Les Survivants - Saison 2
Épisode 18 : In mourning
Par Myfanwi
Malgré la mort de Canigou, les survivants avaient enfin sous leurs yeux un petit bout de paradis. De la nourriture, un coin où se reposer, des vêtements propres, des barricades sécurisées... C'était plus que tout ce qu'ils avaient connu dans leur périple les fois précédentes. McGregor leur expliqua que tout ce qu'ils avaient sous les yeux provenait du travail de l'escouade Alpha, dont il leur expliqua sommairement le rôle, mais aussi des communautés avec qui il avait fini par tisser des liens au fil du temps. Lui était un survivaliste. Il n'était rattaché à aucune communauté, mais les connaissait toutes plus ou moins.
— Voilà, dit-il en entreposant des rations de survie dans son sac. Moi, j'ai fait ce que je devais faire. J'ai juste une dernière question, dit-il en sortant un petit calepin. Canigou, c'était son nom, n'est-ce pas ? Il est mort enseveli ? Noyé ou dévoré ?
— Oui, le chien mort, répondit Igor de son accent chantant, d'une voix triste.
Il gribouilla quelque chose sur le carnet et le rangea dans sa poche. De toute évidence, il tenait les comptes, remarquèrent les aventuriers. McGregor leur sourit.
— Bon, eh bien, c'est ici que nos chemins se séparent. J'ai accompli ma mission et des intermédiaires vont venir vous récupérer. Vous avez de quoi vous habiller, vous réchauffer. Il y aura forcément un passage ici bientôt vers la Nouvelle Arche, ne vous inquiétez pas. Même si je m'en vais, je ne vous abandonne pas vraiment. Ce n'est pas parce que je ne suis plus avec vous que...
— Vous pouvez nous donner plan pour aller Nouvelle Arche ? l'interrompit Igor, fatigué par ses adieux mélodramatiques.
— ... Ouais, grogna-t-il, vexé. Tenez ça.
Il lui mit son paquet de bonbons dans les mains et fouilla dans ses poches à la recherche du papier. Igor lança un regard écœuré devant la couleur des friandises. De toute évidence, elles n'étaient plus de première fraîcheur. McGregor lui tendit une feuille de couleur jaune moisi, mais toujours lisible, et récupéra les friandises.
— Bon, eh bien, je m'en vais maintenant. Ne mangez pas tout, pensez aux autres survivants qui vont passer derrière vous. Soyez généreux comme je l'ai été avec vous.
Il leur adressa un dernier signe de tête te s'enfonça de nouveau dans les égouts.
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Gloria en avait vu des mochetés dans sa vie, mais jamais encore autant que les deux scientifiques qui se trouvaient devant elle. Par chance, malgré son grand âge, elle les avait reconnus à l'odeur d'égout qui les entourait et leur avait ainsi évité un coup de fusil involontaire. Octogénaire qui approchait de la dizaine supérieure, elle ne devait sa survie jusqu'à présent qu'au hasard. Oui, c'était le mot. Pour une quelconque raison, le hasard souhaitait que ce petit bout de femme survive à l'apocalypse.
Les deux jeunots ne cessaient de parler de choses qu'elle ne comprenait pas vraiment. Il y avait Anthony Rivière, le plus jeune des deux, et Scarrein Rivière, son père ou son cousin, elle n'était plus sûre. Il était plus vieux et plus moche que l'autre. Ils parlaient d'expérience, de sang, de résultats, de pertes, mais ce n'était que du charabia pour son audition déjà loin des performances de sa jeunesse.
Alors, pour les faire taire, elle fit comme toujours. Elle s'approcha du petit jeune et lui pinça les joues affectueusement. Anthony poussa un lourd soupir, habitué aux élans séniles de leur accompagnatrice qui avait du mal à tenir ses mains à leur place. De toute manière, ces garnements avaient besoin d'elle. Ils prétendaient la protéger, mais c'était bien elle qui se chargeait de cette tâche alors qu'ils perdaient leur temps en discussions futiles et inintéressantes.
Tous les trois avançaient dans les égouts depuis quelque temps maintenant, pour rejoindre une soirée pizzas ou quelque chose comme ça, elle n'était plus très sûre. Ou peut-être était-ce une autre communauté. Était-ce vraiment si important ? Ils arrivaient bientôt au point d'étape, là où ils pourraient enfin se reposer. Elle espérait que les jeunots prendraient aussi une douche au passage, parce que cette odeur l'inconvenait terriblement.
