Shinigamis et Shinas, la nouvelle histoire
Chapitre 12 : Le premier combat et les premiers morts
3692 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 22/04/2026 14:32
Dès qu’il aperçut Roka et le Shinigami qui l’accompagnait, Gaku Koike, cria, bras levé, dressant son Zanpakutô au-dessus de sa tête comme pour exalter les hommes derrière lui.
Ils foncèrent aussitôt vers leurs proies. La lune et les étoiles projetaient une pluie de lumière entre les grands arbres de Céleste, comme des piliers lumineux découpant l’air obscur de la nuit. L’image des hommes qui couraient entre les branches semblait s’allumer et s’éteindre à travers ces halos scintillants. Le vent et les feuilles fouettaient le visage des Shinigamis et la terre sèche qui se soulevaient autour d’eux faisait comme une brume d’hiver sur un étang verdâtre.
Mais alors qu’ils fondaient droit sur les deux fuyards, certains de les intercepter enfin, leur route fut soudain coupée par d’autres personnes, qui surgirent, à travers les arbres, du cœur de la forêt.
Gaku Koike jura, mais il était trop tard : ils étaient attaqués et n’avaient pas vus venir cette arrière-garde inattendue, comme une armée de démons sortis tout droit de l’enfer.
Quand il vit les hommes et femmes qui engageaient le combat, il n’en crut pas ses yeux. Des jeunes Shinas ! Pas des véritables guerriers Shinas ! Non, de banals Shinas, combattants de fortune ! Et à leur tête, oui, bien sûr, il aurait dû s’en douter, Hamano Eiji. Ce maudit traître, infâme, menant une armée pitoyable !
Le combat tourna vite au chaos et au massacre. Les jeunes Shinas, qui ignoraient tout de l’art de la guerre mais qui étaient visiblement enflammés, attaquaient de toutes parts, se jetaient sur l’ennemi comme une meute de chiens enragés.
Gaku Koike esquiva l’attaque d’un jeune Shinas d’une quinzaine d’année qui avait couru vers lui, une lance entre les mains. Il recula d’un pas et abaissa son zanpakutô d’un coup ample et puissant sur la nuque du Shinas, déséquilibrer. La tête du jeune garçon sembla s’envoler dans les airs, cogna contre un arbre dans un atroce bruit sourd avant de rouler par terre, loin du corps décapité.
Le capitaine poussa un grognement de dédain. Imbéciles ! Ils étaient tous ridicules ! Quelle chance croyaient-ils avoir contre des soldats Shinigamis ?
Gaku Koike ne perdit pas un instant de plus. Il savait ce que les jeunes Shinas étaient venus faire. Ils n’étaient sans doute pas venus remporter une victoire. Non, Hamano ne pouvait ignorer qu’ils n’avaient aucune chance. Ils étaient venus pour permettre à Roka de s’enfuir. Tout simplement. Mais il ne leur en laisserait pas le loisir, lui. Il se lança à la poursuite des deux fuyards, sans se soucier du combat que ses hommes livraient contre ces jeunes fous.
Mais il était trop tard, Hamano Eiji avait vu sa manoeuvre et fonçait droit sur lui. S’il ne se retournait pas, le traître allait le prendre à revers.
Gaku Koike pesta, puis il s’arrêta et fit face à son assaillant. Hamano ne changea pas sa trajectoire. Armé de son zanpakutô, il chargeait son ancien capitaine, les yeux emplis de haine.
Les deux hommes couraient à présent l’un vers l’autre, évitant les abres de justesse, frôlant les branches et foulant la terre avec rage, comme si eux aussi voulaient en finir. Le capitaine Koike se mit à hurler, débordant de frénésie pure, la mort au bord des lèvres. Il leva son zanpakutô au-dessus de sa tête, et la lame rayonna comme un éclair à la lumière bleue de la lune. L’instant d’après, ils étaient au contact. Le sabre d’Hamano fendit l’air, tombant sur le franc de Koike. Mais elle ricocha sur le métal froid des protections du capitaine, dans un jet étincelles. Avant qu’il ne puisse reprendre son équilibre, Hamano reçut en plaine épaule le sabre de Gaku qu’il lui brisa les os et le fit tomber à terre. Il s’écroula par terre et roula dans la terre en criant de douleur.
