Les Survivants - Saison 1
Épisode 15 : Demolition derby
Par Myfanwi
La situation était proche de la catastrophe. Le bus, éventré, donnait sur une vision de pure horreur. La horde approchait. Les derniers survivants s'accrochaient du mieux qu'ils pouvaient, certains poussant des cris de terreur en s'apercevant que la mort approchait à grands pas dans leur direction. Roger Good s'éveillait à peine, le nez en sang et avide de vengeance. Cependant, « le petit con » qui lui avait fait ça était à présent en train de se faire dévorer, non loin de lui. Le chauffeur du bus hurlait après sa machine, désespéré. Tous priaient pour qu'un miracle survienne et les sortent de ce pétrin. Youssef avait relayé les derniers sacs envoyés par David. Le corps du pompier gisait plus loin, Janet n'arrivait pas à détacher son regard de son cadavre, terriblement silencieuse.
Sur le toit, des survivants désespérés, encouragés par le même pompier décédé, cherchaient à s'accrocher. Ceux à l'intérieur du bus pouvaient en voir un tomber de temps à autre et disparaître sous la horde, sans pouvoir rien y faire. Andrew essayait de saisir les paires de jambes, pour en faire rentrer un maximum dans les restes de leur véhicule. Le bus s'éloignait doucement des monstres, sous les hurlements d'agonie de Hôan, pas encore tout à fait mort.
Andrew réussit à saisir un survivant, maladroitement, mais fut happé avec lui dans un virage. Il s'accrocha lamentablement à l'extérieur du véhicule, les doigts rougis par l'effort pour maintenir à la fois le survivant et l'appui sur le bus. C'était une jeune femme, qui criait de terreur presque aussi fort que Lily-Rose en face de lui, appelant à l'aide pour qu'on vienne le tirer de cette mauvaise passe.
— Janet, va aider les survivants, cria Youssef pour couvrir le vacarme avec son fort accent. Je continue à taper sur les créatures.
— Nan, bouge pas Minette, Roger s'en charge !
Le Redneck s'accrocha d'un bras à la barre et se saisit de la main d'Andrew de l'autre, lui accordant un support non négligeable. Le vieil homme lança un regard à la jeune femme accrochée comme elle le pouvait à côté de lui, ne comprenant pas ce qu'il se passait. Il fallait dire qu'elle avait cru l'espace d'un instant que cet homme allait la sauver et maintenant, elle était en danger de mort. Il y avait de quoi être confuse. Roger tira de toutes ses forces sur ses bras, le visage rougi par l'effort et réussit à extirper le vieil historien d'une mort abominable.
Le bus accéléra au même moment, s'éloignant de la horde. Il atteignit bientôt la sortie de la ville, laissant derrière lui plusieurs amis et inconnus aux mains des monstres. La carcasse de fer ne tint cependant pas plus de quelques minutes supplémentaires, crachant de grands nuages de fumée noire un peu inquiétants. Devant eux, des morts amagalmés erraient, presque silencieux. Les derniers survivants se regardèrent les uns les autres, tendus par l'arrivée de nouvelles personnes et le départ d'autres plus chères à leur cœur. Une odeur acide plana soudain dans le véhicule, alertant ses occupants.
À l'arrière, Youssef et Janet avaient une vue plongeante sur la scène les entourant. Les morts devant eux semblaient avoir du mal à avancer, comme embourbés. Le sol, boueux, pourrait représenter un nouveau danger à venir pour le groupe. Si les roues se coinçaient dans la gadoue, il y avait fort à parier que la fin du voyage arrive plus tôt que prévue. Cependant, ils ne pouvaient pas se permettre de ralentir, au risque de caler définitivement et de devoir fuir à pied. Un autre détail, plus curieux, les fit froncer les sourcils. Plusieurs petits groupes de morts semblaient fusionner entre eux, formant des créatures difformes composées de la chair de plusieurs autres. Ils en avaient déjà eu vent, dans le camp détruit il y avait de cela plusieurs jours maintenant, sans jamais en avoir la preuve.
Youssef aperçut également un bâtiment en ruines, trop instable pour leur servir d'hébergement provisoire, mais assez fragile pour que le bus puisse éventuellement passer au travers. C'était peut-être leur unique voie de sortie, il ne fallait pas la gâcher. Janet releva elle la tête à l'entente d'un rechargement de fusil juste au-dessus d'elle, sur le toit. Elle avait assez d'expérience dans le domaine pour savoir que ce n'était jamais très bon.
