Les Survivants - Saison 1
Épisode 16 : Desert bus
Par Myfanwi
Le bus, dans un état plus ou moins stable, poursuivait sa route vers l'ouest des États-Unis. Les survivants reprenaient doucement leur souffle, cherchant à réaliser ce à quoi il venait de réchapper. Parmi eux, pourtant, la méfiance prenait doucement la place de la peur. Deux nouveaux visages avaient rejoint ce qu'il restait de leur communauté, inconnus, potentiellement dangereux. Janet, un peu à l'écart, dévisageait chacun des nouveaux arrivants avec attention, sur ses gardes, prête à descendre le premier se montrant un peu trop menaçant. Il s'agissait de deux femmes. La première, en tenue d'officier, les cheveux châtains, affichait un air sévère et méfiant. Elle tenait contre elle une adolescente, le visage caché sous une capuche noire, serrant frénétiquement la plus âgée contre elle.
À l'arrière, Andrew, la main massacrée par la poigne de Marilyn, toujours souffrante, ne savait plus quoi faire. Il appela à l'aide, avant de se souvenir que la seule personne ayant de réelles compétences en médecine était en train de se tordre de douleur à ses pieds.
— Marilyn, tu penses pouvoir nous guider pour... Enfin pour t'aider à accoucher. Quelqu'un de volontaire ? demanda-t-il en se tournant vers le groupe.
- Hum. Moi, je suis pas quelqu'un de très manuel, répondit Roger en reculant de trois pas. Je passe mon tour.
— J'ai... J'ai de la fièvre, il faut faire baisser ma température... murmura la vétérinaire en serrant les dents.
Les voyant agiter les bras comme des poireaux désorganisés, Janet les poussa pour agir à leur place. Elle avait quelques expériences des accouchements catastrophe, à cause de son passé de prostituée et était probablement la mieux placée pour l'aider.
— Bon, là, t'es dans une situation qui est pas franchement idéale, lui dit-elle d'une voix extrêmement calme et posée. Franchement, c'est pas de ta faute, mais toi dans ton état, tu nous crées plus de problèmes que de points positifs. Je peux t'aider si tu me guides.
Roger, Andrew et Marilyn écarquillèrent les yeux devant ce discours quelque peu brutal, mais brûlant de vérité.
— Nan, mais... Lui parle pas comme ça ! cria Roger. Ça va pas ?!
— Mec, ça fait deux ans qu'elle vit dans ce monde. Elle n'est pas conne, elle sait très bien dans quelle situation elle est. Elle a aidé plein de gens à s'en sortir, on va trouver une solution à deux. Là, dans cette position, c'est un poids mort qu'on ne peut pas se permettre d'avoir sur les bras actuellement.
— Ouais, bah le petit don du ciel qu'elle va avoir, il y est pour rien, d'accord ? Par contre, si ça peut t'aider à te calmer, bichette, dit-il en s'adressant à Marilyn, j'ai de la vodka. D'habitude, je partage pas trop, mais là, c'est un cas spécial, pas vrai ?
— Roger, dégage, l'incendia Janet, glaciale.
Le Redneck leva les mains et s'éloigna en bougonnant, mécontent. Marilyn finit par se calmer et une chaîne se mit en place dans le bus. Youssef et Wakanda attrapèrent des bidons d'eau pendant que Janet, guidée par la vétérinaire, se préparait à l'accouchement, concentrée. Lily-Rose vint même tenir sa main, en soutien.
Pendant ce temps, à l'avant du bus, les survivants restés avec John cherchaient désespérément un endroit où se poser. Leur véhicule menaçait de plus en plus de les abandonner et viendrait bientôt le moment où il le ferait certainement. Il y avait également toujours le problème des deux inconnues, toujours sur leurs gardes, observant les soins de la vétérinaire de loin. Ils finirent par déboucher sur une route boisée, plutôt calme, seulement peuplée d'un mort occupé de se repaître d'un malheureux voyageur, isolé. Le bus crachota encore quelques secondes avant de s'immobiliser totalement, dans la crainte que ce serait peut-être le dernier arrêt de celui-ci. Le silence se fit dans le véhicule.
Ils classèrent rapidement la liste des priorités. La plus importante d'entre elles était Marilyn, mais aussi la nourriture à trouver. Leurs stocks, vides, les inquiétaient fortement. Il fallait aussi sécuriser la zone, pour prévenir l'arrivée d'autres monstres, et s'occupait des deux inconnues, afin de clarifier leurs intentions à leur égard. Youssef décida de lui-même d'aller vérifier l'état du bus avec le chauffeur.
Pendant que tous discutaient à voix haute, Andrew s'approcha de la policière. Elle tendit la main, méfiante, en resserrant la prise sur la plus jeune.
— Je ne veux pas d'emmerdes.
— Je ne suis qu'un vieil homme, que voulez-vous que je vous fasse ?
— Je m'en fous, répondit-elle froidement, lui rappelant étrangement Janet. J'aimerais juste savoir qui commande chez vous.