Alors qu'ils approchaient du point de rendez-vous, des murmures leur parvinrent depuis la fameuse pièce sécurisée où ils étaient censés se rendre.
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Igor, Antonio et John, toujours accompagnés de Nathanaëlle, se reposaient ici depuis un peu plus de trois jours désormais. Ils avaient pu se changer, manger à leur faim et surtout se reposer après cette course contre la mort qui leur avait coûté cher, tant physiquement que mentalement. Depuis, ils patientaient.
Lorsque des pas résonnèrent en dehors de leur pièce, tous se figèrent, armes à la main. Deux jeunes hommes en tenue de scientifique entrèrent, suivis par une vieille dame dont ils n'étaient pas certains de si elle était vivante ou déjà en décomposition. Ils levèrent les mains et se présentèrent immédiatement pour calmer les tensions. Les deux hommes n'avaient pas l'air très nerveux. Celui qui s'était présenté comme Scarrein Rivière se posa contre le mur et commença à se frotter la barbe, concentré, alors que le deuxième se tournait vers eux.
— D'où est-ce que vous venez ? demanda Antonio, plus nerveux et sur la défensive.
Il semblait bien être le seul. John faisait mine de s'intéresser aux nouveaux venus, mais son regard était attiré par la nourriture sur la table. De temps à autre, un croissant disparaissait à la vitesse de la lumière des plateaux pour rejoindre son estomac.
— Nous venons de l'île, répondit Anthony d'une voix calme.
— Ah vraiment ? demanda Igor. Moi, venir aussi de l'île. Et je croire reconnaître la femme.
— Quoi ? cria-t-elle. Comment ? Qu'est-ce que vous faites chez moi déjà ?
Comme si elle venait de se réveiller, elle attrapa l'arme à sa ceinture et braqua les occupants de la pièce, scientifiques compris. Tout le monde recula d'un pas, surpris. Anthony soupira.
— Glo... Gloria ? Peut-être faudrait-il mieux que vous mangiez votre compote maintenant.
— De la compote ?! Je n'ai pas eu de compote depuis des années à cause de tout ce merdier, là, ces zombies, ces trucs ou je ne sais pas quoi. C'est une machination de toute façon. Ça, c'est l'État. C'est toujours la faute de l'État de toute façon. Une mascarade ! Et qu'est-ce que vous foutez encore là ?! Sortez de chez moi ! »
Alors qu'Igor peinait à argumenter avec la vieille dame, le regard d'Anthony balaya les survivants dans la salle avant de s'arrêter sur Dominique, la femme enceinte. Ses yeux s'écarquillèrent et il leva le doigt dans sa direction, menaçant.
— Toi... Espèce de traîtresse !
Cela eut le mérite de recentrer l'attention sur la scène. La femme, mal à l'aise, recula d'un pas alors qu'il s'apprêtait clairement à lui bondir dessus. Igor laissa Gloria pour s'interposer. Sa carrure d'armoire à glace le dissuada d'avancer plus en avant.
— Elle nous a trahis ! s'emballa le scientifique. Elle avait le choix de venir nous sauver. On était tout un groupe et c'est à cause d'elle si certains d'entre nous sont morts ! On a quitté l'île à bord d'un petit bateau et on était plusieurs, et cette... cette femme nous a littéralement jeté dans la gueule du loup en se barrant avec notre valise.
— D'accord, d'accord... Vous calmer, grogna Igor. Quoi avoir dans la valise ?
— Les éprouvettes bizarres, répondit John.
Pendant les trois jours qu'ils avaient passés ici, Dominique avait fini par leur révéler ce que contenait cette valisette qu'elle tenait toujours contre elle. Il y avait des résultats d'analyse particulière, ainsi que des éprouvettes contenant un liquide étrange.
— Oui, mais en quoi être important ? insista Igor.