Gaku Koike resta un instant immobile et regard l’homme qui avait été son bras droit, immobile à terre. Il sourit. Mais Hamano recommença à bouger et se releva péniblement. Le Shinigami ramassa son épée, jeta un regard furieux au capitaine et courut vers lui en hurlant à son tour. Hamano n’était pas un simple homme. Il était un Shinigami aguerri. Gaku Koike se mit en garde, prêt à recevoir son assaillant. Il s’était battu des dizaines de fois aux côtés de cet homme, peut-être des centaines, même, et à présent il devait l’affronter. Jamais il n’aurait imaginé qu’Hamano pourrait un jour retourner son sabre contre lui. Il le connaissait si bien, l’avait tant vu combattre... il devait pouvoir anticiper l’attaque.
Oui. Il suffisait de bien le regarder. De lire dans ses yeux. Chaque mouvement comptait. Et l’avant-dernier serait décisif. Il devait pouvoir l’interpréter et réagir plus tôt que n’importe quel autre ennemi. Se défendre et contre-attaquer à la vitesse d’une flèche.
Le capitaine Koike ne bougea pas. Les muscles tendus, le regard fixe, il se concentrait sur chaque mouvement de son adversaire. Il fallait attendre le dernier moment. La dernière limite. Et donner un coup fatal. Le seul coup qui ne pouvait manquer en réponse à cette attaque. Son parfait opposé.
Quand il fu plus qu’à un pas de son adversaire, Hamano se jeta au sol pour rouler sur le côté et frapper Gaku Koike à l’abdomen en se redresant d’un bond. Il effleura le sol avec une agilité étonnante, et remonta d’un coup, foudroyant. Mais le capitaine Koike avait reconnu son regard, deviné sa passe, et s’était glissé sur le côté au dernier moment. La lame d’Hamano frôla à nouveau le corps de son ennemi. Et cette fois, Gaku Koike ne visa pas l’épaule. Il abattit son épée de toutes ses forces sur le crâne de son assaillant.
L’épaisse lame broya l’os et s’enfonça dans la cervelle d’Hamano qui s’écroula d’un seul coup sur le parterre de brindilles et de feuilles. Puis il ne bougea plus.
Gaku Koike dégagea son épée d’un geste majestueux, et contempla le corps inerte de son ancien bras droit. D’un coup de pied, il le fit tourner sur le dos. Cette fois, il était mort. Le crâne ouvert sur un magma rosâtre de cervelle et de sang.
Quand il releva la tête, il vit qu’il n’y avait plus un seul Shinas. Ils avaient tous fui ou péri. Et seulement trois de ses hommes à lui gisaient par terre. Une minable bataille. Un spectacel désolant.
Mais Roka et le Shinigami, eux, avaient depuis longtemps disparu.
Le lendemain, en fin d’après-midi, Roka et Ichigo n’avaient toujours pas trouvé ce qu’ils étaient venus chercher. Zenkichi Yu. La lumière commençait déjà à décroître. La forêt avait changé de visage, depuis un certain moment. Elle était plus belle encore, plus haute, plus majestueuse. Les arbres étaient plus gros, plus anciens. Et il se dégageait du sol une étrange impression d’harmonie.
-Nous devons être au cœur de la forêt ! s’exclama Roka.
Ichigo se redressa et regard longuement derrière eux.
-Je pense que nous les avons semés hier soir. Hamano et les Shinas ont dû réussir à les arrêter.
Roka hocha la tête. Oui. Peut-être. Pour un temps, en tout cas. Car ils n’avaient sûrement pas fait le poids. Les Shinigamis étaient de vrais guerriers. Ils avaient sûrement eu le dessus. Il se remettraient bientôt à leur poursuite. Roka espérait seulement qu’il n’y avait pas eu de pertes du côté des Shinas que qu’Hamano s’en était bien sorti. Il espérait qu’on n’était pas mort à nouveau en voulant le défendre. Il avait tellement de sang sur la conscience... Non. Il ne fallait pas penser à cela. Pas maintenant.
Car il n’y avait pas de temps à perdre. À présent qu’ils étaient au cœur de la forêt, il fallait tout faire pour trouver Zenkichi Yu. Il ne devait pas être loin. Il y avait dans les environs une atmosphère particulière, sereine, noble presque. Oui, c’était cela, une sorte de noblesse. Roka espéra qu’ils étaient bien sur les terres de Zenkichi Yu. Il voulait le croire en tout cas.
-Kurosaki, je dois essayer à nouveau...
-Fais ce que tu dois...
