Shinigamis et Shinas, la nouvelle histoire

Chapitre 5 : L'attaque de la capitale d'Erèbe

3930 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 21/03/2026 14:25

-Plutôt mourir que prendre ta place ! s’exclama Roka en se levant de table.

C’était deux semaines après la cérémonie de réconciliation. Les membres de Conseil d’Erèbe n’avait pas appréciés l’interruption de la Grande Prêtresse de la cérémonie suite au malaise du prince. Depuis, le prince d’Erèbe n’arrêtait pas de faire des cauchemars. Taro avait essayé de parler à son monarque mais le jeune homme s’était fermé. Dès que l’albinos voulait lui parler un peu plus sérieusement, il fuyait.

-C’est le seul moyen pour toi d’être reconnu par les membres de Conseil et qu’ils te respectent ! s’exclama la Grande Prêtresse en se levant à son tour.

Roka s’arrêta et fit volte-face.

-Je n’ai pas à leur prouver quoique ce soit.

Eria se précipita sur son petit-fils et lui envoyer une gifle. Taro, présent dans la pièce, courut pour aider son prince.

-Sais-tu ce que cela me coûte toutes tes bêtises ?

Roka se massa la joue.

-Tu me le répète des milliers des fois. Et tu pourras aussi me donner des milliers d’autre gifles, cela ne changera rien. Ces personnes du Conseil n’ont rien à dire !

La Grande Prêtresse secoua la tête et alla se rasseoir à la grande table.

Elle recommença à manger, comme si rien ne s’était passé, mais on voyait bien dans son regard acier qu’elle essayait simplement de contenir sa colère.

-Pourquoi es-tu comme ça, Roka ?

Le jeune homme se positionna a côté de sa chaise mais ne s’assit pas. Il garda ses deux mains crispées sur le dossier en bois.

-Depuis que je suis tout petit, je te vois te courber devant ces Shinas conservateurs et fermés. Chaque année, tu dois établir de nouvelles règles et lois parce qu’ils en ont décidé ainsi. Mais c’est toi la Grande Prêtresse, pas eux. 

-C’est mon travail d’écouter le Conseil !

-Oui, mais pourquoi ?

-Pour la paix !

-C’est n’importe quoi.

-Surveille tes paroles !

-Ils se servent de toi et de ton influence.

-Ce n’est pas à toi d’en juger, Roka !

Le prince secoua la tête.

-Je ne deviendrais jamais Grande Prêtre !

-De toute façon, tu n’as pas le choix. Quand je serai trop vieille, il faudra bien que tu reprennes mes fonctions. Tu es le prince, Roka !

-Jamais.

Eria frappa du poing sur la table.

-Et qu’est-ce que tu feras alors ? Tu ne sais rien faire d’autres mise à part désobéir ! Tu ne sais rien faire d’autre qu’humilier ta grand-mère ! Qu’est-ce qui te dérange tant, dans les fonctions de Grande Prêtre ? Tu as honte de moi ? Tu as quelque chose à me reprocher ? 

-Tu as fait ton choix, je ne te reproche rien. Mais moi, je ne serai pas Grande Prêtre...

La Grande Prêtresse se dressa d’un bond. Cette fois-ci, son visage était empli de fureur.

-Alors sors d’ici ! hurla-t-elle en pointant le doigt vers la porte du palais. Sors ! Et débrouille-toi tout seul !

Roka se mordit les lèvres. Il était allé trop loin.

-Sors ! répéta la Grande Prêtresse. Tu ne penses à rien d’autre que toi ! Tu es prince, Roka ! Tu as des obligations envers ton peuple !

Le prince entendit la porte de la pièce derrière lui s’entrouvrir. Il aperçut le regard de Taro, puis son bras droit sortit de la pièce.

Dans les couloirs, quelques sujets, qui avaient entendu les hurlements de la Grande Prêtresse Eria et qui étaient venus voir ce qu’il se passait, se cachèrent en voyant sortir le jeune homme. Roka les aperçut. Mais il ne s’en souciait guère. Les yeux embués, la gorge nouée, il ne pensait plus qu’à une seule chose : partir. Seulement partir.

Le jeune homme quitta le palais suivit par son bras droit. Il se dirigea dans la forêt avoisinante. Au milieu des arbres, une petite cabane en bois était suspendue. Roka y monta, toujours Taro à ses talons. Il s’allongea sur le plancher en bois et s’endormit. 