— Roger, Andrew, Youssef, Wakanda ! hurla-t-elle. Canon d'arme au-dessus, préparez-vous au combat !
— Hein ? lâcha nonchalamment Roger. Elle va se calmer de la gâchette la gamine, elle m'a l'air un brin surmenée.
— Je ne suis pas d'humeur à rire ! Préparez-vous !
— Me donne pas d'ordre, Chattonne, ça va mal se pas...
— Il y a une autre urgence ! hurla Youssef par-dessus. Chauffeur, pas tout droit, le bus va s'embourber ! Passe par la gauche !
Une rafale de tirs se produit au milieu du bus. Des cris de terreur retentirent de partout alors que tous se collaient contre les parois.
— John, à gauche ! hurla Youssef.
— Putain, mais je vais te le défoncer, ce connard ! cria Roger par-dessus. Ramène tes couilles si t'es un homme au lieu de tirer comme une fillette ! Lâche ! Trouduc' ! BARABOUZOUK !
Youssef traversa le bus la tête basse, évitant les impacts et se jeta sur le volant pour le faire dévier de sa trajectoire initiale. Le chauffeur leva les mains dans un réflexe, le laissant faire. Derrière eux, Roger s'était levé.
— Bon, maintenant, ça suffit, les conneries ! Moi, j'vais me le faire ! Marilyn ! Protège la gamine !
— Mais j'ai maaaal !
La vétérinaire se mit à hurler plus fort en se tenant le ventre. Le vieil indien se dirigea vers elle en rampant, pour lui venir en aide. Roger le regarda faire.
— Ouais, cours Bison Futé ! Amuse-la avec tes grigris si tu veux, faut surtout pas qu'elle accouche maintenant !
— Je vais l'aider, dit calmement Andrew en avançant vers elle.
Il la fit se coucher, lui écarta les jambes et attendit, les bras tendus, sous le regard perplexe de l'indien.
— Quoi ? marmonna Andrew. Je suis archéologue, moi, je suis spécialiste des caveaux, je sais pas comment on fait ! Le bébé glisse et on le rattrape ?
L'indien lâcha quelque chose dans sa langue d'origine qui s'apparenta fortement à une insulte.
— Bon, écoute Marilyn, lâcha Andrew. Il faut pas accoucher ici, parce que c'est pas très propre et on a rien pour couper le cordon. Et en plus, vous risquez de mourir tous les deux. Ce serait dommage quand même. Tu peux te retenir de pousser pendant encore quelques minutes ? S'il te plaît ?
— Mais quel gros con ! hurla la jeune femme, le visage rouge de colère, de peur et d'effort.
La vétérinaire hurla de plus belle, se pliant en deux sous la douleur des contractions. Le bus pivota enfin vers le bâtiment pointé par Youssef, s'égosillant pour se faire comprendre par le chauffeur. Deux survivants en profitèrent pour grimper à bord, profitant du ralentissement.
Janet hurlait, elle, des ordres à Roger, en train de viser le plafond, pour lui indiquer la position de leur assaillant avec un maximum de précision. Le Redneck tremblait légèrement, d'excitation, de stress et aussi à cause de l'instabilité de leur véhicule. Une première balle partit, perçant un énième trou dans le plafond, sans toucher personne. Il hurla de mécontentement et rechargea son arme. Leur assaillant tira de plus belle juste au moment où le bus pénétrait les ruines. Déséquilibré, l'homme préféra éviter les débris chutant sur le capot plutôt que d'attaquer.
Au même moment, Andrew et Youssef virent deux survivants devant eux, cachés des morts dans les ruines, terrorisés par les éboulements tout autour d'eux produits par le bus. Le soldat du futur fut lui happé par un débris et chuta du bus dans un gargouillis.
— Sautez dans le bus ! leur hurla Youssef, en tendant le bras vers eux.
Trop tard, malheureusement. Le bâtiment s'écoula sur eux avant qu'ils n'aient le temps de se rendre compte de la situation. Le bus, éventré et percé, accéléra, se tirant enfin des décombres. Malgré la fumée, le sang et les cris laissés derrière eux, les survivants réussirent finalement à quitter la ville. Mais vers où ?