Le jeune homme hocha lentement la tête et se mit à genoux. Puis il ferma les yeux, les sens en alerte.
Il attendit. Patiemment. Mais il comprit vite que King of the Underworld manquait toujours à l’appel. Il n’était pourtant pas loin, ça, il en était sûr. Mais il refusait toujours de répondre.
-Prince Roka ! Il y a des gens qui arrivent !
Je ne dois pas rompre le lien. Des verticaux. Qu’est-ce que c’est ? Ces formes verticales ? Je comprends. Ce sont des hommes, bien sûr. Des hommes, qui marchent debout, verticaux.
-Prince Roke ! Réveille-toi ! Vite ! Il y a des gens qui arrivent, et... Et ce ne sont pas les Shinigamis qui nous poursuivent. Ce sont d’autres gens...
Des verticaux qui arrivent.
-Prince Roka ! Ce sont... Ce sont des démons ! Et... Prince Roka ! Ces pressions spirituelles... Il y a des Shinas avec eux ! Réveille-toi !
Des démons ? Ce sont des démons ? Non. Ce n’est pas ça. King of the Underworld apparaît et essaie de me montrer autre chose. Les Shinigamis renégats ? Non plus. Mais alors qui ? Quoi ? Il essaie de me faire comprendre. Il sait que c’est urgent, que je suis menacé. Il doit le sentir. il essaie de me faire voir ce qu’il voit, l’image qu’il voit. Les verticaux. Les hommes. Et des femmes. Et une femme. Oui, il voit une femme. Comment est-elle ? Ses cheveux ? Couleur charbon, court. Petite, vive. Oui, bien sûr ! C’est elle !
-Prince Roka, ils vont nous encercler ! Réveille-toi ! Il faut qu’on parte d’ici !
Rukia Kuchiki ! Elle est dans la forêt ! Avec Taro ! Mais ils ne sont pas seuls, non, ils sont nombreux ! Tellement nombreux ! Je comprends. Ce sont les Shinigamis des divisions ! Comment ont-ils sur que nous étions ici ? Comment ont-ils pu nous trouver ? Peut-être ont-ils suivi la piste des démons. Et les démons, eux... Comment ont-ils su que nous étions là ? Cela, je ne le sais pas. Peut-être... Oui. Bien sûr ! C’est lui. C’est lui qui leur à dit, n’est ce pas ? Darkness. Il sait que je suis là.
-Allez, lève-toi, cette foic-ci, il faut qu’on parte. On ne va jamais s’en sortir !
Guide moi, King of the Underworld !
Roka sortit soudain de sa longue transe. Il vit qu’il était debout, et qu’Ichigo le poussait devant lui, tout droit.
-Que se passe-t-il ? demanda le jeune homme un peu confus.
-Les démons arrivent ! Et ils sont avec des Shinas. Dépêche-toi ! Les voici !
Le jeune homme se mit à courir, imité par Ichigo.
Roka sentit son cœur battre plus fort que jamais. Il ne pouvait oublier les dernières images qu’il conservait de ces démons barbares. La tête de Dazai Kyan qui tombait dans la terre, et son corps, lourd, qui s’écrasait décapité. Les maisons en flammes, le scribe Otomo, mourant entre ses mains, le ventre trempé de sang... Il ne pouvait oublier ces images terribles.
Les arbres défilaient, les branches se succédaient. Soudain, Roka perçut du coin de l’oeil un mouvement. Sur sa gauche. Les démons les avaient-ils déjà rattrapés ? Il lança un regard. Cela bougeait tellement, il avait du mal à voir clairement ce que c’était. Le décor semblait flou. Les arbres se chassaient les uns les autres, faisaient un voile nébuleux devant le paysage. Mais, enfin, il put le voir. Le Bakeneko, un chat aussi grand qu’un loup. Une nouvelle fois King of the Underworld avait écouté Roka et avait fait apparaître ce Bakeneko.
Un immense chat blanc qui courait à côté d’eux. Il était là pour le guider dans la forêt Céleste, l’amener vers Rukia et les Shinigamis. Et pour que les démons tombent dans un piège ! il fallait absolument qu’il réussisse ! Etait-il encore temps ?
Petit à petit, le Bakeneko se rapprocha d’eux. Il sautait par-dessus les troncs morts, se faufilaient sous les branches, et bondissait, le corps allongé, la tête basse. Bientôt il fut devant eux. Roka tourna la tête pour voir si Ichigo avait vu le Bakeneko lui aussi. Mais le Shinigami suppléant semblait trop occupé à courir pour échapper à leurs assaillants.