Roka fut réveillé en sursaut par les bruits de pas de Taro. Il se souvint de l’endroit où il était. La cabane en bois au milieu de la forêt. Puis la soirée de la veille lui revint en images. La dispute avec sa grand-mère. Son départ.

Reprenant ses esprits, il s’appuya sur le bord de la fenêtre et regarda ce qui se passait. La nuit n’était pas tout à fait finie. Dans les lueurs rougeâtres du ciel on devinait l’arrivée du soleil, sans encore le voir.

A quelques pas de là, Taro restait silencieux, ses yeux couleur sang observait son prince.

-Arrête de me fixer ! fit Roka en se levant.

-Tu devrais rentrer au palais et t’excuser auprès de la Grande Prêtresse, répliqua Taro en descendant l’échelle de la cabane.

-J’ai dit simplement ce que je pense, répondit Roka. Mais je n’aurais pas dû le faire de cette manière...

Les deux Shinas marchèrent en direction de la cité aux nuits de feu de joie. Roka s’arrêta soudain.

Une épaisse fumée noire s’élevait derrière la cime des arbres, là où se trouvait Erèbe.

Roka fut pris de panique. Il regarda sur sa droite. Taro avait le visage crispé. Il le regardait, immobile. Les deux amis se mirent à courir de toutes leurs forces.

La fumée était de plus en plus dense, menaçante, et elle venait de plusieurs endroits différents ; colonnes noirâtres qui zébraient l’horizon rosé du matin, vapeurs nocives qui obscurcissaient le ciel. 

Bientôt, Roka et Taro arrivèrent vers la cité. Ils s’immobilisèrent brusquement, horrifiés par ce spectacle de désolation. La plupart des maisons qui entouraient le palais étaient en feu. Les flammes rouges s’élevaient de toutes parts et semblaient déjà se propager entre les habitations. Tout un pan des remparts était tombé sur la façade sud. Au sol, un amas de pierre et de bois. De la poussière. Quelques corps indistincts. Et dans les rues, l’horreur... Ils virent des démons. Des silhouettes obscures qui poursuivaient les Shinas et les frappaient à coups de hache, d’épée et autres armes tranchantes.

Roka n’en croyait pas ses yeux. Comment était-ce possible ?

A ces côtés, Taro sursauta. Comme frappé par la panique pure. Il aurait voulu fuir. Mais ce n’était pas possible. Non. Taro avala sa salive. Roka quant à lui ne pensait qu’à une seule chose. Sa grand-mère. 

Les deux jeunes hommes se remirent à courir. Ils dévalèrent la pente à toute allure. Leurs gorges et leurs yeux les piquaient. La fumée sans doute. La peur envahissait leurs veines. Crispait leurs mâchoires. Roka serra les poings et jura. Essaya de courir plus vite encore.

Quand ils arrivèrent devant la cité, ils aperçurent l’un des démons à quelques pas d’eux. Taro activa son pouvoir :

-Cri, Music of Despair !

Le démon plaqua ses mains sur ses oreilles mais c’était trop tard. Le son qu’émanait la flûte de Taro transperçait les tympans de l’ennemi jusqu’à rendre sa cervelle en bouillie. Il tomba à terre, du sang coulant de ses oreilles. Les yeux révulsés, il était mort.

Roka sentit les battements de son cœur s’accélérer encore. La mort avait pénétré dans la cité et elle n’avait pas encore terminé ses ravages. Roka n’avait certainement pas envie de voir ça. Pourtant, il était comme paralysé. Incapable de fermer les yeux.

Un démon tournait en rond comme un rapace autour de sa proie. Il passa devant Roka et Taro. Les deux jeunes hommes reculèrent pour se cacher. Quand ils se redressèrent, ils aperçurent le visage de l’homme agenouillé par terre, essoufflé. Les habits déchirés. Le front ensanglanté. Les mains tremblantes. Les épaules basses, comme résignées. Prêt à mourir. C’était Dazai Kyan, un membre du Conseil d’Erèbe.

Soudain, Roka aperçut l’éclat brillant du métal. Le démon abattit son épée d’un coup sec. Le Shinas ferma les yeux. La lame siffla. Trancha le cou comme si elle n’avait rencontré aucune résistance.

Roka et Taro, horrifiés, se cachèrent le visage dans les mains. Pour ne rien voir. Mais ils entendirent. Le bruit sec de la tête qui heurtait le sol. S’enfonçait dans la terre. Puis le corps tout entier qui tombait. Lourd comme un sac de sable.

Roka serra les dents à s’en faire mal. Tous ses muscles étaient tendus. Il ne parvenait pas à se relâcher.