— Eh bien... Il est mort plus tôt dans la journée, nous n'en avons pas vraiment discuté depuis. Qui êtes-vous ?
— Je m'appelle Lin. Et voici ma sœur, Alex. On a fui comme on a pu et j'aimerais qu'il n'y ait pas de problème, si vous voyez ce que je veux dire.
— Bah... Vous êtes dans notre bus, en fait, c'est un peu notre maison, vous voyez.
— Vous allez nous faire descendre ?
— Hein ? Non, nooon, calmez-vous. Est-ce que vous êtes du Futur ?
Lin leva un sourcil perplexe en secouant la tête d'incompréhension.
— Je ne comprends pas de quoi vous parlez.
— Mais si ! Est-ce que vous êtes des gens du Futur ?
Voyant la situation se compliquer, Roger s'approcha.
— Excusez Papy, il n'a plus l'esprit tout à fait clair.
— C'est un groupe de survivants, expliqua brièvement Janet. Ils sont dangereux, c'est l'un d'eux qui nous a tirés dessus tout à l'heure.
— Non, nous n'en sommes pas. Mais si vous nous acceptez, alors on peut collaborer. Alex, va aider ce mec-là, couvre-le.
L'adolescente se leva, dévisagea Andrew de haut en bas, dédaigneuse, et traça vers Youssef sans se retourner, la tête haute. Janet, intriguée par le couteau de survie qu'elle avait vu dépasser de sa veste, descendit à sa suite, laissant Marilyn, endormie, auprès de Lily-Rose. Youssef, lui, était en train de s'affairer autour du capot, cherchant un moyen de l'ouvrir. Il sourit un instant à Alex, qui le dévisagea un instant avant de lui tourner le dos, montant la garde.
Janet sauta hors du bus avec Wakenda, auquel elle avait demandé de l'accompagner. Elle souhaitait se débarrasser du mort-vivant traînant dans les environs le plus vite possible et il ne serait pas trop de trois pour s'en charger. Elle comptait également jauger les capacités de la nouvelle recrue, qui avait réussi l'exploit de l'intriguer.
— Tu sais t'en servir ? demanda-t-elle en pointant le couteau du bout de la tête. Viens avec moi.
— Tu sauras te débrouiller ? demanda l'intéressée à Youssef.
— Oui, oui, bien sûr ! John ! Apporte la caisse à outils !
Roger, sorti lui aussi, cherchait à faire l'estimation des dégâts matériels. Le bus ne ressemblait plus à grand-chose et il avait hâte de découvrir comment les deux glandus allaient bien pouvoir le remettre en marche. Pour autant, il resta à l'écart. Aider, très peu pour lui.
Youssef, concentré sur le moteur, fut déconcentré un bref instant par une forme à sa gauche. Il tourna la tête un instant et fronça les sourcils. Un cheval les épiait un peu plus loin, immobile, les oreilles dressées dans leur direction. Cette vision insolite le fit sourire, tout autant qu'elle l'interrogea. Que pouvez bien faire un cheval dans ces lieux abandonnés ? Peut-être appartenait-il au voyageur en train de se faire dévorer par l'une de ces créatures ?
De son côté, Janet s'occupa sans problème du mort-vivant et récupéra même un peu de matériel, à savoir des piles, un couteau et un sac de couchage. Alex l'avait secondé sans problème, la petite semblait avoir l'habitude de manier l'arme blanche.
Andrew, de son côté, était très fatigué. Cette journée l'avait épuisé. Alors qu'il mangeait tranquillement une barre chocolatée en cachette, un mouvement l'alerta du côté de l'otage libéré plus tôt. Plutôt mal en point à son arrivée, l'homme avait repris connaissance quelques minutes plus tôt. Il était probablement le seul à s'occuper des blessés actuellement, tous les autres étant occupés à l'extérieur. Ce qui le gêna, ce fut l'air qu'il prit soudain. Andrew jura l'avoir vu cacher une arme sous ses vêtements. Il en était sûr et certain, l'individu était dangereux et représentait une menace évidente pour le groupe. Il hésita tout de même. Paranoïa ou lucidité ? Il ne pouvait décemment pas courir le risque de douter.
— Attention ! hurla t-il. Il a une arme ! Il veut nous tuer ! Au secours !
La policière traversa le bus comme une furie, arme à la main et la pointa sur l'otage.
— Pose ton arme ! À terre ! A terre tout de suite ou je te colle une balle entre les deux yeux !
Les survivants à l'extérieur paniquèrent. Roger sauta dans le véhicule, arme à la main, Youssef préféra lui baisser la tête, invitant John à en faire de même. Janet fit signe à Wakenda et Alex de la suivre discrètement, en évitant de foncer dans le tas sans savoir ce qui les attendaient vraiment.
— Ce n'est pas ce que vous croyez ! supplia l'otage. Ce n'est pas ce que vous croyez ! Les soldats du Futur, ce sont des traîtres ! Les apparences sont trompeuses, je peux tout vous dire !