Les Survivants - Saison 2

Chapitre 16 : Critical condition

2665 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 16/07/2026 08:47

Épisode 16 : Critical condition

Par Juliabakura


Canigou, Igor, Antonio et John avaient investi le bâtiment. Ils avaient à peine fermé les portes qu'ils devaient déjà trouver un moyen de les bloquer, car les morts-vivants étaient en train de foncer sur eux. Antonio chercha s'il n'y avait pas un petit panneau pour les aider, ou une clé pour fermer. John proposa de manière peu élégante de prendre la femme enceinte comme barricade, avec la désapprobation d'Antonio. Igor ne se cassa pas la tête sur ce souci et préféra chercher une autre issue, il fut accompagné dans sa stratégie de Canigou, qui avait le même instinct que ce dernier.


John décida finalement d'aller chercher une table pour tenter de bloquer la porte. S'il échouait, il aurait au moins le privilège de mourir dans la gloire. Antonio, plus convaincu par ce plan que celui de la femme enceinte, alla l'aider également. Ils ne savaient pas si c'était à cause du stress ou de la précipitation, mais les deux hommes forts du groupe firent le travail minimum, pour empêcher les créatures de traverser la vitre. Une fois le travail accompli, ils se rendirent vers les escaliers, une issue déjà explorée par Canigou et Igor. Antonio félicita intérieurement le chien d'avoir réussi une nouvelle fois à les sauver.


Igor et Canigou étaient déjà arrivés au sous-sol avec McGregor. Ce dernier était un peu embarrassé. Leur route était doublée d'un grillage, mis là pour renforcer cet endroit après l'apocalypse. Il y avait certes un petit passage, trop étroit pour qu'un humain puisse passer et qu'ils pourraient agrandir, mais cela prendrait du temps. Devaient-ils trouver un autre passage ou forcer celui-ci ? Dans un premier temps, Igor aurait fait le choix de demander aux montagnes de muscles qui les accompagnaient de venir les aider, avant de se rendre compte qu'ils étaient en train de bloquer l'arrivée des créatures. Canigou renifla le passage, comprenant qu'il avait lui place pour se glisser de l'autre côté.


Intérieurement, Igor se rappela également qu'il était un survivaliste. Un homme entrainé et solitaire. Il ne comptait que très peu sur les autres. D'après son intuition — qu'il qualifiait de parfaitement parfaite —, les portes allaient céder pendant qu'il passerait l'ouverture et il n'aurait qu'une seule chance pour passer. Le premier à passer dans l'ouverture serait le premier à ne pas se faire croquer par les zombies. Et il était hors de question que cela arrive.


Sans aucune délicatesse, Igor poussa Canigou et plongea dans le passage très étroit, grillagé et avec pleins de morceaux de métal qui en dépassait. Il était complètement hystérique et se hurla avec un accent prononcé :


— Ah ! Ils vont entrer ! Ils vont entrer ! Il faut absolument que je passe ! Ils vont nous manger tout cru. 


De ce fait, par la panique, Igor réussit à franchir partiellement le chemin étroit, non sans se déchirer méchamment les flancs en forçant, mais ne tarda pas à rencontrer des problèmes pour faire passer la partie inférieure de son corps.


Canigou resta complètement éberlué par cette scène. Le Russe était désormais coincé dans la seule ouverture de la porte. Le chien fit la seule chose qui lui vient à l'esprit et lui lécha les pieds. S'il en avait eu l'occasion, Canigou aurait voulu lui prendre son portefeuille dans sa poche.


Derrière eux, la voix désespérée de McGregor lâcha :


— Pourquoi ?


— Je suis coincé, comme les Allemands devant Moscou, répondit Igor. C'est mon Stalingrad à moi. 


John et Antonio n'avaient pas encore assisté à la scène. Ils savaient que la barricade ne tiendrait pas longtemps, puisque les morts s'excitaient à la vue de proie. Quand les deux montagnes de muscles arrivèrent dans les escaliers, ils virent Igor coincé dans la petite ouverture à chat de la porte, en train de pisser le sang.


