’elle n’était pas sûre de bien comprendre.

-Mais... Comment le sais-tu, Roka ? Et comment sait-elle où nous sommes ?

-Je l’ai vue dans mes visions, grand-mère. Tu dois me croire !

La Grande Prêtresse hocha lentement la tête, encore perplexe.

-Rukia a quitté le Suniruil ! répéta Roka d’une voix plus forte, comme s’il voulait que le camp tout entier l’entende.

-Bien, bien, répondit la Grande Prêtresse en souriant. Alors, ne perdons pas de temps.

Eria se retourna pour voir où en étaient les hommes et les femmes du campement. Mais la plupart n’étaient pas là. Sur la pointe des pieds, elle les chercha en inspectant l’étendue de la prairie où ils s’étaient installés. Elle vit alors un attroupement de l’autre côté. Là où ils avaient allumé leur feu la veille.

La Grande Prêtresse jeta un coup d’oeil à Roka. Comme elle, il avait compris ce qui se passait. Quelqu’un était mort pendant la nuit. À nouveau. Ils se dépêchèrent tous deux d’aller voir par eux-mêmes. Ils se faufilèrent parmi les spectateurs effarés et découvrirent le corps immobile, étendu dans la neige. C’était un Shinas. Un de plus. Et l’un des plus âgés, cette fois.

Roka soupira. Les Shinas payaient un lourd tribut dans ces temps abominables. Jamais il ne pourrait s’habituer, bien sûr. Mais au fond, il préférait voir mourir une personne âgée qu’un enfant. Car parfois, c’étaient les plus jeunes que la nuit emportait, impitoyable.

-Il n’y a rien à faire, lâcha-t-il d’une voix résignée. Enterrez-le ici. Nous devons nous mettre en route rapidement. Rukia s’est échappée. Nous devons aller à sa rencontre.

La nouvelle fit rapidement le tour de la compagnie, et il fallut peu de temps à tout le monde pour être prêt. On enterra le Shinas au pied d’un arbre, ses confrères dirent quelques courtes paroles à sa mémoire, trop courtes bien sûr, mais ils n’avaient pas le choix. Le cortège, alors se remit en route vers l’est, parce que depuis longtemps ils ne marchaient plus que pour cela : rejoindre Rukia Kuchiki. Roka l’avait dit, tout commencerait là-bas, quand il l’aurait trouvée.

Les nuages filtraient la lumière du soleil. L’astre dérobé parvenait à projeter par endroits quelques rais jaunes en éventail. Mais tout le reste du ciel était sombre. Les enfants se plaignaient de plus en plus souvent du froid.le sol était glissant, gelé. Et pourtant, Roka avançait d’un pas encore plus rapide qu’à l’accoutumée. Mado, à côté de lui, avait peine à garder le rythme. Elle manqua plusieurs fois de tomber, se rattrapant au bras de son ami.

-Alors nous allons enfin voir Rukia ? dit la jeune fille, le souffle court.

-Oui, enfin, répondit seulement Roka.

Il ne souriait pas, mais on devinait la joie qui l’envahissait dans son regard comme dans le ton de sa voix. Une joie presque insolente, sous la noirceur du temps.

-Et après ? demanda la jeune fille.

-Après ? Eh bien, nous retournerons à Shimandal, Mado. Nous avons rendez-vous là-bas avec Taro, ainsi qu’avec les Jeunes Shinas. Tous ensemble, nous chercherons une solution à tout cela, avec l’aide de la Grande Prêtresse d’Erèbe...

-Si nous tenons jusque-là.

Roka fronça les sourcils. Mado n’avait pas l’habitude de se montrer aussi pessimiste.

-Eh bien ? Tu perds courage ?

-Non. Mais le temps passe, et je ne sais pas comment nous allons y arriver. Nous passons les étapes une à une, d’abord la Grande Prêtresse, bientôt Rukia... Mais rien ne change vraiment.

