Les Survivants - Saison 1
Épisode 18 : Time travel
Par Mastroyal
Le groupe des Survivants a refusé d'affronter celui du Futur, et a donc choisi de s'isoler afin de s'installer. Durant trois mois, ils ont exploré les environs et visité des fermes ou d'autres bâtisses à l'abandon en vue d'édifier une sorte de campement. Malheureusement, le temps passant, les vivres et le matériel vinrent à manquer, impactant la vie de la communauté.
Marilyn, la jeune ex-vétérinaire, vit son enfant mourir prématurément, ce qui fit d'elle une femme froide et endurcie. Wakenda, l'amérindien, se mit à faire preuve d'un zèle exemplaire. Lily-Rose, la petite benjamine du groupe, se montra dégourdie et très débrouillarde. Janet, l'ex-prostituée, vit enfin un espoir de survie... Espoir qui n'est toutefois pas vraiment partagé par Roger, le paysan, qui se montre de plus en plus en proie au doute. John, le chauffeur du bus, après de longs et épuisants trajets, finit par perdre l'habitude du sommeil. Toutefois, ces quelques sombres pensées, sans être vraiment occultées, finirent par être mises de côté par la venue définitive des sœurs Tellson dans le groupe, Line et Alex. Et ensemble, ils investirent une ferme quittée précipitamment par ses occupants.
Au bout de quelques jours, la communauté finit par hériter d'un bus à peine rafistolé, de quelques animaux, d'une palissade de fortune dressée contre les morts-vivants et d'un toit. Cependant, dans leur hâte de trouver un nouveau lieu de vie, les Survivants négligèrent de vérifier si les environs étaient sûrs. Non seulement ils ne l'étaient pas... Mais en plus, le groupe ne tarda pas à payer fort cher le prix de sa décision.
Andrew et Roger travaillaient en tandem pour inspecter les lieux de leur campement et s'assurer qu'ils ne représentaient aucun danger. Les rayons du soleil perçaient à travers une fenêtre proche, et les deux hommes se sentaient fatigués, épuisés... Ni l'un ni l'autre n'avaient eu le luxe de pouvoir vraiment se reposer depuis quelques jours, et le climat, la baisse des vivres, peut-être même aussi la tension qui s'était récemment installée, n'étaient guère propices à améliorer la situation. Et même en fonctionnant en binôme, ils avaient du mal à progresser. Néanmoins, ayant une tâche à accomplir et un sens du devoir très prononcé, les deux hommes se trouvaient actuellement dans un salon pour faire le ménage d'un des édifices du campement. En face d'eux, un zombie leur tournait le dos, mais n'allait sûrement pas tarder à les repérer. Andrew se tourna vers Roger et lui dit :
— Tu veux y aller ? Toi, t'es jeune... Moi, je suis...
— Mais bien sûr que je vais y aller, répondit le paysan. Ce serait dommage que tu finisses tes jours mordu. Ce serait un peu dommage.
— Très bonne réplique, fit le vieillard en souriant.
Roger s'avança et inspecta la pièce du regard, à la recherche d'une planche ou d'un morceau de bois effilé pour fabriquer une sorte d'épieu, leurs munitions commençant vraiment à toucher le fond du panier. Mais alors que le paysan finit par trouver son bonheur et, reprenant un peu confiance en lui, lança une bonne blague à Andrew, ce dernier ne remarqua pas un deuxième mort-vivant qui sortit de sous un meuble à sa gauche et lui bondit dessus ! Le vieillard n'eut même pas le temps d'esquiver la créature qui le saisit à la jambe et commença à le traîner. Et pour couronner le tout, Roger, à bout de nerfs, se retourna, sortit son fusil à canon scié et fit feu sur le zombie... Mais manqua sa cible, ce qui n'eut pour seul résultat que d'attirer l'attention du premier mort-vivant, et de provoquer la colère de celui qui avait bondi sur Andrew et qui referma sa mâchoire sur le mollet du vieil homme. Roger se fit à son tour saisir au bras par le premier zombie, mais, par réflexe, il fit tournoyer la crosse de son fusil et l'encastra dans la boîte crânienne de la créature ! Andrew, de son côté, tenta de profiter de ses ultimes instants de lucidité pour éliminer la sienne avec son arme blanche... Mais il manqua son coup et dut compter sur l'intervention du paysan qui brisa la nuque du zombie. Beau travail en duo, finalement... Un seul s'en est tiré indemne et l'autre s'est fait arracher un morceau de jambe. Certes, le vieil homme était encore lucide... Mais pour combien de temps, encore ?