Voyant la complexité de la situation, John demanda à Ryu s'il voulait essayer quelque chose. Il voulait prendre les bras et faire un double drop kick pour essayer de le pousser, au risque de le blesser davantage. Il y avait une possibilité pour que des morceaux tombent des deux côtés, ce qui ne semblait pas embarrasser John, au contraire. Pour lui, cela ferait des réserves de nourriture pour Canigou.


Ryu le tempéra et proposa de forcer tous les deux la grille à la place. Par force et espoir, ils réussirent sans aucun problème à ouvrir le grillage. Ils purent voir que des morceaux de métal étaient toujours attachés au corps d'Igor. Ils allaient devoir trouver un moyen de le soigner rapidement ou ils ne payaient pas cher de sa peau dans un avenir proche.


— J'étais ravi de vous rencontrer, reprit le Russe à moitié mourant. 


Tout compte fait, le véritable ennemi dans cette apocalypse n'était pas tellement les zombies, pensait Canigou, qui avait vu de nombreux équipiers mourir, mais c'était plutôt les portes.


Maintenant que la voie était ouverte, ils purent continuer leur chemin. Mais très vite, Canigou fut d'un mauvais pressentiment. Il sentit quelque chose et le chien ouvrit la marche pour aller renifler les environs.


Entre-temps, le stress d'Igor s'était évaporé une fois qu'il fut délivré de sa prison. Étrangement, le russe en situation critique arrivait mieux à gérer sa folie intérieure, surtout quand celle-ci a été provoquée par lui-même.


— Je suis plus fort quand je saigne, reprit-il. 


Antonio s'imaginait parfaitement ce dernier mettre sa main dans son sang et en faire son empreinte sur le visage, comme les guerriers.


Canigou s'approcha d'un cadavre égaré. Son intuition lui indiqua que quelque chose clochait et le mit en alerte. Les jambes bougeaient. Il entendit également un grognement à son approche. Petit à petit, il vit une bête féroce, un chien errant qui se régalait avec les jambes encore fraiches de ce cadavre. Il se retourna vers Canigou et leva les babines, prêt à se battre contre l'envahisseur qui voulait lui voler sa nourriture. On ne prend pas la nourriture à un chien affamé. Canigou se positionna en posture d'attaque. L'animal n'avait aucun moyen de savoir si son camarade affamé était un être infecté ou non. Il bondit dans la mêlée et les deux canidés commencèrent à se mordre. Canigou réussit à le saisir au cou. L'adversaire lui donna un coup de patte.


Igor arriva à son tour, toujours saignant sur le flanc. Les autres entendirent tambouriner sur la vitre dans le hall. Ils savaient qu'en restant dans ce lieu plus longtemps, en plus des aboiements des chiens qui faisaient du bruit, ils étaient en danger. Les hurlements d'animaux excitaient encore plus les zombies qui se jetaient sur la barricade pour traverser l'obstacle dressé par John et Ryu.


Malgré les blessures, Igor avait la main sur son arme. Il avait envie d'en finir avec tout cela. Il allait tuer le chien. Du moins celui qui leur barrait le passage. Malgré le peu de temps passé avec Canigou, le russe hésita à tirer. Il ne voulait pas blesser son nouveau camarade. Il semblait rechercher un signe de son ami à quatre pattes pour savoir ce qu'il devait faire. Cette incertitude le paralysa et laissa la possibilité à cet être enragé d'attaquer Canigou une nouvelle fois. Les deux se mordirent et se blessèrent mutuellement. Aussitôt, le Russe eut un instinct, braquant son pistolet, il tira.


Antonio et John aidèrent les autres à passer par le chemin. Par instinct de survie, Antonio replaça le grillage pour empêcher la progression des zombies derrière eux, afin de faciliter leur fuite. John suivit son collègue. La volonté et la force de ces deux êtres réunis permirent d'obstruer complètement le passage. Ils purent entendre que ça explosait dans le hall. Heureusement, ce qu'ils venaient de créer allait leur sauver la vie.