Taro tapa sur le bras de son prince. Le démon s’éloignait. Ils attendirent un instant. Par terre, le corps immobile du Shinas. Sans tête. Couché dans une marre de sang. Roka et Taro ne purent s’attarder. Ils se levèrent et partirent en courant vers les remparts.

C’était de la folie ! Ils risquaient de se faire voir ! Et ils ne seraient pas épargnés. Mais ils ne pouvaient pas abandonner les leurs.

A mesure qu’ils approchaient, les hurlements des Shinas devenaient de plus en plus forts, comme le crépitement des flammes, de plus en plus hautes. Roka avait l’impression de courir vers un cauchemar. De plonger en enfer. Dans un monde irréel. 

De se jeter aveuglément dans un piège.

Arrivé au pied des remparts, les deux Shinas les longèrent vers le nord. Taro se souvenait qu’il y avait une ouverture, plus haut. Un trou dans le mur, qui était là depuis des années. Par lequel passaient les enfants, en cachette, et que les adultes faisaient semblant de ne pas voir.

Il y avait de nombreuses pierres, par terre, le long de l’enceinte. Roka et Taro ralentirent le rythme de leur course, pour ne pas tomber, et ils essayèrent de rester le plus près possible de la paroi, espérant que l’ombre les protégeraient des regards. Quand ils arrivèrent devant le passage dans la pierre, ils se mirent à genou et jetèrent un rapide coup d’oeil à l’intérieur. Personne. Son cœur battait à tout rompre. Ils rassemblèrent leur courage, pensa aux autres et se jetèrent de l’autre côté. Ils arrivèrent dans la petite ruelle sombre. Deux maisons étaient déjà en feu de ce côté de la cité. Et il y avait des cadavres à même le sol. Déjà. Du sang coulait sur les pavés blancs. Roka toussa. La fumée lui brûlait la gorge.

Roka et Taro se relevèrent et partirent en courant vers le bout de la ruelle, en rasant les murs. Taro avait les mains moites et de la sueur coulait le long de ses tempes. Les cris, les bruits du massacre se mélangeaient dans sa tête. Et il entendait encore en écho le son du crâne du membre du Conseil se brisant sur le sol.

Les deux amis passèrent devant une maison en feu. S’écartèrent tant la chaleur était intense.

Ils avancèrent au milieu de la ruelle. Mais il se rendit rapidement compte qu’ils étaient trop exposés. Il se précipitèrent en face. Se plaquèrent vivement contre le mur. Ils virent alors passer un démon, à l’autre bout de la venelle, rapide, sombre, comme l’ombre d’un oiseau. Cela devenait trop dangereux. Bientôt, ils allaient se faire prendre. Mais ils ne pouvaient reculer. Ils se remirent en route. Un pas. Un autre. Enfin, ils parvinrent au bout de la ruelle.

Ils s’apprêtèrent à se lancer dans la rue pour traverser et rejoindre l’allée qui menait vers le palais impérial quand, soudain, une silhouette se dressant devant eux. Roka sursauta et fit deux pas en arrière. Puis il reconnut l’homme qui venait de surgir au coin de la rue. Iemoto Otomo. Le scribe du Conseil. Il avait les mains croisées sur la poitrine, du sang coulait abondamment entre ses doigts. Un sang pourpre et poisseux qui se répandait sur sa tunique.

-Mon prince ! cracha-t-il, à bout de souffle.

Le jeune homme rattrapa le scribe par le bras avant qu’il ne tombe. Mais l’homme n’avait plus de force et Roka dut le laisser s’asseoir par terre, dos au mur.

-On ne peut pas rester ici ! dit Taro. Venez, essayez de vous lever, nous allons vous faire sortir d’ici.

Mais le scribe ne pouvait pas bouger. Il leva la tête vers le prince et fronça les sourcils. Puis il ferma les yeux et laissa retomber son menton contre sa poitrine.

-C’est votre faute, mon prince ! balbutia Otomo.

-Quoi ? Comment ça ?

-C’est votre faute, reprit-il péniblement. C’est vous qu’ils cherchent !

-Moi ? s’exclama Roka, incrédule.

Le jeune homme ferma les yeux. Comment était-ce possible ? Pourquoi lui ? Il se demanda un instant si Otomo ne mentait pas.

-Allez vous en pendant qu’il est encore temps ! marmonna le scribe en tournant la tête vers Roka.

-Je ne peux pas. La Grande Prêtresse...

-Elle est entouré des maîtres et de leurs élèves supérieurs pour la protéger !