— Ce sont des résultats sur la pandémie, répondit Anthony. Vous savez ? Sur ce virus qui nous transforme tous. On a... On a une piste, une idée de quelque chose qui permettrait d'arrêter la pandémie. C'est lié à des expérimentations qu'on menait sur l'île et nous avons réussi à nous enfuir au moment où tout est parti en n'importe quoi. On a réussi à atteindre les rivages avec notre groupe, avec cette femme. Des morts ont fondu sur nous et elle nous a abandonnés. Elle a refermé le passage sur nous. Elle nous a jeté dans la gueule du loup pour faire diversion !
— Admettons vous avoir solution pour virus. Quoi après ? Vous n'avoir aucune usine pour synthétiser un vaccin !
— La Nouvelle Arche ! le contredit le scientifique. C'est un endroit où l'on peut rejoindre une nouvelle communauté, où l'on peut être enfin tranquille pour poursuivre nos études. Nous sommes venus avec une voiture, ce n'est pas très loin. Mais il est hors de question qu'on se traîne encore cette femme. Enceinte ou pas enceinte, je m'en fiche. Elle n'est pas fiable.
Le russe poussa un grognement menaçant qui ferma le clapet au scientifique. L'homme déglutit, mais insista quand même.
— Non, mais comprenez-moi, elle a...
Igor le saisit au col et le secoua en l'incendiant de mots russes que personne ne comprit. Scarrein sauta sur ses bras pour aider Anthony à se libérer, sans succès. Gloria, nerveuse, braqua son arme sur lui également.
— C'est un communiste ! cria-t-elle. Moi, je les connais les cocos, ils posent toujours des problèmes ! Moi, mon mari, il était à Stalingrad et il en a abattu des connards dans ton genre !
— Moi demander dernière fois, dit Igor, l'ignorant complètement. Femme enceinte venir avec nous, capiche ?
Pendant que le groupe s'échauffait, Dominique serra la valise contre elle et recula d'un pas, mal à l'aise. Nathanaëlle l'observait avec méfiance. John continuait de regarder la scène, des biscuits dans les mains, et Antonio le rejoignit, blasé. Igor semblait avoir la situation sous contrôle de toute manière, il n'avait pas besoin d'intervenir.
Et il eut bien tort. À force d'être ignorée, Gloria s'échauffa. Elle leva son fusil et fit feu sur le russe. La balle envola sa casquette et le frôla de peu, heureusement sans le toucher.
— Maintenant tu vas me prendre au sérieux, connard de communiste ! hurla-t-elle en rechargeant son fusil. Tu vas voir ce que tu vas voir !
Igor poussa un soupir, nullement impressionné, puis se tourna vers elle.
— Quoi vouloir vieille bique ?
— Elle est avec moi, chuchota Anthony, toujours retenu par le géant russe, les bras tremblants.
— Tu sais le nombre de colliers d'oreilles qu'a fait mon mari avec des russes-koff comme toi ? Hein ?! lui cria Gloria, déjà prête à faire feu de nouveau.
— Et toi savoir le nombre de vieux que moi tuer en Tchétchénie ?
— C'est des Tchétchènes, ça compte pas ! répondit la vieille, très sérieuse.
— Écoutez ! intervint Scarrein prudemment. Il faut que l'on reprenne nos esprits maintenant, on est tous embarqués dans la même galère. Je suis d'accord avec Anthony sur la méfiance dont il faut faire preuve par rapport à cette personne, dit-il en pointant la femme enceinte. Elle a largement abusé de nous pour rester vivante, quitte à largement nous trahir alors que ce n'était pas nécessaire.
— Nous pas abandonner femme et encore moins femme enceinte ! s'énerva Igor, de nouveau menaçant. Elle venir avec nous !
— D'accord, mais on doit reprendre nos esprits. On ne va pas pouvoir rester ici indi... dé... Bref, un mot qui veut dire l'infini, ici.
— Indéfiniment, corrigea John de sa voix virile depuis le buffet, toujours attentif. »
Gloria plissa les yeux.
— Oh, mais attends ! Je te reconnais toi ! dit-elle à Igor. Tu étais sur l'île !
— Moi dire toi que moi être sur l'île depuis tout à l'heure ! Moi reconnaître toi, car toi folle qui insulte tout le monde !
— Oui, bref, on s'en fiche ! J'aime pas les Russes. On doit aller maintenant dans cette arche ou je ne sais pas quoi pour récupérer une valise avec des affaires. Et en plus ils ne se sont pas changés depuis très longtemps et ils puent, dit-elle en pointant les scientifiques. Mais j'ai pas tout compris. Mais bon.