Le bruit de leurs poursuivants se rapprochait. Roka était sûr qu’il les verrait s’il se retournait, juste là, derrière eux.
Tout à coup, le Bakeneko obliqua vers la gauche. Radicalement. Roka se demanda s’il devait le suivre. Quand Roka releva la tête, il comprit que ce n’était pas la peine.
Il y avait devant eux une centaine de soldats Shinigamis. Une armée tout entière qui chargeait dans leur direction. C’étaient les hommes de la Soul Society.
Ichigo et Roka n’eurent pas le temps de s’arrêter, ils passèrent à travers la ligne de leurs défenseurs et firent demi-tour un peu plus loin pour livrer bataille à leurs côtés.
Roka fit apparaître ses deux dagues, une dans chaque main, reliées entre elle par une chaîne noire et fondit vers l’ennemi. Il aperçut sur sa droite Rukia et Taro, décidés à se battre eux aussi...
Accroupi au milieu des arbres, Wamura Piko resta un long moment devant l’empreinte marquée dans le sol devant lui, afin d’être certain. Mais il savait déjà qu’il ne se trompait pas. Un seul Yokai pouvait laisser une trace de cette forme, si singulière. Katara Hyoshiro.
La dernière et la seule fois qu’il avait vue une empreinte identique, c’était sept ou huit ans plus tôt. Probablement au même endroit, tout prêt du ventre de la forêt Céleste. Là où les Shinigamis ne s’aventuraient que très rarement, trop loin de tout.
Il serra les poings. Allait-il pouvoir remonter jusqu’à lui cette fois ? Cela risquait d’être très difficile. Il le savait. Mieux valait ne pas se réjouir trop tôt.
Il se remit en route, transpirant, marchant péniblement dans la forêt touffue, les yeux rivés au sol pour suivre les traces du Yokai entre les vieilles feuilles et la mousse qui apparaissait sur les souches ou les pierres. Il se faufilait entre les troncs immenses des hêtres, des chênes et des tilleuls, s’appuyant par moment contre eux quand il croyait avoir perdu la piste.
Mais il ne la perdit pas. Il ne pouvait pas se le permettre, on ne tombait pas deux fois par hasard sur les traces de ce Yokai. Il avait une chance incroyable, il s’agissait de ne pas la gâcher. Il redoubla d’attention, écoutant son instinct. Un instinct élaboré au cours d’années de Shinigami et hérité de générations successives. Il voulait ainsi rendre hommage à ses ancêtres. A ceux qui, avant lui, avaient traqué les Hollows et les démons.
Non. Il ne faillirait pas. Il pouvait le sentir. Il l’entendait presque, ce Yokai ! La chasse allait bientôt se terminer. Il le sentait comme un prédateur qui sent sa proie abandonner.
Au cœur de la forêt Céleste, la bataille qui fut livrée au milieu des arbres fut d’une violence rare. D’un côté, les Shinigamis des divisions de la Soul Society. En face, le clan des démons et parmi eux, six Yokai. Les Shinas, quant à eux, restaient en retrait. Ils se battraient, sans doute, mais pas dès le premier assaut.
Le choc fut frontal et furieux. Les épées se heurtèrent dans un vacarme assourdissant. Le sang giclait, coulait sur les visages, au creux des mains. Les armes se brisaient, et les os, aussi. Les corps tombaient, ne se relevaient pas toujours. On tranchait des membres, on écrasait des têtes, on s’assommait, on s’empalait. Ils furent nombreux à tomber dès le début.
Puis ce fut le chaos total, l’horreur absolue. Les corps à corps redoublaient de violence dans des nuages de poussière. Des hommes et des démons mourants, un bras coupé, continuaient à se battre. Les lames se croisaient avec bruit, emportaient des corps entiers dans de grandes gerbes de sang. Des démons tombaient, des Shinigamis aussi, plus nombreux encore, les cadavres s’amoncelaient comme de vulgaires morceaux de viande.
Des hommes et des démons fuyaient en hurlant. Le bruit des sabres disparaissait petit à petit. Le monde semblait s’éteindre lentement, les sons se mélanger. Plaintes, cris de douleur, râles... Le chaos s’élevait comme un opéra de pleurs dissonants.
-Roka !
Le jeune homme releva lentement la tête. Il vit le visage de Rukia se dessiner sur le fond verdoyant des arbres.