Otomo leva laborieusement la main pour pointer le doigt vers le palais impérial.

-Regardez, répéta-t-il. Le palais brûle. La Grande Prêtresse a été évacué dans les montagnes de Léthé. Je crois que les élèves supérieurs Sanada et Obata vous cherchait.

Puis il referma les yeux.

Roka se laissa tomber sur les genoux. Il ne pouvait pas accepter. Non.

Les larmes montèrent à ses yeux. Puis la rage, la haine le gagnèrent. Il se leva brusquement et poussa un cri de fureur. Un cri qui se transforma en sanglot. Car il savait. Il savait qu’il ne pourrait rien y faire.

Au même moment, il entendit des pas qui approchaient. Sur la gauche. Au coin de la ruelle. De plus en plus près. 

Taro l’empoigna par le bras et, ensemble, firent volte-face et se précipitèrent dans la direction opposée. Vers les remparts. De là où ils étaient venus. Ils coururent de toutes leurs forces. Plus vite qu’ils n’avaient jamais courus. Le trou dans le mur... il fallait qu’ils l’atteignent avant que le démon n’arrive. Avant qu’il ne les voient.

Taro semblait entendre le souffle du démon. Son pas. Juste derrière lui. Déjà. Il courut encore plus vite. Bientôt, ils pourraient plonger dans l’ouverture et s’enfuir. Mais soudain, il vit l’ombre du démon se dessiner sur le rempart. Trop tard. Roka se retourna. Croisa le regard du démon. Le prince sentit comme une étreinte glaciale lui traverser le dos. Le démon avançait vers eux. Les dévisageait. Levait son épée au-dessus de sa tête. Le prince marcha à reculons. Tomba à la renverse, recula sur les coudes en rampant. Le démon abattit son bras avec une puissance phénoménale, projetant son épée vers Roka.

Ce fut comme un rêve. Comme une erreur du temps. Un éclair blanc. L’éclat de la lame peut-être. Roka se vit mourir mille fois. Il vit l’épée s’enfoncer dans son corps de mille façons différentes. Traverser ses poumons. Une déflagration. Le dernier battement de son cœur qui envahissait ses oreilles. Puis encore. Toujours la même image. Cette épée. Ce métal froid. La pointe terrible qui transperçait la chair. Encore et encore. La main du démon tendue. La lame qui fendait l’air. Toujours la même trajectoire. Il devait l’éviter. Il pouvait l’éviter. Se retourner. De toutes ses forces. L’épée se planta bruyamment dans le sol. A deux doigts de son flanc. Taro venait de pousser Roka sur le côté. Plus vite encore que l’épée ne s’était envolée. Un réflexe prodigieux. Pas le temps de comprendre. Roka se redressa et se précipita dans la brèche au pied du mur, suivit de près par son bras droit. Ils roulèrent de l’autre côté. Se relevèrent. Et ils coururent. Ils coururent sans se retourner. Sans reprendre leur souffle. Ils ne pensaient qu’à une chose. Fuir. S’éloigner de la mort. Gagner l’ombre des arbres. 

Quand ils furent en haut de la colline, à bout de souffle, le cœur retourné, ils se laissèrent tomber à terre et regarda derrière eux. Le démon ne les avaient pas suivis. La gorge de Roka le brûlait. La peau de ses joues, où ses larmes avaient séché, tirait sur ses yeux. Ses jambes n’étaient plus que douleur. Il était épuisé.

En face, le grondement du carnage semblait s’éteindre, comme un cri qui s’éloigne sur l’océan. La fumée noire emplissait tout le ciel à présent. On eût dit que le jour avait renoncé à se lever. 



Roka fut réveillé par les premiers rayons du soleil. Il lui fallut un moment pour comprendre où il était. Et pour se souvenir. Le massacre. Otomo. La mort de certains Shinas. Les démons. La course à travers la colline.

Il se redressa brusquement et regarda ses mains. Il y restait des traces de sang séché. Le sang du scribe. Ce n’était donc pas un cauchemar. Il sentit les larmes monter au bord de ses paupières. Il n’aurait jamais dû quitter le palais. Il regrettait tellement d’avoir passé la nuit si loin de la Grande Prêtresse et de ne pas être revenu à temps. Il aurait pu les sauver, il en était sûr. Il avait bien réussi à s’enfuir, lui ! Jamais il ne pourrait se le pardonner.