— Là-bas on sera en sécurité, la coupa Scarrein pour approuver ses propos sans aucun sens.
— Oui, mais touchez pas le petit Anthony ! cria-t-elle à l'attention du russe. Il n'a rien fait, il est gentil !
— D'accord Babouchka, soupira le russe.
Il ouvrit le poing et le scientifique retomba sur les fesses, un peu secoué mais toujours en vie.
Maintenant que la tension descendait, les scientifiques proposèrent d'accompagner le groupe vers la sortie. Ils discutèrent encore quelques instants, le temps de se restaurer, puis ils reprirent la route par un chemin différent de celui qu'ils avaient emprunté plus tôt et où ils avaient tragiquement perdu Canigou pour regagner la surface.
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Après une traversée compliquée dans les égouts, le groupe avait escaladé un vieux monte-charge pour rejoindre la route. Ils se trouvaient de nouveau en ville, dans un espace clôturé. En chemin, leurs nouveaux compagnons leur avaient appris qu'un groupe situé dans un hangar un peu plus loin pourrait les mener à destination de la Nouvelle Arche. Côtoyer de nouveaux étrangers ne plaisait pas forcément à tout le monde, mais ils allaient devoir faire avec pour continuer à progresser.
Alors qu'ils découvraient leur environnement, ils repérèrent assez vite une ouverture en face d'eux. La porte était obstruée de nombreux débris et objets rouillés qu'Antonio et John se firent un plaisir de déblayer pour libérer un passage vers une grande porte. Cependant, des râles de morts-vivants ne tardèrent pas à se faire entendre dans les environs suite au bruit engendré par les deux hommes. John entrouvrit la porte et découvrit derrière la rue principale. Il remarqua de suite des barricades dressées plus loin contre lesquelles des morts s'agitaient et tendaient leurs bras avec désespoir dans leur direction, embourbés et plantés par de nombreuses barres de fer. John trouva également un vieux fusil salement amoché, mais qu'il pourrait sans doute refaire fonctionner après un peu de nettoyage. C'était toujours bon à prendre.
— Droite ou gauche ? demanda Igor aux scientifiques.
— La voiture est à gauche, répondit Anthony. Il y a d'autres véhicules de l'autre côté, mais je ne sais pas s'ils fonctionnent. Ils avaient l'air d'être en bon état.
— Quelqu'un a pensé à réveiller Gloria ? demanda Antonio, en s'apercevant que la vieille femme qui s'était assoupie sur une chaise n'avait pas bougé.
John fit marche arrière et posa un doigt sur sa joue pour s'assurer qu'elle n'était pas morte.
— Où ils sont ?! s'écria la vieille. Eh ! Me laissez pas là, hein ! Ça suffit ! J'en ai connu des assistants et des assistantes qui essayaient de me laisser sur le carreau !
— Oui, Mamie, répondit-il, patient, en la poussant vers la porte.
— J'ai déjà roulé ma bosse, moi ! Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que vous avez trouvé ? Je voudrais un vrai matelas. J'ai mal au dos et je dors très mal en ce moment, donc...
— Gloria, il ne faut pas faire trop de bruit pour les zombies, chuchota Antonio, une fois qu'elle les rejoignit.
— Quoi ?! s'écria-t-elle. Des zombies ?! Où ça ?!
Elle « courut » vers l'avant et marcha dans des morceaux de verre qui produisirent un boucan de tous les diables. Aussitôt, des morts s'agitèrent quelque part devant eux. Retenus par des barricades, ils essayaient de forcer le passage, lacérés au visage et au torse.
Ils arrivèrent devant la voiture. Elle leur parut bien exigüe pour huit personnes, mais ils allaient bien devoir y rentrer, tant bien que mal. Pendant qu'Antonio les aidait à s'installer, John se chargea de frapper les zombies pour les faire reculer. Vu sa taille, il devrait se contenter du coffre de toute manière. La femme enceinte avait eu droit au siège passager, tandis qu'Igor conduirait, puisque, comme le dit Gloria : « Vous, les Russes, c'est votre truc, pas vrai ? » Il réussit à dégager la voie sans problème et le groupe, un peu serré, mais sécurisé, s'en alla vers la Nouvelle Arche.