Pendant ce temps-là, Janet et Youssef étaient partis de leur côté. Ils ont déjà travaillé ensemble, et cela leur a plutôt bien réussi. Même si, il fallait l'avouer, la fatigue, la saison, les doutes, les intempéries, et quelques autres soucis, ne les aidaient pas vraiment à se sentir rassurés. De plus, Janet dut elle-même admettre devant Youssef que, bien que cela ne la dérangeait pas vraiment de travailler avec lui, elle avait aussi ses petites habitudes et préférait travailler avec Alex. Ce jour-là, ils étaient sur les traces d'une monture, d'un cheval, qui s'était récemment enfui de leur campement.
Soudain, l'ex-prostituée s'arrêta net et montra quelque chose du doigt à Youssef... Qui, même après dix secondes, ne remarqua rien. Mais plus que ça, elle était certaine d'avoir entendu du bruit. Le jeune homme était persuadé qu'il s'agissait du cheval... Janet, elle, avait quelques doutes. Finalement, ils arrivèrent dans une petite clairière où ils virent devant le canasson qui était occupé à boire dans la rivière... Et où quelques râles de morts-vivants parvinrent aux oreilles de Janet.
Youssef, n'ayant évidemment pas entendu les mordeurs, décida de se précipiter sur le cheval, avant que ce dernier ne prenne la fuite. L'ex-prostituée essaya de le prévenir, et tenta même d'arrêter sa course... Trop tard ! Le jeune homme était déjà parti... Et avant d'avoir pu dire quoi que ce soit, il se retrouva nez à nez avec des zombies sur sa droite ! Janet s'arrêta juste à temps, et décida de courir pour rattraper le cheval et s'enfuir avec. Le canasson, bien évidemment, avait compris que quelque chose clochait, et était déjà en train de prendre ses sabots à son cou ! En un rien de temps, Youssef se retrouva submergé par les morts-vivants et se fit mordre à l'avant-bras.
— Pars ! cria-t-il à la jeune femme. Pars et dis-leur qu'ils me manqueront !
— En hommage à toi, ce cheval s'appellera Youssef ! répondit-elle en prenant la fuite sur le dos de sa nouvelle monture.
Et sans jeter un regard en arrière, elle s'enfuit en direction du campement, tandis que Youssef finissait de se faire dévorer.
Janet retrouva Roger devant le campement. Le paysan était occupé à soutenir Andrew, qui marchait avec difficulté.
— Ne t'inquiète pas, gamin... fit le vieillard. Ça va aller, ça va aller... Ramène-moi. Et puis... Ça va aller...
— Mais tu dis toujours ça ! répliqua Roger. Arrête tes conneries, ça va pas aller ! Tu t'es fait mordre, bordel ! T'as besoin de soins ! Vite ! Il faut aller voir Marilyn !
— Oui... répondit Andrew. Avance, avance... T'inquiète pas... Pour moi, ça va aller...
— Roger, intervint Janet. Tu sais qu'il peut tourner à n'importe quel moment... Fais attention à toi.
— Mais on n'a pas le droit ! s'indigna le paysan. C'est Andrew ! J'veux dire... Il nous a bien guidé jusqu'à présent ! Il était toujours de bons conseils ! On peut pas l'abandonner comme un chien !
— Je te dis pas de l'abandonner, se défendit la jeune femme. Je te dis juste de faire attention.
— C'est pour ça que je compte sur toi ! Reste dans les parages, mais, s'il te plaît, rentre ta lame dans ton cran d'arrêt. Tu ne la sortiras qu'au moment opportun.
Janet acquiesça, mais après avoir essayer de calmer le cheval et surtout, elle-même, car elle venait de voir un ami mourir sous ses yeux, elle avait du mal à garder contenance.
Du côté du campement, Line Tellson, l'ex-policière, surveillait les environs du sommet de la tour de guet. Elle gardait sa main droite au niveau de sa hanche, prête à sortir son pistolet de son holster, et écoutait attentivement la conversation qui lui parvenait. Elle n'entendait pas tout, mais elle sentait bien que quelque chose clochait. En tournant son regard vers eux, elle vit que Andrew boitait et qu'il était supporté par Roger.
— Ohé ! hurla le paysan. Ouvrez la porte, bordel !
— Tout le monde aux portes ! s'exclama Line. Tout le monde aux portes, ils sont revenus !