Roka se leva en essuyant ses larmes. Il poussa un long soupir avant de secouer la tête. Il avait survécu, grâce à Taro. Voilà l’idée à laquelle il devait se raccrocher. Et un jour il vengerait tous ses Shinas morts. Il trouverait ceux qui étaient responsables de leurs morts, et il les vengerait. Rien ne pourrait les sauver. Ils devraient payer. On ne tue pas les siens. Ils allaient payer.

Mais il était trop tôt. Roka devait se raisonner. Taro et lui étaient encore en danger. Si Otomo avait dit vrai, les démons qui avaient massacré les Shinas étaient sûrement à leurs trousses. Pour le moment, ils devaient fuir. La vengeance viendrait plus tard.

Toutefois, il aurait aimé comprendre. Savoir ce qui avait provoqué ce massacre, et pourquoi il semblait, lui, en être la cause. Mais pourquoi un tel massacre ?

Taro grogna. Il commençait à avoir faim. Ils n’avaient pas mangé la veille au soir et ce matin ils n’avaient encore rien à se mettre sous la dent. L’albinos respira profondément et tapa sur l’épaule de son souverain. Ils devaient se mettre en route. Ils espéraient que marcher leur ferait oublier leur ventre creux. Et de toute façon, il fallait fuir. S’éloigner d’Erèbe. Cela ne faisait aucun doute.

Roka jeta un coup d’oeil derrière lui, vers le palais impérial. Des colonnes de fumée noire s’élevaient encore dans le ciel, de l’autre côté. Quelque part, en dessous, gisait sans doute les corps brûlés des Shinas. Il ferma les yeux. Il ne pouvait plus supporter cette idée. Il ne voulait plus jamais voir cette montagne. Ce ciel. Loin. Partir loin.

Poussés par la peur, la colère et le chagrin, Taro et Roka marchèrent ainsi toute la matinée d’un pas vif. Se frayant un chemin au milieu des bois, courant presque, traversant les champs de rochers, ils ressentirent bientôt la fatigue. Quand le soleil fut au plus haut dans le ciel, ils aperçurent en contre-bas un chemin. Ils s’arrêtèrent. Roka s’assit sur une grosse pierre et réfléchit.

Il n’y avait personne en vue sur le chemin. Pas un bruit. C’était une petite voie de terre, qui glissait entre les montagnes et disparaissait au nord. Certainement pas la grande route commerciale. Mais il devait tout de même y avoir un peu de passage et c’était trop risqué de l’emprunter. Les démons pouvaient la prendre. Taro ne cessait de se tordre les chevilles, ici, et le chemin aurait sans doute été bien moins fatiguant. Roka se décida. Il se leva, descendit la petite pente, puis il s’approcha du chemin, suivit de près par Taro.

A cet instant, ils aperçurent à l’est deux silhouettes qui s’approchaient. Roka fit quelques pas en arrière et se baissa pour se cacher, imité par Taro. Ils ne pouvaient prendre aucun risque. A travers les branchages, ils eût tout le loisir d’observer les passants sans craindre d’être vu. Bientôt, les deux silhouettes furent à proximité, juste devant le prince et son bras droit.

C’étaient deux jeunes hommes, à peine plus âgés qu’eux. L’un des deux jeunes étaient grand à la peau claire avec des cheveux noirs jais et les yeux pêche. Il portait une veste longue militaire à capuche avec une coupe ajustée au niveau de la taille de couleur noir. Des boutons d’ornement et des sangles étaient visibles. Son pantalon avait un style atypique. Le pantalon noir et marron ornait une pochette en simili à rivets placée sur la cuisse droite. Son compagnon avait un long manteau noir avec une coupe légèrement ajustée, des sangles d’ornement au niveau des manches et des épaules étaient visibles. Des boutons d’ornement sur le veston étaient intégrés ainsi qu’une capuche imposante. Son pantalon noir ajusté soulignait les courbes de son corps. Les lanières et une chaîne en métal retombait sur la cuisse gauche. Il était mince, des yeux dorés et un visage fin. Ses cheveux, châtains avaient des reflets cuivré. Des perles étaient visibles sur certaines mèches de ses cheveux.

Soudain, Roka et Taro reconnurent les deux jeunes hommes. C’était Nambo Sanada, l’élève supérieur du troisième régiment et Joben Obata l'élève supérieur du deuxième régiment.

Taro poussa un cri en direction des deux Shinas. Ils se retournèrent et le regardèrent, quelque peu surpris et sur le qui-vive, dans un premier temps. Mais très vite, leurs regards s’écarquillèrent quand ils virent le prince d’Erèbe.

-Mon Prince ! cria Joben en courant vers son souverain, un large sourire aux lèvres. 

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