— C'est du beau travail, sourit John à son collègue avec amitié. 


Leur affinité ne faisait que se renforcer. Même si le conflit d'utiliser ou non la dame enceinte restait un peu au travers de la gorge de Ryu.


De son côté, Igor avait hésité encore une fois, car le combat avait continué. Les deux animaux étaient proches, mais le Russe finit par trouver une légère ouverture. Il en profita pour tirer sur ce pauvre chien qui n'avait rien demandé à personne et qui ne cherchait qu'à se nourrir, car il était affamé et que c'était l'apocalypse. C'était un pauvre toutou, tout seul et abandonné par ses maîtres qui étaient probablement morts. Bref, Igor le blessa gravement sans le tuer. Il poussa un petit jappement. Canigou vit l'ennemi de toujours tomber sur le côté et lâcher son emprise.


Canigou se redressa, stoïque, pour asseoir sa domination. Si le langage des chiens était traduisible, peut-être se seraient-ils dits :


— Je t'ai vaincu. Maintenant...


— Accorde-moi une faveur.


— Qui a-t-il ?


— Renifle-moi les fesses !


— Entraine-toi et rendez-vous dans un an. On se réaffrontera. 


Du moins... C'était le dialogue que s'imagina John en entendant les deux chiens se grogner dessus.


Igor vérifia que ce dernier ne bondissait pas de nouveau, du moins rapidement, avant de continuer son chemin avec Canigou. Le chien abandonné continua de mâchouiller le corps pitoyablement. Ryu, plus précautionneux, fit un pas de côté face au cadavre, priant pour qu'il ne s'agisse pas d'un mort-vivant. John le rassura en indiquant que si c'était le cas, quand le chien aurait commencé à le manger, il se serait relevé et essayé de manger également l'animal. Cependant, depuis quelque temps, la logique n'était plus réellement existante dans ce monde.


Nathanaëlle et McGregor passèrent à leur tour en crabe à côté, suivant l'exemple de Ryu, en ne comprenant pas ce qu'il se passait. Ils s'enfoncèrent dans les méandres du bâtiment pour rechercher une sortie, ou du moins l'accès vers les égouts qui était le point de retraite indiqué par McGregor.


Après avoir erré un peu sous le bâtiment, ils se retrouvèrent dans un espace intermédiaire. Mac Gregor indiqua qu'il fallait tourner à droite, mais qu'il ne sentait pas trop cet endroit. Habituellement, il y avait toujours un peu d'activité. Là, il y avait un silence de mort (pour ainsi dire), et Canigou confirma cette inquiétude. Son oreille droite se souleva, annonciatrice de malheur (ou de la pluie, selon John).


Igor n'avait aucun scrupule à laisser le chien passer devant pour le laisser se faire manger... Euh non, pour qu'il parte en éclaireur.


La lumière était un peu tamisée, le bruit d'un écoulement d'eau provenait d'un tuyau qui s'était brisé à leur droite, laissant apparaître un début d'inondation avec une eau croupie. Il y avait eu une tentative d'aménagement de l'endroit, avec des lits où reposaient des corps morts. Ce lieu avait dû servir un moment de lieu de retraite, mais ce n'était plus le cas. Si survivants il y avait, ils se cachaient sans doute plus loin. Le danger était toujours présent, et Canigou avait bien senti quelque chose. Une odeur forte de pourriture lui titillait la truffe. Prudemment, le chien se rapprocha de la source. L'animal avait une ouïe plus développée que ses camarades bipèdes. Il entendit des choses que les autres ne pouvaient pas. Canigou entendit des couinements, au début quelques-uns, puis de plus en plus. Plein... PLEIN. Ça arrivait. Aussitôt, Canigou se mit en mode danger. Oreilles droites, aboiement pour alerter ses camarades.