— Mais gardez vos distances ! cria Janet. Andrew a été mordu !
Marilyn, qui se trouvait non loin des portes, se précipita à l'extérieur en entendant Janet pour porter secours au vieil homme.
— Mais... fit la vétérinaire. Où est Youssef ?
— C'est vrai, c'est une très bonne question... remarqua Roger. J'ai pas demandé à Janet.
— Il a été imprudent, répondit l'ex-prostituée d'une voix blanche. Je lui ai dit de rester... Je lui ai dit de ne pas courir, et il a quand même foncé tête baissée.
Marilyn, sans réellement prendre le temps de pleurer la mort de celui qui a donné son propre nom au cheval, s'avança vers Andrew pour examiner la blessure. Qui sait ? Il n'était peut-être pas trop tard. Si on coupait la jambe blessée, il était peut-être possible d'arrêter la contamination et d'empêcher le vieillard de devenir une de ces créatures.
Après un rapide examen, la vétérinaire conclut qu'il fallait opérer en deux temps. Premièrement, il fallait amputer la jambe, comme elle le suggérait. Et deuxièmement, il fallait appliquer une surveillance draconienne pour s'assurer qu'il n'y avait plus de danger, ainsi que le proposait Janet. Ils retournèrent donc à l'intérieur du campement, Janet et son cheval fermant la marche, affichant comme les autres une mine pas vraiment satisfaite. Comme dirait le premier des imbéciles, la journée ne fut pas vraiment fructueuse.
— Est-ce que je peux me rendre utile ? demanda Roger pendant que Marilyn allongeait le vieil homme à côté du feu. Est-ce que je peux faire quelque chose, quoi que ce soit, pour secourir Andrew ?
— Ça fait combien de temps qu'il a été mordu ? interrogea Marilyn.
— Je ne sais pas... répondit le paysan. On était dans cette maison, là-bas. Donc, ça doit faire à peu près... Cinq minutes, à tout casser...
— Cinq minutes ?! Ça fait peut-être trop longtemps...
— Mais non, tu peux pas dire ça ! protesta Roger. Tu vois bien qu'il a pas changé ! C'est encore lui, c'est ce bon vieil Andrew !
L'intéressé, malgré toutes les discussions portant sur ses infimes chances de survie, arborait toujours son éternel air rassurant. Marilyn décida alors de trancher :
— Tiens, dit-elle en donnant un morceau de bois à Andrew. Mords très fort là-dedans.
— Ne vous inquiétez pas, répondit le vieillard. Je vous l'ai dit... Je vous l'ai déjà dit... Vous vous souviendrez de moi... Et de cette manière...
— Ouais, c'est ça, c'est ça... le coupa la vétérinaire.
— Arrête de parler de toi au passé ! renchérit Roger.
Et sans plus attendre davantage, elle fît un énorme garrot à Andrew autour du mollet et demanda au paysan de prendre sa hache et de le taillader au niveau du genou :
— Et pourquoi moi ?! protesta Roger.
— Parce que t'es le plus fort, soupira Marylin.
— Et parce que t'as une chemise de bûcheron, plaisanta Janet.
— Oui, c'est un bon argument... lâcha le paysan, sans indiquer s'il répondait à la vétérinaire ou à l'ex-prostituée.
Mais avant de procéder à l'amputation, il décida de donner sa flasque porte-bonheur au vieil homme afin que la gnôle qu'elle contenait puisse servir d'antidouleur pour passer cette dure épreuve.
— Merci Roger... déclara Andrew dans un souffle. J'étais sûr qu'un jour, tu me la donnerais, cette flasque...
— Ouais... approuva le paysan. Mais par contre, je vais te prendre ta jambe.
Sur ces paroles, Roger leva bien haut sa hache, et l'abattit de toutes ses forces sur le genou d'Andrew qui tomba aussitôt dans les pommes. Le coup avait tranché la jambe nette. Marilyn prit les choses en main et attacha le vieil homme suite à cette amputation un poil brutale, puis ramassa un tison dans le feu et entreprit de cautériser la plaie béante.
Soudain, Line la policière, du haut de son mirador, remarqua un détail bizarre... Hormis l'opération chirurgicale dont Andrew faisait l'objet et la grisaille annonciatrice de la fureur des éléments, elle aperçut, dans des buissons lointains, des mouvements... Mais pas des mouvements patauds comme les créatures morts-vivantes ont l'habitude de produire. Non... Des mouvements plutôt... Humains...