-Ils sont tous morts ? bredouilla Roka incrédule.
-Non! Répondit Rukia. Les Shinas et les Yokai se sont enfuis, les Shinigamis sont à leurs trousses.
-Vous n’avez rien ? demanda le prince à ses compagnons.
-Rien.
-Mais le principal, intervint Taro, c’est que Kurosaki et toi nous ayez trouvés. C’est un véritable miracle
-Oui, marmonna Roka. Plus ou moins... C’est un Bakeneko qui nous a guidé jusqu’à vous.
Taro fronça les sourcils, incrédule.
-On pourrait aller un peu à l’écart ? demanda Roka qui était de plus en plus pâle.
-Jamais je n’aurais pensé à un tel massacre...
-Bah, intervint un Shinigami, vous verrez, on finit par s’habituer.
Rukia lui lança un regard furieux. Ce n’était probablement pas la chose la plus délicate à dire en un pareil moment...
Mais alors qu’elle allait se retourner vers le prince Roka, elle resta figée, les yeux écarquillés, le regard fixé par-dessus les épaules du Shinigami.
-Re... Regardez, bafouilla-t-elle complètement stupéfiée.
Ils se tournèrent tous les trois lentement dans la direction que la jeune femme indiquait, et ils virent à leur tour ce qu’elle observait avec tant d’étonnement.
-Purée ! murmura Taro, ébahi.
Il était là, debout entre les arbres. Zenkichi Yu. Et il les dévisageait.
Roka n’en croyait pas ses yeux. Pourquoi était-il là, maintenant ? Etait-il venu de lui-même ? Intrigué par le bruit de la bataille ? Qu’allait-il penser d’eux après le massacre auquel ils avaient participé, au cœur de cette forêt si paisible ? Savait-il qu’ils étaient venus le voir, lui ? Et que c’était pour ça qu’ils avaient dû se battre ?
Mais soudain, alors que Roka s’apprêtait à marcher vers lui, Zenkichi sursauta et couru à travers la forêt. En quelques pas à peine il disparut dans l’ombre des grands arbres.
-Il faut le suivre ! s’exclama Roka. Venez !
Ils se mirent à courir tous les quatre dans la même direction que Zenkichi. Ils n’avaient sans doute aucune chance de le rattraper. Mais ils devaient essayer. Et de toute façon, Roka ne leur laissait pas le choix. Il n’était venu ici que pour cela. Il n’avait survécu que pour ce moment-là. Toutes ces morts, cette longue fuite, ces combats ! Il le savait à présent. Il ne pouvait pas le perdre.
Alors, il courut, longtemps, vite, oubliant la fatigue, la nausée et la douleur. Oubliant les morts et oubliant les peines. Car une seule chose comptait maintenant, entendre Zenkichi Yu. Il courut entre les arbres, plongeant dans l’obscurité de la forêt, suivant son instinct, écoutant seulement son cœur. Les autres peinaient à le suivre, et se demandaient sans doute où il trouvait encore la force de courir. Mais il n’allait tout de même pas abandonner ! Pas maintenant ! Si près du but !
Ils étaient chez lui. Et il ne pouvait pas refuser de les voir, ils avaient tant peiné ! Tant souffert ! Non, il n’avait pas le droit de leur échapper ainsi !
Soudain, il le vit à nouveau. A quelques pas d elui. Immobile. Mais il ne le regardait pas. Ses yeux étaient dirigés de l’autre côté. Il fixait autre chose entre les arbre, à quelques pas de lui seulement.
Roka s’arrêta net et tourna la tête pour voir ce qu’il regardait. Ses yeux croisèrent d’autres yeux. Là-bas. Entre les feuilles. Des yeux menaçants.
-Non ! hurla Roka en comprenant aussitôt, mais il était sûrement trop tard.
Sans réfléchir il se précipita vers le Shinigami. Dans un seul battement de cœur. Il lui sembla traverser l’espace qui le séparait du Shinigami d’un seul coup, comme une flèche, et que cet instant durait des heures.
Comme un rapace sur sa proie, il tomba sur le jeune homme de tout son poids. Ils roulèrent ensemble sur le sol et Roka prit rapidement le dessus. D’un geste sec il dégagea le zanpakutô des mains du Shinigami et le jeta au loin. Il lui adressa un regard agressif, meurtrier presque, puis il se releva.
Kenchiki Yu n’était plus là.