Intrigués par les appels de leur ami à quatre pattes, Igor sortit son flingue et Ryu se prépara également à lancer une attaque avant d'entendre un grondement, puis des bruits de toutes petites pattes. Des rongeurs. Pleins de rongeurs qui venaient et surgissaient comme s'ils ne trouvaient pas d'issue ailleurs et ils fonçaient vers eux. Canigou vit une troupe se lancer à sa poursuite, crocs et griffes tendues pour le blesser. Instinctivement, l'animal s'était préparé à la fuite. Il retourna en arrière, vers ses maîtres, paniqué.


Igor essaya de monter sur la première chose à sa portée afin de pouvoir éviter le « rat » de marée. La femme enceinte, surement mue par la peur, avait réussi à avancer plus rapidement et de monter sur le même lit qu'Igor pour se protéger. Nathanaëlle, quant à elle, tomba au milieu d'eux. McGregor bondit pour arriver sur le même lieu que la femme enceinte et Igor, ainsi que Canigou.


John et Antonio virent leur camarade Nathanaëlle sur le sol. Il ne fallut qu'un simple regard pour que John l'attrape et la mette en hauteur sur une caisse, tandis qu'Antonio le suivait, prêt à l'aider si nécessaire. Ce dernier grimpa en premier sur les caisses, sans aucune difficulté, avant de voir son camarade, toujours aussi puissant et musculeux, dans toute sa splendeur. Il récupéra sous son bras Nathanaëlle et bondit. Par déformation professionnelle, il la jeta sur la caisse, la blessant légèrement avant de la rejoindre.


Tous purent voir les rats s'enfuir par l'espace d'où ils venaient d'arriver. Ils semblaient être en sécurité, même si ce n’était pas pour longtemps. Une fois que les rongeurs auraient remonté le passage pour se retrouver bloqués par la porte blindée par John et Antonio, ils reviendraient forcément.


McGregor descendit immédiatement en indiquant le chemin à prendre. Igor fut le premier à prendre la tête du groupe, désireux de quitter le lieu. Il n'hésita pas à regarder dans tous les coins au passage, voir si quelque chose pouvait servir, mais tout semblait avoir été dépouillé : il y avait des fioles vides, du matériel de soin usagé. S'il voulait trouver de quoi se soigner, il allait devoir fouiller plus en profondeur, au risque de voir ressurgir les rats. Ryu essaya de regarder dans les environs également pour chercher si quelque chose était visible pour les aider. Il ne trouva rien, juste un passage où les rats n'étaient pas passés, car le chemin était obstrué par un meuble et des obstacles les empêchant d'aller plus loin.


Igor commençait à sentir son corps devenir de plus en plus lourd. Il devait choisir entre prendre le peu de force qu'il lui restait pour réussir à passer outre l'obstacle et aller dans un lieu inconnu, sans savoir s'il pourrait se soigner ou prendre le temps de chercher une trousse de soins et affronter les rats. Ne sachant pas ce que l'avenir lui réservait, il puisa dans ses réserves et son adrénaline pour chercher les soins. Il boita, s'accrocha à ce qu'il pouvait. Il laissa des traces de sang partout où il passait avec les mains. Il passa au-dessus du comptoir, il tâta avec sa main sans voir ce qu'il touchait, avant de sortir, comme par magie, une grosse trousse de soins. Un médikit. Igor tomba au sol ensanglanté, espérant que l'un de ses camarades puisse le soigner.


Les autres purent entendre en haut des escaliers les jappements du chien, en train de se faire littéralement attaquer par la horde de rats. Nathanaëlle, qui avait été sauvée par John, reprit :


— Euh... Écoutez, j'ai des connaissances en médecine. Si... S'il faut faire quelque chose... Je peux faire quelque chose !!


— Très bien. 


John attrapa la femme et l'emmena sous son bras vers le Russe.


Immédiatement, Nathanaëlle se mit à panser les plaies et arrêta les saignements, avant d'entendre la dégringolade de rats qui revenaient dans la pièce. Ils avaient pris beaucoup de temps pour se soigner et, désormais, ils devraient se dépêcher pour enjamber l'obstacle pour poursuivre leur route.

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