-Tu trouves ? Moi, j’ai l’impression que les choses changent, au contraire. Regarde les gens, derrière nous. Il y a quelques semaines, crois-tu que ces gens auraient marché ensemble ?

-Ce n’est pas cette marche qui le sauvera... Les morts sont de plus en plus nombreuses.

Roka soupira. D’ordinaire, c’était lui le pessimiste, et Mado qui le réconfortait. Mais les circonstances, pour une fois, avaient inversé les rôles ! Il se demanda si la jeune fille était consciente de l’ironie...

-Je n’ai rien de mieux à te proposer, Mado. Tout ce que nous pouvons faire, c’est chercher, avancer...

-Et Mizuchi ? demanda la jeune fille. C’est lui, notre véritable ennemi, n’est-ce pas ? C’est lui qui a emprisonné Rukia dans le Suniruil. Tout est sa faute. Pourquoi ne le combattons-nous pas une bonne fois pour toutes ?

-Parce que je ne crois pas que cela arrangerait les choses, Mado, et parce que nous ne devons pas réfléchir comme ça...

-C’est peut-être le seul moyen de mettre un terme à cette épidémie.

-Je ne crois pas que Mizuchi soit réellement responsable de ce que tu appelles «cette épidémie». Je crois même que nous aurons besoin de lui pour en venir à bout... Tu dis que tout est sa faute ? N’est-ce pas un peu trop simple, Mado ? Mizuchi voulait m’attaquer justement pour arrêter la disparition progressive de cette force qui faisait vivre les Yokai, et qui nous faisait vivre nous. Alors, non, je ne crois pas que tout soit sa faute.

-Alors tu en sais plus que tu ne veux nous le dire !

-Je ne sais rien, Mado. J’espère. Je vous l’ai déjà dit : je crois que ce qui arrive est la conséquence de ce que ma mère a fait dans le passé. Elle a entraîné la destruction d’une force qui dépassait les hommes. Il faut simplement que nous trouvions un moyen de survivre à cette disparition. Je ne sais pas comment, mais je sais que nous devons le faire ensemble.

La jeune fille secoua la tête. Les réponses de Roka ne parvenaient pas à apaiser son angoisse grandissante.

-Ecoute, Mado. Toi, Ichigo et moi, à nous trois, nous avons réussi à pénétrer un jour dans l’un des bâtiments les mieux gardés. Tu t’en souviens ? Nous avons réussi à trouver le temple de Kyu-Sento-Ji.

-Bien sûr que je m’en souviens !

-Et tout cela sans la force... Juste nous trois, avec beaucoup de foi et beaucoup de courage. Ce jour-là, nous avons remporté une victoire sur un ennemi bien plus fort que nous, dont nous ne pouvions même pas deviner la puissance réelle. Tous les trois, ensemble. Et c’était grâce à toi, Mado. Quand je t’ai demandé de nous laisser, quand j’ai dit que cela devenait trop dangereux pour toi, tu as insisté pour rester. Et au fond, je crois que tu t’es montrée la plus courageuse de nous trois. Il fallait un peu de folie, ce jour-là, pour s’imaginer capables d’accomplir une telle prouesse, n’est-ce pas ? Eh bien aujourd’hui, c’est pareil. Aussi difficile que soit le défi qui nous attend, aussi invisible que soit l’issue de notre quête, nous devons croire en nos chances de victoire. Nous avons besoin de cette petite folie. Et nous y arriverons, encore une fois, parce que nous sommes ensemble. Tu ne vas pas abandonner maintenant, Mado ?

La petite voleuse haussa les épaules.

-Non, bien sûr.

-J’ai besoin de toi.

-Il y a des serrures à crocheter ? demanda Mado, ironique.

-Il y en aura plein. Et plein de portes à ouvrir !

-Bon d’accord !

Roka prit la jeune fille par le bras et ils continuèrent la route serrés l’un contre l’autre, impatients. Ils ne mesuraient sans doute pas ce qui les attendaient, mais ils avaient confiance, et l’un pour l’autre, ils étaient prêts à tout.

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